A. DE LA GRAVURE EN RELIEF
L'illustration du livre remonte presque à son origine; les papyrus étaient ornés de dessins recouverts d'une couche de couleur, les parchemins grecs et romains étaient souvent chargés d'ornements en tête de chapitre, et quelquefois de dessins dans le corps du texte. On croit que certains ouvrages anciens, aujourd'hui disparus, renfermaient des portraits qui auraient été peints en teinte plate et en camaïeu, après avoir été gravés.
« On doit même supposer, écrivait Ambroise-Firmin Didot, que c'est à l'appHcation de ce procédé aux livres de Varron que Pline fait allusion lorsqu'il vante l'invention merveilleuse et presque divine qui permit à
Varron, à l'exemple du célèbre bibliophile Alticus, de reproduire, dans son livre des Imagines, les portraits des personnages illustres, et de les multiplier à l'infini. Pline ajoute que sept cents portraits ainsi reproduits dans l'ouvrage de Varron pouvaient être expédiés en tous pays et ne faisaient quun avec le livre. On conçoit, en effet, l'admiration de Pline pour ce procédé; mais il est regrettable qu'il n'ait point remplacé, par une simple description, les pompeux éloges qu'il prodigue à cette description*. »
A partir du vi^ siècle de notre ère, l'ornementation des manuscrits se développe encore; il suffit de citer le Virgile du Vatican, si consciencieusement étudié par M. de Nolhac. Les chrysographes mettent en œuvre tous leurs talents pour la décoration des fonds de lettres et des motifs qui seront complétés par les enlumineurs. Les uns dessineront les contours des ornements, des scènes rustiques et des personnages; les autres couvriront de couleurs épaisses, très opaques mais très vives, les draperies des personnages, les visages, la verdure des champs. Dans un prochain chapitre, consacré à V Ornementation des Manuscrits et à la Peinture des Livres, nous nous occuperons spécialement de ce sujet.
La confection des cartes à jouer a dû donner l'idée d'appliquer l'impression des images dans les livres; la xylographie et toute la gravure sur bois ont pris naissance avec ces modestes débuts. D'après les
* Cf. Essai typographique et bibliographique sur Vhistoire de la (/rauttre sur 6ois, par AMBROiSE-FiRMiNDiDOT.i^aris, M.DGCC.LXIII, in-S".
Fig. 2. — Gravure sur bois citée c<niiiiir la plus ;iii( it iint- (1418).
(Voir page G.)
La Vierge et l'Enrant Jésus entourés do quatre saintes, dans un jardin,
avec les noms des saintes sur des banderoles.
Fig. 3. — Saint Christophe portant l'£nfant Jésus sur ses épaules (1423). (Voir la souscription datée de 1423, tome deuxième, fig. 129.)
A UN BIBLIOPHir,E. — CHAPITRE NEUVIÈME. 5
conjectures qu'il est permis de faire en se rapportant aux quelques épreuves de jeux de cartes parvenues jusqu'à nous, l'artiste creusait sur la même planche plusieurs cartes à la fois, et, après avoir encré les reliefs de la planche, il y appuyait son papier et on en effectuait le tirage au frotton.
« La date de l'origine de la gravure sur bois ou sur métal n'a jamais été déterminée d'une façon précise, écrivait M. Jules Le Petit dans son travail sur VOrnementation des livres*, malgré les recherches savantes et persistantes qui ont été faites depuis de longues années par les hommes les plus érudits. Quoique plusieurs iconographes en fassent remonter les premiers essais au xiv^. siècle, et pensent que l'emploi en fut fait à cette époque pour la fabrication des cartes à jouer, cet art ne devient intéressant à étudier que vers la moitié du xv^ siècle. Tous les historiens sont d'accord, en effet, pour rapporter à ce moment l'impression des premières gravures sur bois, dites xylographiques. On cite généralement, comme la plus ancienne estampe imprimée avec une planche de bois gravée en relief, un sujet daté de 1418, représentant la Vierge et l'Enfant Jésus cntoiirrés de quatre saintes, dans unjardiîi, avec les noms des saintes sur des banderoles, et attribué à un graveur hollandais (voir fig. 2). L'unique épreuve connue de
* De toutes les publications relatives à la décoration intérieure des livres, celles de M. Jules Le Petit et de M. Henri Bouchot sont les plus intéressantes et les plus documentées; nous y avons eu souvent recours. On sait que M. Jules Le Petit n'est pas seulement l'un de nos plus érudits bibliographes, mais qu'il est aussi un bibliophile qui a su réunir, par ses actives recherches, un grand nombre de livres précieux, dans un état le plus souvent unique.
celle eslampe précieuse, mais grossièremenl taillée au simple Irail, esl conservée au Musée royal de Bruxelles. La découverle en est due à M. le baron de Reiffenberg", qui la fît remarquer pour la première fois, en 1845, dans un Mémoire qu'il publia à ce sujet.
« Celte planche, ainsi qu'une autre datée de 1423, représentant Saint Christophe portant VEnfant Jésus sur ses épaules (voir fig. 5), avec une légende en caractères gothiques gravée au-dessous, sont considérées comme ayant été imprimées dans les Pays-Bas. »
Pour graver une planche en relief, il fallait : 1*^ Dessiner le sujet à la plume ou le calquer sur le bois; 2" Marquer tous les traits qui forment le. dessin et les conserver en relief; 5° Enlever délicatement avec des outils ce qui devait demeurer en blanc et être creusé, parce que le relief seul forme dans l'impression les traits sur le papier.
Dans l'impression des images, ainsi que dans celle des cartes, on chargeait de noir la planche de bois ou le moule, on appliquait dessus une feuille de papier moite, afin qu'elle s'y attachât plus aisément ; on passait ensuite plusieurs fois sur le papier un frotton de crin ou de bande d'étoffe, alors l'empreinte de l'image apparaissait sur le papier. On se rend compte de cette opération en examinant le revers de la feuille des anciennes estampes sur bois et des anciens livres d'images imprimés d'un seul côté.
Les productions appelées couramment xylographes, quoique cette expression paraisse désigner autant l'ouvrier que l'œuvre, étaient, comme on le sait, des
impressions tabellaires faites avec des planches de bois dans lesquelles le graveur avait taillé en môme temps le texte et les figures.
Ces ouvrages, qui précédèrent de quelques années l'invention des caractères mobiles, ne parurent pas en grand nombre, ou du moins quelques-uns seulement nous sont parvenus, et sont cités par les bibliographes et les iconographes.
En raison de l'intérêt que ces anopistographes (c'està-dire, imprimés d'un seul côté) présentent, nous allons en développer le sujet, et extraire de nos notes les renseignements suivants :
« Aux approches de la Renaissance, écrivait un critique d'art (anonyme) dans la Gazette des Beaux- Arts, le mouvement intellectuel était si considérable, que les copistes ou librarii se préoccupaient de trouver un moyen plus rapide que celui des manuscrits pour multiplier les manifestations de la pensée; chacun en sentait la nécessité, mais la loi du progrès ne permettait pas d'y parvenir d'une manière spontanée : il y avait des intermédiaires à franchir. D'abord on commença à graver sur des tablettes de bois* quelques ouvrages de peu d'étendue que l'on imprima comme l'on imprime encore aujourd'hui le papier peint : c'est
* Il a été découvert, il y a quelques années, dans les archives de l'échevinage d'Anvers, plusieurs actes authentiques do l'année 1417, qui mentionnent, sous cette date, parmi les citoyens de la ville, un « Jan de Printerc » ou Jean l'imprimeur. On croit que cet imprimeur n'était autre qu'un fajjricant ou marchand de cartes à jouer, de livres élémentaires, d'estampes xylographiques, un de ces industriels qu'on a depuis appelés cartiers. La date de ces documents leur donne un très grand intérêt.
la xylographie*, dont les Orientaux "ont connu l'usage longtemps avant nous **.
« Malgré la facilité relative de la reproduction, les
* On donne ce nom à des volumes imprimés au xv siècle et formant une classe à pai'l, différente de tout ce qu'on a vu depuis. Nous n'avons pas besoin de dire que cette expression dérive du grec : ^ùlov, bois; ypa-^w, f écris; elle a passé en usage pour désigner des ouvrages exécutés avec des caractères fixes taillés sur bois et non mobiles, imprimés en planches de bois fixes; ainsi l'on dit ouvrages xylographiqaes. pages œylograpliiques, caractères, planches xylographiques, pour désigner que ces objets ont été gravés ou sculptés sur bois. Ces productions ont servi de transition entre la transcription des manuscrits et l'imprimerie proprement dite ; mais dès que les caractères fondus furent d'un emploi un peu général, la xylographie disparut. Elle n'avait produit que des hvres populaires, sans luxe, d'une exécution grossière, sur papier commun, mais devenus d'une rareté excessive. Ces volumes sont aujourd'hui d'une valeur très élevée. Divers ouvrages de bibliographie donnent de longs détails sur ces productions. Indépendamment du Manuel du libraire, on peut consulter Heinecken, Idée d'une collection d'estampes, 111\, le premier ouvrage où se rencontrent les résultats d'une étude approfondie de la xylographie ; Dibdin, Bibliotheca Spenseriana; Ottley, Falkenstein, Histoire de Vimprimerie, en allemand; Masmann dans le Serapeum, ei Recherches sur les livres xylographiques, par J.-M. Guichard.
** Massems, in Historiâ Indise Orientalis, Garsias ab Horto, Johannes Barrus, Guilandinus Pancirole, Johannes Mendoza, et plusieurs autres, attribuent l'invention de l'imprimerie aux Chinois. Cette opinion, appuyée du sentiment du Père du Halde, de Martini, Trigaut, Kirker, etc., est assez défendue pour qu'on l'examine sérieusement. A la vérité, les Chinois sont parvenus à graver des planches en bois avec lesquelles ils imprimaient des almanachs et d'autres livres de quelques pages ; mais c'est encore aujourd'hui un problème à résoudre que de savoir s'ils sont parvenus à découvrir les caractères mobiles. Dans tous les cas, ces lettres en bois n'auraient que bien peu de rapport avec celles qu'emploie l'imprimerie moderne ; et l'on pourrait dire, sans être accusé d'exagération, qu'ils n'ont fait que rêver seulement ce que l'Europe a imaginé, conçu et perfectionné.
Maginus, dans sa Géographie (description de l'Amérique), Pierre Montanus, dans l Atlas du marchand, et le savant Génébrard regardent les Mexicains comme les premiers inventeurs
xylographiques ne furent pas très nombreux. La plupart de ces livres sont connus sous la dénomination générique de Livres des pauvres; le moine Théophile en fait mention au lxxi"^ chapitre de son œuvre : Diversarium arlium schedula.
€ Bien qu'au-dessous des manuscrits, eu égard à la main-d'œuvre, leur prix était très élevé. De plus, écrits en latin et chargés d'abréviations difficiles à déchiffrer, ces livres ne pouvaient être lus sans une étude préliminaire. Le mot pauvre présente ici un double sens; il ne signifie pas seulement dénué des biens de la terre, mais encore dénué des biens de l'instruction. De môme que les « cathédrales sont des catéchismes de pierre », ces livres composés de planches étaient des catéchismes en figures, parlant aux yeux des populations ignorantes de ce temps, conformément à la parole de saint Grégoire : « Quod legentibus scriptura hoc idiotis prœstat pictura cernentibus : quia in ipsa etiam ignorantes vident quod sequi debeant : in ipsa legent qui litteras nesciunt unde et prœcipue gentihus pro lectione ».
« En outre, résumant en un petit nombre de pages les connaissances essentielles du dogme, ces livres servaient de manuels aux pauvres clercs voués à la prédi-
<le rimprimerie; Maginus, au chapitre du royaume de Tangut, pense que les Tartares la connaissaient plus de mille ans avant nous.
Selon Etienne Zamozius, les Scythes seraient les véritables auteurs de l'imprimerie. Cet écrivain appuie son assertion d'un volume dont les caractères étaient placés du haut en bas, à peu près comme ceux des Scythes. Mais Trœsterius et Prosper Marchand, «lui le citent, ont judicieusement observé que cette preuve n'était d'aucun poids en faveur de Zamozius; plusieurs peuples orientaux ayant eu, comme les Scythes, l'habitude d'écrire de haut en bas.
cation. Le Spéculum humanse Salvationis*, ouvrage de ce genre, ne laisse pas de doute sur ce point : « Propter pauperes predicatores hoc apponere curavi », est-il dit dans la préface rimée. »
Au commencement de la Biblia pauperum de saint Bonaventure, se lit : « Incipit prœclarum opus quod Biblia pauperum appellatur perutile omnibus prœdicatoribus. »
De tous les livres dus à la xylographie, le plus célèbre, sinon le plus ancien, est \ix Bihlia pauperum"^;
* IIeixecken en a donné divers fac-similés dans son ouvrage déjà cité, Idée générale d'une collection completle (sic) d'estampes.
Le tableau allégorique et historique sur la vie humaine, du philosophe Cébès, assez bien reproduit par divers graveurs du xv« ou XVI* siècle (grande composition d'après un maître dont nous ignorons la date, mais que les costumes peuvent aider à fixer l'époque à peu près certaine, et dont on trouve la description dans un volume français intitulé : Tableau allégorique et philosophique de Cébès, etc., traduit en français par l'abbé de Bellegarde, Trévoux, 1700), représente l'espèce humaine commençant son existence et marchant vers la scène du monde. Elle est reçue à l'entrée de la vie jjar diverses figures allégoriques représentant le Vice et la Vertu ; la Séduction\\i\ tend ses pièges; la Morale parle, engage, mais peu l'écoutent, etc. Il existe de ce curieux tableau une bonne gravure de N. J. Wischer. Sur ce genre de représentation allégorique, on doit consulter le Manuel d'iconographie chrétienne grecque et latine, publié et traduit d'après le manuscrit du mont Athos,par MM. Didron et Durand, Paris, 1845, in-4% p. 408, et surtout l'excellent commentaire du texte, p. 411 et suiv.
** Les efforts du clergé pour instruire le peuple dans la connaissance de la religion, dit Léon de Laborde dans son Glossaire du moyen âge, ont dû se modifier suivant le degré d'éducation qu'il avait développé lui-même ou qu'il rencontrait. Aux premiers siècles du christianisme suffirent les sculptures des cathédrales, les vitraux, les peintures sur les murs, et les légendes qui accompagnaient ces grandes compositions. Quand la lecture eut un plus grand nombre d'adeptes, les bibles abrégées écrites sur parchemin, historiées à l'usage du peuple, c'està-dire formées de compositions simples, de texte expHcatif bref
^'^ ^Ocy oî bc9 ft^Orffi
Fij,'. l. — Gravure de la Bible des Pauvrea.
l'ij;. ."i. — Gravure de l'école de
lig. ♦). — Gravure Urée de VArs Moriendi.
Martin Schongauer tirée du lialionarum evangelislarium de lîiOo,
et copiée sur la planche correspondante de \'Ar8 Moriendi. V 2*
. . ^ç<àn«g>^C66canpî/tf;rtî\w$
Fig. 7. — ^rs Moriendi. (Impression xylographique.);
dont quelques exemplaires figurent au nombre des richesses de la Bibliothèque nationale, et parmi celles du British Muséum*.
Ce monument typographique se compose de planches imprimées d'un seul côté de la feuille ; quarante pour les éditions jugées les premières par nos devanciers, et cinquante pour les suivantes ; le tout accompagné de légendes et de vers léonins.
Dans ces planches, où l'auteur anonyme cherche à montrer comment les prophéties de l'Ancien Testament se trouvent vérifiées par le Nouveau, le texte et les dessins sont encadrés dans des baies d'architecture ogivale, avec colonnettes supportant par un tailloir cubique les extrémités de voûtes, soit en plate-bande, soit en arc surbaissé. Chacune est divisée en cinq parties formant ensemble une espèce de croix. En tête, deux figurines de personnages bibliques; au-dessous, trois motifs : celui du centre est le type, les deux autres, les antitypes; au bas, encore deux personnages de la Bible.
et facile, vinrent se joindre aux légendes murales. Les progrès de l'instruction populaire, lents d'abord, font des pas de géant; la plume et le pinceau ne peuvent suffire aux demandes et aux besoins. Dieu donne des planches de bois gravées, et les histoires de la Bible, de la Vierge, de l'Apocalypse, se multiplient par l'impression. Celte xylographie est encore insuffisante; Dieu accorde les types mobiles, et la Bible, texte et gravures, est mise à la portée de tous par l'imprimerie.
Femme je suis, pauvrette et ancienne
Qui riens ne scay, ontiuos lettres ne louz.
Au Mouslier voy, dont suis paroissienne,
Paradis paincl où sont harpes et luz
El ung enfer où dampnés sont boulluz.
L'ung me fait paour, l'autre joye et liesse.... (Fr. Villon. Test.)
* Au British Muséum, la réserve forme une sorte de musée typographique, et elle est répartie dans quatorze vitrines, où
Ainsi que nous en avons donné un exemple précédemment (voir fig. 98, tome deuxième), l'ordre des planches est établi par une lettre, de l'alphabet gothique, mise entre l'entablement du type et les figurines supérieures. Les vingt premières vont de 5X à U, après quoi l'alphabet recommence; seulement les lettres de la seconde série sont comprises entre deux points. Ces remarques peuvent servir à reconnaître les différentes éditions; rien, pourtant, n'est bien positif à cet égard; Heinecken avoue lui-même qu'il les a classées d'une manière un peu arbitraire.
L'édition où les lettres 3)?, D, 9Î, (S du second alphabet n'ont pas les deux points est considérée, par plusieurs bibliographes, comme étant la première.
Celle cotée ^, 2*^ alphabet, où la tiare de Moïse est surmontée de deux cornes, est la seconde.
Celle où la même planche représente la tiare, avec un bouton à la place des cornes, est la troisième.
La quatrième est sans lettre d'ordre. Enfin les autres se distinguent par le nombre des planches.
Dans le cours de ses recherches, M. Berjeau découvrit au British Muséum un livre hollandais, imprimé dès 1489, où 77 pièces des blocs originaux de la Biblia pauperum ont été introduites comme illustrations; ce
les trésors bibliographiques sont exposés aux rcgai'ds du public. Voici le contenu de ces diverses armoires: N"' 1 et 2. Ouvrages xylographiques. — 5, 4 et 5. Spécimens des plus anciennes productions de l'imprimerie en Allemagne et dans les Pays-Bas. — G. Idem en Italie. — 7. Idem en France. — 8. Idem en Angleterre. — 9 et 10. Spécimens d'impressions de luxe et miniatures. — 11. Spécimens de gravures sur bois ou en taille-douce. — 12. Livres avec autographes. — 15. Curiosités typographiques et littéraires. — 14. Reliures.
A QN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE NEUVIÈME. 15 qui tend à établir dérinitivement l'opinion, généralement admise aujourd'hui, que les premiers livres d'images sont dus aux Pays-Bas; que ces livres ont été incontestablement le premier pas fait vers la découverte de l'imprimerie en caractères mobiles, et qu'à ce titre les prétentions de Harlem ne sont pas aussi vaines qu'elles le paraissent aux partisans de Mayence et de Straslx)urg.
Après la Bible des Pauvres et le Spéculum humanœ Salvationis*, le Livre des Cantiques*'^ est sans aucun doute le plus intéressant des livres xylographiques. Sous le rapport artistique, le dessin et la gravure des sujets du Cantique surpassent môme les deux premiers monuments de l'art au xv® siècle, quoiqu'il appartienne évidemment à la môme école, celle de Van Eyck, et très probablement au môme graveur, Laurent Coster de Harlem. Heinecken et presque tous les iconographes allemands à sa suite s'efforcent d'attribuer à l'École allemande l'exécution de ce Ipetit chef-d'œuvre en trente-deux dessins, imprimés d'un seul côté sur seize pages in-folio; mais l'inscription flamande, sur la première page de l'exemplaire qui a appartenu à Scriverius, et qui fait aujourd'hui partie de la collection du
* Sur les ouvrages que nous signalons, sans en donner une description détaillée, on pourra consulter le Manuel du libraire et de l'amateur de livres, contenant : Un nouveau diction-r naire bibliographique, et une table en forme de catalogue raisonné par Jacoues-Charles Bhinet. Paris, 1860-1866, 6 vol. — Supplément, par MM. Deschamps et G. Brunet. Paris, Didot, 1878-1880, 2 vol. Ensemble 8 vol. gr. in-8.
** Cf. Canticum Cantirorum, reproduced in facsimile from the Scriverius copy in the British Muséum, with a hislorical and bibliographical introduction by J. Ph. Berjeau. London : Triibner and Co. 1860, in-fol. — ArcMv fiir die Xeicimendcn Kiinsle.
British Muséum, prouve assez l'origine néerlandaise de ce livre. Il existe en Angleterre deux autres éditions, également hollandaises, de ce Livre des Cantiques; mais ce sont de grossières imitations de la première. On les reconnaît à des négligences dans les détails de la gravure, à l'omission d'un des personnages dans un des dessins, à des fautes d'orthographe dans les sentences gothiques empruntées au cantique de Salomon, et à la différence du terrain ou des rochers qui recouvrent généralement le premier plan. Les bibliographes hollandais de Jongh, Schrijver (Scriverius), Seiz, Scheltema, de Vries, n'hésitent pas à attribuer la gravure du Liv7'e des Cantiques à Laurent Goster; et la plupart des bibliographes reconnaissent que les premiers livres xylographiques appartiennent aux Pays-Bas*.
Leipzig, R. Weigel, 1855-1856, in-8'>. — Monuments typographiques des Pays-Bas au quinzième siècle. La Haye, Marlinus Nijhoff, 1858, in-folio. — Verhandelung over den Oorsprung dcr Boeckdruck Kunst. Haarlem, 1816, in-8''. — Éclaircissements sur V Histoire de V Imprimerie. La Haye, 1843, in-8". — A. Bernard. De l'origine et des débuta de l'Imprimerie en Europe. Paris, 1855,in-S". —Pour de plus amples détails sur ces ouvrages, consultez le Catalogus Librorum, xv° sœculo impressorum qui in Bibliothecà Regiâ Haganà asservantur auctore J. W. Holtrop. Hagœ Comitum, 1856, in-8'\
* Un volume des plus rares, que l'on avait considéré longtemps comme xylographique, est le Spieghel van onser Behondenisse (le Miroir de notre salut) traduction hollandaise du Spéculum liumanœ Salvationis ; in-fol. 60 feuillets. Le texte de cette édition n'est pas xylographique, mais exécuté avec des caractères mobiles en métal fondu. Ce texte est d'un caractère plus petit que celui d'une autre édition hollandaise dont on connaît une dizaine d'exemplaires. Le papier, de fabrique brabançonne, a les mêmes fdigranes que celui qui a servi à rédiger des comptes et autres documents durant les vingt premières années du XV' siècle, papier que l'on voit encore dans les archives ecclésiastiques de Harlem ; la traduction hollandaise est écrite dans
Nous signalerons encore parmi les Monuments xylographiques des plus rares, V édition A rs moriendl, petit in-folio composé de 24 ff. imprimés d'un seul côté, J3 pour le texte et 11 planches; les pages de texte et les gravures sont entourées d'un triple filet noir, à l'exception des 11*. lô et 17, qui n'ont qu'un filet double.
Les gravures sont d'une exécution artistique et ont, sans les filets, une hauteur de 200 à 205 millimètres, et une largeur de 1 45 millimètres, le papier a pour marque la tête de bœuf.
Le texte du premier feuillet se termine par : « Pmo ut credat sicut bon^ » ; l'édition n'a pas de signatures.
Sotheby, Ebert et Hetnecken n'ont pas vu cette édition; et la Bibliothèque nationale, qui possède cinq
le pur dialecte de la Nord-lIoUande, Ici qu'il se yjarlait dans ces contrées à la fin du xv« siècle ou au commencement du xvi«.
Voici une indication de quelques autres productions xylof^raphiques:
Enlkrisl (ou Liber de Anlichrislo), in-fol., 27 feuillets imprimés d'un seul côté ; figures et texte allemand gravés sur bois. Voir le Manuel du libraire, 1800, t. 1", col. 515 ; Falkenstein, p. 20-27 ; la Bibliolheca Spenseriana, I, xxx, M. Olfen a inséré dans les Mémoires de V Académie de Berlin, 1840, un travail sur le livre de l'Antéchrist et sur les quinze signes précurseurs du jour du jugement.
Le curieux ouvrage d'HARTLiEB : Die Kunst Cyromantia (VArt de la chiromancie), in-fol. sans date. Des figures sur bois représentent des hommes pendus, assassinés ou arrosés d'une pluie d'or, etc., le tout conformément aux pronostics que révèle la disproportion des lignes de la main.
Un Exercicium saper Pater noster ou paraphrase de rOraison dominicale, 10 feuillets.
Les Sept péchés capitaux (en hollandais), 7 feuillets.
Un Ilorarium ou livre de prières dont il ne reste que des fragments.
Le Zeitglocklein ou Petite horloge, 10 feuillets. Les 14 premiers renferment 28 figures ; les deux derniers n'offrent que du texte. Presque tous les sujets sont empruntés à l'histoire de la
éditions de celte xylographie, n'en a aucune que l'on
puisse lui assimiler.
En résumé, les débris de Tancienne xylographie, de cette sœur aînée de l'Imprimerie, employée à l'enseignement religieux et moral d'une génération pour qui tout autre livre eût été inintelligible, sont de la plus grande rareté.
Lorsque Gutenberg eut appliqué son procédé d'impression et que ce procédé eut été popularisé, d'abord par ses associés Fust et Schoiffer et ensuite par leurs imitateurs dans les différents pays, on reconnut promptement l'avantage de tailler à part, dans le bois ou dans le métal, des sujets isolés, qu'on pouvait placer à côté ou entourer des caractères nouvellement inventés.
Le plus grand nombre des incunables furent illustrés d'abord d'une seule gravure au commencement, en guise de frontispice, ensuite de quelques sujets placés en tôle de la première page et des principaux chapitres, enfin d'un certain nombre de scènes répandues dans le texte ou intercalées habilement dans les planches typographiques.
Passion. Dès le premier feuillet on voit TEnfant Jésus tenant un marteau pour frapper les heures sur une cloche suspendue près de lui.
Mirabilia Romx, sorte de guide du voyageur à Rome ; texte allemand, in-8, dont on ne connaît que quatre ou cinq exempl. ; DiBDiN l'a décrit, JEdes AUhorpianie, t. II, p. 188.
Der Beichtspiegel ou le Miroir de la pénitence, petit in-4» de 8 fts, sans chiffres, réclames, ni signatures. On en trouve la description accompagnée d'un fac-similé dans les Réminiscences of a lilerar]i lifede Dibdin, London, 1856, t. II, p. 962; et dans VHisloire de l'Imprimerie (en allemand), par Falkexstein, Leipsig, 1840, p. 42.
Planelen Buch ou Le livre des planètes, ïn-i", 6 feuillets, livret qui est annoncé au Catalogue Libri (1859, n"' 2807) comme inconnu aux bibliographes.
Les Figures du Vieil Testament et du Nouvel imprimées par Vérard, circa 1500, in-folio, sont un des magnifiques spécimens de cette illumination de gravures, où le peintre a perfectionné à sa guise l'œuvre du graveur. Ce livre de Vérard, renferme les quarante gravures de la Bible des Pauvres, plus un texte en français, le texte latin était sans doute intercalé à la main entre les gravures du livre xylographique original. Les bois qui servirent à l'impression des gravures de ce livre curieux eurent le même sort que ceux des premiers livres xylographiques. Ils furent dépecés et introduits plus tard dans d'autres publications, où ils n'avaient assurément rien à faire ; il s'en retrouve deux dans le Grand Voyage de Jérusalem*, imprimé à Paris par François RegnauU, in- 4"^, 1522. On ne les trouve pas dans l'édition de 1517, donnée par le même imprimeur.
< Ces livres, écrit M, Jules Le Petit, parurent en concurrence avec les xylographes, que l'on continua encore à fabriquer, à de rares intervalles, pendant plusieurs années. D'ailleurs, diverses copies des productions xylographiques se publièrent en plusieurs pays, les unes figures et texte gravés, mais dans des formats différents, les autres avec texte imprimé en caractères de typographie. »
* Dans ce livre hollandais, intitulé Die passijc ende dut liden ons heren ihesu, imprimé à ZwoUe, par Peter Van Os on 148{), in-4% on trouve répétée jusqu'à neuf fois la gravure formée du compartiment supérieur du fol. t.') et de la moitié de celui du fol. 20 de la Bible des Pauvres. Ces portraits de prophète, non seulement sont fort peu élégants, mais ils ne sont pas de la même hauteur. Le portrait emi)runté au fol. 21) et ajouté à droite, est plus haut que les deux autres portraits des prophètes dOsée et David.
20 CONNAISSANCES NECESSxURES
On sait que le mot incunable, dérivé du latin Incunabula-orum, berceau, couche, lit, Ab incunahilis, dès le berceau, est adopté en bibliographie, pour désigner les ouvrages imprimés avant l'an 1500.
Si l'on veut s'en tenir à un chifl're raisonnable, on peut évaluer, le nombre des éditions incunables à 14000 environ*; quelques-unes seulement sont précieuses, telles sont celles imprimées de l'origine de l'imprimerie à 1470, ainsi que les éditions originales des auteurs classiques, les ouvrages imprimés en langue moderne, et ceux dont les éditions se recommandent comme offrant les premières productions de Fart typographique dans telle ou telle localité : les in-folio consacrés à la scolastique, à la controverse, au droit canon ou romain, à la médecine, sont complètement délaissés, à moins que quelque circonstance exceptionnelle, le tirage sur vélin par exemple, ne leur donne du prix; et ce serait une bibliographie, aussi curieuse qu'utile, pour l'histoire de l'imprimerie, que celle qui serait consacrée spécialement à la description des incunables exécutés au xv^ siècle dans les villes de France, par ces ouvriers typographes ambulants qui, pour la plupart, avaient vu l'imprimerie à son berceau, soit à Mayence, soit à Strasbourg, soit à Bamberg, et quittaient l'Allemagne et venaient, avec leur petit bagage de caractères, de casses, de presses, offrir leurs services aux maisons religieuses ou autres**.
* Petit-Radel, dans ses Recherches sur les Bibliothèques, Paris, 4819, in-8», évalue à cinq millions environ de volumes, les productions typographiques antérieures à l'an 1500 ; nous croyons ce chilïre exagéré d'un tiers.
** Consulter à ce sujet : Beuguem (Cornélius à). Incunabula
Les premiers imprimeurs, ainsi que nous l'avons mentionné dans le précédent volume, ne tiraient pas, en général, plus de trois cents exemplaires d'un ouvrage. Le papier, le parchemin, la presse, les enlumineurs, les correcteurs nécessitaient de grandes dépenses; de là la rareté, la cherté même des livres en première édition. On imprimait tout au plus trois cents feuilles par jour; cette petite quantité procédait du défaut des presses, qui n'avaient ni la mobilité, ni le roulement des nôtres. Il est probable qu'on en employait plusieurs pour l'impression d'un même ouvrage.
Un des incunables les plus remarquables est la Biblia sacra latina e versione et cum prœfatione S. Hieronimi, -S. l. n. d. (Moguntiœ, per Gutenberg* et
typograplih-e sive Catalogiis librorum scriploriunque proximis ab invenlionc Typofjrapliiœ annis, usqxie ad annum Christi M. D. inclusive, in quavis Linguà edilorum : Opiisculum sœpius expelituni, Nolisque historicis, chronologicis et crilicis intermixtum.... Amslelodami, apud Io.\Volters.1688, in-i2. — IIain (Ludovicus). Hepertoriinn bibliographicum, in quo libri omnes ab arte typographica inventa ttsqiie ad annum MD typis expressi ordine alphabetico vel simpliciter eniunerantiir, vel adcuralius reccnscnlur. Sumtibus J.-G. Cottaî Slultgartia3 et JuL Renouard Lutetiœ Parisiorum. 1851-1858, 4 vol. in-S°; et Maddex (J.-P.-A.). Lettres d'un bibliographe. — 1™ Série. Versailles, Aubert.1868. — 2" Série. Ibid. 1875. — 3« Série. Ibid. 1874. — 4% 5« et G" Séries. Paris, Leroux. — Ensemble G vol. et atlas.
* La première mention positive du nom de Gutenberg comme . typographe date de 1474. Elle se trouve dans une Chronique anonyme des souverains pontifes et empereurs, imprimée à Rome par J.-Ph. de Lignamine, auteur présumé d'une partie de cette chronique. Sous l'année 14M), Tauleur enregistre ce fait : « Jacques (sir) Gutenberg, originaire de Strasbourg (sic), et un autre appelé Fust, très habiles dans l'art d'imprimer avec des caractères de métal sur parchemin, impriment chacun {quisque eorum) trois cents feuilles i)ar jour, à Mayence, ville d'Allemagne. » Ce passage, devenu célèbre, est très important pour l'histoire personnelle de Gutenberg, en ce qu'il constate qu'après sa séparation de Fust il continua de diriger un établissement
Fust, circa 1450). 2 vol. in-fol., 524 et 517 feuillets. Celte première édition de l'Ecriture sainte, le premier livre exécuté en caractères de métal par Gutenberg et Fust, est généralement connue sous le nom de Bible Mazarine, parce que le premier exemplaire connu est celui qui figurait dans la bibliothèque du cardinal Mazarin (voir fig. J49, tome deuxième). Cette édition est imprimée à deux colonnes, en lettres dites de forme. Chaque colonne contient 42 lignes de texte, sauf pour les neuf premières pages, qui contiennent 40 lignes, et la dixième 41 lignes. Quelques bibliographes la citent sous le nom de Bible de i2 lignes.
On ne connaît que sept exemplaires sur vélin de ce précieux monument de l'imprimerie. L'exemplaire de la vente Perkins, vendu en 1875, et adjugé au prix de 85000 francs, avait quatre feuillets refaits (officiellement annoncés) et de nombreux raccommodages. Cette première édition de la Bible est un véritable chefd'œuvre de typographie. Le prix atteint en vente publique à Londres, il y a quelques années, pour un aussi bel exemplaire a été de 5950 1. st. (99 725 francs).
Le livre le plus précieux de la collection du comte d'Ashburnham * (vendue à Londres en 1897) était un exemplaire de cette Bible sur vélin. Cet exemplaire est orné de 125 lettrines admirablement enluminées, et les
indépendant et très actif; mais il n'est d'aucun secours pour la solution du problème touchant l'invention de l'imprimerie dont il ne dit mot, contrairement à ce que prétend M. Van der Linde qui veut y trouver ce qui n'y est pas (voir p. 77 de son ouvrage sur Gutenberg).
* C'est le quatrième duc d'Ashburnham né en 1797, qui commença dès l'âge de dix-sept ans à former cette bibliothèque, qu'il ne cessa un seul instant d'augmenter jusqu'à sa mort (1878).
marges en sont décorées de la façon la plus riche ; l'importance et l'intérêt d'un tel livre n'ont pas besoin d'être démontrés, et sa rareté ressort suffisamment de ce fait que, depuis trente ans, trois exemplaires seulement ont passé en vente publique*.
La force et la beauté du vélin, et du papier pour les exemplaires qui en ont été tirés, l'éclat de l'encre, la régularité du tirage, font de ce volume un monument admirable du degré de perfection que, dès son origine, l'art typographique sut atteindre.
Sous le rapport de la priorité, il faut placer, avant celte Bible, un placard qui fut exécuté en 1 454, conte-
* A la vonlo de la bibliothèque du comte d'Ashburnham, célèbre à plus d'un titre, d'abord par l'importance et la valeur exceptionnelles des collections qu'elle comprenait; puis parce qu'elle avait contenu, pendant un trop long temps, les plus précieux des livres et des manuscrits dérobés par Libri* tant à la Bibliothèque nationale qu'à la Mazarine, aux bibliothèques de Troyes, de Grenoble, de Carpentras et à tant d'autres, les prix d'adjudication ont été très élevés. En voici quelques-uns :
Fabnlx et Vita, d'Esope, édition d'Augsbourg, 1525 francs, Historia ilel popolo fiorentino, de l'Arélin, Venise, 1470, 1850 francs; Elhique, d'Aristote, traduite en latin, Oxford, 1479, 5025 francs; Fabulse ilalirx, Naples, 1485, 5075 francs; Anlhonii Andrée... super duodecim libros melaphysice qiiestiotiibiis, Londres, Letton, 1480, 5775 francs; Aristotc, Opéra varia, sur parchemin, imprimé à Venise par André d'Asula, en 1485, 20000 francs. Dame Juliana Barnes, Jiook of Hawking and Hauniing, en 12 éditions dilTérentcs, 50000 francs : Biblia Pauperum, 26000 francs; Dirts or Sawings of the Philosophers, 53000 francs ; Don Quichotte, première édition anglaise, 2658 francs; le même ouvrage, 2" édition, 700 francs (avait été acheté 70 francs, en 1800).
* L'aïeul du comte les avait achetés à Libri, après que cchii-ci se fut réfugié en Angleterre, et ils restèrent longtemps en sa possession. Mais on sait que M. Léop»jld Delisle, grâce à de patientes négociations, où les échanges i)iirenl une assez grande place, réussit à faire rentrer en France la plupart de ces livres et manuscrits, et que les vides faits dans nos collections nationales, par i'improbité de Libri, sont aujour- «l'hui à peu près comblés.
nant : Nicolai Pontlf. Max. Litterœ Indulgentiarum pro regno Cypri. Le pape Nicolas V avait, le 12 août 1451, accordé des indulgences aux fidèles qui aideraient de leur bourse la cause du roi de Chypre menacé par les Turcs; il s'ensuivit que des Lettres cf indulgences furent imprimées à Mayence en 1454 et 1455 (voir fig. 126, 127, 138, tome deuxième).
M. Léon de Laborde, dans un travail paru en 1840, à Paris : Début de Vimprhnerie à Mayence et à Ba.mberg, ou descriptions des Lettres d'indulgences du pape Nicolas V, constate l'existence de dix-huit exemplaires différents des Lettres d'indulgences. On n'en connaît, dit-il, que cinq épreuves; mais, comme il y a dans ce nombre deux tirages différents, le chiffre des éditions se réduit réellement à trois, et il assure qu'il n'existe que deux exemplaires de l'édition dite de 51 lignes*. Nous citerons aussi le Psalmorum Codex, Moguntiœ, J. Fust et P. Schoiffer, 1457, qui est le premier livre imprimé avec date ; il est presque aussi rare que le Psalterium de 1459**, dont on connaît dix exemplaires, tandis
* Ce ne fut pas d'après la bulle d'indulgence accordée par un pape que se vendirent à cette époque les indulgences, comme tant de personnes le croient, mais bien d'après la délivrance du diplôme octroyé par le roi de Chypre. Cf. les historiens cités par Bergier sur cette matière, Dictionnaire de théologie, verbo Indulgences; et institution des indulgences, médailles du pape Pie VIII, Numismata pontificiun, du père Dumolinet, in-folio, pi. XX, n° 5. Dans celui de Bonanni, Histor. summ. pontificum comprobata numism. in-folio, médailles de Pie VIII, et les diverses publications de la Vie des papes, par Ciaconius, Palatius, les BoLLANDiSTEs, au nom de ce pontife.
** Deux feuillets du Psalmorum Codex de Mayence, 1459, furent sauvés de la destruction par M. Renouard qui les avait décollés d'une reliure en bois des Clémentines de 1460; et les conservait comme un curieux spécimen des deux fameux Psaultiers de
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qu'on ne signale que huit exemplaires de celui de 1 457 (voir fig. 14() et 147, tome deuxième). L'exemplaire Thorold (édition de 1459), après une lutte des plus acharnées, a été adjugé, il y a quelques années, au prix de 4950 1. st. (125 750 francs), à un libraire de Londres. C'est le prix le plus élevé qu'ait jamais obtenu un volume isolé; on s'attendait à voir ce monument . typographique payé au plus 5000 1. st. (75.000 fr ).
Un autre incunable du plus haut intérêt se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris; c'est un almanach ou annuaire de l'an 1457, qui fut découvert par G. Fischer parmi les papiers mis au rebut provenant des archives de Mayence (voir fig. 8).
La question de l'invention de l'imprimerie par Gutenberg a été discutée à nouveau en 1897.
D'après M. Gilliodts van Severen, conservateur des archives de la Bibliothèque de Bruges et auteur du volume rCEuvre de Jean Drito, prote typographe bourgeois, c'est Jean Brito de Bruges qui, le premier, aurait imnginé de graver en relief des poinçons, d'en frapper des matrices et d'y couler des caractères par la fonte : ce fut la création du livre imprimé.
Dans la galerie d'exposition de la Bibliothèque
Mayence, 1457 et 1459, volumes tellement rares, écrivail-il, qu'ils n'ont pu tHre vus et examinés que par très peu de personnes, bien qu'il n'y ait apprenti en bibliographie qui n'en ait entendu vanter la rareté et l'importance. A ces feuillets, il avait ajouté une exacte copie gravée de la souscription de l'édition de ii[H). Nous ignorons ce que ces précieux leuillels sont devenus.
nationale de Paris, au milieu des incunables sortis des presses de Colard Mansion, une modeste place est attribuée à un livre ainsi désigné au catalogue : « Gerson. — Copie de deux grands tableaux, Bruges. Impr. par Jean Brito; in4" ». Ce volume de 52 feuillets est l'unique exemplaire complet d'une édition du Doctrinal de Jean Gerson, le célèbre chancelier de l'Université de Paris, mort en 1429. Quelle que soit la valeur des richesses bibliographiques qui l'entourent, il mériterait, selon M. Gilliodts van Severen, la place d'honneur. C'est le premier livre imprimé en caractères mobiles de fonte qui soit parvenu jusqu'à nous. Ce livre, dont V Illustration a donné un fac-similé dans son numéro du 19 mars 1897 (voir fig. 9), remonterait au moins à 1445, et serait l'ancêtre direct des millions de volumes qui ont été imprimés depuis. Pour les besoins de son commerce, par souci de sa réputation, par fierté de sa découverte, Jean Brito, quand il publia vers 1445 le Doctrinal de Gerson, affirma sa qualité d'inventeur. Sa parole de bonne foi ne fut pas contredite par sesconcitoyens, dont il conserva l'estime jusqu'à sa mort. Aujourd'hui l'opinion publique, habituée au nom de Gutenberg, n'apprendra certainement pas celui de Brito ; mais les bibliographes mettront peut-être trop d'obstination à le méconnaître.
Après ces quelques renseignements relatifs aux xylographes et aux incunables, revenons à ce qui forme le but principal de ce Chapitre : La décoration intérieure des Livres. Parmi les livres illustrés du
A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE NEUVIEiME. 29
xv^ siècle, le livre si rare intitulé Defensorium Virginilatis Manœ Virginis, imprimé en Allemagne vers 1470, est illustré de cin([uantc-trois planches, intéressantes au point de vue de l'histoire de la gravure sur bois, dans les premières époques où elle fut employée à côté de la typographie. Cet ouvrage, où l'auteur expose les plus curieuses raisons tendant à défendre la conception immaculée, a figuré à la vente Solar, où il fut décrit sous un autre titre, que lui donne aussi le Manuel du libraire de J.-Ch. Brunet, Historia Virginis Mariœ, exemplis naturalibus comprobata et figuris ligno incisis represcntata. Ce livre rarissime a fourni, en 1853, la matière d'un article intéressant inséré au Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire] c'est évidemment l'un des premiers livres imprimés avec gravures, en caractères mobiles. Le plus ancien connu est l'ouvrage de Turrecremata, Meditationes, imprimé à Rome, par Ulrich Han, en 1467, qui a le très grand avantage d'être daté et d'olfrir par conséquent un document certain, précis, pour l'histoire de la gravure dans les livres. Il contient trente-quatre gravures sur bois.
Nous citerons aussi le Rosanum beaise Marisa Virginis, de format in-10, orné de remarquables figures sur bois de l'école de Cologne, et imprimé à Gouda, chez Gérard de Leeu, en 1479 : c'est un fort curieux spécimen des premiers essais de gravure en petit format, peutêtre môme le premier*; le fameux ouvrage mystique
* Ce petit volume a été décrit longuement par M. Campbell, dans SCS Annales de la typographie néerlandaise, qui le considérait comme une insigne rareté.
Uinerarium bealœ Mariœ Virginis, imprime vers 1485, à Memmingcn, par Albert Kune, et renfermant des gravures sur bois d'un dessin remarquable; puis les apologues de Bidpay, Directorium hiimayicc vitœ, traduction latine de Jean de Capoue, imprimés à Augsbourg vers 1 480, l'un des plus anciens recueils de fables ornés de gravures sur bois (ces deux derniers ouvrages, illustrés par des artistes allemands); enfin comme spécimen de l'art italien dans les mômes années, les Opiiscula de Philippus de Barberiis, publiés, et sans doute aussi imprimés, par Philippe de Lignamine, à Rome en 1481. Cet ouvrage, rare autant que célèbre, parce qu'il renferme des planches gravées en relief sur métal, contient en 29 figures la représentation des 12 prophètes, des 12 sibylles, de 5 autres personnages, savoir: Proba Falconia, le Christ, la Vierge, saint Jean- Baptiste et Platon.
La gravure sur bois prit un essor rapide vers la fin du xv'' siècle, les artistes les plus remarquables concourent à l'ornement et à l'illustration proprement dite du livre, en traitant toutes sortes de sujets, les plus extraordinaires comme les plus fantaisistes, et cela non seulement dans une région, en Allemagne, mais aussi dans toute l'Europe latine, en France, en Italie, en Espagne, en Hollande. Le livre s'anime alors sous l'expression des dessins et des ornements; il s'imprègne d'art, il s'impose en même temps qu'il fait connaître et apprécier ces maîtres qui ne dédaignaient pas de devenir de puissants ymaigiers.
Les débuts mômes des images dans les livres ont été assez modestes; les imprimeurs, dès l'origine, au
lieu de confier à des artistes de profession et de talent l'exécution de la gravure des planches, se contentaient d'en charger des tailleurs de bois.
« Cette assertion, selonM. Ambroise-FirminDidot,est môme confirmée à l'inspection du premier livre imprimé typographiquement par Pfîster, les Fables de Boner, oîi, sur la première planche, on voit des enfants ne se distinguant guère des singes que par le costume. Dans les livres imprimés par Bœmler et Antoine de Sorg, dès 1477, les figures sont tout aussi grossièrement exécutées.
« L'art de tailler le bois nous montre un véritable progrès dans les planches qui ornent le Voyage en Terre Sainte de Breydenbach, imprimé en 1486, à Mayence, par Erhard Reuvvich....
« Dans la Chronique de Nuremberg, li92, la rudesse de la taille du bois ne difl'ère guère de ce qu'elle était à l'origine de la gravure (voir fig. 100, tome deuxième). On remarque cependant dans quelques planches une certaine entente de l'effet, c'est-à-dire d'ombres fortement accusées par des tailles plus épaisses et plus serrées, afin de donner du relief aux objets. Mais le peu d'art et de science du dessin et l'inhabileté de l'exécution font de cet ouvrage (qui fut le précurseur de rillustration), plutôt un livre d'images que d'art. Les gravures au nombre d'environ deux mille sont de Wohlgemûth et de Pleydenwurff. »
La gravure sur bois se développa presque simultanément en Italie, en France, en Allemagne.
C'est à Lyon, en 1482, que la traduction du Belial qui porte pour titre : Le procès de Déliai, procureur de
VEnfer^ etc., le plus ancien livre en langue française orné de gravures sur bois, a été imprimé. Comme nous l'avons déjà mentionné, les premières gravures sur
CP^eetro^graw.
Fig. 10. — Les troys grans. (A la fin) : Cy finent les troys grans.
C'est assavoir Alexandre, Pompée et Charlemaigne. S. 1. n. d.
Pet. in-i° goth. de 9 fF., fig. sur bois.
Monologues dans lesquels Alexandre, Pompée et Charlemagne
exposent les principaux événements de leur vie. Chaque monologue est précédé d'une figure sur bois. Lyon, li90 (?).
bois ne servirent qu'à imprimer les contours des figures, ces dernières étaient souvent remplies au moyen
de couleurs vives, opaques, posées en gouache. Tels étaient la plupart des livres d'heures illustrés et coloriés, comme ceux de Vérard, de Geofroy Tory, etc. Les gravures de quelques ouvrages, et en particulier des livres d'heures, n'ont pas été exécutées dans le sens du livre, d'après son texte ou en harmonie avec l'ensemble typographique; les imprimeurs utilisaient les planches xylographiques qui existaient alors, faites bien antérieurement à l'impression môme du volume; ils en adaptaient les bordures, ils en prenaient les sujets qui paraissaient le mieux convenir et bloquaient le tout dans le texte. Dans ses travaux, Berjeau mentionne que ce procédé fut fréquemment employé en France, en Allemagne et en Hollande, tandis qu'il est assez rare en Italie.
On ignore les noms des premiers graveurs sur bois de notre école française qui n'était nullement éclipsée par les autres écoles, et rivalisait de facture, de composition et de technique avec elles.
C'est en Italie que la gravure sur bois fut réellement pratiquée avec art, et les productions de ce pays méritent d'ôlre citées. .M. le vicomte Henri Delaborde a consacré tout un travail, aux livres illustrés qui ont été imprimés et publiés à Venise.
« Considérées dans leur ensemble, écrivait-il, les nombreuses gravures en bois publiées à Venise à partir de l'année 1490 attestent chez ceux qui les ont faites une singulière intelligence des combinaisons ornementales et, de ce côté, des ressources d'imagination que les estampes florentines elles-mêmes ne permettent, ni aussi généralement, ni aussi sûrement, de constater. Les
Sk CONNAISSANCES NÉCESSAIRES
lettres capitales entremêlées de figures fantastiques ou réelles, les frontispices ou les encadrements de page, les marques d'imprimeurs même*, ont dans les livres vénitiens une richesse et une élégance telles, que l'intérêt qu'on y prend équivaut presque à celui qu'excitent d'ordinaire des images formellement vraisemblables et des sujets nettement définis. D'ailleurs, si la gravure en bois à Venise doit en grande partie sa prééminence à l'habileté avec laquelle elle est pratiquée dans le domaine de la pure décoration, il ne s'ensuit pas, tant s'en faut, qu'elle soit inférieure à elle-même là où il s'agit de traduire des scènes d'une physionomie moins arbitraire, ou de représenter des personnages contemporains. Que de compositions savamment calculées à côté de ces témoignagnes, si libres en apparence, du caprice! Que de figures absolument vraies ou finement expressives en regard de ces associations d'animaux chimériques, de plantes empruntées à une flore imaginaire, de fragments architectoniques choisis pour le simple amusement du regard ou pour les besoins de la ligne! Même abstraction faite du surcroît d'importance que leur donnent les ornements typographiques dont ils sont enrichis, même à ne tenir compte que des estampes proprement dites qu'ils renferment, les livres publiés à Venise aux approches ou au commencement du
* Il nous suffira de citer, entre bien d'autres, les marques de Lucantonio Giunta, d'Aide l'ancien, d'Ottaviano Scoto, de Battista de Tortis, de Giorgio Rusconi, de Gregorio de Gregoriis, enfin et surtout un véritable chef-d'œuvre en ce genre, la grande marque en blanc sur fond noir placée au commencement des Enneades seu Rhapsodiœ historiarum de Sabellico, imprimées en 1498.
Fig. 11. — Frontispice de la Commcdia di Dante. Venise, 1491. V 5*
VMANA COSA EIHAVER COi\iP ASSIGNE
A GLI AFFLrm. c corne che adafchcna proiuûia
beneachoJoromaflîraaméte erichieftoliquali ginh.i
no di conforto haauto miileri: & ha'nolo tiouato in aJ
cano fra liquali Ce aJcuno mai nebbe:ogIi fu caro o ma
ncriceuctepiacerc.Iofonoimodi queTîi pcioche dal
h mia prinu giouenerza infino a qacfto tempo :oltra
modoeflcndoftato accêfodaaldfljmo &:iiobiIeamo
refbrfepiu affaichelJa miabafla condidonc non parc
be narrîndolo io fi richicâefTctqL'anrunque doppo/
'coloro chedifcrtticianot&aJIacuinondapaéncrione fufli lodato 5c da nioll
to piu reputato. Non dimcno nu fu cgii ai gridiffima fatica a fo!vrire:c«To ^
non percrudelta délia donna amata:maper foucchioamore ncl!a incnrc con (
cepto dapocho regolato appetito .iiquale perdo aniunoregoî.-'to côueneuo^
le termine milafdacontcnto ftatcpiu di noiachedibifogno nôcrarpclTcuol^
te fentire mi facetta. Nella quai 'noia tanto refrigcrio mi por/eio li piaceuoli
xagionamcmidalamoamico&Ie deledenolefuc côfôlatiôe che io porto fèr^
Fiî. 12.
Frontispice du Déramcron. Venise, 1492.
xvi'^ siècle méritent d'ôtre classés au premier rang parmi les œuvres en ce genre que nous a léguées l'art italien. Et ce n'est pas seulement à l'époque des débuts, c'est aussi dans la période suivante, au temps de Titien comme au temps de Jean Bellini, que les progrès de la gravure en bois se déterminent ou se continuent, et que les preuves de talent se multiplient à Venise avec plus d'éclat que nulle part ailleurs en Italie.
« Dans les livres publiés à Florence, non seulement la plupart des vignettes jointes aux Traités ou aux Sermons de Savonarole sont gravées avec ce parti pris de chiaro-scuro, avec ces oppositions systématiques de tons foncés dans les terrains ou dans les fonds, et de corps en pleine lumière*, mais les planches que contiennent des livres publiés à Florence après la fin du xv^ siècle sont conçues dans le môme esprit et gravées suivant les mômes procédés. Celles qui accom-
* Entre bien d'autres planches traitées de la même manière, il suffira de citer celle qui représente Jésus-Christ au jardin des Oliviers et Le Portement de croix dans le Tractalo o vero sermone délia oralione, imprimé à Florence par Antonio Mischomini, 1492; La Mort planant au-dessus de quatre figures étendues à terre, la Mort montrant d'une main le ciel et, de Vautre, V enfer à un jeune homme; Un Mourant assisté par im moine dominicain, dans le Discours sur Vart de bien mourir, discours dont Savonarole luimême avait recommandé l'impression, dans la péroraison du premier de ses sermons sur Ézéchiel pendant l'Avent de 1496, en insistant « pour qu'on y ajoutât des figures, alin que les Florentins pussent se pénétrer des vérités ({u'il avait mises en lumière »; enfin Un Fidèle priant dans une chapelle et Un homme et une femme en prière devant un autel, dans le Traité de Voraison mentale. Tous les détails relatifs à la publication des divers opuscules de Savonarole et aux vignettes dont ils sont ornés ont été d'ailleurs soigneusement recueillis par M. Gustave Gruyer dans un ouvrage intitulé : les Illustrations des écrits de Jérôme Savonarole, Paris, 1S79, et le mieux est de renvoyer, pour plus d'informations, le lecteur à cet ouvrage tout spécial.
pagnenl le texte d'un ouvrage imprimé en 1508, le Quatriregio* par Federico Frezzi, évoque de Foligno, fournissent un témoignage concluant de cette permanence de la tradition et de l'empire qu'elle exerçait encore sur les graveurs florentins contemporains d'Albert Durer et de Marc-Antoine.
« L'ouvrage de l'évêque de Foligno n'a d'autre importance, et ne peut garder aujourd'hui d'autre valeur, que celle qu'il emprunte des élégantes vignettes dont il est orné. A peu près calqué sur le plan de la Divine comédie, il consiste dans le récit, d'ailleurs singulièrement diffus, d'un voyage imaginaire à travers les « Quatre Règnes » de l'Amour, de Salan, du Vice et de la Vertu. De là, dans chacune des cent vingt-cinq compositions qui servent de commentaire au texte, la présence obligée du personnage aux yeux duquel les scènes décrites sont censées s'être successivement offertes; mais malgré celte exigence sans cesse renouvelée du sujet, nulle monotonie dans l'ordonnance; nulle trace d'embarras non plus chez le dessinateur pour conserver à la fois au héros de ces aventures surnaturelles son rôle nécessaire de spectateur, et aux groupes ou aux figures qui l'entourent leur dignité idéale ou, le cas échéant, leur difformité caractéristique. Vertus ou Vices, Anges ou Démons, tous ont leur physionomie propre, malgré Texpression d'élégance qui leur est commune, malgré
* Quatriregio del decorso délia vila humana di Messer Federico faire delV ordine di Sancto Domenico eximio maestro in sacra theologia et gia Vescovo délia cipta di Fuligno, in-fol. On lit sur le recto du dernier feuillet : Finisce el libro decto el Quatriregio... impresso in Firenze a di XXVI di Luglio M. D. VIII. Ad petitione di Ser Piero Pacini di Pescia.
A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE NEUVIÈME. 39 ce je ne sais quoi d'inévitablement raffiné dont l'art florentin quattrocentista fait la marque de ses moindres œuvres, et qu'il apporte jusque dans l'imitation des réalités vulgaires, jusque dans l'image de la laideur. On dirait qu'en traçant ces scènes d'un style si tempéré que les hôtes de l'enfer eux-mômes semblent craindre de s'y montrer terribles, le dessinateur ait pris à tâche de revêtir une leçon mystique des formes les moins contraire aux séductions mondaines, et que, chez lui, le besoin de plaire au regard ait, au fond, (nielque peu prévalu sur l'intention de provoquer une émotion morale. Sans doute, ce n'est pas ainsi que l'entendaient, au XIV® siècle, Giotto et Orgagna, et l'on serait bien mal venu à chercher dans les vignettes du Qualriregio quelque chose des austères inspirations que traduisent les fresques de V Arena^ à Padoue, ou le Triomphe de la \fort, au Campo Santo de Pise; mais on y trouve ce que Botticelli et les autres artistes de son temps et de son pays mettaient dans leurs aimables ouvrages, le sentiment de l'exquis en toutes choses, une intelligence pénétrante de la dignité sans emphase et de la grâce sans afféterie. Aussi le souvenir de Botticelli et de l'influence qu'il a exercée sur les peintres et sur les graveurs de son époque semble-t-il tout naturellement devoir être évoqué ici. Nous n'oserions dire qu'il a, de sa propre main, dessiné ces vignettes, mais il en a tout au moins préparé l'exécution par ses exemples, et peutêtre y a-t-il directement participé par ses conseils*. »
* En tout cas, l'intervention de Botticelli pourrait être supposée ici avec plus de vraisemblance que celle de Luca Signorelli dont on a quelquefois prononcé le nom à propos des planches du Quatriregio, bien que la manière accoutumée du peintre de
N'est-ce pas également au groupe des élèves ou des imitateurs du maître que se rattache l'auteur d'une gravure en bois détachée, dont la seule épreuve que nous connaissions appartient à notre Bibliothèque nationale, et qui représente le Jeune Tobie et Y Angel Quelle que soit au point de vue de l'exécution matérielle l'imperfection de son œuvre, ne semble-t-il pas que le graveur l'ait conduite sous l'empire des préoccupations communes à la plupart des artistes florentins contemporains de Botticelli, et ne saurait-on dire que, comme les vignettes des livres, cette modeste pièce volante mérite de figurer, ne fût-ce qu'à titre d'appoint, dans la somme des témoignages les plus significatifs?
Une fois l'exemple ainsi donné, d'autres publications suivirent, dans lesquelles les caractères distinctifs de la gravure en bois florentine se manifestent ou se confirment sous des formes d'autant plus intéressantes que les premiers essais du moyen étaient plus récents encore et les progrès en voie de s'accomplir moins compliqués de ruses ou de traditions techniques. Il va sans dire que l'on ne saurait prétendre dresser ici la liste complète de ces diverses publications ; nous nous contenterons d'en indiquer quelques-unes parmi les plus remarquables et de résumer ainsi dans un petit nombre de types les doctrines et les coutumes adoptées,
Cortone n'autorise guère un pareil rapprochement. Et d'ailleurs le témoignage matériel sur lequel on s'appuie, l'argument tiré des deux lettres L. V. inscrites sur la première planche et que l'on a cherché à expliquer par Luca Ventura (Luca Signorelli était fils d'Egidio Ventura Signorelli), nous paraît peu concluant. Les rares ouvrages que le maître a signés portent ces mots : Lucas Cortonetisis. Aucun, que nous ne sachions, n'est signé Luca Ventura.
Fig. 13. — Gravure tirée du Fasciculus medicina. Venise, 1495. V G
Fig. 14. — Gravure (Théâtre antique) du Térence de 1499.
pour l'illustration des livres, par les graveurs en bois qui travaillaient à Florence vers la fin du xv« siècle.
Dans son étude : Les Missels Vénitiens*, M. le duc de Rivoli a traité, avec une grande compétence, l'illustration de ces beaux livres.
« Le premier Missel illustré que nous ayons à signaler, écrit-il, est un Missale Romanum, 4", imprimé, le 20 décembre 1481, par Octaviano Scoto; la Crucifixion dont il est orné est des plus médiocres. Parmi les meilleures qui aient été données avant 1500, soit pour l'originalité de la composition, soit pour la finesse de la taille, nous citerons la Crucifixion d'un Missale Romanum, 8", 1490, J.-B. Sessa, exécuté dans le style allemand; — ccWe à' un Missale Romanum, 8", 1«"' décembre 1495, Hcrzog de Landvia; vignette très soignée, relevée de légères hachures traitées avec une grande finesse; — celle d'un Missale Romanum [glagolitice], 4", Franccsco Bindoni et Mafeo Pasyni ; l'ouvrage est de 1528, mais la gravure avait été publiée déjà dans le Processionariwn ordinis Fratrum Predicatorum, 4"*, 1494, Émeric de Spire; bien que manquant un peu de finesse, elle rappelle, par sa facture exclusivement au trait, les plus jolies gravures des premiers tailleurs sur bois vénitiens; — la Crucifixion du Missale Romanum^ %", 31 janvier 1497; Simon Bevilaqua, copie de la précédente, de qualité égale et n'en difl'érant que par de petits détails; — enfin la Crucifixion du Missale Romanum, folio, 29 mai 1499, Georges Arrivabene; la plus
Cf. Les Missels Vénitiens. — Descriptions, illustrations, bibliographies.— L'art de la gravure sur bois à Venise, de I 4S0à iOOO, par le duc de Bivoli. — Paris, J. Rothschild, 18U0, in-folio, avec 5 planches et 560 gravures.
belle et la plus importante de cette période, la première où nous voyons le personnage de Madeleine avec la Sainte Vierge et saint Jean au pied de la croix de Jésus. »
Pour l'intelligence de notre travail, beaucoup d'autres volumes seraient à décrire, tant sur la gravure des livres dans la seconde moitié du xv« siècle que sur l'art des siècles suivants. Mais nous devons nous borner à citer seulement, d'après le travail de M. Jules Le Petit que nous avons mentionné précédemment, les principaux ouvrages, de différentes dates, comme autant de jalons qui peuvent nous guider à travers des époques encore trop peu connues.
« La belle édition de la Commedia di Dante col commento di Christophoro Landino, imprimée en liOl, à Venise, par Bernardino Benalii et Mattheo da Parma, est illustrée de charmants sujets de l'école vénitienne, gravés sur bois; ainsi que la Biblia latina, dite Bible de Mallermi, publiée également à Venise, mais chez Bevilacqua, et dont les jolies figures paraissent êtr« du même artiste, ou sont au moins de la même école que celles de la Commedia di Dante. Les superbes gravures du traité Délia vita monastica (de Beato Laurenzo Patriarcha), daté de Venise, 1494, livre inconnu aux bibliographes qui se sont occupés des œuvres italiennes de cette époque; et les belles et nombreuses compositions, attribuées justement à Benedetto Monlagna, qui ornent la fameuse édition des Métamorphoses d'Ovide [OvidiiMetarmophoses...) publiée à Venise, chez Georgius Busconibus, en 1498; le beau recueil de portraits accompagnés de biographies d'Andréas Fulvius,
Illustrium imagines, publié à Rome par Jacobus Mazocchius, en 1517, dont les figures sur bois sont d'un style et d'un dessin fort remarquables.
« Un des livres les plus importants de la fin du xv« siècle, Vllypnerotomachia... di Poliphilo^ ou Songe de Poliphile, de Franciscus Columna, première édition, imprimée à Venise par Aide Manuce, en 1499*, est ornée des splendides gravures sur bois dont on a faussement attribué les dessins à Giovanni Bellini, mais qui se rapprochent beaucoup, au point de vue du style, des figures des Métamorphoses.
c L'examen attentif de tous ces ouvrages d'artistes des différentes nations, prouve que si l'Allemagne persiste à revendiquer comme sienne l'invention de la gravure sur bois, cet honneur lui est disputé avec succès par les Pays-Bas et môme par l'Italie, qui ont droit d'ailleurs de se vanter d'avoir fait progresser cet art d'une façon éclatante.
« Une autre école, l'école de Bûle, s'éleva avec rapidité et produisit, avant la fin du xv^ siècle, plusieurs ouvrages remarquables, au point de vue du dessin et de la gravure. Le célèbre et bizarre ouvrage de Sébastien Brandt, Stultifera Navis, fut imprimé pour la première fois à Bâle parJohannis Bergman de 01pe,enl497. On trouve
* Cet ouvrage très singulier est écrit en langage pédantesque; à son sujet on peut consulter un excellent article de M. Renouard dans les Aiinales des Aides. Ce livre qui appartient à la classe des patois italiens, et qui devrait être rapproché des Cantici de Fidentio, est surtout remarquable par les grandes et belles figures sur bois qu'il renferme. Ces ligures, très nombreuses, passent pour avoir été faites d'après les dessins d'An- «Iréa Mantegna. Les exemplaires dont les gravures ne sont pas cartonnées doivent contenir la figure du sacrifice à Priape, intacte, et Terra ta.
dans ce livre original de magnifiques gravures sur bois dessinées avec beaucoup de talent et d'esprit satirique. Une seconde édition du môme ouvrage a été donnée par le même éditeur en 1498, avec les mêmes planches.
« Le Qitadragesimale novum de Jean de Meder, imprimé à Bâle, par Michel Furter, en 1495, avec de belles gravures sur bois non signées, mais certainement de la même main que celles de la Nef des fols ; — le fameux livre de prophéties intitulé Methodis primitm olympiade..., publié également par Mich. Furter, en 1498, et orné de 61 figures sur bois, qui doivent être du même artiste ; — et, parmi les ouvrages imprimés à Bâle au commencement du xvi« siècle, différents volumes contenant des figures sur bois d'après Urse Graf : laPassio Jesu-Chrisli, de 1509; leStultitiœ /<:n^s, d'Érasme, édition donnée par Ant. Froben, à peu près à la même époque; le Hortuhis anime, éditions différentes, de Strasbourg, Knoblouch, 1508, et de Bâle, Thomas Wolf, 1519, toutes deux avec figures d'Urse Graf.
« En Allemagne, avant la fin du xv^ siècle, avaient déjà paru plusieurs ouvrages illustrés de figures souvent aussi lourdement gravées que rudement dessinées, quoique d'un style original. Nous en avons cité précédemment quelques-uns des meilleurs. Rappelons ici le titre d'un des plus importants, qui a pour nous un grand intérêt, en ce qu'il est orné de figures par un artiste qui fut le maître de cet admirable dessinateur qui s'appelle Albert Durer. Nous voulons parler du livre célèbre connu sous le titre de Chronique de Nuremberg, de Hartman Schedel, imprimé en 1495, à Nuremberg, par Ant. Koberger, et dont le premier feuillet
Fig. 15. — Gravure tirée du Spéculum humanss vilae. Augsbourg, 1475 (?)
Fig. 16. — Gravure tirée des Métamorphoses d'Ovide. Venise, 1498.
Fig. 17. — Gravure tirée de la Bible de Mallermi. Venise, 1498. (Salomon dans son palais.)
A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE NEUVIÈME. 49 commence ainsi : Registntm hujus operis libri cronicarum cuin figuris et ymaginibus ah inicio mundi. Ce grand volume contient près de 2,000 gravures sur bois, d'après Michel Wohlgemiith, le maître d'Albert Durer, et aussi d'après un autre artiste moins connu, Wilhelm Pleydenwurff (voir fig. 100, tome deuxième). Le premier de ces artistes illustra aussi, quelques années plus tard, les œuvres de théAtre de la fameuse Hrosvitha, religieuse du x« siècle. L'édition parut à Nuremberg, en 1501, sous ce titre : Opéra Ilrosvite illustris virginis et fïionialis germane gente saxonica or te nuper a Conrado celle inventa. On attribue deux des sept belles figures qui ornent ce volume à Albert Durer.
« Albert Durer ne se contenta pas toujours de peindre ou de dessiner ses sujets. On connaît une Passion contenant 16 planches gravées sur cuivre par lui-môme, de 1508 à 1515. Nous citons cet ouvrage le premier, quoiqu'il ne soit pas le plus ancien du maître; mais c*est sans contredit son œuvre la plus précieuse et la plus recherchée. Le recueil le plus ancien en date qui ait été exécuté d'après ses dessins est de 1498; c'est une suite de quinze grandes planches in-folio, gravées sur bois, ayant pour titre Apocahjpsis cum figuris. Die heimliche Offenbarûg JohaTis. Il existe trois tirages de ces planches, ou quatre suivant d'autres, dont le plus récent porte la date de 1511. Ce maître dessina ensuite plusieurs Passions qui sont célèbres et bien connues : l'une, que l'on a appelée communément Petite Passion, gravée sur bois en 1509 et 1510, de format in- 4'', contenant 57 pièces; l'autre, beaucoup plus grande, de format in-folio, contenant douze planches aussi sur V 7
bois. Citons encore : Epitome in divœ parthemces mariae historiam ah Alberto Durera norico per figuras digestam, cum versibus annexis Chelidonii, suite de 20 belles grandes planches gravées sur bois de 1504 à 1511 ; et le splendide volume intitulé Revelationes sanctœ Brigittœ, imprimé à Nuremberg, par Ant. Kobûrger, en 1500, contenant 18 grandes figures pleines d'originalité et d'imagination, quoique moins bien gravées sur bois que celles de V Apocalypse.
« Albert Durer dessina encore de grands sujets pour le superbe ouvrage désigné sous le nom d'Arc triomphal de VEmpereur Maxhnilien /'^'\ qui fut commencé vers 1515 et ne parut qu'en 1559. Les planches, au nombre de 92, sont de différentes dimensions et toutes gravées sur bois. Elles furent exécutées non seulement d'après les dessins de Durer, mais encore sous sa direction. Aussi portent-elles plus particulièrement l'empreinte de son génie puissant, comme toutes celles auxquelles il mit lui-même la main.
« L'École allemande fournit, dans les premières années du xvi*' siècle, quelques artistes d'une vraie valeur^ contemporains d'Albert Durer. Nommons, entre autres, rians Scheufflein ou Scliaufelein, Hans Burgkmaier, Hans Springklée, puis les deux Lucas Granach, etc. Le beau volume de Pinder, Spéculum passionis domini nostri Jesu Christl, imprimé en 1507 à Nuremberg, contient 40 curieuses et grandes figures de Scheufflein et 57 plus petites; l'édition aussi publiée à Nuremberg, en 1519, du petit livre Hortulus animœ, renfermant de si jolies gravures sur bois de Hans Springklée ; et le fameux volume Spéculum patientiœy
Fig. 18. — Gravure sur lois, par Michel Wolilgemath,
Fig. 19. — Les cavaliers de l'Apocalypse, gravure sur bois, par Albert DQrer (U98).
de Jean de Tombaco, avec deux figures sur bois, souvent attribuées à Albert Durer, mais plutôt de Burgkmaier. A côté de cet ouvrage on doit citer le petit livre si rare illustré par Hans Burgkmsiier , Devotissime medilatlones : de vîta, bentpciis et passione salvatoris Jesu Christi, publié à Augsbourg en 1520.
« Quoique la Hollande n'ait pas eu, à cette époque, d'artistes bien remarquables, il ne faut pas oublier cependant de mentionner le nom de Walter Van Assen, qui montra dans l'illustration de quelques volumes un talent hors de pair. On peut s'en rendre compte en examinant trois volumes de cet artiste, savoir : YAlardi Passio Jesu Christi, imprimé à Amsterdam en 1523; YAlardi Ritus edendi, imprimé la môme année aussi à Amsterdam (volumes rarissimes, ornés de figures sur bois d'un grand style et qui passent pour les deux premiers imprimés dans cette ville) ; et enfin le Rosarium mysticum, publié en 1531, à Anvers, pour la première fois, avec de belles gravures sur bois très bien dessinées.
« L'école française de gravure ne présente rien de bien remarquable jusqu'à l'époque où les imprimeurs de Paris, les Vérard, les Simon Vostre, les Pigouchet, les Guillaume Lerouge, les Hardouin, les Kerver, et autres, dotèrent la France de ces beaux livres d'heures qui feront à jamais la gloire de la typographie française à la fin du xv'^ siècle et au commencement du xvi«. M. Renouvier cite un nom d'artiste. Mercure Jollat, qu'il suppose avoir collaboré avec ces imprimeurs célèbres, pour dessiner et graver les figures et les ornements de leurs livres. Mais il est bien probable que ces éditeurs intelligents, autant qu'érudits, étaient eux-mêmes des
artistes et que plusieurs d'entre eux ont dû exécuter, en tout ou en partie, les grands sujets et les encadrements de leurs splendides Heures, si recherchées aujourd'hui. C'est ce que M. Renouvier affirme d'ailleurs, pour Anthoine Vérard. Une autre opinion fort acceptable, émise aussi par M. Jules Renouvier, consiste à admettre comme probable la collaboration de miniaturistes tels que Robinet Testard, Jehan Rourdichon, Jehan Poyet et autres. « Ces planches, ajoute-t-il, ont la précision de trait, la propreté de travail et le champ de composition qui conviennent à des miniatures. On sait que dans les exemplaires de luxe de nos Heures, la gravure ne leur servait encore que de canevas. »
« Dans tous les cas. Mercure Jollat ne serait venu que plus tard prêter son concours aux imprimeurs que nous avons cités, puisqu'il était né seulement dans les dernières années du xv*^ siècle et qu'un grand nombre de beaux livres d'heures avaient déjà paru alors qu'il était encore enfant. Le premier volume sur lequel figure le nom de Jollat est un livre d'architecture daté de 1550.
ce Les volumes de Simon Vostre et Pigouchet, dont deux à l'usage de Rome, l'un de 1498 et l'autre de 1510; un à l'usage d'Autun, de 1512, et l'autre à l'usage de Lizieux, de 1519; plusieurs livres de Kerver et de Hardouin, datés de 1503 à 1514, et des livres d'imprimeurs ou éditeurs moins connus, Mathurin Le Maire, Nicolas Vivian, Jehan Poitevin, Pierre Vidoue, Guillaume Godard, Simon du Rois; enfin d'autres de Geofroy Tory, Simon de Colines et Olivier Mallard, qui sont d'une époque plus rapprochée de la véritable