‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiés (volume 3)Chapitre 19 sur 20 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Fig. 123 û 126. — Petits casiers, formes japonaises, pour Bibliothèques de chevet.

à 2800000 soixante ans plus tard? Partout, il est déjà devenu presque impossible de faire relier tous les livres nouveaux qui s'ajoutent aux anciens ; il faut se contenter de modestes cartonnages. Longtemps les architectes chargés de construire les bibliothèques ne se sont pas occupés des dispositions intérieures, réservant tout leur talent pour la façade, sans se soucier autrement de la destination du monument. C'est seulement le jour où la nécessité s'imposa de reconstruire la Bibliothèque

Fig. 127. — Bibliothèque en palissandre, exécutée par M. Fourdinois.

nationale que l'on commença à se douter qu'il y avait des règles pour la construction d'une bibliothèque comme pour celle d'une gare ou d'un marché*.

Pour loger les livres, on couvre des cours intérieures, on hausse les étages, on élargit les ailes. Que faire,

Fig. 128. — Bibliothèque nationale, rue Richelieu, à Paris.

Vue perspective de la grande salle de travail des imprimés,

par M. H. Labrousse, architecte, membre de l'Institut.

quand on sera au bout de ces expédients? Même dans les bibliothèques privées, la question du logement des livres devient de jour en jour plus épineuse. Ayant ainsi posé le problème dans le Nineteenth Century, M. Gladstone s'occupa de le résoudre après une visite qu'il fit à la Bibliothèque publique d'Edimbourg. Tout d'abord, il accepta l'expédient des files de

* Grande Encyclopédie. Installation des Bibliothèques, au mot Bibliothèque,

volumes rangés sur une même tablette les uns devant les autres, une bibliothèque devant placer ses richesses à la portée de la main, en bonne lumière et de telle sorte que les recherches soient toujours aisées. Mais il fallait bien compter aussi avec le format ; d'autant plus

Fig. 129. — Bibliothèque publique à Edimbourg.

que tout groupement où ce facteur serait négligé entraînerait d'énormes pertes de place.

Pour réaliser ces desiderata, M. Gladstone imagina de disposer sa bibliothèque en petits murs de livres à hauteur d'appui, perpendiculaires aux grands côtés de la salle et y marquant de véritables demi-cloisons. Chacun de ces petits murs à tablettes était accessible de deux côtés et, par conséquent, donnait place à deux rangées

de volumes présentant chacune le dos. Ces deux cloisons formaient, en avant des fenêtres, autant de réduits favorables à la solitude et au travail ; elles laissaient le haut des surfaces disponible pour les tableaux, gravures et objets d'art; enfin, elles supprimaient l'emploi des échelles ou des marchepieds.

M. Gladstone s'est étendu avec beaucoup de verve sur

I . I ' Hiijliothèque du Vatican, au rviii* siècle*, d'après un dessin de François Pannini, conservé au musée du Louvre

les avantages de cet arrangement; il a démontré que, par son système, 18000 à 20000 volumes pouvaient trouver place dans une salle de 10 à 12 mètres de

* • ... Une bibliothèque (celle du Vatican) où il n'y a pas de livres! Cela est fâcheux, mon doux objet; mais remettez-vous, les piliers sont revêtus tout autour de petites armoires fermées, remplies de manuscrits. Voilà ce qui constitue cette bibliothèque, où il n'y a pas un seul livre imprimé... i {Lettres familières du président Charles de Brosses écrites d'Italie. — Lettre à M. de Neuilly).

long- sur 6 de large, et cela sans lui ôter l'aspect d'un salon ou lui donner celui d'un magasin de librairie. Au xvn® siècle, les bibliothèques d'amateurs et les cabinets de travail présentaient souvent un aspect rigide et sévère. Notre époque veut un meuble à caractère; il ne faut pas craindre d'introduire dans la

Fig. 151 et 132. — Bibliothèque de dame; lace et profil.

création et la construction d'une bibliothèque les modes du jour; mais que ce meuble soit fait en style Renaissance ou Louis XVI, en forme de bahut gothique ou composé de tablettes surmontées de cintres orientaux, étoffés de soie aux couleurs voyantes, l'aspect doit en être correct. La bibliothèque de dame peut être d'une forme toute de fantaisie. Il serait difficile de donner des indications sur les dimensions exactes pour un meuble de bibliothèque ; cela dépend beaucoup de la place dont on peut disposer ainsi que des goûts personnels. Dans tous les cas, il est utile de tenir compte des observations suivantes : 1° autant que possible les livres ne doivent

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE PREMIER. 137 pas ôtrc placés plus haut que la main d'un homme debout puisse atteindre, c'est-à-dire entre 2 m. 10 et 2 m. 20 de hauteur : on évite ainsi l'embarras des échelles ou des escabeaux ; 2" ne se servir de tablettes fixes qu'à la dernière extrémité. Si la disposition de

Fif?. lôô. — Bibliolhèque du château de Fontainebleau.

la pièce et la construction du meuble y oblige, il faut exiger que la tablette soit clouée par l'extérieur, et qu'aucune arête ne déborde dans l'intérieur. Il est toujours'préférable d'adopter des tablettes mobiles, soit au moyen de crémaillères, soit, mieux encore, au moyen de chevilles. La crémaillère présente le même inconvénient que l'installation des rayons avec arête débordante, c'est-à-dire, le livre est en partie dissimulé et sa tête et son dos 'peuvent s'abîmer par un vif frottement. I 18

Aucun des inconvénients que nous venons d'indiquer n'aurait lieu avec les chevilles : les volumes entrent et sortent très librement dans les angles, aucun éraflement n'a lieu. Le coût de cette installation est presque le double de celui des crémaillères. Pour la solidité

(Fig 134. — Bureau-bibliothèque. Style moderne *.)

et la stabilité de la tablette, on est tenu de mettre quatre chevilles à chacune d'elles : les deux montants pourraient subir un certain affaiblissement par le perçage des trous dans une direction unique. Nous ne croyons pas à cet affaiblissement lorsque le bois est sain, bien sec et bien dur. Enfin, ces trous percés à 2, o ou 4 centimètres de distance peuvent être garnis à l'intérieur d'une rondelle en métal qui protégera le

* Les figures 154, 182, 183 et 184 ont été gravées d'après les dessins de M. Adolphe Giraldon.

Fig. 13o. — Cabinet de livres, en ébène incrusté de bois et d'émaux.

frottement ; de plus, la partie métallique de l'extrémité de la cheville peut servir de pièce ornementale et devenir un motif à décoration.

M. Spire Blondel, l'érudit critique d'art, dans son intéressante étude sur la bibliothèque au point de vue de l'ameublement, n'a eu en vue que le côté architectural et ornemental. Parmi les modèles qu'il cite, il en est de très remarquables et des plus harmonieux comme pondération et aménagement; la fantaisie a aussi grande part dans la création de la plupart de ces meubles.

« Depuis quelques années, dit-il, les bibliothèques de style Henri II paraissent avoir la préférence. Nous mentionnerons particulièrement en ce genre une grande bibliothèque en noyer sculpté , style Renaissance , exposée en 1867. Ce beau meuble est à double corps. le corps supérieur un peu en retrait sur le corps inférieur. Ce dernier se compose de quatre portes séparées par des pilastres, sur deux desquelles sont, en médaillons, les portraits du Dante et de Virgile, et sur les deux autres des attributs relatifs aux sciences.

« Le corps supérieur est à quatre portes vitrées, séparées par des colonnes composites. Sur la colonne du milieu est une figure de l'Atlas en cariatide, symbole de l'Industrie supportant le globe terrestre. Au milieu et au-dessus des panneaux de droite et de gauche sont les masques de la Comédie et de la Tragédie. Au sommet des colonnes, quatre génies, retenant des rideaux qui retombent en dehors du champ des portes vitrées, semblent avoir pour but de mettre en évidence les trésors de la science enfermés dans ce meuble et d'appeler tout le monde à en profiter. Pour

compléter l'enseignement, la Science, assise, au-dessus de la sphère, sur un lion couché, dominant le monde et la force brutale, couronne d'un côté l'Histoire et de l'autre la Poésie.

« Cet ensemble offre une unité de conception d'au-

Fig. 156. — Bibliothèque exécutée à la Malmaison. (Premier Empire.)

tant plus louable qu'on ne la rencontre pas toujours, même dans les œuvres qui ne relèvent que de l'art. » Peignot a indiqué comment doit être construite une bibliothèque présentant toutes les garanties de sécurité pour le livre : « Un tel meuble sera en bois précieux; sa forme joindra l'élégance à la solidité; mais il ne faut pas qu'il soit surchargé d'ornements

■ti-f^AA-IMKfr^^^i?/»

Fig. 137 et 1Ô8. — Bureau-secrétaire et secrétaire servant de bibliothèque. (Epoque du Premier Empire.)

Fig, 139 et IW. — Bureau de bibliothèque. (Époque du Premier Empire.)

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE PREMIER. 14b

trop saillants. Les portes, garnies de quatre glaces, seront travaillées si délicatement qu'elles ne masqueront pour ainsi dire pas la vue des livres; les deux glaces de chaque porte seront séparées par une baguette à coulisse en cuivre ou en acier. Les tablettes devront être garnies de maroquin brun, et la tranche apparente de ces tablettes ornée d'arabesques en or. Cette garniture serait moins un objet de luxe qu'une

Fig. 141.— Bibliothèque de MM. Wright et Maasiield.

Bois de genévrier; colonnes et moulures en ébène.

Incrustations de Wedgwood.

précaution nécessaire pour garantir le bas de la reliure des livres, qui à la longue s'altère, étant frottée sur le bois toutes les fois qu'on déplace et qu'on replace un volume. Il serait essentiel de faire couvrir en peau de couleur l'intérieur de ce petit meuble, destiné à empêcher les livres de toucher le mur. Cette précaution préserverait les livres de la poussière et de l'humidité. » On fabrique aujourd'hui des bibliothèques tournantes, pouvant renfermer deux à trois cents petits volumes, qui sont certes d'une grande utilité pour le travailleur ; et il n'y a guère qu'une vingtaine d'années que I 19

le modèle à pivot vertical est en usage; il est connu de tout le monde. Grâce à ce meuble aussi ingénieux qu'utile, inventé par M. Terquem, l'homme de lettres

Fig. 142 à 146. — Bibliothèques tournantes à pivot vertical.

peut avoir à sa portée le choix d'ouvrages qu'il voudra consulter chaque jour; le bibliophile trouvera sous sa main les livres préférés ; l'homme d'affaires, enfin, sans quitter son cabinet, réunira dans un espace restreint tous les documents journaliers de sa correspondance.

Les diverses dispositions dont est susceptible ce meuble présentent tous ces avantages. L'élégance de forme, la délicatesse des lignes dans ces sortes de meubles, s'allient aux services qu'ils rendent, services que le grand succès qu'ils obtiennent est venu confirmer. Nous devons aussi signaler les divers meubles-classeurs, meubles à fiches ordinaires ou à fiches articulées, créés

Fiff. 147 à ioi.

-Appui-livres mobiles. Porte-dictionnaires. Bibliothèque de table.

par M. G. Borgeaud; nous les reproduisons pages 152 et 153. Au XVIII® siècle, quelques bibliophiles avaient déjà tenté de créer un bureau-bibliothèque où les livres venaient sous la main du travailleur. Telle est la Roue d'étude, qui se trouve à la Bibliothèque de l'Arsenal, et le « Pupitre d'une façon particulière et très commode pour les gens d'étude » inventé par M. Grollier de Servière, et dont le petit-fils a rendu compte en 1729, dans le « Recueil d'ouvrages curieux de malhéma-

tiques et de mécanique ». Par le moyen de cette machine, on peut, sans changer de place, et sans

Fig. 155. — Pupitre-bibliothèque inventé par Grollier de Servièie.

bouger de son fauteuil, lire successivement plusieurs livres les uns après les autres, et, bien loin d'avoir la peine de les aller chercher, ou de se les

faire apporter, on les faisait facilement venir à soi. Les deux grandes roues étaient solidement attachées l'une à l'autre par un axe qui les faisait tourner ensemble sur les pieds-droits. Entre ces deux grandes roues, et autour de leur circonférence, il y avait des tablettes ou pupitres qui y étaient retenus par des espèces d'axes coudés et mouvants dans les grandes roues, en sorte que, lorsque les roues tournaient, le poids des pupitres les tenait toujours dans la même situation, et les empêchait de basculer et de perdre leur équilibre. Avant que de travailler, on rangeait sur les pupitres tous les livres dont on jugeait avoir besoin. A la place de cette machine, on pouvait ranger les livres autour d'une grande table ronde dont le dessus tournait sur un pivot qui est au centre; on faisait ainsi venir facilement devant soi les livres dont on voulait se servir, en tournant la table avec la main.

Une bibliothèque, extensible et démontable, a été inventée par M. Jamati; les reproductions que nous en donnons suffiront pour pouvoir se rendre compte de leur disposition simple et avantageuse. Quatre tubes en cuivre dans lesquels pénètrent quatre tiges en fer filetées, permettant d'augmenter ou de diminuer la hauteur, servent d'axes aux quatre montants verticaux formes de petits blocs en bois, cuivre, fer, etc., en forme de cubes ou de cylindres, percés au centre. Les tablettes, trouées aux quatre coins, s'engagent dans les tiges et tubes et peuvent être augmentées ou diminuées selon les besoins. L'espacement des tablettes se change à volonté par le nombre de cubes ou cylindres placés

entre chacune d'elles. Les tiges filetées sont munies à leur extrémité d'écrous servant à serrer les parties en bois. Le montage et le démontage sont d'une simplicité enfantine et peuvent se faire sans la moindre fatigue. En cas de déménagement ou de villégiature, tous les ennuis du transport sont supprimés. Les figures ci-dessous représentent toutes les parties d'une Bibliothèque

Fig. loG à 159.— Bibliothèque extensible et démontable.

à cubes, groupées et prêtes à être mises dans une caisse; enfin, si une détérioration était produite par le choc d'un autre meuble ou par un accident quelconque, la réparation en serait très facile et la dépense minime : il suffirait de changer la partie brisée.

La boîte à catalogues, dont nous reproduisons l'ingénieux mécanisme (fig. 160 à 165), n'est pas uniquement destinée aux bibliothèques, elle peut se prêter à mettre un ordre systématique dans toutes les collections, et, bien que le catalogue lui-même s'applique plus spécia-

lement aux livres et aux manuscrits, la disposition nouvelle dans laquelle il se présente peut rendre des services incontestables à toutes les branches des sciences, même aux nécessités de classement qui se font sentir dans l'industrie. Nous savons que son inventeur l'avait communiqué à un grand nombre de personnes, et que plusieurs bibliothèques de l'Amérique

.^mi*=^

iFig. 160 à 165. — Premier système de la bolte-cataloguc ea usage à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris.

du Nord, nouvellement fondées, en ont fait un commode auxiliaire de leurs autres répertoires. Comme toutes les inventions, quelque simples qu'elles soient, celle-ci a son histoire.

Tout catalogue de bibliothèque, personne ne l'ignore, est dressé au moyen de cartes séparées, sur lesquelles on inscrit les titres des ouvrages composant une collection, titres que l'on dispose d'ordinaire dans l'ordre alphabétique gardé entre eux par les noms d'auteurs, et qui sont copiés ensuite sur plusieurs registres,

spécialement consacrés à former un répertoire usuel. La copie une fois terminée, ces innombrables cartes sont reléguées dans des casiers abandonnés à la poussière et fort rarement consultés. Mille incidents amenés par les mutations qui s'opèrent dans le sein même de la bibliothèque, une foule de petits accidents inattendus qui se multiplient durant le transport partiel du matériel, amènent au bout de plusieurs années un déplorable

Fig. 1G4 à 1(57.

Catalogues et répertoires à liclics articulées, fixes ou mobiles à volonté.

désordre dans ce genre de catalogue. On peut aisément se figurer ce que ce peut être après que l'action de plusieurs siècles a multiplié ces causes de confusion. C'était précisément l'embarras où se trouvait la bibliothèque de l'ancienne abbaye de Sainte-Geneviève, lorsqu'on la transporta dans le local qu'elle occupe aujourd'hui. Elle possédait pour son service si actif un jeu de catalogue excellent, classé par noms d'auteurs; Daunou l'avait enrichie de plusieurs catalogues partiels offrant un ordre de matières; ses cartes, au nombre de soixante mille, se trouvaient dans un état de pêle-mêle

qu'explique la date de sa fondation, et l'on pouvait hésiter à rétablir dans un ordre nouveau ce que plus de deux siècles avaient déclassé. M. Pinçon,- l'un des

Fig. 168 à 170. — Meuble-classeur à tiroirs. — Carton-classeur.

Casier et nécessaire pour caries ou autographes. — Meuble à fiches

ordinaires, à tiroirs superposés. — Meubles à fiches articulées.

bibliothécaires les plus zélés de cet établissement, ne recula pas devant cette tâche, et, secondé par l'administration, il eut l'heureuse idée de se servir des éléments que présentait cet amas confus de cartes pour en former un catalogue méthodique; il entreprit, en un I 20

mot, de compléter de cette façon, et sans nouveaux frais de copie, les divers répertoires de l'utile établis sèment où il rendait de si bons services.

Pour cela, il fallait placer les cartes anciennes dans des conditions telles, que, une fois rangées suivant l'ordre qu'elles doivent conserver, elles fussent mises hors de l'atteinte des mille causes de dérangement signalées plus haut; il s'agissait de les fixer et de faire en sorte que cette fixité n'empêchât pas de les feuilleter, si l'on peut se servir de cette expression; il fallait, en un mot, les mettre en de telles conditions que l'œil pût embrasser spontanément ^. ,^^ „ . .... . les divisions des classifi-

Fig. 177. — Casiers pour diclionnaires.

cations adoptées, et, de plus, qu'étant logées convenablement pour leur conservation, elles pussent être d'un transport immédiat et facile, d'un maniement de tous les instants. Ces divers problèmes furent résolus, et cela grâce à un procédé fort simple sans doute, mais dont nul n'avait eu l'idée avant l'ingénieux bibliothécaire. M. Pinçon fit percer les cartes à l'emporte-pièce, vers le bas, d'un trou circulaire et fort régulier; puis des tiges de fer traversant ces files de cartes permirent au doigt de faire jouer chaque bulletin sans aucun dérangement possible, les tringles cadenassées qui les maintiennent dans une caisse à compartiments obviant à tous les inconvénients que l'on peut craindre d'un transport précipité ou de chocs inattendus. Il est presque inutile

de dire ici que ce système de catalogue se prôte, avec une facilité merveilleuse, à d'incessantes intercalations; pour indiquer les divisions méthodiques, on emploie des cartes de diverses couleurs, dépassant légèrement les autres et présentant leurs titres sans confusion. Chaque boîte, à laquelle on a donné la forme d'un volume in-folio, peut contenir environ

Fig. 178 à 181. — Bibliothèque démontable. — Rayon mobile.

Coupe d'une tablette à rainures permettant de glisser sur-le-champ

une étiquette mobile. — Bibliothèque à échelles en fer

et à tablettes mobiles.

quatre mille cartes et suffire au service d'une bibliothèque d'amateurs.

L'arrangement des livres sur les tablettes de la bibliothèque exige un certain tact, un goût éclairé et une pratique sérieuse des livres. Cette opération paraît des plus simples, à première vue : charger les rayons ne demande aucune préparation, il n'y a qu'à poser les livres dans une hauteur déterminée ou en les couchant môme s'ils ne peuvent se placer sur les rayons. Les livres sont-ils reliés? possède-t-on des ouvrages anciens recouverts en vélin ou en parchemin? Il faut

les disposer dans un ordre alterné avec les modernes, qui, par leurs couleurs plus foncées ou plus éclatantes, contribueront à en rehausser la valeur, et ne jamais les mettre au hasard, de bric et de broc, sans ordre.

Le placement que nous allons indiquer, outre la garantie d'ordre et de suite, présente une réelle symétrie, qui n'a rien de désagréable et dans laquelle l'œil

Fig. 182. — Bureau-bibliothèque. (Style moderne.)

est délicatement frappé par la variété des couleurs. Dans le bas de la bibliothèque, sur le rayon inférieur, il faut placer les in-folio comme étant plus lourds et plus difficiles à prendre; en commençant par la gauche, les dictionnaires viendront les premiers, puis les biographies, l'histoire, l'archéologie, la littérature et les sciences diverses. Admettant que tous ces livres ne trouvent pas place sur un seul rayon, on les divisera en deux parties à peu près égales, de manière que la

deuxième tablette supporte dans le même ordre les mêmes séries bibliographiques que la première. Il est bien entendu qu'en adoptant cette mise en place, on devra réserver une certaine place pour les entrées futures; aussi engageons-nous l'amateur à se pourvoir d'appui-livres (voir fîg. 147) qui donneront l'équilibre et la stabilité à ses volumes.

Les tablettes suivantes, 5° et 4% pourront recevoir les in-4»; au-dessus viendront les in-8»; quant aux in-12, in-16, in-32, ils seront placés sur les tablettes supérieures, mais toujours en maintenant l'ordre bibliographique adopté dès le début. L'ordre qui est cité paraît assez rationnel, il n'est cependant pas immuable : en raison des goûts et des tendances de chaque amateur, on pourra le modifier, le renverser ou l'interposer simplement. Les formats oblongs doivent se ranger avec le format inférieur à ce qu'ils sont réellement; ainsi un in-folio oblong ira avec les in-4'': rin-4'' oblong avec les in-8'', l'in-S" oblong avec les in-12, et ainsi de suite. Dans le cas où un ouvrage serait interfolié de papier d'un lormat supérieur, la place sur la tablette sera au format supérieur et non à l'ouvrage lui-même.

En engageant l'amateur à ne pas trop serrer ses livres sur les tablettes, il y a non seulement la raison d'accroissement dont il faut prendre bonne note, mais encore celle de la circulation de l'air à travers les livres : comme à toute chose, l'air leur est indispensable. Les livres placés dans des armoires à panneaux pleins ou à vitres, dans des vitrines bien closes, ou bien encore dans des meubles anciens, armoires ou bahuts; transformés en bibliothèques (les panneaux de

bois ayant été remplacés par des glaces) qui ne sont jamais ouvertes, s'étiolent, se défraîchissent ets'abîment insensiblement. La recommandation de ne pas serrer

Fig. 183. — Bibliothèque. (Style composite moderne.)

les volumes est donc utile, indépendamment de la facilité qui en résulte pour les retirer du rayon. « L'aspect d'une bibliothèque, a écrit Tenant de Latour dans ses Mémoires cVim Bibliophile, saisit plus agréablement la

vue par le mélange de vieux livres et de livres nouveaux que ne le ferait une réunion de livres entièrement neufs. Les vélins blancs font bon effet à côté des maroquins et des cuirs de Russie les mieux traités.

« Une reliure de Derome ou de Padeloup, et de plus anciens qu'eux, forme en même temps un agréable accord et un heureux contraste avec des reliures plus modernes. Enfin, l'élément extérieur d'une bibliothèque d'amateur, quelque austère qu'elle puisse être en elle-même, doit réunir les différentes conditions exigées dans tout ce qui est plus ou moins destiné à frapper les yeux; et, sans contredit, la première de toutes est une heureuse variété. »

Le livre de Naudé, Advis pour dresser une Bibliothèque*, mérite d'être consulté parles fervents du livre; nous citerons les quelques passages où l'auteur donne des conseils pour la formation d'une bibliothèque en tant que local et mobilier :

« Pour ce qui est donc de la situation de la place où l'on doit bastir ou choisir un lieu propre pour une Bibliothèque, il semble que ce commun dire,

Carmina secessum scribentis et olia quœrunt

nous doive obliger à le prendre dans une partie de la maison plus reculée du bruit et du tracas, non seulement de ceux de dehors, mais aussi de la famille et des domestiques, en l'éloignant des rues, de la cuisine,

* Cf. Advis povr dresser vue bibliothèque, présenté à Monseigneur le Président de Mesrae par Gabriel Naudé. — A Paris, chez Targa au premier pillier de la grand'salle du Palais. 1627. In-12. — Le,même ouvrage.... Réimprimé sur la deuxième édition (Paris 1644). — Paris, Isid. Liseux, 1876. In-12. Cette réimpression, tirée à 550 ex., est due aux soins d'Alcide Bonneau.

et lieux semblables, pour la mettre s'il est possible entre quelque f^frande cour et un beau jardin où elle ait son jour libre, ses veues bien estendues et agréables, son air pur, sans infection de marets, cloaques, fumiers, et toute la disposition de son bastiment si bien conduite et ordonnée, qu'elle ne participe à aucune disgrâce ou incommodité manifeste. Or, pour en venir à bout avec plus de plaisir et moins de peine, il sera toujours à propos de la placer dans des estages du milieu, afin que la fraischeur de la terre n'engendre point le remugle, qui est une certaine pourriture qui s'attache insensiblement aux livres; et que les greniers et chambres d'en haut servent pour l'empescher d'estre aussi susceptible des intempéries de l'air, comme sont celles qui pour avoir leurs couvertures basses ressentent facilement l'incommodité des pluyes, neiges et grandes chaleurs. Ce que s'il n'est pas autrement facile d'observer, au moins faut-il prendre garde qu'elles soient élevées de la hauteur de quatre ou cinq degrez, comme j'ay remarqué que l'estoit l'Ambroisienne à Milan, et le plus haut exhaussées que l'on pourra, tant à raison de la beauté que pour obvier aux incommodités susdites : sinon le lieu se trouvant humide et mal situé, il faudra avoir recours ou à la natte, ou aux tapisseries pour garnir les murailles, et au poisle ou bien à la cheminée, dans laquelle on ne bruslera que du bois qui fume peu pour l'eschauffer et desseicher pendant l'Hyver et les jours des autres saisons qui seront plus humides. « Mais il semble que toutes ces difficultezet circon stances ne soient rien au prix de celles qu'il faut observer pour donner jour et placer bien à propos une

Bibliothèque, tant à cause de l'importance qu'il y a qu'elle soit bien esclairée jusques à ses coins plus

Fig. 184. — Bibliothèque. Style fantaisiste moderne.

éloignez, qu'aussi pour la diverse nature des vents qui doivent y souffler d'ordinaire, et qui produisent des effects aussi différents que le sont leurs qualilez et les I 21

lieux par où ils passent. Sur quoy je dis que deux choses sont à observer : — la première, que les croisées et fenestres de la Bibliothèque (quand elle sera placée des deux costez) ne se regardent diamétralement, sinon celles qui donneront jour à quelque table; d'autant que par ce moyen les jours ne s'esvanoûyssant au dehors, le lieu en demeure beaucoup mieux esclairé. — La seconde, que les principales ouvertures soient tousjours vers l'Orient, tant à cause du jour que la Bibliothèque en pourra recevoir de bon matin, qu'à l'occasion des vents qui soufflent de ce costé, lesquels estans chauds et secs de leur nature rendent l'air grandement tempéré, fortifient les sens, subtilisent les humeurs, espurent les esprits, conservent nostre bonne disposition, corrigent la mauvaise, et pour dire en un mot sont très sains et salubres : ou au contraire ceux qui soufflent du costé de l'Occident sont plus fascheux et nuisibles, et les Méridionaux plus dangereux que tous les autres, parce qu'estans chauds et humides ils disposent toutes choses à pourriture, grossissent l'air, nourrissent les vers, engendrent la vermine, fomentent et entretiennent les maladies, et nous disposent à en recevoir de nouvelles ; aussi sont-ils appelez par Hippocrate, Austri auditum hebetantes, caliginosi^ caput gravantes^ pigri, dissolventes, parée qu'ils remplissent la teste de certaines vapeurs et humiditez qui espaississent les esprits, relaschent les nerfs, bouschent les conduits, offusquent les sens, et nous rendent paresseux et presque inhabiles à toutes sortes d'actions. C'est pourquoy au défaut des premiers il faudra avoir recours à ceux qui soufflent du Septentrion, et qui par le moyen de

leurs qualitez froide cl seiche n'engendrent aucune humidité, et conservent assez bien les livres et papiers.

« Pour l'ornement et la décoration que l'on y doit apporter, je passerois volontiers ce dernier poinct si je n'estois adverti par ce dire très-véritable de Typotius, Jgnota populo est et mortua pêne ipsa virtus sine lenocinio*, de dire quelques mots en passant de la monstre extérieure et de l'ornement que l'on doit apporter à une Bibliothèque, puisque ce fard et cette décoration semblent nécessaires, vcu que suivant le dire du mesme Autheur, Omnis apparatus bellicus, omnes machinai foreuses^ omnis denique suppellex domestica, ad ostentationem comparata sunt. Et dire vray, ce qui me fait plus facilement excuser la passion de ceux qui recherchent aujourd'huy cette pompe avec beaucoup de frais et despences inutiles, c'est que les anciens y ont encore esté moins retenus que nous : car si nous voulons en premier lieu considérer quelle estoit la structure et le bastiment de leurs Bibliothèques, Isidore nous apprendra** qu'elles estoient toutes quarrelées de marbre verd, et couvertes d'or par les lambris, Boèce que les murailles estoient revestues de verre et d'yvoire, Sénèque que les armoires et pulpitres estoient d'ébcne et de cèdre. Si nous recherchons quelles pièces rares et exquises ils y mettoient, les deux Plines, Suétone, Martial et Vopiscus tesmoignent par toutes leurs œuvres qu'ils n'espargnoient ny or ny argent pour y mettre les images et statues représentées au vif de tous les galands

* Lib. De Fama.

** Apud Lipsuni, Synlag. de Biblioth., § 9 et 10.

hommes; et finalement, s'il est question de sçavoir quel estoit l'ornement de leurs volumes, Sénèque ne fait autre chose que reprendre le luxe et la trop grande despense qu'ils faisoient à les peindre, dorer, enluminer, et faire couvrir et relier avec toute sorte de bombance, mignardise et superfluité. Mais pour tirer quelque instruction de ces désordres, il nous fauteslire

Fig. 18o. — Intérieur d'une bibliothèque, selon Gabriel Naudé. Advis pour dresser une bibliothèque.

et trier de ces extrémitez ce qui est tellement requis à une Bibliothèque, qu'on ne puisse en aucune façon le négliger sans avarice, ou l'excéder sans prodigalité.

« Je dis, premièrement, qu'il n'est point besoin pour ce qui est des livres de faire une despence extraordinaire à leur relieure, estant plus à propos de réserver l'argent qu'on y despenseroit pour les avoir tous du volume plus grand et de la meilleure édition qui se

pourra trouver; si ce n'est qu'on vueille, pour contenter de quelque apparence les yeux des spectateurs, faire couvrir tous les dos de ceux qui seront reliez tant en bazane qu'en veau ou marroquin, de filets d'or et de quelques fleurons, avec le nom des Autheurs : pourquoy faire on aura recours au Doreur qui aura cous-

1 ij^. 18(j. — Estampe du xvii* siècle. La Science et l'Art, aidés par le Temps, composant une bibliothèque.

tume de travailler pour la Bibliothèque, comme aussi au Relieur pour refaire les dos et couvertures escorchées, reprendre les tranchefils, accommoder les transpositions, recoler les cartes et figures, nettoyer les feuilles gastées, et bref entretenir tout en Testât nécessaire à l'ornement du lieu et à la conservation des volumes.

« Il n'est point aussi question de rechercher et

entasser dans une Bibliothèque toutes ces pièces et fragments des vieilles statues,

Et Curios jam dimidios, humeroquc mînorem Corvinum, et Galbam auriculis nasoqiie carcntem,

nous estant assez d'avoir des copies bien faictes et tirées de ceux qui ont esté les plus célèbres en la profession des Lettres, pour juger en un mesme temps de l'esprit des Autheurs par leurs livres, et de leur corps, figure et physiognomie par ces tableaux et images, lesquelles jointes aux discours que plusieurs ont fait de leur vie, servent à mon advis d'un puissant esguillon pour exciter une ûme généreuse et bien-née à suivre leurs pistes, et à demeurer ferme et stable dans les airs et sentiers battus de quelque belle entreprise et résolution. Encore moins faut-il employer l'or à ses lambris, l'yvoire et le verre à ses parois, le cèdre à ses tablettes, et le marbre à ses fonds et planchers, puisque telle façon de paroistre n'est plus en usage, que les livres ne se mettent plus sur des pulpitres à la mode ancienne, mais sur des tablettes qui cachent toutes les murailles, et qu'au lieu de telle dorure et paremens l'on peut faire vicarier les instruments de Mathématiques, Globes, Mappemonde, Sphères, Peintures, animaux, pierres, et autres curiositez tant de l'Art que de la Nature, qui s'amassent pour l'ordinaire de temps en temps et quasi sans rien mettre et desbourser. Finalement ce seroit une grande oubliance, si après avoir fourny une Bibliothèque de toutes ces choses, elle n'avoit point ses tablettes garnies de quelque petite serge, bougran ou canevas accommodé à l'ordinaire avec des clous dorez ou argentez, tant pour conserver

les livres de la poudre, que pour donner une grûce spéciale à tout le lieu; et aussi si elle venoit à manquer et estre despourveuë de tables, tapis, sièges, épousettes, boules jaspées, conserves, horloges, plumes, papier, encre, canif, pouldre, almanach, et autres petits meubles et instruments semblables, qui sont de si petite valleur et tellement nécessaires, qu'il n'y a point d'excuse capable de mettre à couvert ceux qui négligent d'en faire provision. »

De nos jours, le livre dit d'amateur tient si peu de place, que quelques mètres de surface suffisent amplement à loger plusieurs centaines de volumes. La bibliothèque du bibliophile s'est transformée en salon, en cabinet, en armoire. Il faut à peine quelques meubles là où il fallait jadis une galerie ou plusieurs salles consacrées au logement des livres. A côté des Elzevier, des Estienne, aux ravissants formats in-S", peuvent se placer toutes les belles œuvres des xvn« et xviii« siècles, si richement illustrées par les Eisen, les Cochin, les Moreau, les Marillier. Pour les livres modernes, le choix est aussi varié qu'agréable. Le livre du milieu du siècle, tant dédaigné il y a quelques années, est redevenu à la mode et est activement recherché. Comme en toute chose, le livre suit un cycle déterminé, les choix diffèrent.

« Le livre, a dit M. Henri Bouchot*, subira comme le costume, la mode, larchitecture ou les meubles, cette passade un peu délicate, où le dégoût vient de ce qu'on a trouvé joli. Puis, après trente ans, quarante au

* Cf. H. Bouchot, Des livres modernes qu'il convient d'acquérir. Paris, Edouard Rouvcyrc, 1891, in-18.

plus, le retour se fera naturellement. A la Restauration, VHistoire du Costume français de Moreau le Jeune se débitait en cornets dans les épiceries ; sous le troisième Empire, on se tordait de rire en feuilletant les recueils merveilleux de Devéria; de nos jours, on admet à peine les ouvrages d'avant 70. La loi est curieuse, mais indiscutable. Lorsque, le cycle écoulé, la période d'incuba-

Fig. 187. — Intérieur d'une bibliothèque, genre mauresque.

tion fournie, on revient aux œuvres d'époque, la folie s'en mêle un peu. Les portraits coiffés à la girafe, que nous retournions contre le mur, nous les reprenons avec fureur. Le moindre bouquin indignement maltraité jadis, livré aux enfants, reçoit un habillement somptueux.... Il y a pour l'instant tel album de macédoines, signé Gavarni, dont nos pères s'amusaient dans leur enfance, qui se couvre d'or et que les amateurs du livre contemplent avec extase. Et le Diable à Parisl ce merveilleux diable qu'on pourrait affubler lui aussi d'une corne d'abondance, comme le Bon Diable du

magasin d'habillement, tant il représente d'espèces sonnantes à qui le possède en bon état, surtout s'il a gardé sa couverture. »

Pour les livres de travail, quel genre de bibliothèque adopter? M. Guyot-Daubès*, dans le Livre

Fig. 188. — Intérieur d'un cabinet de travail, avec Bibliothèque.

à travers les âges, va nous renseigner à ce sujet : « Les bibliothèques vitrées, écrit-il, préservent sans

*M. Guyot-Daubès est l'auteur d'un livre pratique, renfermant un grand nombre de faits inédits et d'anecdotes littéraires, intitulé VArt de classer les notes, comment on organise son bureau et sa bibliothèque. D'après l'auteur, il existe un art de classer les notes, et cet art est important, car sa pratique permet à chacun de conserver le profit qu'il a pu retirer de ses lectures, de ses études, de ses travaux. Tous les grands écrivains, tous les grands savants, dit-il, ont été collectionneurs de notes.

Il examine les divers systèmes employés par quelques-uns de ces hommes d'étude et les discute avec compétence. Il montre que l'homme du monde a également un grand intérêt à avoir ses lettres, ses papiers de famille, de travail et d'affaires sous un classement permettant de les retrouver avec faciUté.

doute les livres de la poussière, mais d'un autre côté elles ont le grand inconvénient de tenir beaucoup de place. On s'imagine difficilement trois ou quatre mille volumes rangés dans des bibliothèques vitrées. Il faudrait plusieurs grandes pièces pour les contenir. Au point de vue du travailleur intellectuel, ce serait certai-

Fig. 189 à 191. — Divers modèles de biblioUi

nement un luxe encombrant et inutile. La bibliothèque très simple, en bois noirci, celle qu'emploient les bouquinistes dans leurs magasins, est ce qui convient le mieux pour le rangement des livres de travail. En effet, si nous avons une chambre spéciale pour renfermer ces livres, sa disposition pourra se rapprocher de celle de la réserve des bouquinistes ; c'est-à-dire qu'il faudra que nos bibliothèques soient peu encombrantes, renferment le plus possible de volumes et que ces volumes soient disposés de telle sorte qu'on puisse les retrouver avec facilité.

« Nos bibliothèques pourront donc être de simples

Fig. 192. — Bahut Renaissance transformé en bibliothèque.

casiers d'une épaisseur peu considérable, 22 à 23 centimètres, dans lesquels on ne mettra les volumes que sur un seul rang, afin de voir facilement les titres.

« Quel espacement donnerons-nous aux rayons?

« Autant que possible il faut placer sur les mêmes rayons les volumes de même hauteur.

c Nous aurons un rayon in-32 dans lequel nous

Fig. 193 à 190. — Classeur-coureur à aiguilles et classeur Shannon.

pourrons mettre tous les petits formats analogues jusqu'aux in-18 raisin; puis un ou deux rayons in-i8 Jésus (format de la bibliothèque Charpentier et de la plupart des romans modernes), enfin des rayons pour les in-8 raisin et d'autres pour les in-4. On aura soin de mettre les rayons de petits formats à mi-hauteur de la bibliothèque et de placer au-dessus et au-dessous les formats de plus en plus grands. Cette disposition aura pour avantage de rendre plus facile la lecture des titres des volumes. Nous aurons ainsi une bibliothèque

parfaitement rangée, présentant un aspect d'ordre et de régularité capable de flatter l'amour-propre de son possesseur. Quant à l'objection que nous prévoyons : la difficulté de la classification des volumes par ordre de dimensions et par série de matières, nous y répondons immédiatement. Certains travailleurs attribuent dans leur bibliothèque un ou plusieurs rayons à tel ou tel genre de sujets ; il y a par exemple un rayon d'histoire, un rayon de pièces de théâtre, et ainsi de suite. Ce système a l'inconvénient de mettre côte à côle des volumes de hauteur différente, ce qui est défectueux au point de vue de la régularité et de l'ordre de la bibliothèque. Si, au contraire, on a adopté le système de rangement que nous avons préconisé : mettre dans les mômes rayons les volumes de môme hauteur, on pourra placer les ouvrages traitant de sujets analogues dans les rayons superposés, c'est-à-dire les uns au-dessus des autres.

« On arrivera ainsi tout naturellement au classement vertical des volumes par ordre de matières. Ce classement vertical conservera la régularité de la bibliothèque, permettra la recherche d'un volume sans déplacement, sans avoir besoin d'aller d'une bibliothèque à l'autre. Si le volume n'est pas à la place que l'on supposait, on le trouvera dans les rayons au-dessus ou immédiatement au-dessous. La recherche d'un volume se limite donc ainsi à une étroite bande verticale, ce qui évidemment la simplifie et lui donne une certitude que ne présente aucun autre mode de classement. »

Les étagères en bois ou en métal, travées, rayons fixes, rayons à crémaillères ou à clavettes; armoires

pour les livres de réserve, comptoirs pour les formats atlantiques, casiers pour les périodiques en fascicules; boîtes à cartes, meubles pour catalogues ; montecharges, échelles; tables et pupitres de travail; portefeuilles, cartons pour les brochures, reliures mobiles, appui-livres, sangles de bureau, fiches de déplacement, planchettes indicatrices, en un mot tout l'ameublement d'une pièce appelée Bibliothèque, devra être d'un travail fini et soigné.

Comme objet intrinsèque, le livre est connu, on sait ce qu'il est, et comment il faut le traiter. La disposition de la bibliothèque étant arrêtée, on devra veiller non seulement sur son emplacement et son ornementation, mais son ameublement devra être fabriqué dans un style déterminé, et le choix ^en est nombreux dans les modèles de toutes les époques.

Fig. 197. — Le coin des poètes.

CE VOLUME A ÉTÉ ACHEVÉ d'iMPRIMER A PARIS

Page 1