SES DIFFICULTÉS — SES RÉSULTATS
Les libraires et les bibliophiles se rendent quelquefois acquéreurs d'un ouvrage dont certaines pages sont transposées, les cahiers ne se trouvent plus à leur place, c'est-à-dire que pour un in-4°, les périodes de 8 pages ne concordent plus, après la page 8 on se trouve en présence de la page chiffrée 17 au lieu de la page 9 ; dans Tin-80, si la feuille est en un seul cahier, ces faits se reproduisent avec une périodicité de 16 pages. Gomment pareille chose peut-elle se produire? tout simplement par une distraction de l'ouvrier brocheur. Au moment de l'assemblage, ayant les feuilles étalées les unes à côté des autres, par paquets égaux au nombre de feuilles devant former un volume, il
suffit que la personne chargée de ce travail oublie un paquet et prenne deux feuilles sur le paquet suivant ; il en résultera qu'un exemplaire aura deux fois la môme feuille et sera incomplet d'une autre. Pour les ouvrages récents, l'erreur est réparable ; l'acquéreur n'aura qu'à faire demander par son libraire la feuille manquante (en spécifiant bien la signature ou les pages extrêmes), et quelques jours après il recevra le dêfet, ainsi s'appelle toute feuille remplacée après coup.
En parcourant un exemplaire, en le vérifiant et en constatant qu'il y manquait des pages, l'amateur ou le libraire auront simplement collationné ce livre, dans le sens le plus large du mot*. Ainsi donc, le collationnement consiste à vérifier un ouvrage pour savoir s'il est absolument complet et en bon état de propreté. Il doit être examiné cahier par cahier, feuille par feuille et même page par page. On s'assurera si les cahiers suivent bien l'ordre des signatures, si les planches, lorsque l'ouvrage doit en avoir, ne manquent pas, sont en bon état de tirage et bien à leur place **.
Cette opération est d'une importance plus grande pour
* L'Harmonie étymologique des langues, où se démonstre évidemment, par plusieurs antiquitez curieusement recherchées, que toutes les langues sont descendues de l'hébraïque, par Estienne Guiciiart, Paris, 1618, petit in-8, est un livre curieux et rare, offrant une particularité assez singulière dans sa pagination, qui saute sans motif et sans qu'il manque rien à l'ouvrage, de la page 480 à la page 600.
Dans l'édition du Traité de la Peinture, par Léonard de Vinci, Paris, P. -F. Giffart, 1716, in-12, on remarque, entre la page vin et la page xix, une lacune qui ne peul être qu'une imperfection de l'édition; car elle existe dans tous les exemplaires, du moins dans tous ceux que nous avons collationnés.
** Un volume fort rare: Cent cinquante-sept estampes représentant les troubles et massacres occasionnés par les gu<
A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE TROISIÈME. 93 le relieur; il importe que ce travail soit bien fait, qu'il ne manque ni planches, ni tables à un volume, que les titres soient bien ceux du livre, que tous les fascicules d'un ouvrage s'y trouvent. Généralement, le relieur procède deux fois au collationnement des ouvrages, d'abord lorsqu'il les découd et en second lieu lorsque les cahiers ont été battus, les planches mises à leurs places et le livre prêt à être cousu.
En ce qui concerne les livres anciens, le libraire doit les collationner; non seulement afin de pouvoir garantir leur état complet, mais encore pour être certain qu'ils sont en bon état *.
Par la collation on s'assure que l'ouvrage est complet, et qu'il n'a ni transposition, ni taches, ni piqûres de vers, ni déchirures, enfin qu'il n'y existe aucune
de religion dans le xvie siècle tant en France qu'en Belgique et en Hollande, in-fol. oblong, se compose de plus ou moins d'estampes. Ce recueil doit être de 380 planches, et les numéros d'ordre de 1 à 380 que portent les estampes indiquent un tirage inférieur, tandis que dans les exemplaires du premier tirage, qui a été publié par séries, les numéros recommencent plusieurs fois comme pour des publications séparées.
* Un livre est en mauvais état : 1° lorsque le titre ou quelques feuillets manquent; 2° lorsqu'un feuillet est en partie déchiré, de manière qu'une portion de l'impression, quelque légère qu'elle soit, ait été emportée; 3° lorsqu'il a été tellement rogné que le texte est endommagé; 4° lorsqu'il est piqué de vers, surtout dans le texte; 5° lorsqu'il s'y trouve des taches d'huile, de graisse, de tabac, etc. ; 6° lorsqu'il est mouillé ou attaqué de moisissure; 7° s'il y a une transposition dans les cahiers, quoique rien ne manque, parce qu'on est obligé de sacrifier la reliure pour la rétablir, ce qui diminue la grandeur des marges; 8° lorsque dans un exemplaire en grand papier, on trouve quelques feuillets en petit papier, ou bien un cahier de papier ordinaire; 9° lorsque les notes marginales et les soulignures, soit au crayjon, soit à l'encre, ont été atteintes par le couteau du relieur.
imperfection qui puisse en diminuer la valeur. Il y a lieu d'examiner aussi s'il n'y a pas de feuilles déplac si toutes les gravures s'y trouvent, si les cartes et les grandes feuilles sont toutes montées sur onglets et pliées de manière que l'on puisse les développer avec facilité et sans risquer de les déchirer*.
Parmi les différentes manières de collationner un livre, la plus usitée est celle qui se fait par le moyen des signatures et des chiffres de pagination**. Mais pour éviter toute méprise, surtout en ce qui concerne les livres anciens, on doit consulter la réclame***.
Pour ce genre de collationnement, on le fait plus commodément en mettant le livre à plat sur une table,
* Les Songes drolatiqvcs de Pantagrvel, ou sont contenues plusieurs figures de l'inuention de maistre François Rabelais, et dernière œuure d'iceluy, pour la récréation des bons esprit-. A Paris, par Richard Rreton. m.d.lxv. pet. in-S. est fort difficile à trouver complet. Ce petit volume a des signatures de AàG par S. La signature G est double; mais dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, ce dernier cahier n'a que 7 feuillets, ce qui réduit le nombre des planches à IIS au lieu de 1-20 que contiennent les exemplaires complets. Ces planche- grotesques gravées sur bois sont imprimées des deux cotés des Feuillets, et sans texte. Les trois premiers feuillets sont occupés par le titre et par l'épitre Au lecteur salut. Rabelais, dont ce livre port»' le nom, n'y a aucune part, mais ses ouvrages en ont donné [idée.
** Selon La Serna Santander, les chiffres de pagination ne datent que de 1471, puisqu'ils se voient pour la première disait-il, dans le Liber de remediis uiriu»gve fortunm uon pas celui de Pétrarque, mais celui d'Adrien le Chartreux Arn. Therhoernen. 1471, die octava Februari, in4 . Malgré assertion, cet ouvrage n'a plus l'autorité pour Les chiffres puisqu'on en a trouvé un autre du même imprimeur, également chiffré et publié à Cologne en 1470, intitule >rrnw prœdicabiUs in festo prœscntationis beafissimr M>nir. /',/• t'mj mul-
tipUoatuê, sui, hoc eurrente armo M°CCCC° L.\.\ . petit in-4° composé de lk2 feuillets et de l27 lignes à la page.
*** L'une et l'autre de ces deux méthodes ne sont pas toujours Miffisantes pour s'assurer si un ouvrage qui a paru complet.
Fig. 98. — Exemple de l'ordre des 40 planches de la Diblia Pauperum
établi par une Lettre mise entre
l'entablement du type et les figures supérieures.
Les vingt premières sont inscrites de % à U, après quoi l'alphabet recommence;
seulement les lettres de la seconde série
sont comprises entre deux points.
La figure reproduite ci-dessus «e- est donc la 2j*.
anD fables of 6ûpc \3ot>tc£ \tote etanflafeD out cfjfana^mtnenglpa^ bp\topUtam€a*ftm
Il LSïïL Wa6 foBfea/fcgfc/ono fetnt h? eixv/not fctre «M-^^^topctÇcgmun^hjo Solbue nom^ Hmonco / fl>gx& ibae o nongc ofÇn oçffojme^ anô? eugffe fôajxîj/ ji frr^ crgtxfrfeft/ eatge^fagc/fcnge^otbee/ffatpe^/a fôoït nccôe ; atfefecjktygvfc &Cp/ ga* fcgtfee/anfc Caret* fte/ 2tnî>? pet tgaf tb^idje tbas loerfc fr rbae Domfe/anb2 couoe tiot fpiïelQut no* ttttÇffowc^ng aC $iô fc fttt> a gwfr tbprfr <r fcae gtefety Sfn^^otte/fueeçœ rç cau^aaotte / 2lnk 3o >
CS$is Çitfotpccwtfrçîte$/?>on> fc tpcufcô to*») of e8ûé tbas Ompof^ 6? ^/tÇaifcfôtfo.frw? etrç t§* feggee of Qie fe m
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Fig. 99. — Exemple de Folio (xv* siècle), tir»' de <€sop's Fables. Imprimé par Caiton, 1483.
et on se sert de la pointe d'une aiguille, d'un canif ou d'un poinçon. On tient la pointe de la main droite et le livre sous la gauche; et, piquant très légèrement le coin du bas et à droite d'une feuille, on lève chaque fois les feuillets de chaque cahier qui portent des signatures commençant par la lettre A ou le chiffre 1 . Quand on ne voit plus de signature, on tourne les feuillets, on renverse le cahier à gauche, mettant toujours la bonne lettre contre la table et la dernière page de la feuille à découvert. On fait la même opération sur la feuille suivante qui est signaturée B ou 2, et on continue ainsi jusqu'à la dernière feuille. On vérifie le collationnement au moyen des chiffres qui se trouvent en haut des pages*. Cette façon de collationner un livre, au moyen d'une pointe quelconque, est la plus expéditive; et, avec un peu d'habitude, on peut arriver au collationnement d'un ouvrage de plusieurs feuilles en peu de temps. Le collationnement d'un ouvrage exige plus que des notions générales
l'est réellement. Dans un ouvrage de plusieurs tomes, dans l'inquarto, par exemple, la signature A ou 1 finit à la page 8, celle B ou 2 commence à la page 9, et ainsi de suite jusqu'à la fin; or, la même signature porte aussi les mêmes chiffres de pagination dans les tomes suivants, et si, par hasard, un relieur a mis un cahier d'un tome dans un autre, et que ce soit la même lettre paraissant devoir occuper cette place, alors il devient difficile de collationner. Pour obvier à cet inconvénient, les imprimeurs contemporains ajoutent, vis-à-vis la signature de la feuille, le numéro du tome, si l'ouvrage est divisé en plusieurs tomes.
* En consultant l'ouvrage de Laire, Index librorum ab inventa typographia ad annum 1500, que nous avons cité dans le chapitre précédent, nous avons remarqué que le cahier P était paginé par erreur 325 à 540 au lieu de 225 à 240, et les pages 242 et 243, 246 et 247, 256 et 257, 254 et 255 du cahier Q sont aussi paginées, par erreur, 342, 343, etc. On voit que le collationnement, par les signatures et par les folios, est nécessaire.
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sur le livre ; il faut avoir de grandes connaissances en bibliographie, et dans la technique du livre, pour juger une bonne collation ou la faire soi-même.
La connaissance du livre à toutes les époques est indispensable; la forme des caractères employés à l'origine de l'imprimerie doit être bien étudiée, pour contrôler les erreurs qui se commettraient en intercalant dans un exemplaire des cahiers d'un autre, et aussi pour se mettre en garde contre des exemplaires complétés au moyen de reproductions artificielles par les procédés héliographiques ou anastasiques*.
Dans la collation des livres modernes, c'est-à-dire pour ceux compris depuis le xvie siècle jusqu'à nos jours, on s'attachera plus particulièrement aux signes suivants : 1° la signature; 2° la réclame ; 5° la pagination et enfin la tomaison et les tables de matières.
Pour les incunables, dont la difficulté de collation est réelle, il faut consulter soigneusement le registre ainsi que les catalogues spéciaux, s'assurer de la description du même ouvrage et alors seulement procéder à une vérification plus complète. Si l'on peut se procurer un autre exemplaire dont le collationnement
* La reproduction de feuillets anciens, manuscrits ou imprimés, se fait de nos jours, avec une habileté extrême. On pourra juger du résultat obtenu en examinant le fac-similé d'un cahier original de Léonard de Vinci que nous avons reproduit danfl la publication que nous en avons faite sous ce titre : / manoscritti di Leonardo da Vinci. Codice sul volo degli uccelli e varie altre materie. Publicato da Teodoro S ai a. iimkoff Trascrizione e note di Giovanni Pu mati. Traduzione in lingua francese di Carlo RATAISSON-MoLUKif. l'arigi, Edoardo Rou\EYRE,editore. MDCCCXCIII. Accompagné de la reproduction fac-similé du manuscrit original.
Nous ne croyons pas qu'un semblable résultai de reproduction en fac-similé ait été obtenu jusqu'à ce jour.
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Îjcjcit gerconct l>et b« tvarbt ce tciîrfcbSbcr bo baa rômifcb rejet) toucbfè.bo nome «jcb ^tancia ju. 2lllee-baa djiec bas ganrj ©allia vnb em grofjcr teyl teûrfcbet lanb von bem pirremfcrjen gepirg bie j» cnb bea pannora' feben latiba ^rancia genaittTvatbt.bandlc8baabaavnnberbcn^rancierntvaa,ba8rc>ar& ftanaa gênant, vn baffelb frâcia wae m jtvey teyl getcylt.ban ©allia t>icg baa occtbcntifcb ob" t)tnbœf\ ancfreic1).»n ©ermaraa bas onentifeb, ober vorber ftancfrcicb <*et jrattcfenlanb.iDifa volcf bat vnber frem groffen 2tad ba8 rémifcfrj rcid) verbient. S ban ben babftltd>sn fiutbcr mit bem Hampcrtifcben Encg lang benimert warbt, gctrcîftet bat. ï)il finb bic wJUen baa*allnn bi/bie vmb parys tuonen Jcana feyen.rnb benfclben b«8 ràmifcb rcicb gegeben fey xx»o»bert.âba biefelbetrbagt man billicber jfranagenaa.ala jrantjofen in ^ranefrad) gepom. ^n bifer flart Ijaben bie Fômg »il jeit icn uoff r»nb worama gebaltcn rnb fie bamit grofj rnb mecbttg gemact;t ï>nb îùrolna 6er grog bat nacb empfâguitg fhner taiferltcben t ron berfclben fiât von irer voolgdegenbett wegen em gememe l)obe fct>ul aller r^mifcbcn autTg^^bW- rnron biomfio 2nopaenta bem Btfiboff.ber roniê apofieln bafelbfi r>m mifampt Kufiico rnb i£lciitcno von pjebtgena wegen gefenbet ï»atb>ôae t)têta ewangelm Cnfîi empfan' jen batï)a|clbft b^t aud) fànb ÎDiomfiue bie" ton ber marter erfînttê.ï)ife alkrberumbfi fiât ifi gejio et mtr bi nlligthu; BatlMlbisbaFJmfliii.rnbaii:c.T^crmndtTaTt>enrnbanberpd^iiattret. Pggg
Fig. 100. — Exemple de Folio/xv siècle), tiré de la Chronique de Nurenberg. (Edition allemande.)
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w minnenDe Bel leer nootrnf ticb D5 gbt gbeettelibe Dingc* Dac c m tort be Cet ûaer om Dat gbi toecomcnDe fea* DeDe0 tebet ontlopenenDeonrulié* mogbet ïatfeptiMûnimuototiet toncfroutoenDemetriaDcc ilforoat gbi 0 framet te feggë' Dat felDt 0 occU feamen te Dencben en een (élite en ei oolcomen gbetooentbeit bouDê Dat unie moet otitteb fi en* toafcenD c eii be feoeDicb boegbiœelbfbcnnenmo»
gbet al miche gbeDacbten .mêle men bebouDen fel .of œelxk men xuxmu penuièf ecbterDatgbi quaDegbe Dacbf en oc rD: iuet en goeDe geDacb* ten oa&e bebout mant De ncfce n 1 s ei oerfprôc enDebegbinfel aire DaDen enDe oec bofer fonDen . £n mat goet* of quaDcr merci* en pmmermeer gbe Daen merDenDatmert oocrontfam* gben mû b cco:mgbcn Der gbcDacb' cen.Slaec omraetong crfanustpa»
rmgbe en tpîecct ft)i fellen acnuaen goeDe geDacbten te bebben en te mi nenfoe rorrDrn toi ocrlcûiclu uanDë bofen gbeDacbten Die ono aen rooer Den enDe aen mercUen arn Sel en aen lof gbcfcabcnmogbcn roantnoDpe gbeDacbten fçin een orrfproncU enDe een faecfe oan oele rjo e 1 0 en q uaew. eii boer npemât in Defer n;t can noto enmacbleDicbSaen ^ocleencleui De ouDe 0 mtnnêDe fiel boe gin m al* le n gbeDacbten bouDêfdt e n melc 0 goet fpn of feabclic ion mât tê 10 gbe ne Dinc foe goet gbi en moeenr Daet nuaetmtDcncfeencn* ronDflibegbe' DacbtenDaerrottrec'iêen mal; en en De Die arife corne n oa Dec mêfcben q* c 9
Fig. 101. — Exemple de Folio (iv siècle), placé ta bu ût la page
en regard de la signature, tiré de . De Bote des Guklen Throens.
Imprime à Haarkni, en 1184.
a été fait, on possédera une garantie plus grande de sécurité après avoir vérifié sur le texte même. La collation des ouvrages porte sur les cas suivants :
l8 COLLATIONNEMENT D'UN OUVRAGE SIMPLE EN UN SEUL VOLUME.
Il n'existe aucune difficulté si l'ouvrage est moderne ; on peut voir par les folios et les signatures si les pages et les cahiers se suivent bien, et si le titre et les tables se trouvent à leur place.