‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiés (volume 3)Chapitre 18 sur 20 · livre). Frontispice du Térence publié · texte numérisé non relu

livre). Frontispice du Térence publié

par Treschel, à Lyon, li93.

sur un tabouret afin d'avoir leurs jambes bien horizontales, écrivant sur leurs genoux et ayant à leur portée les manuscrits ou les livres qui leur étaient utiles. En

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Fig. 101 à lOi. — Auteurs et Clercs assis dans leur chaire. Devant eux est le pupitre tournant, servant à lire ou à écrire.

tète du Decamerone o ver cento novelle ciel Boccacio, première édition du Boccace illustré, publié à Venise en 1492, du Libri philomusi, publié par Gruninger à Strasbourg en 1497, et de plusieurs autres ouvrages

Fig. 103. — Cabinet do travail (xv'-xvi* siècle).

(lu xv^ siècle et du commencement du xvi^, les auteurs ou les clercs sont représentés, soit occupés à écrire sur un pupitre tournant, soit assis en chaire et professant, ayant à côté ou devant eux un coffre ouvert sur le

Fig. 106. — Armoire aux trésors, à reliques et à manuscrits (xiv siècle). Cathédrale de Noyon.

côté, où se trouvent plusieurs manuscrits ou imprimés. Quelques lettres majuscules, principalement celles employées par Antoine Vérard, avaient le centre occupé par un clerc assis dans une chaire en bois sculpté, écrivant sur un pupitre tournant.

Ce sont autant de documents que nous avons reproduits et dont quelques-uns (fig. 96 et fig. 99), font

voir qu'au moyen âge, lorsque les manuscrits furent extraits des coffres où ils étaient conservés, pour les placer en corps de bibliothèque, on les étalait les uns à côté des autres, en les posant sur le plat dans la situation inclinée des pupitres. Lorsque le nombre s'en accrut, on les coucha horizontalement les uns au-dessus

Fig. 107. — Bibliothèque d'Abdul-Hamid.

des autres*, le titre développé sur le dos ou sur la tranche, suivant que l'un ou l'autre se plaçait en dehors; vint ensuite la position verticale du grand ou du petit côté, le dos tourné vers le haut ou bien à l'extérieur, comme cela se pratique aujourd'hui, résultat de la progression croissante de tous les produits de la

* De nosjours, à Conslanlinople, la bibliothèque inaccessible ilu vieux sérail se compose de nombreuses armoires à grillages, derrière lesquels les nianuscrils et les livres sont empilés, moins soigneusement que des serviettes. On peut se rendre compte de cette disposition par la figure ci-dessus.

Fig. lOS. — Cabinet de travail (xvii" siècle).

typographie. A propos des livres enchaînés, nous avons déjà mentionné la bibliothèque de Leyde, il nous faut aussi détailler son installation telle qu'elle est représentée par la gravure que nous reproduisons; et bien qu'il s'agisse d'une bibliothèque publique, son agence-

109. — Bibliothèque de Leyde d'après une gravure de rillusliium, etc., academia Leydensis (1610). (Cabinet des estampes de la Bibliollièque nationale.)

ment pourrait parfaitement convenir à un amateur ou à un libraire, disposant de vastes pièces pour y loger les livres. La commodité de ce système saute aux yeux et la facilité de recherches est grande : les livres étaient disposés dans des meubles en épis, à deux parties, la partie inférieure se composait d'une tablette-pupitre sur laquelle on pouvait travailler debout, le haut comprenait le rayon sur lequel le livre était placé I 15

et n'excédait pas la hauteur qu'un homme peut atteindre; enfin, à la partie supérieure se trouA'ait un liteau en pente sur lequel se trouvait inscrite la section bibliographique à laquelle appartenait l'ouvrage. Sous François I", les livres s'entassaient sur les rayons ou dans des meubles bas*. Catherine de Médicis avait, latlenante à sa chambre, une armoire à ventaux contenant

Fig. 110.

Types de bibliothèques formant corps avec la boiserie de la pièce, (xyiii* siècle. j

ses livres de chevet. Dès les premières années du xvF [siècle, les bibliothèques d'amateurs se distinguaient par leur élégante construction et le goût avec lequel l'emplacement des livres était compris. La bililiothèque, sous le règne de Charles IX, formait

* François !"•, qui avait fondé à Fontainebleau une petite bibliothèque, en y réunissant les livres de son aïeul Jean, comte d'Angoulème, et de son père, y fit transporter la grande collection rassemblée à Blois par les princes de la maison d'Orléans. On dressa alors le catalogue de tous ces livres qui se composaient de mille sept cent quatre-vingt-un manuscrits et de cent neuf imprimés.

un meuble haut avec fronton ; la Renaissance, comme en toute chose, y avait introduit son esprit, son essence, dirons-nous, et les lourds bahuts du siècle précédent s'étaient transformés en crédences à rayons multiples avec corps inférieur plus développé. Cependant certains amateurs, possédant de nombreux volumes, avaient réservé une salle dans laquelle ils avaient fait construire

Fig. 111. — Panneau (el plan) d'un cabinet de livres, (xviii' siècle.)

des armoires adhérentes au mur tout autour de la pièce; de riches sculptures, des ornements sur les panneaux en décoraient l'ensemble. Les bibliotlièques subirent la fluctuation de la mode, la transformation des styles, mais le principe resta généralement le même. Au xviii^ siècle, la bibliothèque formait pour ainsi dire corps avec la boiserie dont la pièce était ornée. Le goût, de nos jours, parait être de styles différents, tout au moins dans les grands meubles à plein bois; en conséquence, la bibliothèque construite avec tous

les aménagemenls possibles devra être empreinte du style adopté pour le reste de l'ameublement.

La fantaisie peut aussi avoir libre carrière dans la fabrication de ce meuble ; toutefois, il ne faut pas oublier qu'un livre doit être placé dans une pièce ou dans une bibliothèque de manière à n'être jamais cherché, mais tout simplement pris. Nous ne pensons

Fig. 112. — Bibliothèque basse. (Époque du second empire).

pas que la bibliothèque de travail de M. Paul Lacroix présentait cette facilité.

« Les livres de M. Paul Lacroix, écrivait M. Octave Uzannc dans Nos amis les Livres*, n'étaient pas somptueusement logés en son appartement de l'Arsenal. La place et les aménagements manquaient. Mais les livres sont bons pi'inces, et, à défaut de palais spécial, ils se contentaient de se loger partout. Il y avait cependant

* Cf. Nos amis les Livres. Causeries sur la littérature curieuse et la librairie, par Octave Uzanne. Paris, Maison Quantin, I886,in-1'2.

Fi<;. llô. — La lecture des livres fléfendus. Dessin de C. P. Mariliier.

donnant rameublement d'une bibliothèque en lî

une pièce qui était la bibliolhèque, ou le cabinet, plus particulièrement. Le maître l'appelait plutôt la salle des catalogues. Et, en effet, les rayons qui couvraient les murs ne contenaient partout que des volumes uniformément reliés et comprenant chacun un ou plusieurs catalogues de vente. C'étaient là les instruments immé-

lli. — Le cabinet de travail du biblioplùle Jacob.

diats du bibliophile. Tous ces volumes à dos blanc, rangés par catégories et par époques, présentaient un aspect étrange et invitant à la fois. Ils étaient en bel ordre et toujours prêts à fournir au chercheur les renseignements précieux dont ils sont pleins. Cette méthode, très apparente dans le classement des catalogues, frappait d'autant plus que partout ailleurs, dans cette pièce, régnait le désordre le plus candide. Il y avait sans doute des tables, mais les livres qui s'em-

pilaient dessous et les livres qui s'amoncelaient dessus les changeaient en îlots massifs, en sortes de vastes piliers quadrangulaires à arêtes brisées, s'élevant çà et là presque jusqu'au plafond.

€ Il y avait bien une cheminée avec son âtre; mais des paquets de li«?fe$l: remplissaient le foyer; des piles de livres montaient fë long des jambages; des papiers, des brochures et des livres s'éparpillaient et s'entassaient sur la tablette, laissant à peine apercevoir un admirable buste de M. Paul Lacroix, jeune et superbe, par Jehan Duseigneur.

» Il y avait bien un grand bureau; mais il était enseveli sous les livres et les cartons, et ce n'est qu'après une exploration minutieuse qu'on arrivait à découvrir le fauteuil où M. Paul Lacroix s'asseyait pour écrire. On aurait eu quelques doutes quant à la possibilité de la chose, si on n'avait pas vu et touché, sur le bureau même et en face du fauteuil, un cahier de papier à moitié couvert d'une écriture extrêmement nette, mais si fine et si serrée que l'auteur, en se relisant, s'y usait les yeux. Il n'y a pas eu de typographe capable de composer sur une telle copie. Aussi M. Paul Lacroix était-il obligé de faire transcrire ses manuscrits avant de les envoyer à l'impression. C'était l'écriture de sa jeunesse, dont il s'était défait, mais à laquelle il était invinciblement ramené. N'est-ce pas comme un touchant symbole de la perpétuelle jeunesse d'esprit dont sont pénétrées toutes les œuvres de cet aimable et grand savant?

« Au milieu de ce fouillis, dans les rares clairières que formait sur les murailles la forêt des volumes et des casiers, brillaient quelques toiles de maîtres, un Greuze,

Fig. llo. — Cabinet de travail, (xviu' siècle.)

un Jordaens, un Ribera, d'autres encore, toutes exquises et précieuses, et qui faisaient, dans ce cabinet où montait incessamment et sans bruit la marée des livres, comme un reflet de soleil intime et réchaufl'ant. On voyait à terre, augmentant l'encombrement d'une chambre dont un Xavier de Maislre aurait mis un an à faire le tour, des tas de bouquins attachés par une ficelle, ou des brochures en paquets. C'était le butin journalier du bibliophile, ce qu'il avait acheté en se promenant le long des quais ou en autres lieux occupés par des bouquinistes, dont il était bien connu. Tout cela s'accumulait, et, quand il avait le temps, il s'asseyait n'importe où, coupait les ficelles, examinait ses recrues, choisissait les volumes qui devaient d'abord passer chez le relieur, et envoyait les autres s'aligner sur les rayons, s'il y restait encore des places vides.

« Ainsi la salle des catalogues n'était, pour ainsi dire, que l'antichambre des nouvelles acquisitions de M. Paul Lacroix. C'était à un étage plus haut, dans sa chambre à coucher, dans son cabinet de toilette, dans son vestibule et dans une grande pièce coupée en largeur par un casier à deux faces, qu'il emmagasinait définitivement ses trésors. Partout double rangée, les in-4° et les in-8" dans le fond, et les in-12 et les in-18 par devant. Partout aussi, comme des vagues débordant d'un lit trop étroit, des volumes hors cadre, s'élevant en monceaux, s'écroulanl en avalanches et en cascades, s'élalant en jonchée sur le parquet. »

En ce qui concerne les formes à déterminer pour les meubles destinés à contenir des livres, nous n'y insisterons pas ; tel bibliophile pourra se faire

construire un meuble somptueux, alors que tel autre se contentera d'une armoire vitrée ou de simples rayonnages. Il est cependant utile de connaître quel

Fig. 110 à 118. — Élévation, profil et panneau d'une bibliothèque (xviii's.) avec pilastres d'ordre corintliien.

est le bois qui convient le mieux pour ce meuble : les bois blancs, le sapin, le peuplier, l'érable, le poirier ou le pommier, le chêne blanc, le frêne ne paraissent pas devoir être utilisés, les insectes y élisant très facilement domicile et certains de ces bois n'offrant pas toujours

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE PREMIER. 125 une garantie do compacité suffisante. Sous l'influence des agents atmosphériques, ils éclatent ou se rétrécissent : tels le frêne, le hêtre, le peuplier, l'érable même dont les nodosités veinées plaisent beaucoup à l'œil ; et cependant, en raison de sa malléabilité, de

Fig. 119. — Bibliothèque moderne, genre Louis XVI.

l'absence de veines dures, on aime à se servir du poirier qui jouit en outre de l'avantage d'accepter la couleur noire mate et imite alors l'ébène, peu employé parce qu'il est trop lourd et trop cassant. L'amateur recherchera, de préférence, les bois résineux : pin maritime, pitchpin, cèdre, mélèze, cœur de chêne, chêne vert, noyer, palissandre; et, si l'appartement, dans lequel il désire installer sa bibliothèque, est petit ou exigu.

126 CONNAISSANCES KÉCESSAIRFS

il devra tenir compte des conseils donnes par un amateur et un lettré, M. Jules Richard :

« Que le meuble (bibliothèque) soit assez profond pour qu'on y puisse installer deux rangées de grands

Fig. 120. — Exemple condamnal)le (Vun meuble-bibliolhèqiic, dans lequel le rayon du bas et celui du haut sont niasqués.

in-octavo ou trois rangées d'in-douze. Certes il vaudrait mieux que les rayons fussent moins chargés en profondeur; mais les appartements sont si petits, surtout à Paris, qu'un bibliophile doit se résigner à regagner en épaisseur ce qu'il perd en surface. Le meuble

Fig. 121.

dans lequel

— Exemple condamnable d'un meuble-bibliothèque le rayon du bas est masqué. (Époque Romantique.)

ne doit pas dépasser la hauteur à laquelle votre bras atteint, vous mettrez au-dessus vos sculptures, vos tableaux, vos potiches ou vos objets d'art, toutes choses qui s'harmonisent à merveille. Nos ancêtres, qui joignaient la prudence à la connaissance des choses.

Fig. 122. — Rayons de bibliothèque. (Style moderne.)

mettaient souvent des portes à leurs armoires-bibliothèques, mais elles étaient grillagées. Aujourd'hui, les vrais amateurs ont des armoires ouvertes ; je ne les blâmerai pas si leurs armoires n'ont pas de coins creux et profonds où les livres se perdent, si leurs rayons sont confortablement doublés de drap et si dans le voisinage ils installent avec art quelques pièges à loup *. »

Il est presque impossible de songer à évaluer les

* Jules Richard. L'Art de former une bibliothèque. Paris, Ed. Rouveyre et G. Blond, 1882, in-S» écu.

dimensions que devra avoir une bibliothèque publique au siècle prochain. Pour s'en tenir à celles de nos jours, n'a-t-on pas vu la Bibliothèque nationale de Paris passer de 70000 volumes qu'elle comptait à la mort de Louis XIV à 150000 en 1791 et à près de 3000000 en 1898; et celle du British Muséum, de 115000 en 1857

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