RACCOMMODAGE DES ESTAMPES
Pour les estampes qui ont des défauts ou qui sont déchirées, une manière de les raccommoder est de reprendre le dessin avec la plume, en ayant devant les yeux l'estampe entière, en employant l'encre de Chine que l'on tempère de manière à lui donner le ton du vernis du graveur. Cette manière est en même temps la plus belle et la plus difficile, parce qu'elle exige le dessin, la connaissance du graveur et la patience.
B. Giuzeppe délia Santa a laissé beaucoup de mémoires, de renseignements dans les estampes et les livres imprimés et manuscrits qu'il a merveilleusement réparés et refaits au naturel.
Une autre manière moins difficile, mais pénible, est de raccommoder les estampes par des morceaux d'autres estampes abîmées. On remarque ce qui manque dans l'estampe à réparer et on cherche dans un grand nombre de morceaux celui qui
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convient le mieux pour le remplacer; si le défaut existe dans les draperies, il est plus facile d'y remédier; s'il se trouve dans les chairs, il est plus difficile de trouver un morceau convenable ; on cherche, autant qu'il est possible, celui qui s'accorde le mieux, et puis on met la colle sur l'envers de l'estampe, à la place que doit remplir le morceau, et on y applique ce dernier en rendant les cartons, autant qu'il se peut, invisibles.
On peut encore réparer ainsi une estampe déchirée; on prépare une colle extrêmement légère et tenace, pour laquelle on prend six onces de sucre qu'on met pour le purifier dans un vase de cuivre. Lorsqu'il est parfaitement purifié, on y met de la colle d'esturgeon qu'on y laisse bouillir jusqu'à ce qu'elle soit entièrement délayée.
Puis on prend toute la matière et on s'en sert au besoin.
Quand on veut raccommoder l'estampe déchirée, on enduit légèrement les coutures de la déchirure avec cette colle et on a le plus grand soin de les joindre exacte-
ment; on les tient ainsi jointes jusqu'à ce que la colle soit parfaitement sèche.
On fait peut-être mieux encore en étendant la colle sur une plaque de marbre, on l'humecte avec la salive, on touche les extrémités du papier et on les rejoint.
RÉPARATION DE LA DORURE DES ANCIENNES RELIURES ET DE CELLE DES MANUSCRITS
Fabbroni que nous avons eu l'occasion de citer, page 97, nous enseigne à réparer la dorure des anciennes reliures et celle des manuscrits*; nous n'avons pas connaissance que ce procédé ait été mis au jour depuis longtemps et il nous a paru trop intéressant pour négliger d'en faire part aux bibliophiles. Avec quel plaisir un amateur pourra désormais réparer une riche reliure, et rendre à un manuscrit sa fraîcheur primitive !
* Voyez : Nuove Giornale dei letterati di Pisa. Ann. 1806, art. 12, fol. 418 et la continuation au n° i3, art. 52, fol. 11.
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« H y a eu et il y a encore, surtout à Rome, dit-il, des hommes qui imitent si bien les anciennes manières d'écrire et d'imprimer qu'il est difficile de distinguer l'original d'avec la copie. Pietro Ciatti y excella surtout. Il était parvenu à imiter les anciennes dorures sur les livres, par un secret qu'il communiqua en mourant et que le gouvernement de Toscane a rendu public. Voici deux manières qui ont réussi dans les beaux ouvrages de Ciatti :
On commence par préparer un mordant destiné à recevoir et à retenir fortement la feuille d'or. Il consiste ici dans un mélange d'une composition acide et d'un fluide glutineux ; la première donne du corps , l'autre de la ténacité et de la consistance.
Pour former la première, on prend :
Gypse fin 34 parties
Sucre cristallisé 12 —
Vermillon ou du soufre de merum de la meilleure
qualité 6 —
Bol d'Arménie 3 —
Carbure de fer 2 —
Miel 1 —
Sel ammoniac ou muriatique. 1 —
dl Ml -
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Il faut ajouter un peu d'eau au plâtre fin et au sucre et les porphyriser longtemps.
On triture également ensemble les autres ingrédients avec une quantité convenable d'eau.
On réunit ces deux parties de la composition séparément broyées et on les broie de nouveau ensemble.
On met de suite le mélange sur un plat de verre ou bien de porcelaine; on le laisse sécher et on le garde en poudre, pour s'en servir au besoin après l'avoir délayé dans la colle qui se prépare de la manière suivante :
Avec quatre onces et dix-huit deniers d'eau pure, on mêle douze deniers de sucre candi et autant de gomme arabique très claire; on ajoute deux deniers de miel et deux deniers de lait de figue.
Dès que la dissolution s'est effectuée, on filtre le mélange et on y ajoute autant d'eau et de colle de poisson, que l'on prépare comme il suit :
Dans une livre d'eau, on verse huit deniers de colle de poisson coupée en très
petites parties, puis on laisse bouillir le tout jusqu'à ce qu'il soit diminué de moitié ; et, pendant qu'il bout, on y met deux deniers de sel ammoniac pulvérisé.
Pour préparer maintenant le mordant, on prend, de la composition sèche que nous avons indiquée, la quantité que l'on juge suffisante; on verse dessus à peu près le double de la colle ou autant qu'il en faut pour couvrir la quantité employée.
On agite fortement le mélange dans un vase dont la capacité est plus que suffisante pour le contenir, et on le laisse reposer encore quarante-huit heures.
Pendant cet espace de temps, on remarque dans le vase une espèce de fermentation, qui se renouvelle quelquefois à trois ou quatre reprises et augmente le volume de la matière; c'est pourquoi il faut avoir la précaution de prendre le vase d'une capacité suffisante.
La fermentation terminée, il se forme un sédiment et il surnage une matière jaune, liquide, qui semble être de l'huile. On détache cette matière et on l'enlève avec
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une cuiller, afin de rendre moins liquide le reste du mélange qui est le mordant destiné à recevoir l'or.
Le liquide séparé se garde dans un vase bien fermé ; on s'en sert pour donner ou rendre au mordant la facilité de couler sur la plume , comme le demande l'opération.
Lorsqu'il s'agit de faire des traits subtils, le mordant doit avoir la fluidité de l'encre ordinaire; lorsqu'au contraire on a de grandes lettres à faire, il est bon de le rendre plus épais ; mais, dans tout cas, il est nécessaire que le mélange coule avec facilité, et cela s'obtient en ajoutant une seule goutte de fiel.
On comprend facilement qu'au moment où l'on se sert de ce mordant il est nécessaire de l'agiter avec une spatule, avant d'y tremper la plume ou le pinceau , avec lequel on veut faire l'opération sur le papier ou le parchemin où il laisse des traits lisses et clairs qui sèchent lentement.
Il ne faut pas attendre le dessèchement complet pour y appliquer l'or, parce qu'il ne s'attacherait pas aux extrémités des
traits; mais il faut cependant que ces derniers ne soient pas trop frais, ce qui pourrait défigurer le travail.
Le moment le plus convenable pour l'application de l'or est quand on voit le mordant commencer à perdre la clarté de sa fraîcheur ; on jette alors sur les traits un peu de fleur de lys et on y applique la feuille d'or qu'on presse avec un coussinet bien doux.
Il est nécessaire d'appliquer une seconde feuille sur la première, pour remplacer les vides que celle-ci aurait pu laisser.
Enfin, lorsque le mordant est parfaitement sec, il brunit, et on obtient un travail solide et beau, qui n'est pas inférieur à l'ancien s'il ne le surpasse pas.
On prépare un autre mordant avec bien plus de facilité mais il est moins parfait.
On prend une quantité convenable de blancs d'oeuf et on ajoute par œuf trois deniers de sel ammoniac et autant de sucre cristallisé en poudre.
On laisse ce mélange pendant quelque temps dans un vase de verre.
Le blanc d'oeuf perd sa consistance naturelle, et alors il est facile de le passer par un morceau de toile, et après par une feuille de papier.
On ajoute à cela encore une petite dose de colle de poisson et on lui donne du corps par les ingrédients secs indiqués ci-dessus.
L'une et l'autre composition servent à faire des dorures flexibles sur le papier et sur le parchemin.
Quand le parchemin est d'une mauvaise qualité, comme l'est ordinairement celui que Ton prépare maintenant, il faut avoir la précaution d'employer plus de colle dans le mordant et de laisser le parchemin séjourner vingt-quatre heures dans une dissolution aqueuse d'alun; après quoi on l'étend sur une table pour le sécher, ayant grand soin de ne pas l'endommager en aucune manière.
Quand il est parfaitement sec, on met dessus une feuille de papier, sur laquelle, et non pas sur le parchemin, on passe, en appuyant fortement avec un polisspir d'agate ou d'ivoire bien lisse.
RESTAURATION DES PIQURES DE VERS, DES DÉCHIRURES ET DES CASSURES DANS LE PARCHEMIN ET DANS LE PAPIER.
Jusqu'ici on a fait, on refait les lettres dorées ou arabesques sur les livres de papier ou de parchemin; il s'agit de restaurer également les parties gâtées ou rognées par l'humidité ou d'une manière quelconque.
Pour cela on cherche, dans une quantité de morceaux de parchemin, celui dont l'épaisseur, la couleur, etc., approchent le plus de celui qu'on veut réparer.
Ce morceau doit toujours être plus grand que la partie qu'il s'agit de restaurer.
L'un et l'autre se coupent en sens opposé avec un fer tranchant et d'une forme convenable.
Après cela, il faut avoir une colle d'amidon mêlée avec une de colle de poisson et de chaux de coque d'œuf pulvérisée, pour
donner au mélange la consistance d'un onguent tendre.
On étend de cette pâte le moins possible sur les deux morceaux, le vieux et le neuf, et sur-le-champ on applique l'un sur l'autre.
On met ensuite la partie raccommodée entre deux morceaux de toile fine, et on la porte sous une presse, où on la laisse jusqu'à ce que les jointures aient un peu séché; après quoi on les presse avec un couteau d'ivoire, afin que les deux morceaux se pénètrent mutuellement.
Qpand la partie réparée est presque complètement sèche, on la place entre deux feuilles de papier, sur lesquelles on passe, en tirant les jointures et en rasant, une baguette d'ivoire pour rendre la surface aussi unie et aussi plane que possible.
Si l'on fait tout ceci avec l'attention et l'adresse que cette opération demande, on ne reconnaîtra plus la partie que l'on a soi-même restaurée.
On répare encore avec la même facilité, mais de deux manières différentes,
les livres et les estampes de papier : Tune consiste à unir et à ajuster les marges ; l'autre se fait par la superposition, comme on a enseigné de le faire pour le parchemin et les membranes.
Cette seconde manière, qui est moins élégante, s'emploie seulement lorsque le papier est trop déchiré et trop faible pour permettre l'insertion.
La première est toujours préférée lorsque le papier est assez ferme, car cette manière est bien plus élégante et moins visible.
Pour effectuer la réparation avec le moyen indiqué ci-dessus, qui est le meilleur mais le plus difficile, on choisit d? abord un morceau de papier semblable à celui de la page que Von veut réparer, et quant à l'épaisseur, et quant au grain et à la couleur; et, si la couleur n'est pas semblable, on parvient facilement à la rendre telle en trempant le papier dans une préparation convenable.
On coupe de ce papier un morceau de
la grandeur et de la forme justes de la