Moules employés
par les Romains
pour la fonte des monnaies,
conservés au cabinet des antiques
de la Bibliothèque nationale.
Saint-Pierre; et la plupart des autres peuples sous celui <le caractères Flamands ou Allemands. La bâtarde ancienne, en usage en France dans les xiv el w siècles, dérive des lettres de forme, dont on a retranché les angles et quelques traits; la ronde financière, dont on ne s'est point encore défait, en conserve quelques traces. On les remarque plus particulièrement dans
^Aureet civamitAro eccfiafunt laico>i llidio i fcripture.S^greçtf.AUuD'eft jpichmî afcrcare Aliufcp $richire4nfto2i3 Tu adcnâdû adfce -/I2dm q& lc$ênlr? foc ^IlitSousccrTîcwh^pftatpxdurd^trîipaigrninatc?'
Fig. 112.— Caractères du Durandi Nationale Uir. off.
le livre de la Civilité que l'on donne aux enfants pour les [préparer à la lecture des vieilles écritures ; nous mentionnerons quelques-uns de ces ouvrages dans un
main et en mosle, tant d'églises que autres, qui estoient audit •château d'Amboise. {Inventaire d'Anne de Bretagne.)
4498. Il (Savonarole) les a faict mettre en molle et se vendent. (Philippe de Commines.)
1500. Le petit roole ay voulu concepvoir Sur vostre cas, afin qu'on le recolle Enprainte en mosle, en note, en prothocolle, A vostre escolle. (J. G. Alione.)
1502. Priez pour celui qui a translaté ce présent h ni. latin en françois et la faict mettre en moule pour le galol âmes. (Imprimé au verso du titre d'un livre de morale intitulé : Livret de consolation. Paris. 19*, [509, pour Geoffroy de M.irnef.)
1523. La Destruction de Troyes la grande, rythmée, hif molle et parchemin. {Inventaire des livrât du chaat
1555. Ils ont (les Turcs) une forme taillée en bois, où il y a ■quelque belle fleurette, laquelle forme ils frottent de COul< comme quand l'on imprime quelque chose en moule. (Belon.)
1566. Cinq livres escriptz à la main — sept anti livres en mole. {Inventaire du chaetecw de -V françaU du moyen âge, par Léon Delaborde*
A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE CINQUIÈME. 145 prochain chapitre. L'italique tire son origine des lettres cursives, employées dans la chancellerie romaine; on les appelle aussi lettres vénitiennes, les premiers poinçons en ayant été gravés à Venise ; aldines, parce que Aide Manuce en est l'inventeur; mais le nom d'italique a prévalu, ce caractère ayant été d'abord usité en Italie : presque toutes les nations l'ont adopté.
Le pape Jules II, dans son privilège du 27 janvier 1515, accordé au premier Aide Manuce, relativement à son invention des caractères cursifs ou de chancel-
ELLEMmibi (juoiîiam ueritas \ndbRurohtert adbuc fxnlhmar :,u«l errore aup tmptria uulgi uariis et in fpn s fupeHKtiôibus rmrientistudpMItffopbt'spratutate Vn« getriovturbant{duscatnpociusq.-(Uu(Vrannbu$.ct n nô quali mMarcoTulKofmr : quia papua & actontabflïs
Fig. 113. — Caractères du Lactance imprimé à Rome en 1465.
lerie, dit que dans l'impression on les prendrait pour l'écriture. Cum tu... grsecorum et latinorum auctorum volumina summa cura et diligentia castigata a paucis annis ad communem omnium literatorum utilitatem characteribus, quos vulgus cuisivos seu cancellarios appellat, imprimi tam diligenter et pulchre curaverisy ut calamo conscripta esse videantur. Ange Roccha, dans sa Bibliotheca vaticana, dit qu'Aide Manuce donnait tant de soins à la correction des épreuves qu'il n'imprimait que deux feuilles par semaine.
Le caractère romain fut renouvelé, en Italie, dans les
sceaux des papes vers l'an 1 450 ; l'empereur Frédéric III
fit graver le sien en Allemagne, en 1470, en même
caractère; en France, sous Louis XI, on employa dans
il 19
les fabriques de monnaies. Bientôt ces caractères furent imités dans les autres États.... Gunther Zayner est le premier qui, dans l'imprimerie, ait introduit l'usage de ce caractère en Allemagne, vers 1 47S
Un Français, Nicolas Jenson, graveur de la Monnaie royale de France, fut envoyé, en 1462, à Mayence par Louis XI, pour y apprendre les secrets de l'art naissant de l'imprimerie. Les troubles civils l'ayant empoché d'exercer cet art en France, ce fut à Venise qu'il grava, pour l'imprimerie qu'il y établit, les beaux
Altéra c bec de qua querifepefoleo.-quod cetcTarû hommes amum fpc&atv & jpbatt : fi quando aliqutd mmus bnfecenm quàm folent aut noluiiïe : aut ua\\tud\ne impeditc^ nô potu' iflir confcqmid quod frire tputantur. Noluit \nquumt Wie agere ro(àus : aut crudior fuit .Oràlons peccatum {\ quod 6
Fig. 114. — Caractères du De officiis de Cicéron, imprimé à Rome en 14G6.
types de caractères romains que Garamond prit ensuite pour modèles sous le règne de François Ier, et dont on ne saurait s'écarter sans tomber dans le bizarre ou le mauvais goût; les matrices de ces beaux types existent encore à notre Imprimerie nationale.
Ce furent Friburger, Guering, Crantz et, après eux, Simon de Coline, Robert Estienne et Michel Vascosan qui contribuèrent le plus à l'abolition du gothique on France. Il fut toujours usité en Allemagne, en Hollande, en Flandre, et n'y différait que par ses formes plus ou moins grossières, plus ou moins carrées ou angulaires,
* On trouve dans quelques ouvrages la représentation «le tailleurs de lettres ou caractères dlmpriinerie. Voir le li\ Jost Amman, intitulé : de Artibut meehanieiê et illiberatibiu,
autore Hartmawno Schopero, etc., in-1-
- Imprimeries françaises et hollandaises des xvi' et xvir siècles.
oîrrut tc:fntntDfofolrnitati0 tut»
vofucrflt figna fua ftgna:* no co gnoucrQt faut In tfîtu fupcr fûmQ
uafi in filua lignozuj fecutibus rgrterQt tannas tins m tDpfuj: in fccuri * afcia trtecerflt t am ntf' CerOt fgni fanmiariO tuflnn frapt luerunt taïtrnaculû nominis tuf*
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i qui'D autrtis manum tuara ?
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Fig. 122. — Exemple de la place laissée en blanc, à l'origine de l'imprimerie, pour les lettres capitales.
dans les majuscules, les minuscules et les cursives. Les pointes et les angles multipliés, les jambages rompus en angles saillants et rentrants, caractérisent le gothique majuscule. Les angles, les pointes et les carrés constituent le minuscule. La cursive, composée de ces deux éléments, est formée de lettres liées et jointes avec la précédente, ou avec la suivante, ou avec les deux ensemble, et chargée d'abréviations qui la rendent
e VSEBIVM Pamphih deeuangelica praparatione latinum ex graxo beatiffime pacer l'uflu tuo efîeci Nam quom eum uiium cum eloquéria: tû multaitf rerum pentiaietigenu mirabili flumï ne ex his quac tam traduclafunt praftâriffimum fandtitas tuaiu' dicet: atq? ideo quaxûq? apud graecos îpfïus opéra extétlannafacereffti tuent: euaagehcâ praepatione quae in urbe forte reperta eft: primurn aggreffi tra/
Fig. 125. — Caractères de YEusèbe de Jenson. (Venise, 1470.)
presque indéchiffrable. En un mot, le gothique majuscule répond au parangon flamand, le gothique minuscule répond au saint-augustin flamand, le gothique cursif répond au cicêro et philosophie flamands. Les figures de ces caractères n'ont point pris naissance si précisément avec un siècle, qu'on ne les trouve dans le précédent. Elles n'ont point non plus fini tout à coup avec le même siècle : elles se sont perdues insensiblement, au commencement ou au milieu du siècle suivant.
En Angleterre, Caxton adopta un genre de caractères imitant l'écriture du xve siècle, pour l'impression des ouvrages de chevalerie. Antoine Vérard employait en
France, à la môme époque, des caractères à peu près semblables, mais mieux gravés et mieux fondus. L'un et l'autre semblent avoir voulu donner des fac-similés de manuscrits du temps.
Les formes romaines, adoptées par les Aide et par les Estienne, firent tomber en désuétude ces formes semigothiques, et ce fut Aide l'ancien qui créa le caractère italique, gravé par François de Bologne d'après la belle écriture de Pétrarque. Les Elzévier et les Plantin se servirent, pour leurs éditions, des caractères gravés par Garamond, par Sanlecque et Le Bé. Ibarra en Espagne, Baskerville en Angleterre et Enschédé à Harlem, modifièrent la forme des types d'après le goût de l'époque. Les caractères gravés par Fleischmann, à Harlem, pour la fonderie d'Enschédé sont très remarquables. Baskerville gravait lui-môme ses caract<
A l'origine de l'imprimerie, les lettres initiales furent laissées en blanc dans les livres; des copistes les dessinaient à la main, les ornaient de figures et d'arabesques, comme on avait eu longtemps l'usage de le faire pour les manuscrits. (Voir fig. 122.)
Les Psautiers de 1457, 1459 et 1490 offrent de très belles lettres imprimées et ornées. (Voirfig. 124 , 1 46 et 147.)
Erhard Ratdolt, imprimeur à Venise (vers 1477), est le premier typographe qui ait fait des lettres capitales ornées un emploi fréquent; cet usage se répandit ensuite de plus en plus. Des incidents empruntés à l'histoire sacrée et profane, des animaux de tout genre, des images grotesques constituèrent habituellement la décoration donnée aux majuscules ; la Danse des Morts fournit en ce genre de nombreux types. Parfois ces
lettres capitales furent introduites dans des ouvrages dont aurait dû les exclure la nature des sujets qu'elles représentaient. Une majuscule, ornée d'une vignette représentant le mythe de Léda, fut, par une étrange inadvertance, placée au commencement de l'Epître de saint Paul aux Hébreux, dans une Bible anglaise imprimée à Londres par Richard Jugge en 1572;
|ftjRodrô*ttaftiaiiiK8 utfsprak m ôffiaô irisas,
Jfdu tmr celcbrt magnat gauOîacpgHût
anîmos ratatina jjmcrcrcfi crîftua folul franùit
X t^, Iki Ùl ^ t ™J 4Ï : ^Ionftmtlîr{u,)i;
aD arûufi cdmûpîua arbitre, lôs Ictus au «h cr a
Fig. 124. — Fragment du troisième Psalmorum, imprimé à Mayence en 1490, par Pierre Schoiffer. (Voir fig. 146 et 147.)
la même lettre se trouve dans un livre de Prières sorti des presses du même impiimeur. Parfois, dans des livres du xve siècle, les lettres initiales sont d'une très forte dimension et ornées de figures bizarres, de têtes humaines, d'animaux.
Depuis le XVe siècle, on a fait usage et avec succès, en Angleterre surtout, des lettres ornées et historiées. h'History of wines par Henderson, 1828, in-4°, offre de fort jolies majuscules avec des sujets analogues au contenu du volume. Quelques imprimeurs et éditeurs contemporains font usage de lettres ornées, mais avec
beaucoup de goût et de sobriété. A côté des caracl généraux, qui permettent de reconnaître les incunables, il faut citer aussi les ornements dont ils étaient chargés. De superbes lettres initiales étaient dessinées et miniaturées dans les têtes de chapitre. Des scènes animées, des personnages se jouant dans un fond d'or au milieu des grandes capitales dont les volutes gracieuses, allaient s'enrouler en multiples nœuds dans le bas de la page. Ceci pour les très beaux exemplaires sur vélin ou papier de choix : on se contentait, dans les exemplaires plus ordinaires, de peindre la lettre en rouge, modestement et sans prétentions. Les lettres tourrieures, ainsi nommées à cause de leurs figures rondes et tournantes, servirent dans les premières impressions, comme elles avaient été en usage dans les manuscrits*. (Voir. fig. 125 et 125*.)
Les lettres grises sont de grandes lettres initiales à la tête des chapitres et des livres, travaillées en marqueterie , en broderie, en points, en perles ; historiées ou représentant des figures d'homme, d'animaux, d'oiseaux, de
* Alopa, imprimeur vénitien du xve siècle, possédait très bien les langues grecque et latine. Le célèbre Jean-André Lascaris, critique et poète renommé de ce temps, qui avait à cœur de faire revivre ces deux langues, le choisit pour son imprimeur, et corrigea lui-même ses éditions. On a remarqué que toutes les éditions sorties des presses de Laurent-François de Alopa ont partout des lettres capitales fort belles, ce qui était inconnu jusqu'alors; car on laissait ordinairement en blanc la place ou devaient se trouver les capitales, et on les faisait à la main, soit en couleur, soit relevées en or. Maittaire a parié «les éditions de Alopa dans ses Annales typographiques, surtout de la première de ses éditions, avec une préface de Lascaris. toute en lettres capitales, mêlée de mots grecs. On a de cet imprimeur cinq éditions toutes en grec: la première eal de 1184; la deuxième est de 14%, et les trois autres sont sans date.
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Fig. 125. — Exemples de lettres tourneures tirés
de la Bible dont nous avons reproduit le titre et l'achevé d'imprimer.
(Voir fig. 152 et 155.)
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Plg. ij<*. — Exemple- de lettn de la Bible dont nous avons reproduit le litre et l'achevé d'imprimer.
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fleurs, de feuillages, etc. Ainsi que nous l'avons dit précédemment, les copistes dans les manuscrits, les imprimeurs dans leurs ouvrages, laissaient en blanc les capitales des livres, ou y mettaient seulement une minuscule afin que l'enlumineur eût la latitude et la liberté d'orner ce cartouche selon son goût. Les imprimeurs, dès l'origine de la typographie, avaient des moules particuliers pour les lettres grises. On remarquera ces lettres dans le Psautier de 1457. (Voir fig. 146.)
Les Grecs et les Romains ont séparé chaque mot par un point, quelquefois par deux, dans les inscriptions et les monnaies. Ils ont distingué les pauses et le sens complet ou incomplet du discours de la même manière, et dans l'origine, par un espace en blanc.
On croit que la ponctuation des manuscrits est aussi ancienne qu'Aristophane ; on accorde même à ce grammairien l'invention des signes distinctifs des parties du discours. Le point seul, placé tantôt en haut, tantôt en bas, tantôt au milieu de l'espace, qui suivait la dernière lettre, marquait ces trois sortes de distinction. L'une n'était qu'une petite pause, nommé komma chez les Grecs, incisum chez les Latins, virgule en France.
Dans les éditions du xve siècle, elle est désignée par une ligne oblique. La seconde était une pause un peu plus grande, mais qui laissait encore l'esprit en suspens ; on l'appelait kolon chez les Grecs, rnembrum chez les Latins : on la note par deux points perpendiculaires. Le demi membrène ou semi-kolon est désigné par un point et une virgule. La dernière pause termine le sens complet du discours, et se marque par un point mis au
bas du mot ; dans les imprimés du xvc siècle, il a la figure d'une étoile. Charlemagne avait si bien senti la nécessité de la ponctuation pour l'intelligence des auteurs, qu'il la fit rétablir par des règles tirées de la version latine de la Bible par saint Jérôme ; il en fit môme un des points les plus importants de ses Capitulaires. Alcuin les fit exécuter à la lettre dans toutes les écoles des métropoles et des monastères, en plaçant cette inscription au-dessus des bancs où l'on copiait les livres :
Hic sedeant sacrre scribentes flamina lcgis... Per cola distinguant proprios et commata sensus, Et punctosa ponant ordine quisque suo.
Démosthène, Cicéron, saint Jérôme ont introduit les stiques, ou divisions en versets ou demi-versets, dans les manuscrits grecs et latins. Les alinéas furent désignés d'abord par un vide dans le corps du texte ; puis par une lettre initiale majuscule, qui indiquait le commencement du discours ; enfin, dans le même discours, on introduisit trois sortes à* alinéas, que l'on trouve dans les éditions du xve siècle et des suivants; ce sont les alinéas alignés, qui sont de niveau avec les autres lignes de la page; les alinéas saillants, qui outrepassent de quelques lettres les autres lignes; les alinéas rentrants, qui laissent un espace vide au commencement de la ligne, comme on les voit dans les éditions modernes.
Les traits d'union ont été inventés par les anciens grammairiens pour marquer la jonction des le! 1res d'un même mot.
On les a rendus par un simple trait horizontal ou par un double =, quelquefois par une espèce de c couché o. On les voit dans les premiers livres dim;i
A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE CINQUIEME. 157 dans les premières impressions de Mayence, et généralement dans celles du xve siècle, désignés par deux petites lignes obliques //, quelquefois par une seule. Il en est de même des guillemets, qui portent le nom de leur inventeur, dont on se servait déjà dans les anciens manuscrits, pour distinguer les citations : on les connaissait sous la dénomination & anti-lambda . Leurs signes ressemblaient assez à ceux des traits d'union. Dans l'imprimerie, ils sont désignés par deux petits oo renversés, ou virgules doubles ". On les remarque déjà dans les premières éditions des bibles. Les anciens se servaient des mêmes signes que les modernes pour exprimer la parenthèse. Deux c (le premier en sens naturel, le second en contre-sens) désignaient des propositions incidentes étrangères au sujet, ou qui n'y étaient pas nécessairement liées. Jean de Westphalie, Veldener, Gérard Leeu, Martens d'Alosten on fait usage dans leurs éditions.
Les astérisques étaient connus du temps d'Aristophane, d'Origène, de saint Jérôme et de saint Grégoire, dans les manuscrits grecs et latins. Ils étaient figurés, en petite étoile, ou en X cantonné de quatre points. Ils servirent à différents usages; c'était, tantôt une marque d'omission ou de restitution d'un texte ; tantôt le signe d'un sens tronqué, ou de phrases dérangées; tantôt un indice des maximes, des sentences les plus remarquables d'un ouvrage, ou celui d'addition au texte. C'est dans ce dernier sens qu'ils ont été employés, en 1475, par Jean de Westphalie dans le Breviarium dom. Joan. Fabri super codicem, afin de distinguer le texte du codex d'avec le commentaire. Les chiffres appelés
par les Latins custodes paginarum sont arabes ou romains ; les chiffres arabes étaient usités en Europe, avant le milieu du xiu° siècle, dans les manuscrits pour marquer leurs dates.
On en trouve quelquefois dans les imprimés du xve siècle qui servent au môme usage, soit dans les souscriptions, soit dans la première lettre grise de l'ouvrage ; mais ils sont rares. Les figures de ces chiffres ont subi le sort de l'écriture ; elles ont varié comme elle; il y en a de particulières au xve siècle dont les diplomatistes ont donné la forme. Les chiffres romains ont été d'un usage presque universel dans les premières éditions, soit pour numéroter les pages au haut du recto, ou à la marge, soit pour marquer l'an, le mois, le jour où elles ont été achevées. On croit que le nombre des pages a paru pour la première fois en I i<U>. dans l'édition de Tacite, faite à Venise par Jean de Spire. Elles se trouvent dans les éditions de Ther Hoernen. exécutées à Cologne en 1470 et 1471, marquées en marge; et dans les éditions de la Belgique, marquées en haut de chaque feuillet au recto seulement. Chevillier nous apprend que Crantz, Guering et Friburger ont employé pour la première fois les chiffres au bord supérieur des pages en 1477, dans Sermones aures fratrie Leonardi de Utino, ord. prœdic.
Chaque page, in-folio, in-4°, in-8°, était ordinairement divisée en deux colonnes; très souvent aussi elle était imprimée à longues lignes. Ces lignes variaient de longueur et de nombre dans les page<. parce que les anciens artistes ne savaient pas encore donner à tontes les lettres de fonte une égalité parfaite de coq>- et de
proportion; ils ne connaissaient pas assez Y approche, qui consiste à donner à la tige qui porte les lettres l'épaisseur juste qui leur convient, afin qu'elles soient entre elles à une égale distance; ils ignoraient l'usage des interlignes de fonte, qui sont des lames de métal justes et égales d'épaisseur que l'on emploie aujourd'hui dans l'imprimerie pour élaguer les lignes d'un caractère, et donner à chaque page une dimension géométrique ; enfin ils ont employé des caractères d'un œil différent, et fondus dans diverses matrices, pour composer une môme forme.
Les marges dans les principales éditions étaient fort larges, soit afin que les auteurs ou les lecteurs puissent y ajouter leurs remarques à la plume, soit afin que des possesseurs eussent la faculté de les faire embellir d'ornements de diverses couleurs, comme pour les anciens manuscrits*.
L'encre à écrire, en raison de sa fluidité, ne pouvant servir à imprimer, il fallut en imaginer une plus gluante qui pût tenir sur les caractères; celle que l'on employait dans l'imprimerie tabellaire, pour la confection des images, était claire et pâle. Jean et Hubert Van Eyck, en trouvant l'art de mêler avec les couleurs l'huile de lin ou de noix, pour en faire un corps solide et éclatant, ont probablement donné lieu à l'invention
* Au xve siècle, comme à la fin du xixe, on aimait feuilleter un livre dont les marges, ménagées très largement, étaient ornées d'arabesques, ou quelquefois de dessins appropriés au texte avec une douce harmonie. Loin de nuire à l'impression, cette décoration la rehaussait vigoureusement. Dans le chapitre septième, nous parlerons du décor des marges d'un livre à la fin du xixe siècle.
de l'encre d'imprimerie : elle s'est perfectionnée particulièrement à Mayence, en Hollande, en Flandre, <>ù elle a atteint un noir d'une si grande perfection, qu'elle n'a éprouvé aucune altération, depuis plus de trois siècles, comme on peut s'en convaincre en examinant les premières impressions.
Les ornements typographiques furent employés par les premiers artistes allemands ; on sait aussi que Jean de Westphalie en 1475, Jean Veldener en 1 47*'». Golard Mansion en 1477, Gérard de Leeu, en 1480, et presque tous les imprimeurs du xve siècle, ont enrichi leurs éditions de portraits, d'écussons, d'images, de lettres grises et de figures gravées sur bois.
Quant au nombre d'exemplaires que les premiers imprimeurs tiraient d'un ouvrage, généralement il n'excédait pas trois cents; le papier, le parchemin, la presse, les enlumineurs, les traducteurs, les correcteurs nécessitaient de grandes dépenses; de là la rareté, la cherté même des livres en première édition. On imprimait tout au plus trois cents feuilles par jour; ce petit nombre procédait du défaut des presses anciennes qui n'avaient pas le roulement des modernes. Il est probable que les imprimeurs du xvc siècle en employaient plusieurs pour l'impression d'un même ouvrage; cette conjecture est fondée sur le récit de Braun qui nous apprend qu'un abbé, Melchior de Stamham, voulant établir une imprimerie dans l'abbaye de Saint-Ulric à Augsbourg, prit en 1472 un habile ouvrier de cette ville, nommé Saurloch. Cet ouvrier empl une année à préparer tous les instruments nécessaires et acheta de Jean Schuessler cinq presses, qui lui
A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE CINQUIÈME. 161 coûtèrent 75 florins; il en fit construire cinq autres petites, fit fondre des caractères d'étain, et commença à imprimer en 1475. Après avoir donné une édition du volumineux Miroir de Vincent de Beauvais, il en achevait la troisième partie lorsqu'il mourut. Saurloch avait dépensé 702 florins à fonder son imprimerie et à la faire mettre en œuvre; son successeur, trouvant sa maison obérée, vendit les trois parties du Speculumpour 24 florins .
Le prix des livres variait dans une même ville à raison du nombre des imprimeurs et des imprimés. Souvent un typographe réimprimait dans le même endroit l'ouvrage mis au jour par un de ses concitoyens. Les premières éditions étaient toujours contrefaites dans d'autres États et circulaient de pays en pays; il se faisait un large commerce d'échange entre les principaux imprimeurs.
Le Catholicon de Jean de Janua fut vendu en 1465, au monastère de Sainte-Marie d'Altenbourg, 41 écus; le même, dix ans après, ne coûta que 15 florins d'or. La Bible de Mayence de 1462, imprimée sur parchemin, fut achetée 40 écus d'or par Guillaume Tourneville, évêque d'Angers, et ce fut Herman de Stathoen, facteur de Fust et Schoiffer, qui la lui vendit en 1470; le Missel de Wurtzbourg, imprimé sur membrane, fut cédé à William Kewsth pour 18 florins d'or en 1481. On voit que le prix des livres, pour les particuliers, variait selon les localités et les circonstances.
Les signes auxquels on reconnaît les éditions du xve siècle se trouvent dans un ouvrage de Sébastien- Jacques Jungendre, intitulé : Disquisitio in notas characteristicas librorum a typographiœ incunablo ad an. M. D. ii 21
impressorum, etc., 1740, in-4°. Tous les auteurs qui se sont occupés du classement des incunables ont dû adopter les mêmes principes. Voici, en résumé, les signes auxquels on peut les reconnaître :
1° l'inégalité et la grossièreté des types.
Cette inégalité et cette grossièreté ne subsistèrent pas longtemps : peu à peu, les caractères se perfectionnèrent, et nous voyons sur la fin du xve siècle des éditions bien préférables à celles de plusieurs imprimeries modernes.