‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiésChapitre 46 sur 58 · DES SOUSCRIPTIONS ET DE LA DATE · texte numérisé non relu

DES SOUSCRIPTIONS ET DE LA DATE

Dans la composition d'un livre, pendant un espace de trente ans après l'invention de l'imprimerie, le titre de l'ouvrage n'était pas imprimé séparément. Ce titre, souvent complété par l'adresse bibliographique, comprenait le nom de lieu d'impression et le nom de l'imprimeur : la date d'impression, ce qu'on appelle souscription (écrit dessous) ou Colophon, se trouvait généralement indiqué à la fin du dernier feuillet imprimé. Les souscriptions se rencontrent dans les manuscrits, avant et après l'invention de l'imprimerie;

nous en donnons deux exemples : A la fin du Livre historial des faits de feu messire Bertrand du Gue±< manuscrit du xive siècle (1387), exécuté en g caractères gothiques, on lit ce qui suit :

en vng temps qui a yuer nom ou chastel royal de Vernon qui ist aux champs et a la ville fist iehannet destoutenville au dit chastel lors capitaine aussi de vernomel sur saine et du roi escuier de corps mectre en prose vne men recors ce liure cy extraict de rime complet en mars dix et neufuieme qui de lan la date ne sect mil ccc. quatre vins et sept.

Un magnifique manuscrit du commencement du xv siècle: Les Remèdes de Vune et de Vautre fortune; traduction par un auteur anonyme du De RemedUs utriusque fortunœ de Pétrarque, et qui fait partie des manuscrits français de la Bibliothèque nationale, est l'exemplaire même qui fut offert par le traducteur à Louis XII, auquel il est dédié.

Ce manuscrit est décoré de miniatures, parmi lesquelles on remarque tout d'abord la première, consacrée à représenter l'offrande du livre; les poitrails du prince et du traducteur s'y trouvent, et l'on a tout lieu de supposer qu'ils sont exacts; mais la plus remarquable, sans contredit, de toutes ces peinturée celle dont on a extrait les figures qui ornent la planche que nous reproduisons et dans laquelle on reconnaîl Anne de Bretagne, la petite (Mande cl Louis XII translation de l'ouvrage de Pétrarque fut i

C^t tno ys bc map le Iotti*hxufme.

P?aUccm<jccns et le tunjlçfme .

^fttfttcfîCMee ct/*tvfài<te.

Cçfte t m n/ï<*n on . et fâ ictt .

-beîcns ToucrtUt bomxc Wle.

Mous tt/Itns foit elle Xitiiu .

Fig. 137. — Souscription d'un manuscrit exécuté à Rouen en 1503.

dâ.fcqm a îgrrédiamur/ïttr{« **> *&• quom tcpuo g tcf cotdia abicm'tûc tcmû illud rcuocarc- quom ptcr fcoloîê tiicbii fit amp! tii3 \»atid reditunl* (tonctufio»

[<Eo t^itur que oprîma clTc rcbarïptim «une *tos [dmontti'prim omm\mcj£t#teadmonel»*%o»

autrC^wom tria Tint mœbjçr gencta) vtinâ tic vos ci fi* tnites pfrcas.qS mlanabife eftncu î ta mente egrotrtis? ve pfcrûp fb lét co?p5!c e&rotarc. )Câ foi qui parua \>ali£ Cttdfnt artffûtiit'»pî ^fiaTcûntur ad tnedicos* Qt&fero gtaiu »i mcwfo prcmûttir'ad fe'cuintiteé acccrfïït-Xt bi qui m atram bile m la habiliter trafîiedi fiVne Ycnwws

^u4dcmédiœBreap»nt.te5\»3nôpat5amî)n.«ûcrec>a

cofilta afperMa^fpgr

Ma^nuB taf»lws& petat-û oraroi? Wftc?tco?u^ ac pWoropbop fe^endis ftbris M o guide mipt-effiiG 'et p /Hareitiû brènmn£ariu( qtio farilbe mcfflitg-acuOrii* bnci's tttulifcp mt*rftm<f>us. Jclidrer finie» anno lx

Fig. 138. — Exemple de souscription à laquelle une date manuscrite

a été ajoutée.

Opvsculu magni Basilij ad iuuenes.

Mogunt, Fust et Schoiffer (1457-1459), imprimé avec lea types

du Psautier de 1457.

Les caractères ont le type du Durandi Fationale Div. off. de 1459. lV. fig. 112.)

A la lin, le rubricaleur a ajouté la date • Anno lx •.

A UN BIBLIOPHILE. — CHAPITRE SIXIÈME. 179 à Rouen, en 1503, ainsi qu'on peut l'induire du sens de ces vers, qui sont extraits du manuscrit :

Eu moys de may le Jour sixiesme, Mille cinq cens et le troisiesme.

Fut acheuée et parfaicte Ceste translation. Et faicte Dedens Rouen la bonne ville, A tous lisans soit elle utile.

Dans les œuvres xylographiques, il n'y a ni date ni nom de graveur; les légendes placées au bas des gravures, ou sortant de la bouche des personnages dans une volute ou un rouleau, ne contiennent aucun renseignement à ce sujet.

La souscription sur le dernier feuillet était bien incomplète au début; tantôt on y lit le nom de l'imprimeur seul, tantôt la date et le nom de la ville, quelque fois aussi le rubricateur y ajoutait soit une date (Voir fig. 138), soit une invocation pieuse.

Nous avons dit que les premiers imprimeurs n'avaient en vue que d'imiter le plus exactement possible lès manuscrits recherchés et dont la copie était longue et dispendieuse. Tous leurs efforts portaient à la reproduction du texte avec les caractères identiques du manuscrit et dans la même disposition que celui-ci.

Dans les souscriptions complètes, on doit trouver : 1° le nom de l'imprimeur; 2° le nom de la ville où le livre a été imprimé ; 3° la date de l'achèvement de l'impression. Quelquefois la marque de l'imprimeur se trouve dans le blanc de fin de page.

Le colophon était souvent en vers ; des quatrains ou des sixains tournés avec habileté ou conçus dans une forme cryptographique en rendaient la lecture difficile.

Certaines de ces souscriptions, le plus grand nombre, pourrions-nous ajouter, prêtent à des sens divers et offrent souvent des difficultés de déchiffrement réelles. Voici à titre de curiosité, quelques colophons parmi les plus remarquables :

A lhôneur et à la louêge de nostre seigneur hiesucrist (sic) & de sa très digne mère et de toute la court celestielle de paradis a este fait cestuy liure appelle lhomme pécheur nagueres ioue en la ville de tours Et imprime à paris Par Maistre pierre le dru imprimeur demourant en la rue des maturins a l'enseigne du cornet Lan Mil ciuq (sic) ces & huyt le. IX. iour de iuing.

Quem modo tam rarum cupiens riex lector haber & : Quiq; etiam fractus pêne legendus eram : Restituit Venetis me nuper Spira Ioannes : Exscripsitq; libros ère notante meos.

Fessa manus quondam moneo : Calamusq; quiescat. Nanq; labor studio cessit : & ingenio.

MCCGCLXVIIII (A la fin d'un Pline imprimé par Jean de Spire en 1469.)

Bart. Cremensis et J. Colhof, à Venise. Quem legis : impressus dum stabit in aère caracter. Dum non longua dies vel fera fata prement Candida perpétuai non deerit fama Basiliœ Phidiacum hinc superat Lehonhardus ebur Gedite calcographi, millesima vestra figura Archetypas fiugit solus at iste notas,

« Stet liber hic, donec fluctus formica marinos

Ebibat et totum testudo perambulet orbem. »

(Pragmatique sanction, avec Commentaire de Guy Guinier, imprimé par André Bocard, à Paris, en 1507.)

Dans le colophon suivant se trouve, en même temps que le nom de l'imprimeur, celui des correcteurs :

« Sixtus hoc impressit : sed bis tamen ante revisi,

Egregius doctor Petrus Oliverius

At tu quisquis émis, lector studiose, libellum

Lsetus emas, mendis nam caret istud opus. »

(Super constitutionibus Siciliœ, Commentaires d'André de Ysernia, Naples, 1472.)

Ant. Zarot à Milan, vers 1477.

Antonii patria, Parmensis gente Zarotus Primus, missales imprimis arte libros Nemo repretorum, nimius se jactet in arte Addere plus tantum quam pepisse valet, etc.

Dans un ouvrage de Gratian Dupont, imprimé à Toulouse, en 1554 : les Controverses des sexes masculin et féminin, se remarque une souscription singulière :

Dedans Tholose : imprime entièrement

Est-il ce liure : sachez nouuellement

Par maistre Jacques : Golonius surnomme

Maistre imprimeur; libraire bien famé,

Lequel se tient : et demeure deuant

Les Saturnines : Nonains dévot conuent,

Lan mil CGGCG trente et quatre a bon compte

Du moys Januier XXX, sans mescompte

A l'origine de l'imprimerie, la souscription commençait par la formule que chaque imprimeur avait adoptée * ; elle était en vers ou en prose : on en trouve un nombre égal des unes et des autres. La souscription était presque toujours écrite dans la même langue que l'ouvrage lui-même. Cependant il existe des exceptions dans les ouvrages en grec, en latin et en hébreu. Sur beaucoup de livres du xve siècle on trouve des souscriptions manuscrites, ce qui ne doit pas peu contribuer à jeter de la défiance sur certaines dates; il a été aussi reconnu que les souscriptions imprimées n'étaient pas exemptes de fraudes.

Depuis les premiers temps de l'imprimerie, on a toujours eu l'habitude de marquer d'une date les ouvrages que l'on imprime, pour bien établir l'époque où ils avaient été publiés. Les anciens imprimeurs avaient plusieurs façons, dont quelques-unes fort étranges, de dater leurs éditions. Quelques typographes se servaient des chiffres romains, d'autres des chiffres arabes, d'autres enfin imprimaient le millésime en toutes lettres, ou entremêlaient les lettres et les chiffres. On ignore quel est l'inventeur des chiffres; il est présumable que

* Cette formule, à quelques modifications près, était toujours la même :

J. Fust et P. Schoifler terminaient ainsi :

Prœsens hoc opus, artificiosa adinven || tione imprimendi, seu caracterisandi || absque calami exaratione in civitate\\Mogun tinà sic effigiatum et ad Elise \\ biam.

Jean de Spire à Venise :

Primus in Adriaca, fonnis impressit seneis \\ Urbe libres, Spira genitus de stirpe Joannes \\ In relirais si q\ vides, etc.

l'on commença à compter sur ses doigts, puis avec des petits cailloux, d'où sont venus les termes de calcul, calculer; ensuite on donna aux lettres de l'alphabet une valeur de convention : c'est ainsi que les Grecs, les Romains et les Étrusques agirent. Quant aux chiffres

C©£ ty Km 2*fe* tf ty W $>** ai»*"10 [&**i

PS*** fl* pétition*

fctxqueO tes tfjat tenant* frgneDmtfrWpJPafet noteras bgfcuetf) ûj (pc^tivgcefe miercrae offol^e a madère a$o£

IpgfccKUiheaôfc^pm SU ot tys gtacé Cl>al{e cnftpgnc anD fcc^ t»3 • jTCnD td^ Cljal Cage f j^rfle

tbfcrfct* (ft b oUgt) çefes ,an& t&fcrfct* t£p b caUpD of tte ipip gfcoff- mut to^r&tt tfr p b fcuen pefee of t£ foi?

Fig. 159. — Exemple de pagination en chiffres .romains extrait du Royal Book, imprimé par Caxton en 1484.

arabes, on ne connaît ni leur origine, ni l'époque précise de leur introduction. Nous parlons seulement ici des chiffres romains et arabes. A l'origine de l'écriture, les anciens et les Romains comptaient les années avec des clous, et la manière de les attacher

devint par la suite une cérémonie religieuse à Rome; mais l'écriture étant devenue plus commune, les lettres I, V, X, L, C, D et M furent les seuls caractères qu'ils destinèrent à marquer les nombres, au lieu que dans les autres langues orientales, toutes les lettres étaient numérales. Ces sept lettres combinées dans leur plus forte valeur, donnent, en les plaçant ainsi DCLXVIM, six cent soixante-six mille. Les Romains ajoutèrent une petite barre posée horizontalement sur quelqu'un de leurs chiffres, pour en augmenter mille fois la valeur; ainsi une petite ligne sur I valait un mille, sur X valait dix mille, etc. Les chiffres romains ont été d'un usage courant dans les éditions du xve siècle, soit pour numéroter les pages en haut du recto ou à la marge, soit pour marquer l'an, le mois, le jour où elles ont été achevées. On croit que le numéro des pages a paru pour la première fois en 1469, dans l'édition de Tacite, faite à Venise par Jean de Spire.

Les chiffres arabes étaient connus en Europe avant le milieu du xmc siècle ; d'abord on n'en fit usage que dans les livres de mathématiques, d'astronomie, d'arithmétique et de géométrie; ensuite on s'en servit pour les chroniques, les calendriers et les dates des manuscrits seulement.

Ils ne furent jamais admis dans les diplômes ou chartes avant le xvie siècle et ne parurent sur les monnaies qu'après la mise en vigueur de l'ordonnance de Henri II, en 1540.

La figure de ces chiffres n'était pas encore uniforme en 1554, bien que depuis 1500 l'usage s'en soit répandu en France, encore les entremêlait-on souvent de chiffres

«tjiggû*off rCorto eloquentiffimo

tienfiggg bwerfbmm tetmimffrtg.

^otumtmbug contesta* ptopttjfq;

3ttttotbû rijet borné bUiçtetttifrtmc tmpceffa>fimm fab annîg fomînt»

jR2'CCCc«!p|ci3ti« bjc tritijno tnetï|% tnatj» dcquocafto marte fibojtt.

jaugtf0l<Kia |3^r feculoaûm fécule

Fig. 140. — Signature d'Arnold Ther Hoernen. Mayence (1477). il U

!eufc i txctitâbUtopklnmco lettrée enuopeee De par flfîmtu à JÔotgeefactewDu noble &op De potrinoal en UfleDe foîntt mfrbû* ptee tt b grâDtcanarie a fon mnp fefgnenr pterebea D^DurmnblmtftDettrr^iîrihimon/etDcomminilair^ cfcofc* qiro font âDueiuieo en laD «te pfle*ten aulttes places lacmnron eflanrtei^tourDotfobteen lan mUleaj.Cï.jro €t encocreDmitoe0 ûtmbtenene De utt^ttmOttxo rfcofes meruetlleufee qup fontamtcnitea au âopatilme Dr 0rcnaœ cn^nevte^mbarbane.trâOateOepomt^aIo(»

Fil:, lit. - Exemple de titre avec dute singulière, Mille. V. « . . • \\i

romains : on prétend même que ce n'est que depuis le règne de Henri III que l'on commença à se servir, en écrivant, de ces chiffres arabes. Les Russes ne s'en servent que depuis les voyages du tsar Pierre le Grand, au commencement du xvme siècle; ils avaient été introduits en Angleterre vers le milieu du xme, en 1223, et en Italie vers la même époque. L'Allemagne ne s'en servit qu'au commencement du xive siècle, vers 1506; mais en général la figure de ces chiffres n'est devenue uniforme que depuis 1554. Ainsi que nous l'avons dit précédemment, ou en rencontre dans les imprimés du xve siècle, qui servent pour marquer les dates, soit dans les souscriptions, soit dans la première lettre grise de l'ouvrage; mais ils sont rares.

TABLE DES CHIFFRES ROMAINS DE UN A CENT MILLE RAPPORTÉS AUX CHIFFRES ARABES

ii 2

mi ou iv 4

vi 6

vu 7

vin 8

vim ou ix 9

xi H

xii 12

xni 13

xiiii ou xiv 14

xv 15

xvi 16

xvii 17

xviii 18

xviiii ou xix 19

xx 20

xxi 21

xxii 22

xxiii 23

xxiiii ou xxiv 24

Page 1