EN CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
Définir et reconnaître le format d'un livre est souvent difficile, il faut examiner les lettres ou les chiffres placés dans la marge au bas de certaines pages, lettres et chiffres qui sont les jalons primordiaux de la définition du format ; des experts dans la science du livre s'y sont trompés, au point de créer des confusions bibliographiques*. A l'origine du livre, le format
* David Clément déclare n'avoir jamais pu trouver, quelque soin qu'il ait pris de la chercher dans les plus grandes bibliothèques et même dans celles des pays étrangers, l'édition in-12, Parigi, 1582, de Candelaio, Comedia del Bruno Nolano achademico di nulla achademia, detto il fastidito : In Tristitia Hilaris,
bibliographique n'existait pas ; ce mot ne pouvait s'appliquer qu'à la dimension môme de la matière sur laquelle le scribe écrivait papyrus ou parchemin. Le papyrus ou le parchemin ne comprenait en effet qu'un seul feuillet qu'on remplissait au recto et au verso lorsqu'il s'agissait d'un codex, au recto seulement lorsqu'il s'agissait d'un volumen. Les feuilles du codex étaient ensuite réunies les unes aux autres et cousues, soit par un surjet, ce qui était le cas le plus habituel, soit sur une cordelette formant nerf*. Le volumen, au contraire, ainsi que nous l'avons mentionné dans
in Hilarilate tristis. Il conjecture, d'après le catalogue de Brochard, où elle est marquée in-8, et les Mémoires de Niceron, qui l'annoncent in-12, qu'elle doit être grand in-12, et que le rapport de ce format avec Tin-8, qui aura occasionné cette confusion. Elle est réellement petit in-12, et si le rédacteur du catalogue de Brochard s'y est trompé, c'est qu'il s'est borné à compter les signatures de la feuille a, qui n'a effectivement que huit feuillets, sans remarquer que la feuille b n'en a que quatre, et qu'il en est ainsi jusqu'à la fin.
* Un avantage de la forme des éditions dans l'antiquité, dit Géraud, dans son Essai sur les livres dans VAntiquité, c'est qu'en tout état de choses l'auteur pouvait faire des corrections à son livre, et que ces corrections étaient à l'instant reportées sur tous les exemplaires de l'ouvrage qui étaient encore en magasin. Cicéron, dans une de ses lettres, prie Atticus d'employer trois de ses copistes à effacer un mot dans le plaidoyer pour Ligarius. Voici un autre passage non moins remarquable du même écrivain : « Vous lisez mon traité, et je vous en suis bien reconnaissant; je le serai encore davantage si, non seulement d.-u exemplaires, mais dans ceux des autres vous voulez, remplacer le nom d'Eupolis par celui d'Aristophane.... • <>n conçoit que de simples corrections ne devaient offrir aucune difficulté, puisqu'on avait le moyen d'effacer la première écriture sur une feuille entière, et d'employer une seconde fois cette même feuille comme si elle n'eût jamais servi.
S'il était toujours facile de corriger, au gré <lc l'auteur, tous les exemplaires de son livre qui restaient en magasin, il était bien difficile de faire participer à ces améliorations bu les copies déjà vendues, surtout celles qui avaient été expédiées
le chapitre précédent, était souvent très long : formé de plusieurs bandes de papyrus collées les unes à la suite des [autres, il était fixé par les deux bouts sur des baguettes, umbilici, et roulé; au moyen âge, les bandes de parchemin étaient assemblées et cousues *.
Les pancartes que tiennent beaucoup de figures placées aux porches des églises gothiques et sur lesquelles sont inscrits des textes de l'Écriture sainte ou les noms des personnages, sont nommées rotulum. Un des plus curieux, cité par L.-J. Guenebault, est celui qui est gravé dans le Chronicon Godwicence, in-folio **.
L'emploi du papier amena la création du format; et, par le fait qu'une feuille de papier étant pliée dans son milieu et assemblée aux autres, le format bibliogra-
au loin. Il y avait donc une certaine diversité entre les différents exemplaires d'une même édition, et c'est dans cette diversité qu'ont pris naissance les variantes recueillies, par les érudits des temps modernes, dans les anciens manuscrits qui nous restent d'un même ouvrage.
* Le Pentateuchus hebraicè sine punctis, litteris quadratis longé elegantissimis exaratus in corio orientali, qui faisait partie de la collection la Serna de Bruxelles, était écrit sur cinquante-sept peaux cousues ensemble avec des filets de la même matière, formant une totalité de trente-sept mètres.
Le Rouleau mortuaire de Saint-Benigne de Dijon, manuscrit in-plano anopisthographe, est composé de 29 feuilles de parchemin ajoutées les unes aux autres, formant un ensemble de 8 m. 10 de longueur (Bibliothèque de la ville de Troyes).
Ce magnifique rouleau mortuaire a été étudié par M.d Arbois de Jubainville, archiviste de l'Aube, dans la Bibliothèque de VÊcole des Chartes, quatrième série, t. III, et dans le Portefeuille archéologique de la Champagne, chap. III. Il a été analysé et publié en partie par M. Delisle (Rouleaux des morts, 1860).
** Durand, dans son livre Rationale Divinor officiorum, dit à ce sujet que ce qui distingue les figures de patriarches et de prophètes de celles des apôtres sur les monuments chrétiens, c'est que les premiers tiennent des livres fermés (volumina, quia ante Christi adventum doctrina illius sit obscura), tandis que les seconds tiennent des livres ouverts, rotula (quia tune explicata
phique était frouvé. Le bipatens pugillar* et le polyptyque, dont on se servait anciennement, désignaient des formats de recueils spéciaux.
La définition du mot format n'a pas été donnée jusqu'ici d'une manière satisfaisante, ce mot ne s'explique pas par lui-môme : format, de formatus (qui est formé « Littré »). C'est par une périphrase seulement que sa définition, si toutefois elle est possible, peut se donner; bien des bibliographes l'ont tenté, mais ou l'explication de ce terme n'est pas suffisante, n'est qu'approximative, ou elle est confuse et manque de netteté. En résumé , le format bibliographique, condition première d'un livre, comprend la dimension de la feuille de papier imprimée, après qu'elle a été
et patens doctnna). Paciaudi qui cite ce passage, trouve que Durand se trompe et rapporte en preuve des monuments qui confirment ce qu'il avance. An ti qui ta tes christianae sive de cultu Joannis Baptistx, p. 250. Les figures qui tiennent le volumen déroulé, disent quelques auteurs, représentent des fondateurs. Sur la distinction à établir entre le volumen et le rotulum, voir Fabricius, Bibliotheca antiquaria, verbo Volumen.
* Suivant les lexicographes, le livre à deux feuillets est appelé bipatens pugillar. Voir le Dictionnaire étymologique de Calepinus qui cite un vers d'Ausone, où sont les mots Bipatens pugillar.
Dans l'origine, suivant l'explication qui en a été donnée par A. Tardieu (Atkenœum français, 1853), un polyptyque était une feuille pliée plusieurs fois sur elle-même; un peu plus tard, ce nom fut donné à des livres carrés composés d'un nombre indéfini de feuilles. Les livres du cadastre, les registres du fisc, sous les empereurs romnins, étaient des polyptyques. Ils devinrent bientôt pour les contribuables le livre, le polyptyque par excellence, et ce nom leur fut réservé exclusivement. La partie essentielle du polyptyque, c'était la description, l'état des biens imposables; de lu, par une transition naturelle, le sens que le moyen âge donnait à ce mot et que l'érudition moderne lui conserve, est celui d'inventaire des biens possédés par une église ou une abbaye.
pliée selon le nombre de pages qu'elle renferme; c'est la résultante du nombre de feuillets que forme chaque feuille imprimée et pliée, quelle que soit d'ailleurs la dimension du papier*; le format tire donc son nom du nombre de feuillets, c'est-à-dire de la moitié du nombre de pages que la feuille renferme.
Il suffit donc, pour reconnaître le format d'un livre, dont les feuilles ont été imposées en un seul cahier, de prendre le nombre de pages que contient chaque feuille et de diviser ce nombre par 2, la dénomination du format ne dépendant en aucune façon de la grandeur du papier employé. (Voir les tableaux pages 56 et 57**.)
Nous donnons, page 9, un tableau indiquant la pagination, par feuille, des formats les plus usités***.
Au point de vue de l'arrangement des volumes sur es rayons d'une bibliothèque, la confusion des formats
* Le format commercial se rapporte à la dimension de la feuille de papier non pliée, telle qu'elle sort de la forme. De nos jours, ce format est absolument factice, bien que dans le commerce de papeterie les principaux noms lui soient restés. Ainsi l'on dit : grand-monde et grand-aigle, pour les grandes feuilles; raisin, jésus et colombier, pour les feuilles moyennes; écu, carré, etc., pour les feuilles de dimension moindre.
** L'étude de ces tableaux est d'une utilité indiscutable. En prenant comme exemple le présent volume, dont chaque feuille I été divisée en deux cahiers et dont les signatures ne sont mises que comme indication pour le collationnement, on serait très embarrassé pour en désigner exactement le format. En le mesurant, on trouvera qu'il porte 14x22,5, et en s'en référant aux tableaux des pages 56 et 57, on trouvera que cette mesure indique un in-8° carré.
*** Cf. Jules Cousin. De l'organisation et de l'administration des bibliothèques publiques et privées. Manuel théorique et pratique du bibliothécaire. Paris. 1882, in-8. — Bibliographie et Bibliolhéconomie. De la classification des bibliothèques. Paris, 1884, in-8. — De la construction et de l'installation des bibliothèques universitaires. Paris, 1886, in-8.
ne présente pas de véritable inconvénient, mais, pour les indications bibliographiques à mettre sur les catalogues, il est utile de savoir déterminer exactement le format d'un volume ; depuis quelques années, les papiers employés pour l'impression sont de dimensions si différentes, que les erreurs deviennent de plus en plus nombreuses.
On pourra, mais seulement dans le cas de l'imposition d'une feuille en un seul cahier, se rendre compte d'un formatau moyen du tableau reproduit page 9; il suffira d'ouvrir un volume d'abord à la première page, portant la signature 1, et de rechercher ensuite la signature 2. Le chiffre de la page précédant cette signature n'aura plus besoin alors que d'être divisé par 2 pour trouver le format. Si donc, par exemple, la page 1 portant la signature 1, on trouve la signature 2 à la page 17, on divisera 16 par 2, ce qui indiquera un in-octavo.
La circulaire du 4 mai 1878, de M. Bardoux, Ministre de l'instruction publique, à propos de 1' « Instruction générale au service des bibliothèques universitaires », précise les moyens de déterminer chaque format; en voici l'extrait qui est spécialement relatif à leur reconnaissance :
a A l'époque où le papier était fabriqué selon des règles de dimension qui variaient peu, on reconnaissait le format en comptant les pages de la feuille d'impression. Les désignations d'in-folio, in-quarto, in-octavo représentaient alors une hauteur fixe. Il n'en est plus de môme aujourd'hui que les feuilles d'impression sont de dimensions très différentes, et que certains in-octavo deviennent plus grands qu'un in-folio du xvi° siècle.
L'indication actuelle a donc perdu son ancienne signification, car elle ne répond pas toujours à l'indication de la hauteur du livre ; elle doit être abandonnée pour les désignations suivantes, répondant mieux aux dimensions réelles : \° Grand format (comprenant tous les volumes dépassant 55 centimètres); 2° Moyen format (comprenant les volumes hauts de 25 à 55 centimètres) ; 3° Petit format (comprenant les volumes au-dessous de 25 centimètres).
« Formais inégaux. — Il peut arriver qu'un ouvrage de petit ou de moyen format soit accompagné d'un atlas grand format. En ce cas, l'inscription de l'atlas à l'inventaire sera jointe à celle de l'ouvrage, sans que l'on se préoccupe de la différence des formats. Mais si l'atlas ne peut être rangé sur le même rayon, on l'y remplacera par une planchette indicatrice portant au dos le numéro attribué à l'ouvrage et, sur une des faces, la désignation du lieu où cet atlas sera déposé. »
Les formats sont si nombreux, que leur [diversité prête quelquefois à une hésitation facile à comprendre, d'autant qu'on se trouve souvent en présence de livres de dimensions semblables, mais en réalité de formats différents, et cela surtout depuis l'usage du papier mécanique. Que le livre soit imprimé à grandes marges ou à marges étroites, qu'il soit rogné, que son imposition soit déterminée par la dimension des papiers en usage et l'hésitation commence. On peut prendre un in-folio pour un in quarto , un in-douze pour un in-octavo, un in- dix- huit pour un in-douze et réciproquement. L'in-octavo en petit papier peut très bien se confondre
avec l'in-douze lorsqu'ils sont posés l'un à côté de l'autre, et ainsi de suite. Naturellement, ces confusions ne gênent en rien pour la disposition des livres sur les tablettes ; mais, nous le répétons, il résulterait des erreurs bibliographiques si, sur un catalogue, on désignait un in-folio pour un in-quarto, un petit in-octavo pour un in-douze : on créerait ainsi des éditions qui n'ont jamais existé.
En ce qui concerne les formats des livres à l'étranger, voici les renseignements qui nous sont fournis par M. Arnîm Graesel dans son Manuel de Bibliothéconomie que nous avons cité dans le chapitre premier.
« Toutefois, les différents pays n'ont pu encore arriver à s'entendre, ce qui serait pourtant très désirable, sur les mesures conventionnelles à adopter. En Angleterre et en Amérique, le soin de discuter cette question a été laissé à l'association des bibliothécaires, qui a été, en outre, chargée de dresser la marche à suivre pour la confection des catalogues. En Allemagne, le problème n'est pas encore résolu partout. Certaines bibliothèques ont adopté, comme hauteurs maxima, 25 centimètres pour les in-8° et 55 centimètres pour les in-i°. Pour les ouvrages reliés, on a, dans tous les pays, pris l'habitude de mesurer la hauteur de la reliure en parlant de cette idée que la perte de hauteur subie par Le livre, du fait de la rognure, se trouvait ainsi compensée.
« La question du format n'est pas encore résolue en ce qui concerne les bibliothèques prussiennes.
«Voici, en effet, ce que dit le paragraphe 9 del'/nd tion fur die Herstellung der /w Kataloges : « Le format sera déterminé par la hauteur
cm
to