‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiés (volume 2)Chapitre 2 sur 11 · EPIGRAM- MATA CLA RISSIM DI SERTISSIMI- QVE VIRI THOMAE MORI BRI · texte numérisé non relu

EPIGRAM- MATA CLA RISSIM DI SERTISSIMI- QVE VIRI THOMAE MORI BRI

TANNI, PLERAaVB B GRAE CIS VERSA.

— Encadrement dessiné par Holbein. Bdlc, Froben, 1518.

rcnbergenficffigîatacûvarijgenei-îs caiini nibus FratrisBmedid:! Cnelidonii Mufophilu

O mîhî tantoruîtLÎufto mihi caula doforum O crucis O morfîs caufa cruenta mihî.

O homo fatfuerittibi mefemel ifta tuliflè. O ce0a culpîs mccrueiarcnouis*

Fig. 21. — Titre gravé sur bois, par Albert Durer.

apogée de l'art de la gravure française, sont particulièment remarquables. »

Pour corroborer Topinion émise par M. Renouvier au sujet de la part presque certaine que durent prendre les miniaturistes dans l'exécution des livres d'heures, disons que tous ces sujets et ces ornements si bien gravés ne sont pas d'un dessin original et n'ont aucun caractère de personnalité. Il est facile de voir que les artistes ou artisans (suivant une expression assez juste du temps) qui exécutaient ces gravures, se bornaient à copier ou à imiter, tantôt servilement, tantôt avec de légères variantes, les sujets de miniatures, de bordures ou d'encadrements du xv*^ siècle. On peut en conclure que la plupart des premiers graveurs étaient simplement des praticiens ou ouvriers plus ou moins habiles, chargés de tailler dans le bois ou dans le métal les traits de contour des sujets destinés à l'enluminure. Aussi ces graveurs avaient-ils pris le titre aussi significatif que modeste de « tailleurs d'imaiges ».

Ce n'est pas seulement pour les livres d'heures qu'on remarque ce défaut d'originalité dans la composition des sujets, soit en France, soit dans les autres pays. Pour ne citer que des ouvrages français, disons, par exemple, que la première édition du Roman de la Rose, imprimée à Paris, chez Guillaume Le Roy, en 1483, renferme des gravures taillées grossièrement d'après les dessins de diverses copies manuscrites du môme ouvrage antérieures à cette époque. La même observation peut être faite pour le roman de chevalerie intitulé Le Roman de Fier à bras, publié en 1480 par le

môme imprimeur; et aussi pour un autre ayant ce titre : Belial. Cy commence le procès de Belial à lencontre de Jhésus, avec ces mots à la fin : Nouvellement translaté de latin en françoys, par Pierre Ferget, docteur

en théologie lan de grâce mil cccc. Ixxxi, livre dont

il existe plusieurs éditions, imprimées à Lyon, et une à Paris, de 1490 à 1525 environ.

A peine peut-on signaler un peu plus de caractère dans les dessins de quelques volumes, comme, par exemple, VArt de hie^i mourir^ imprimé par Anthoine Vérard, en 1492, la Danse des morts, première édition publiée en 1485 par Guyot Marchant, et surtout le grand et remarquable ouvrage, les Chroniques deFrance, dites de Saint-Denis^ imprimées avec une si remarquable perfection par Anthoine Vérard, en 1495.

Il faut cependant citer, comme ayant un mérite supérieur au point de vue des gravures sur bois, le fameux livre intitulé La Mer des histoires, l'un des plus beaux ouvrages français du xv*^ siècle, imprimé à Paris, en 1488, par Pierre Lerouge, et la superbe édition du même livre publiée à Lyon, chez Jean Dupré, en 1491. Signalons encore la grande édition de Térence, imprimée à Lyon par Jean Trechsel, en 1495, avec le commentaire de Guy Juanneau, revu par Josse Bade, et dont voici le titre : Terrentius. Guidonis Juvenalis natione Cenomani in Terentium familiarissima interpretatio cum fîguris unicuiquse scsenœ prsepositis.

Ce beau livre, d'ailleurs fort rare et peu connu, reste comme le plus beau spécimen de l'imprimerie lyonnaise. Il est orné de cent cinquante gravures sur bois d'un dessin supérieur; les figures pleines de vie et de

Fig. 22. — Gravure Urée de La Mer des histoires, MU CCCCIIIIXX 1- VIII.

([ Finirofliciù beaitmint&^niiMmvfu'i Riomanûcûniifrafiulilî k (fptf pfilmispt «rtctialib'; cùofficiomortuotiî fUcttuci's 2tffli/f>ûs vintûhoriscoiic<pfiOnisbïaif inân'evirgîs at<j,ff>cbirkirt netnôoratôi buJrofCrf jorii Saliorù rftôiG ruffMgiis |mjp<îuRirifajAnnot)niMill<rimo quigé «fimot^ulto xvihakdisUnuatii OpfM Thrclmânikeriiff V(fnalcq3fftrùprapoiu< ÂïMichaclis in infcrTi^ioVDicocnis

Fig. 25 à 28. — Titres de Livres d'Heures de la fin du xV et du commencement du xvi" siècle.

mouvement indiquent un artiste de race, dont on ignore malheureusement le nom.

L'art français produisit au xvi« siècle, surtout à Paris et à Lyon, un grand nombre d'artistes remarquables, comme dessinateurs et comme graveurs.

La gravure en bois y fut surtout en grand honneur car le travail du burin avait beaucoup moins progressé dans notre pays qu'en Allemagne, en Hollande et en Italie.

Les grands imprimeurs de la fin du xv« siècle, et ceux du xvi*' siècle, affectionnaient beaucoup le procédé d'illustration du livre par les bois gravés; motifs divers, filets, culs-de-lampe, lettres ornées étaient composés de la sorte sans compter les grandes planches hors texte. En étudiant les productions typographiques de la deuxième période de l'impression, on admirera les illustrations dont se sont servis les Pigouchet, les Vérard, les Le Rouge, les Marchand, les Golines. Gcofroy Tory tient un rang trop à part par ses productions personnelles en dessin, en gravure, en typographie pour être cité avec les autres. Ses œuvres, très appréciées, sont fort recherchées et certainement de beaucoup audessus de celles de ses contemporains.

Geofroy Tory, le premier de nos artistes de cette époque, atteignit une supériorité telle sur ses devanciers, qu'il peut être considéré comme le rénovateur — on pourrait presque dire le créateur — de l'école française de gravure. Tour à tour professeur, grammairien, littérateur, historien, éditeur, libraire, imprimeur, dessinateur, graveur, relieur, Geofroy Tory montra autant de science dans la composition de ses ouvrages que de

g-oût dans ses productions typographiques et d'habileté dans l'exéculion des dessins et des gravures dont il orna ses livres.

Le premier volume qu'il publia, comme éditeur ou annotateur, Pomponius Mêla, de Totius orbis description e, parut en 1507, chez Gilles Gourmont, qui l'imprima pour Jehan Petit, libraire; mais cet opuscule ne renferme aucune gravure. Ce fut deux ans après, en 1509, qu'il publia chez Henri Estienne — le premier de cette famille d'illustres imprimeurs — la Cosmograpliia PU Pajoœ, dans laquelle il plaça une grande planche représentant le monde ancien.

Après deux ou trois ouvrages sans gravures, il fit paraître en 1510 un livre intitulé : Valerii Probi grammatici de interpretandis Romanoriim litteris opusculum..., volume renfermant deux figures sur bois et quelques petites figures sur métal, gravures qu'on ne peut pas raisonnablement lui attribuer, tant elles sont au-dessous de ses autres compositions, même des plus modestes. Tous ces ouvrages portent en quelque endroit le mot Civis, que Geofroy Tory avait adopté comme devise et comme signature.

Nous ne citerons pas ici les volumes de Tory qui virent le jour dans les années suivantes, ces volumes ne présentant pas d'intérêt au point de vue qui nous occupe. Passons de suite à son important ouvrage, publié en 1529, Champ fleurij, auquel est contenu l'Art et Science de la deue et vraye proportion des lettres Attiques... proportionnées selon le corps et visage hu^ main..., livre fort original, plein d'érudition et d'imagination artistique. C'est là que Tory propose un essai de

i£uo madiutoîajmltîaimintcnde^]@[omincadadmuandumme i fcmnaMIlonapatri et filio micuTcrat.ic; ^ M W^ymnug»

Fig. 23. — Gravure sur bois, tirée des Ih-urcs de Simon Voslre (lo(t').

Fig. 50. — Gravure tirée d'un Livre d'Heures à l'usage de Bourges, Paris (1o(

réforme orthographique ainsi que des modifications intéressantes sur la forme des lettres. Ce volume fut commencé en 1526, car une des planches qu'il contient porte cette date. Désormais G. Tory n'emploie plus la signature Civis; il se compose une marque qu'il gardera pour la plupart de ses nouveaux livres, un Pot cassé, traversé par le toret, rébus du nom de Tory, dessiné de dix manières différentes, tantôt avec une ornementation de diverses Heurs de souvenir, tantôt sans aucun ornement, mais toujours avec la devise « Non plus », sauf pour deux des plus petits dessins. Souvent cette marque est accompagnée d'une petite croix double, semblable à la croix de Lorraine, signe que l'on retrouve même quelquefois seul au bas des gravures de cet artiste.

Nous devons mentionner les admirables livres d'heures qu'il édita ou qui furent publiés avec ses belles gravures et ses gracieux encadrements ; par exemple : les Heures de la Vierge (en latin), imprimées pour Simon de Colines en i52i et 1525, et dont il n'existe que de très rares exemplaires complets, entre autres celui de la Bibliothèque de l'Arsenal ; puis une nouvelle édition qui parut en 1527, avec l'adjonction de plusieurs nouveaux encadrements; les ornements et arabesques formant les bordures sont d'une grâce et d'une légèreté incomparables ; les grandes Heures de Paris, qui furent imprimées chez Simon du Bois (Silvius), en 1527, et pour lesquelles Geofroy Tory composa de nouvelles planches, toutes différentes des premières.

Dans ce livre, les encadrements, dits à la moderne, sont formés de fleurs, d'oiseaux, d'animaux, d'insectes : le tout d'un dessin très large et très décoratif. V 9

« En admettant, et la chose est irrécusable, que Geofroy Tory soit l'auteur des dessins qui ornent les Heures de la Vierge, publiées par Simon de Colines en 152 i, nous devons regarder cet artiste comme un des maîtres les plus importants de l'école française au XYi*^ siècle. L'Entrée de. Henri II à Paris en 1549, Y Ancienne et la Nouvelle Alliance^ pièce allégorique gravée d'une taille sobre et correcte, François F' écoutant la lecture que Machault lui fait de sa traduction de Diodore de Sicile, sont des œuvres accomplies et tout à fait dignes de l'Ecole dont Jean Cousin est le chef; les physionomies sont traitées avec simplicité, et, malgré une excessive sobriété de moyens, elles sont toutes empreintes d'un cachet personnel qui leur donne une importance et une valeur réelles; mais là ou Geofroy Tory est tout à fait à son aise, c'est lorsqu'il compose des ornements; il peut alors donner un libre cours à son imagination, il peut permettre à son crayon des écarts que les scènes composées de personnages n'autorisent pas toujours; et alors que sa pointe est plus libre, son travail est aussi plus séduisant et plus facile; personne mieux que lui ne s'entend à entrelacer ces arabesques qu'unissent des médaillons ou des cartouches ornés quelquefois de sujets analogues au texte qu'ils encadrent. Les planches dessinées ou gravées peut-être même par Geofroy Tory sont, ce nous semble, assez faciles à reconnaître : le dessin d'abord en est pur et correct ; un goût tout français et d'une sobre élégance domine partout, l'architecture est soignée et prouve que l'artiste était aussi bon architecte qu'habile dessinateur; les ornements, d'un goût délicat, ne sont jamais ni trop

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Fig. r,i.-

ilre du xvi* siècle, orné de gravures sur bois provenant de livres publiés vers la fin du xv* siècle.

Fig. 52. — Le Triomphe de la Mort tiré des Heures de Geofroy Tory, imprimées à Paris en 1523.

abondants, ni trop rares. Si l'on veut voir en Geofroy Tory un graveur sur bois, son travail est encore plus reconnaissable : il taille le bois avec timidité, son trait est formé de mille petites tailles qui accusent le défaut d'expérience et qu'explique la facilité du dessin; ses ornements sont indiqués sommairement, et des tailles horizontales et parallèles servent à ombrer légèrement les contours*. »

Les livres d'heures avec leurs bordures ornementées avec goût, enjolivées de gravures fines, délicates, naïves dans leurs primes simplicités, coloriées avec une grâce charmante aux teintes étincelantes d'or, où les personnages sont mièvrement expressifs en leurs contours et leurs poses graciles, où la lugubre faucheuse elle-môme, dans sa danse et ses sauts autour des personnages de marque, comme aussi des plus humbles et des plus doux, perd son aspect terrible et épouvantable, et n'exprime plus que le sentiment d'une bonne farce à jouer à ceux qu'elle poursuit, ces livres, disons-nous, sont de facture et de cachet éminemment français. Le format en est simple, maniable par ce fait, l'impression en est belle et soignée; aussi on les recherchait, et de nos jours ils ont acquis une valeur très grande.

Au point de vue de la gravure sur bois, Geofroy Tory eut une influence considérable sur l'école française. D'ailleurs ses élèves, qui gardèrent son atelier, d'abord avec sa veuve et ensuite entre eux, suivirent avec talent ses principes. Le grand Livre d'Heures que nous avons cité, et un volume de Paul Jove, la Vie des

* Cf. Georges Duplessis. Histoire de la Gravure en France, Paris, 1801, in-S».

ducs de Milan (en latin) avec douze portraits superbes, en fournissent la preuve.

J.-Gh. Bruneta consacré tout un chapitre aux Livres d'Heures dans son Etude sur les Heures Gothiques :

«... Les libraires de cette capitale (Paris) songèrent à exploiter à leur profit un art qui, en simplifiant d'une manière si sensible la fabrication des livres, leur offrait une moisson aussi abondante que facile à recueillir. Gomme ils cherchèrent d'abord à appliquer la typographie à des ouvrages d'un débit rapide, il semble qu'ils auraient dû commencer par ces livres de prières à l'usage des fidèles de toutes les classes, que plus tard ils imprimèrent sous le titre d'Horœ et d'Offtcium ou sous celui d'Heures et d'Office, et qui depuis longtemps formaient la principale branche de leur commerce; mais voici la difficulté qui retarda quelque temps l'impression de ces sortes d'ouvrages : les livres de prières dont on se servait alors étaient tous écrits sur vélin, décorés d'initiales peintes en or et en couleurs, et, presque tous aussi, enrichis de miniatures plus ou moins nombreuses et plus ou moins bien exécutées. Au calendrier, c'étaient des petits sujets délicatement peints, où figuraient les travaux, les occupations et les jeux analogues à chaque mois de l'année; aux fêtes mobiles, au propre des saints .et à l'office des morts, se trouvaient de plus grandes miniatures représentant des sujets tirés de l'Écriture sainte, ou relatifs aux mystères que l'on célébrait, ou à la vie du saint qu'on invoquait; on y voyait presque toujours figurer, par exemple, le Martyre de saint Jean l'évangéliste, la Salutation angélique, la Naissance de Jésus-Christ, la Vision des bergers^

l'Adoration des Mages, la Fuite en Egypte, le Massacre des Innocentsordonné par Hérode, David et Betzabée, etc. « On remarquait aussi dans une partie de ces manuscrits précieux des bordures plus ou moins variées, plus ou moins riches, qui en entouraient toutes les pages, et qui offraient ordinairement des fleurs, des oiseaux, des insectes et des arabesques gracieuses, où l'or se mariait habilement aux couleurs les plus vives. Ces riches volumes étaient avec raison considérés comme des bijoux de prix, et se transmettaient par succession dans les familles, de génération en génération. Accoutumé qu'on était alors de lire ses Heures dans des livres ainsi décorés, comment aurait-on pu accueillir de simples productions typographiques entièrement dépourvues de ces ornements devenus un accompagnement nécessaire de toute lecture pieuse? Pour réussir dans ce genre de fabrication, il fallut donc emprunter le secours de la gravure sur bois qui commençait à se perfectionner, et reproduire autant que possible les dessins répandus dans les Heures manuscrites et en décorer les imprimées. Si jusqu'ici les bibliographes n'ont pu tomber d'accord sur la véritable date du plus ancien livre d'Heures illustré qu'ait produit la presse, ils reconnaissent pourtant généralement que l'imprimeur Philippe Pigouchet et le libraire Simon Vostre furent les premiers à Paris qui surent allier avec succès la gravure à la typographie. Il est à croire que ces deux libraires avaient déjà pratiqué par cux-mômes la taille sur bois, et qu'ils surent s'adjoindre des tailleurs assez habiles pour donner successivement à leurs petits bois le degré de perfection auquel ils les ont portés. C'est

donc à des artistes anonymes de la fin du xv^ siècle, et non pas, comme l'a prétendu Papillon, à Mercure Jollat venu trente ans plus tard, qu'il faut attribuer la principale part dans la gravure de ces Heures si remarquables par la beauté du vélin, la qualité de l'encre, et surtout par la variété des bordures, où, à des arabesques les plus agréables, à des sujets grotesques, succèdent alternativement des chasses, des jeux, des sujets tirés de l'Écriture sainte, ou môme de l'histoire profane et de la mythologie, et enfin ces danses des morts, imitées de la Danse macabre des hommes et des femmes^ qui était alors dans toute sa vogue, petites compositions dont on admire encore la piquante expression. Ces bordures, qui sont plus remarquables pour le fini de la gravure que pour le dessin, se composaient de petits compartiments qui se divisaient, se changeaient, se réunissaient à volonté, selon l'étendue et le format du volume où elles devaient figurer; en sorte que, tout en employant presque toujours les mêmes pièces, il était cependant si facile de donner aux différentes éditions qu'on publiait une apparence de variété, qu'à peine en trouvet-on deux qui se reproduisent exactement page pour page. Les grandes planches destinées à recevoir l'embellissement de la peinture sont en général moins terminées que les petites, mais on y reconnaît toujours un même faire. »

J.-Gh. Brunet reconnaît donc, comme premier livre d'heures imprimé et daté, les Heures à Vusage de Rome, citées par Panzer et qui ont été imprimées par Philippe Pigouchet pour le compte de Simon Vostre. Nous ne pouvons parler trop au long de ces admirables

productions typographiques qui ont fait la gloire de nos imprimeurs français des xv^ et xvi® siècles, ni •entrer dans de plus amples détails sur l'esthétique et le goût qui ont présidé à leur illustration. Ils ne sont pas fort nombreux, cependant, les imprimeurs qui s'étaient livrés à cette spécialité.

Paris en compte le plus grand nombre : Pigouchet, Simon Vostre, Nicolas Vostre, Antoine Verard, Jehan du Pré, les Kerver, Ilardouyn, Guillaume Eustace, Ouillaume Godard , François Regnault, et enfin <jeofroy Tory et ses successeurs. Dans certaines villes de la France, Orléans, Lyon, il y en eut quelques-uns. Bientôt parurent en France, à peu près vers la môme ■époque, deux artistes de grande valeur, qui semblent procéder de Geofroy Tory. Nous voulons parler de Saiomon Bernard, et de Jean Maugin, surnommé le Petit Angevin.

En même temps que Jean Duvet, de Langres, contemporain de G. Tory, perfectionnait en France la gravure en creux sur métal, qui jusqu'alors y était restée à l'état primitif, les deux graveurs sur bois que nous venons de citer produisaient concurremment de charmants et nombreux ouvrages. Ils étaient d'ailleurs puissamment encouragés par des éditeurs d'une rare intelligence, comme Denys Janot, Etienne Groulleau, Gilles Corrozet, à Paris, et Jean de Tournes et Guillaume Roville, à Lyon.

Citons seulement du Petit Angevin un vrai chefd'œuvre, Les Figures de l'Apocalypse, réunies en un volume de format in- 12, publié par Etienne Groulleau, en 1547, et un autre petit volume, Evangelia, 1554, dési- Y 10

gné dans la préface de la Tapisserie de V Église Chrétienne comme étant du Petit Angevin.

Salomon Bernard fut aussi très fécond. L'histoire artistique ne fournit presque aucun document sur cet illustrateur d'un si grand mérite. On sait seulement, par des pièces d'archives, qu'il exécuta les dessins du beau livre intitulé : La magnificence de rentrée de Lyon, faicte au roy Henry deuxiesme le 23 septembre 1548; et par deux brèves indications contenues dans les préfaces des Hymnes du temps, de Guillaume Guéroult, et des Quadrins historiques^ dernière édition, publiée à Genève, en 1681, par les héritiers de Jean de Tournes, qu'il fut l'auteur des illustrations de ces deux ouvrages. C'est par analogie qu'on est arrivé à reconstituer approximativement son œuvre. On recherche beaucoup tous les recueils de gravures qui lui sont attribués, et l'on attache, surtout un grand prix aux suivants : les différentes parties de la Bible illustrée par lui, à savoir : La Genèse^ les autres livres de V Ancien Testament et le Nouveau Testament^ réunis une première fois sous le titre des Quadrins historiques de la Bible, par Claude Paradin (éditions de Jean de Tournes, à Lyon, 1555-1554 et encore de 1555) ; Picta poesis, publié chez Mathieu Bonhomme, en 1552 ; Andreœ Alciati emblematum libri duo, Lyon, Jean de Tournes, 1547; La Métamorphose d'Ovide figurée, édition française de Jean de Tournes, 1557, ou version italienne pubUée chez le même éditeur en 1559; Le Vitruve, publié par Jean de Tournes, en 1552. Les Ulustres observations antiques, de Gabriel Syméon, publiées chez Jean de Tournes, en 1558, Le charmant recueil, si rare, intitulé Pourtraicts

Fig. 53. — Gravure sur bois du xvi* siècle. — Exécutions publiques.

Fig. 3i. — Gravure de VHécatongraphie. Paris, Denys Janot (1545)-

divers, paru chez Jean de Tournes, en 1557, el plusieurs autres volumes, dans lesquels les illustrations, toujours gravées sur bois, sont autant de petits chefs-d'œuvre.

Les volumes que nous venons de citer et quelques autres aussi attribués au Petit Bernard, sont d'ailleurs à compter parmi les plus beaux spécimens de l'école lyonnaise. Cette école produisit à la môme époque plusieurs artistes de valeur, comme Jean Moni, qui publia, en concurrence avec le Petit Bernard, divers volumes, entre autres : les Figures de la Bible, illustrées de huictains français, à Lyon, chez Guill. Roville, 1564, Les Actes des Apôtres, en 1582, et les Figure del Nuovo te-itamento, en 1582. Un ravissant livre sorti aussi de l'école lyonnaise, La Morosophie, de Guillaume de la Perrière, renferme de charmantes gravures attribuées à J. Mosnier et à J. Perrin.

L'arliste le plus connu de l'époque de François I^"" et de Henri II, Jean Cousin, ne dédaigna pas lui-môme de dessiner et môme de graver des petits sujets pour l'illustration de quelques ouvrages. M. A.-Firmin Didot lui attribue les dessins de ÏEntrée de Charles IX et d'Elisabeth d'Autriche, à Paris, en 1571, publiée par Olivier Codoré, qui fut sans doute le graveur de ces beaux sujets; de V Entrée de Henri II à Paris, publiée, en 1549, chez Jean Dallier; du Songe de Poliphile, édition de 1546, parue chez Jacques Kerver et reproduite en 1554, et encore en 1561. M. Renouvier et M. Didot sont d'accord pour lui attribuer avec plus de vraisemblance les figures ravissantes du Tableau de Cébès, publié par Denys Janot (Cf. la note, page 10), les charmants sujets de ï Amour, de Cupido et de

Psyché mère de Volupté, paru chez la veuve de Denys Janot en J545, et encore ceux de Vllécatongraphie, publiée la même année. Jean Goujon a élé considéré aussi par quelques écrivains comme l'auteur des compositions qui ornent le Songe de Poliphile; mais il est à peu près certain aujourd'hui que c'est là une erreur. Cet artiste est l'auteur de dessins de quelques beaux ouvrages d'architecture, notamment de la grande édition de Vitruve, intitulée Architeclure ou art de bien bastir^ de Marc Vitruve Pollion, imprimée à Paris en 1547, par Jacques Gazeau. Selon M. G. Duplessis et M. Renouvier, Jean Goujon n'aurait été là que dessinateur; mais M. Robert Dumesnil, dans le Peintre graveur français, considère Jean Goujon comme ayant eu part à la gravure des plus belles planches.

Un élève de Jean Cousin, qui a aussi quelque droit de revendiquer une part dans les progrès de la gravure au xvi^ siècle, Pierre Woeïriot, exécuta quelques beaux sujets sur bois, quoiqu'il fût plus spécialement graveur d'orfèvrerie. On connaît de lui les illustrations d'un ouvrage rarissime intitulé : F. Josephi antiquitatum judicarum libri XX..., publié à Lyon, chez les héritiers de J. Junte, en 1566, grand volume contenant 18 vignettes charmantes sur bois, portant pour la plupart le monogramme de Woeïriot.

Nous citerons deux volumes fort intéressants, ornés de gravures sur cuivre de ce maître, savoir : Les Rois et Ducs d'Austrasie, contenant 65 beaux portraits et un frontispice, et les Emblèmes et devises chrestiennes de Georgette de Montenay, contenant 100 gravures curieuses en taille-douce et un superbe portrait de l'auteur.

« Ce sont les écoles françaises, écrivait M. Jules Le Petil, surtout l'école lyonnaise et l'école de Paris, qui apportèrent au xvi® siècle des changements considérables dans l'art d'illustrer les livres. Le système de vignettes imprimées avec le texte, soit en tôte, soit dans le cours de la page, remplaça alors l'emploi des grandes gravures tirées à part. Cette habitude s'étendit bientôt aux autres pays, surtout à la Suisse et à l'Allemagne, où les écoles de Bâle et de Francfort brillaient déjà d'un très vif éclat.

« Le plus grand artiste de l'école bâloise, Hans Holbein, avait, dès 1516, signé de ses initiales H. H., un encadrement historié, représentant Mutiits Scœvola et Porseîina^ que l'éditeur Froben avait fait servir dans deux volumes différents, en 1516 et 1517. Deux ans après, on retrouve son nom presque en entier, Hans HoLB., sur un frontispice de V Utopie de Thomas Morus (en latin, De optimo reipublicœ statu) ^ ouvrage orné d'encadrements et de grandes initiales, dont les dessins sont évidemment du môme artiste. Ce volume e* les suivants contiennent aussi des encadrements dont le dessin est dû à Holbein : Erasmus, Institutio principis christiani; Erasmvs, Epigrammata; — Polydore Vergile, de Rerum inventoribus ; Epigrammata Th. Mori... (voir fig. 20). Tous ces ouvrages, publiés par Jean Froben, à Bâle, furent les débuts de Holbein. Il dessina aussi quelques portraits qui furent gravés dans des volumes, comme, par exemple, celui d'Érasme, des Adagia, publiés en 1556, celui de Nicolas de Bourbon de Vendœuvre, dans le volume de vers latins intitulé : Nugae..., celui d'Alard (Alardus) qui peut lui être attribué, paru

dans le livre Ritus edendl, en 1525, celui de Ulrich de Hutten,dansun ouvragede théologie publié en 1556, etc.

« Mais ses deux chefs-d'œuvre de dessin et de gravure sont incontestablement les figures de la Bible, Historiarum Veteris Testamenti icônes..., volume publié d'abord, en 1558, à Lyon, chez les frères Trechsel, renfermant 92 planches admirablement dessinées et gravées; les Simulachres de la onort..., livre fort recherché, paru la même année, aussi chez Trechsel, à Lyon, et dont le succès fut tel qu'on a peine à en compter les éditions, et les imitations ou contrefaçons de l'époque. Les dessins de cet ouvrage, au nombre de 41, d'une originalité incomparable, et l'ensemble de ces sujets de petite dimension, gravés avec une finesse qui n'en atténue pas la puissante énergie, forment un des plus beaux livres illustrés, sinon le plus beau, du xvi^ siècle. »

Il est intéressant de rappeler ici les lignes que M. Didot a consacrées à ces compositions, dans son ouvrage, Essai sur Vhistoire de la gravure sur bois : « C'est surtout dans ces dessins que l'on peut apprécier le génie d'Holbein et la philosophie de ce drame plein de poésie où, successivement et dans toutes les conditions, les liens qui rattachent l'homme à la vie sont impitoyablement brisés à toute heure, à tout âge, par la mort toujours présente. On y admire la profondeur des pensées, l'expression énergique, mais jamais exagérée, la naïveté touchante, la simplicité, le naturel. Après nous avoir montré Adam chassé du Paradis et travaillant à la terre, avec la Mort à ses côtés, Holbein nous fait voir les rois, les empereurs, les pontifes, les

guerriers, les vieillards, la jeunesse, la beauté, la richesse, la pauvreté, saisis par elle dans les situations les plus émouvantes; on y croit entendre les cris arrachés à l'amour maternel, les plaintes de l'enfance, les gémissements de la vieillesse, et, pour dénouement à ce vaste et triste spectacle, il nous montre un mendiant estropié, gisant à la porte d'un hôpital, où il invoque la mort qui tarde à répondre à ses vœux. »

Un troisième recueil, d'une remarquable beauté, l'Alphabet de la Mort, Das Todtentanz - Alphabet ^ peut prendre rang à côté des ouvrages précédents, auxquels il est du reste antérieur. Mais selon M. A.- Firmin Didot, les intéressantes figures qui ornent ses vingt-quatre lettres doivent avoir été gravées en relief sur cuivre et non sur bois, tant elles offrent de finesse et de netteté. Les Simulachres de la Mort et les Icoîies veteris Testamenti furent certainement gravés sur bois; quelques-unes des planches ont d'ailleurs été retrouvées. On s'accorde à attribuer la gravure de ces trois recueils et de quelques frontispices, comme celui du Polydore Vergile de 1520, à Ilans Lûtzelburger, dit Frank, dont on a retrouvé le nom imprimé typographiquement sur deux exemplaires de V Alphabet de la Morty et dont le monogramme se trouve sur une des planches des Shmtlarhres.

A la môme époque environ, l'école italienne et surtout l'école vénitienne fournirent quelques grands artistes dessinateurs ou graveurs, dont le talent se produisit dans un certain nombre d'ouvrages. Un livre fort rare, Velmatii Cannina^ imprimé à Venise en 1558, contient de magnifiques gravures qu'on peut attribuer V 11

à Garfagnino; un beau portrait d'Angelo di Forte, se trouve placé en tête de l'ouvrage de médecine : De mirabilihus vitse humanœ naturalia fundamenta, publié plus tard à Venise, en 1545, et les Marmi del Doni, Venise, 1552, renferment plusieurs figures et portraits. On ne sait pas le nom des artistes auteurs des planches qui ornent les deux ouvrages de Lodovico Dolce, les Toms forma tioni d'Ovidio, Venise, 1555, et les Imprese^ Venise, 1565; mais ces gravures sont fort belles, celles de ce dernier ouvrage sont à l'eau-forte. Un très bel ouvrage encore est celui de Verdizotti, les Cento favole morall, publiées à Venise, en 1570, et ornées de superbes compositions gravées sur bois d'après les dessins du Titien.

Avant de clore ces observations relatives à la gravure sur bois, qui ne fit que décliner vers la fin du xvi*^ siècle, remplacée par la gravure en creux sur métal, citons encore les œuvres de quelques artistes allemands d'une réelle valeur, surtout Sebald Beham, Virgile Solis et Jost Amman. Ce dernier, né en Suisse, mais instruit dans .son art en Allemagne, exécuta presque tous ses dessins pour illustrer des livres, à Francfort-sur-le-Mein. (Voir le frontispice de ce volume.)

Deux curieuses suites de gravures de Sebald Beham furent publiées à Francfort : Biblicœ historiœ, volume petit in-4°, paru vers J556, et les Figures de l'Apocalypse, parues en 1559, et réimprimées en J540. Ces gravures sont très belles et les sujets sont très bien composés.

Jost ou Juste Amman, passa presque entièrement sa vie d'artiste à Francfort-sur-le-Mein, comme

Virgile Solis, du reste, et il y exécuta bon nombre d'.ouvrages aux frais de deux célèbres imprimeurs allemands, Sigismond Feyrabendt et Jérôme Feyrabendt. Ses compositions sont d'un style gracieux et élrgant.

Fig. 35 à 47. — Gravures sur bois de Jost Amman, extraites du KûnztUche und folgerissene Figuren in ein neu Kartentpiegel.

Deux de ses chefs-d'œuvre sont : la suite des sujets de la Bible, Biblia sacra^ 1571, et le livre des métiers, De omnibus illiberalibus artibiis liber, 1574. Citons encore de lui, entre autres ouvrages, un recueil d'animaux publié, en 1569, sous le titre Ein neiiw Tliierbuch...; un autre intitulé Kûnstbûchelein..,, petit livre

contenant des objets d'art et de science, des costumes, etc. ; un jeu, fort curieux et fort rare, de cinquante-deux cartes avec ce titre : Kûnzllichc und folgerissene figuren in ein new Kartenspiegel..., dont on ne connaît à présent que deux ou trois exemplaires complets (voir fig. 55 à Al).

Nous avons dit que Jost Amman était originaire de Suisse, patrie d'un autre artiste de la plus grande valeur, Tobias Stimmer, qui fut son contemporain et son ami, et avec lequel, du reste, il eut plus d'un point de ressemblance. Tobie Stimmer exécuta un certain nombre de suites de gravures sur bois, dans lesquelles on reconnaît la marque d'un talent hors ligne. Parmi ses ouvrages illustrés, nous citerons : Erasmus^ Testamentiim novum, publié à Strasbourg, sans date; Slultifera navis morialium^ de Sébastien Brandt et Jac. Locher, édition de Bâle, 1572; les Emblèmes de N. Reussner, 1581 et 1587; un volume publié à Francfort en 1587 et intitulé Kûnisliche und folgerissene figuren; les Icônes virorum litieris illustrium, du même, parus à Strasbourg en 1587, etc. ; enfin, un recueil, publié à Bâle en 1576, les Neuwe Kuntsliche figuren biblische Historien..., planches d'un grand style et d'une habileté d'exécution extraordinaire. Plus tard, Rubens déclara que cette belle suite de gravures avait été l'objet de son admiration et qu'il en avait fait une copie, ainsi que delà Danse des Morts, d'Holbein.

Nous mentionnerons encore deux volumes intéressants dont les figures sont de Virgile Solis. Le premier est une suite de sujets tirés du Nouveau Testament,

Kig. iH. — Frontispice dessiné par r()l)ie Stiniiner, Kùnsiliche und folgerissenc figuren, Francfort, 1587.

Fig. 49. — Portrait de Henri IV, fac-similé, réduit, d'une gravure sur bois anglaise (auteur inconnu), épreuve unique. (Bibliothèque de l'Institut.)

formant deux cent seize planches dans des encadrements, avec titre allemand, Biblische figuren des Neuwen Testaments, datée de 1562, à Francfort; la seconde est un recueil de ûgures ^ourles Métamorphoses d'Ovide, publié à Francfort en 1565, et formant cent soixante-dix-huil planches. Virgile Solis exécuta aussi les illustrations assez nombreuses des Fables d'Ésope, des figures d'emblèmes pour un volume de Reussner, etc.. Jost Amman copia des figures de Virgile Solis pour le recueil des portraits des rois de France, Effigies regum Francorum omnium ad vivum..., publiés à Nuremberg, en 1576, en un volume petit in-i°, renfermant soixante-trois planches, mais cette fois gravées sur cuivre et à l'eauforte. Une suite de même nature avait déjà paru à Lyon en 1546, gravée sur cuivre par Claude Corneille, dans le volume intitulé Epitome des L VIII rois de France.

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