‹ Connaissances nécessaires à un bibliophile, accompagnées de notes critiques et de documents bibliographiques recueillis et publiésChapitre 8 sur 58 · REGISTRO · texte numérisé non relu

REGISTRO

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Fig. 33. — Registre indiquant les signatures des feuilles doubles et celles des feuilles simples.

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Fig. 31. — Exemple d'un registre de signatures, pour un volume publié par Aide Manuce.

quelquefois par cinq et par quatre dans la même édition, et le nombre en était désigné à la fin*.

Par la suite, l'ordre des pages et celui des feuillets fut établi par la Réclame (Litterœ reclamantes ou custodes) qui se trouvait placée à droite sous la dernière ligne d'une page verso**. Cette réclame est la môme que celle commençant la page suivante; elle n'était imprimée qu'à la fin de chaque cahier, quand la feuille était partagée en plusieurs cahiers; mais toujours au bas de la dernière page de la feuille. La réclame facilitait le travail du relieur, et servait à rectifier les erreurs qui auraient pu se trouver dans les signatures.

Cet usage, qui est devenu inutile depuis qu'on a adopté celui des folios, n'en a pas moins persisté fort longtemps dans la typographie. On en a fait môme un grand abus; nous en donnons un exemple, par la reproduction d'une page (fig. 55) provenant de l'ouvrage du baron de Heineken, intitulé « Idée générale d'une collection complette (sic) d'estampes, etc. », publié à Leipsig et à Vienne en 1771***, qui porte

* La plupart des registres n'ont pas été conservés par les relieurs. Nous pouvons citer comme exemple la Biblia latina, Venetiis, opéra et impensa Nie. Jenson, 1470, in-fol. gothique. On ne connaît de cette belle édition, imprimée avec des signatures, que quatre exemplaires sur vélin; et tous les quatre sont dépourvus du registre des cahiers qui est imprimé sur une seule page, à la suite d'une table des noms hébreux.

** On sous-entend folio ; le verso est la page qui est à la gauche du lecteur, c'est-à-dire le second côté d'un folio et le recto la page qui est à droite, c'est-à-dire celle sur laquelle un folio commence : c'est littéralement feuillet droit et feuillet tourné.

*** Idée générale d'une collection complette d'estampes. Avec une Dissertation sur l'origine de la Gravure et sur les premiers Livres d'Images. A Leipsig et Vienne, chez Jean Paul Kraus. 1771, in-8. Heineken, dans son Idée d'une collection d'estampes, s'étend sur

3k CONNAISSANCES NÉCESSAIRES

des réclames au bas de toutes les pages. La réclame a été en usage en Italie dès I W8, ainsi qu'on le voit dans le Tacite de Jean de Spire, à Venise; mais cette opinion, adoptée par tous les bibliographes, est vivement combattue par l'abbé Rive dans sa Chasse aux bibliographes. Il prétend que les réclames ne se trouvent pour la première fois qu'en 1472, dans le Confexsionale de saint Antonin, exécuté à Bologne, in-4, sans indication d'imprimeur, et où les réclames ne sont qu'à la fin des cahiers ; au lieu qu'elles sont au bas de chaque feuillet verso dans le Tacite, ce qui donnerait à entendre qu'il est postérieur au Confessionale. On voit par là que Rive attaque la date de 1 468 et 1469 donnée au Tacite. « Comment peut-il être, dit-il, que cette édition de Tacite, qui a des réclames, soit de cette année, puisqu'on n'en voit aucune dans les autres livres sortis de la presse de cet artiste, depuis 1169 jusques en 1470, et que son frère Vindelin, qui acheva son édition de la Cité de Dieu en cette année, n'y en glissa aucun vestige...? Gomment, ajoute-t-il, ce Tacite pourrait-il être de 1468 ou 1469, puisque Jean de

168 premiers livres; il parle d'abord des Cartes à jouer, du Donat gravé en bois, du Catholicon, de la Bible et du Psautier de Mayence, du Livre des fables ou Liber timilitudinie, qu'il regarde comme imprimé en lettres de fonte, el dea i Ensuite passant aux ouvrages gravés entièrement en bois, il commence par ceux sans texte, el cite la Bible de»

,ire de taini Jean el de VApocalypee, les Imagée de* cantiques, VHittoirc de la Vierge* orée dea évangéliatea el dea saints pères, démontrée par images. Quant aux livres d*im texte, il donne la description des suivants : le Livre de thecfwiït. YArt oV apprendre par cœur le* quati . ['Art

de mourir, dea Sujet» tires de V Écriture Sainte, If Spéculum huma \ioni* el La Chiromancie du Docteur Hartlù

en don les notices et «les reproductions très curieuse

très Intéressantes.

& des premiers livres. -289

quées de fon chiffre. Cependant il tf eft nullement décidé, fi yf/to a gravé lui même ces eftampes; au moins eft-il certain, que toutes ne font pas de (à main, quoiqu'il les ait defîinées, ou fur le bois même, ou, qu'il en ait fourni le defïin aux ouvriers, qif il nourriffoit chez lui, & qu'il étoit obligé d' occuper. C efl une tradition générale à Nuremberg, aufïi peut -on s' appercevoir, en examinant ces pièces avec attention, qu' elles ne font pas P ouvrage d' un feul artiile,& ^ij/bnàdejà fait lamémeoblèrvation. » Il faut ajouter encore un mot de la manière qu'on nomme Clair -obfcur, qui eft analogue à la gravure en bois & qui a été exercée Jurement long tems en Alemagne avant Hugo da Carpi. Un des nos anciens artiftes, qui s' eft marqué

& qui cft appelle par nos curieux ^fohan Ultic (y), fçût fi bien graver & imprimer fes

eflam-

(y) Les François T'appellent, fuîvant I1 Abbe* de Marottes,

le Mairre aux bourdons croift* Le Profelïcur Qri/{

*T rappor*

Fig. 55. — Exemple de l'abus des réclames.

Au bas de la page recto se trouve la reproduction du premier mot

(ou sa première syllabe) de la page verso.

Fig. 36. — Exemple de signature (\v elècle Uré «lu volume

Ihi/res à lusaige de Hume, imprimées à Paris en 1498.

Spire nous assure lui-même que les Epîtrcs familières de Cicéron, qu'il a imprimées en 1469, sont le premier ouvrage qu'il a mis au jour*, et que Yindelin son frère, en nous indiquant, après sa mort, arrivée en 1469 ou 1470, le nombre des imprimés qu'il avait laissés jusqu'alors, ne mentionne aucunement ce Tacite** \ Ainsi il est admissible que Tacite ne pouvant être que de la fin de 1472, ou tout au plus de 1475, Jean de Spire ne peut, comme le dit de Marolles***, avoir inventé les réclames. En France, on ne s'en est servi qu'au commencement du xvie siècle ; par la suite, non seulement on les a beaucoup multipliées, mais on en a abusé, ainsi que nous l'avons démontré; aujourd'hui, elles sont à peu près hors d'usage.

Les signatures (lettres de l'alphabet, chiffres ou signes particuliers), se mettent au bas de la première page de chaque cahier, au dessous de la dernière ligne, et servent à distinguer les différentes feuilles dont se compose un volume. On en rencontre déjà dans les livres

* Voyez la souscription de ces Êpîlres in-folio sous le numéro 2i08 de la Bibliographie instructive ou Traité de la connaissance des livres rares et singuliers, disposé par ordre de matières, par G. -F. De Bure le jeune. 7 vol. in-8. Paris, 1765-1768. — Supplément ou Catalogue des Livres du cabinet de feu M. L.-J. Gaignat, disposé par G.-F. De Bure. 2 vol. in-8. Ibid. 1769 (ou 8« et 9e vol. de la Bibliographie instructive). — Table destinée à faciliter la recherche des livres anonymes cités dans les 9 volumes de la Bibliographie instructive de G.-F. De Bure, par J.-F. Née-de la Rochelle. In-8. Ibid. 1782 (ou 10e vol. de ladite Bibliographie instructive).

** Voyez le n° 526 de la Bibliographie instructive, où se trouve la souscription de son édition de la Cité de Dieu} qui contient la liste des imprimés de son frère.

*** Page 58 de la première édition de ses Recherches sur Y origine et le premier usage des registres, des signatures, des réclames, etc. Paris, 1785, in-8.

d'images avant l'invention de l'imprimerie*. Le mode et l'usage de ces signatures varie; elles étaient indiquées soit en chiffres romains ou arabes, soit en lettres, soit encore avec des astérisques ou des virgules**. Ces

* Quelques éditions anciennes, reliées et fortement . rog! ont, la plupart, perdu leurs signatures; on peut citer entre antre-, la première et rare édition du « Ilieroclis philosophi st<>iei et. sanctissimi in aureos Versus Pythagoras Opusculum prœstantissimum et religioni christianse consentaneum » latine: Palavii, Bartholomaeus de Val. de Zoccho, 1474, in-i. Cette édition ne conserve ses signatures, placées tout au bas des feuillets que lorsque les exemplaires ne sont pas rognés.

A défaut de signature ou de pagination imprimée et afin d'éviter des transpositions de feuilles, les possesseurs d'un livre, ou les relieurs mômes, en numérotaient d'abord les \ à l'une des extrémités de la marge, soit au haut, soit au bas des feuilles, quelquefois même tout à fait dans un coin, avec l'intention que ces chiffres fussent enlevés. On rencontre des exemplaires dont les signatures étaient poussées après l'impression sur le bord de la marge, et non près du texte, pour Bervir seulement à collationner le volume. Dès que ces livres passaient à la reliure, ces numéros ou signatures étaient nécessairement attaqués et plus ou moins enlevés par le couteau du relieur. Cependant, lorsqu'il y a plusieurs feuillets à (''■moin dans un volume, c'est-à-dire que l'on a rogné si peu, que plusieurs feuilles n'ont pas été atteintes et ont conservé leurs barbures, on peut en préjuger que ce volume a peu perdu de ses marges.

Il n'y a pas que les signatures qui soient, trop souvent, attaquées par le couteau du relieur. Un livre rare, {'Eunuque, (comédie en vers, par Jean de La Fontaine . Paris, Aug. Courbé, 1654. Pet. in-4° de 4 1T. prélimin. non chiffrés, 140 pages chiffrées et 5 pages non chiffrées pour le privilège, premier ouvrage de la jeunesse de La Fontaine, qui le fît paraître quelque temps après son mariage et dont il est extrêmement difficile de trouver de beaux exemplaires avec marges, a son titre presque toujours en mauvais état, la dernière lettre du mot Eunuque dépfl de beaucoup la justification et étant la plupart du temps rognée.

** La belle édition de Orlando furioso. di Lud. AriostO, annoUUioni di Gir. Huscelli, Venetia, Vincenti Valgrisi, in4* à 2 colonnes, dont un exemplaire a été Imprimé sur papier /ileu, se compose de Wï pages chiffrées le verso du dernier feuillet qui contient la devise de Valgrisi n'est pas chiffré), plus 19 feuillets préliminaires, sans numération, partagés en trois cahiers de 4 feuillets chacun avec les signatures *. **, ***.

signes servent, non seulement à marquer l'ordre dans lequel on doit assembler les cahiers mais, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment, à déterminer les formats. Si donc, par exemple, on veut s'assurer qu'un volume est in-8°, on n'a qu'à examiner le bas de la 17e page, on y trouvera B (si l'in-octavo est imprimé par demi-feuille, le B ou le chiffre 2 sera quelquefois au bas de la 9e page); à la 53e, G; à la 49e, D; etc. Si le volume est in-12, on trouve B au bas de la page 25, G à la page 49; D à la page 75, etc., parce que la feuille étant pliée en douze, ce qui forme 24 pages, la pagination de la seconde feuille commencera par le nombre 25, et le bas de la première page de cette feuille sera marqué de la lettre B ou du chiffre 2. Si un volume a plus de cahiers ou de feuilles que le nombre des lettres de l'alphabet, on multiplie l'alphabet par des minuscules ajoutées à la majuscule, autant de fois qu'il est nécessaire, c'est-à-dire qu'après la 25e feuille on recommence l'alphabet ou signature A a; à la 47e, on reprend le troisième alphabet ou signature A Aa, et ainsi de suite*. Quelquefois, les quatre premiers feuillets sont signatures ai, aii, aiii, aiiij, ou bien marqués d'un chiffre arabe. Nous donnons (fig. 57), la reproduction de l'une de ces signatures tirée d'une édition

* La rare édition des Œuvres de F. Villon, reveues et remises en leur entier, par Clément Marot, valet de chambre du Roy. On les vent à Paris, en la rue Sainct-Jacques, à lenseigne de l'Homme sauluage, chez Nicolas Gilles, s. d. (1540), pet. in-12, est chiffrée du troisième alphabet AAa, parce qu'elle a été imprimée par Jehan Bignon, à la suite de son édition de Marot (1540). Cette édition, qui fut probablement détachée du Marot pour être vendue au libraire Nicolas Gilles, se rencontre presque toujours séparée.

de la vie de Sainte Catherine de Sienne, la plus ancienne connue, imprimée par Guy Marchand dont elle porte la deuxième adresse, pour Jehan Petit, le 5 avril 1505. Elle est ornée de 25 curieuses figures gravées sur bois, la plupart à doux compartiments. En voici le titre : La Vie de madame Saincte Katherine de Siene. A la fin : Cy finit la vie madame saïcte Katherine de siene de lordre de saïct Dominique. Laquelle a este Imprimée en beauregard derrière le colliege de Bôcourt. Lan mil cinq cens et trois. Le troisième iour de auril pour Jehan Petit, libraire demourât a la Rue Sainct Jacques a lenseigne du lyon dargent auprès des maturins. In -i goth. de 82 fl*. chifT. , fig. sur bois.

On présume, qu'en imprimerie, les signatures ont paru pour la première fois dans le Johannis Nyder prœceptoriumdivinœ legis, Coloniœ, per J. Koelhof, de Lubeck, 1472, in-fol. à deux colonnes. Laire, dans son Index librorum ab inventa, etc., page 280 du tome I, n 52, cite cet ouvrage ayant pour titre : Johannis Nyder ceptorii/iit divine legis, in-folio, avec cette souscription : impressum Colonie per magistrum J. Koelhof deLubick anno Dni M.CCCC.LXXII. Dans la notice raisonnée de cet ouvrage, il dit : Foliasignanturab a. at/mmiiij, iterato alphabctico jirogressu*. Après avoir passe en revue la plupart des éditions de dates apocryphe, après avoir relevé les erreurs de Meerman, de

•Voyez à ce sujet la lettre écrite d'Aix, Le 17 novembre par l!iv<' à Laire; Index libror. tome I, page 281 : et la Chronique littéraire des ouvrages de Rtve, page 198; voyez aussi \eCaJi de la Sbrka, Bruxelles, 1803, tome I. n* r>7». On peut aussi consulter L'intéressant Mémoire sur Vorigine et le premier i de* tignaturee a des chiffrée dans rare typographique, «lu même auteur.

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