‹ Connaissances nécessaires a un bibliophileChapitre 12 sur 143 · IS-OCTAVO · texte numérisé non relu

IS-OCTAVO

N" 9, le côté de première d'une feuille. K" 10, celui de seconde.

In-douze

N" 1 1 , le côté de première d'une feuille. "H" 12, celui de seconde. N" ij, une forme in-12 en retiration sur elle-même, et le chissis i la Lyonnaise. N" 14,

♦ La retiration est l'impreuion du second côlé de la feuille de papier. Le mot rciîralion peut venir du rerbe retirer, tirer de nouvcnu, ou du ■ubsiantif réitération, corrompu par le langage uchntque. (H. Fournîer.)

54 COMMAISSAHCBft NÉCISSAniBS A UN 8IBLIOPHn.B

une forme in- 12 dont le carton est eu

dehors.

IN-DDC-Hurr.

N* 15, le côté de première de la feuille, imposée en trois cartons. N"" 16, le côté de seconde.

Cette manière d'imposer par trois cartons est celle que Ton devrait toujours adopter. Elle est plus facile pour le compositeur, le relieur et le lecteur.

N® 17, représente une forme in- 18 en retiration sur elle- même , sans transposer de pages.

In-trente-deux

N° 18. Cette imposition représente deux feuilles in-S**.

iN-SOIXANTE-aUATRE

N** 19, représente une forme en retiration sur elle-même, contenant 4 feuilles in-8^

•DE Lof 'H EUU1i,E 'DES UV'H.ES

Xous croyons devoir recommander X amateurs une lecture attentive de ce chapitre : nous y avons réuni un grand nombre de conseils qui peuvent leur être d'une grande utilité.

La reliure est à la tjpographie ce que celle-ci est aux autres ans; l'une transmet à la postérité les ouvrages des savants, l'autre doit lui conserver les productions typographiques.

La reliure a pour but la conservation des livres et l'ornement des bibliothèques. Jusqu'au xvni' siècle *, on n'a guère connu que deux sortes de reliures , la reliure couverte en peau (veau, maroquin, etc.), avec nerfs apparents, et la reliure en vélin,

* Merlin. Rapport, i856.

50 CONNAlSSANCn NÉCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE

telle qu'on rexëcutait si bien en Hollande. Celle-ci était une sorte d'emboîtage à dos brisé, mais dans lequel la solidité s'unissait à la souplesse et à la l^èreté*. La reliure dite en vélin cordé, dans laquelle excellaient aussi les Hollandais, était également une reliure en vélin, mais cousue sur doubles nerfs, à dos non brisé, les nerfs apparents ; elle était ornée d'estampages sans or. A la fois gracieuse et solide, elle fait encore aujourd'hui romement des rayons in-folio et in-quarto, car elle ne s'appliquait en général qu'à ces deux

formats; il faut convenir cependant que la rigidité excessive du dos en rendait l'usage quelquefois incommode.

L'art des reliures hollandaises en vélin

* Ces volumes étaient cousus sur nerft de parchemin; un carton très mince supportait le vélin qui formait la couverture, et les pointes de nerfs, passées dans les charnières et collées sur le carton par-dessous une bande de papier fort ou de parchemin que recouvraient les gardes, suffisaient pour maintenir le tout; des attaches de parchemin fixées sur le dos, et dont les bouts se collaient aussi sous les gardes^ ajoutaient encore à la solidité.

semble perdu aujourd'hui; nous ne coooaissons plus que la reliure en peau, k nerfe, antérieure à l'origine de l'imprimerie, la reliure en peau dite à la graqae, introduite pendant le xvœ* stède *, la reliure dite à dos brisi, déjà en usage au milieu du siècle dernier", et la demi-

* On «ait que h grecque e«t une entaille faite dani le îlot du cahier au mo}-en d'une tcie; dans cette entaille se loge la lïcelle des nerfs, et le do* du voluRie reete uni i l'eit^rieur; ou bien, par suite d'une supercherie, le dos peut prendre la ferme du volume cousu sur nerfs, c'est-à-dire que Im soi-disant nerfs forment saillie sur le dos. Dan* tous les cas, le volume relié à la grecque s'ouvre tris mal. Les règlements anciens, qui interdisaient sagement aui relieurs la couiureà la grecque, n'avaient ài\k plus d'action en 1762 puisque Dudin, danssonXrMu Ke/ieur, qui, selon le bibliophile Jacob, n'est que la copie du Traité icJn AWture de GaufTecourt, livre imprimé à douze exemplaires (?), la décrit en délait.

*• Dans la reliure improprement appelée k dos brisé, la peau qui recouvre le dos ne tient pas aux cahiers, elle est collée sur une bande de carte introduite entre cette peau ei le dos du livre, auquel le carton n'adhère pas. Par ce moyen, lo *olume peut s'ouvrir complètement sans revenir •ur lui-même et sans que le dos de la reliure puisse se rompre, comme il arriverait aui r^ Dures i dos fixe. Ce mode de reliure eat surtout

58 CONNAISSANCES n£cBS8A1RKS a un IIBLIOPUILE

reliure *, invention allemande plus moderne. Le cartonnage à la Bradel **» qui eut tant de vogue au commencement du siècle, puis disparut des bibliothèques et fut remplacé par la demi-reliure . toile, qui, lorsqu'elle est faite avec soin, est l'ornement de bien des bibliothèques particulières qui brillent plus par le fond que par l'apparence, est redevenu subitement en faveur. Octave Uzanne, dans ses Caprices d'un Bibliophile, appelle ce cartonnage la robe de chambre du livre. « Les cartonnages à la Bradel, dit-il, sont redevenus fort appréciés ; ils forment une enveloppe gracieuse et modeste et,

convenable pour les gros volumes et pour ceux qui doivent être feuilletés beaucoup ou rester ouverts sur un pupitre.

* Dans la demi-rcIiure, le dos et quelquefois les coins sont seuls couverts en peau; les plats le sont en papier. Le corps du livre est, comme dans la reliure pleine, soit à dos fixe, soit à dos brisé.

** C'est une vraie reliure à dos brisé, où la tranche du livre n'était pas rognée, et dont le dos et les cartons n'étaient couverts que de papier. On l'emploie principalement comme moyen de conservation provisoire pour les livres auxquels on projette de faire mettre plus tard un riche hsbillemeiit.

DR LA KKLimiK tin LITRU 5g

sans rien enlever à l'ampleur des marges. Us conservent la virginité de la bro* chure. Ces canonnages sont d'excellents vêtements préservatifs; ils ont la commodité, la âexibilité, la grâce, mais il leur manque la gentillesse , l'esprit fantaisiste, l'aspect d'an que nous voudrions voir adopter plus généralement. Us sont classiques en diable; c'est lit leur grand défaut. »

Four les demi-reliures toile, qui tôt ou tard remplaceront entièrement le canonnage i la Bradet, on emploie, soit du papier pàgne, soit du papier marbré, maroquiné ou à escargots, soit du papier de couleur mate, soit encore de la toile anglaise, gaufrée, teintée, unie oti à ramages, chagrinée ou glacée.

Voici ce qu'en dit Octave Uzanne, dans les Caprices cités plus haut.

0 Les Bibliophiles ne doivent pas négliger le petit art de ces demi-reliures ; c'est à eux de chercher, de vivifier leur goût, de le spécialiser, de trouver l'original et de l'imposer k l'imagination rétive de leurs

6o C0NKAI8SANCC8 NÉCESSAIRES A U!f IIBLIOPHILE

fournisseurs ordinaires, qui demeurent trop longtemps sur le chemin du convenu et du poncif.

« Un Livre doit être relié, selon son esprit, selon l'époque où il a vu le jour, selon la valeur qu'on y attache et l'usage que l'on compte en faire; il doit s'annoncer par son extérieur, par le ton gai, éclatant, vif, terne, sombre ou bigarré de son accoutrement *. »

Revenons aux reliures d'amateurs, et, sans nous occuper de l'art du relieur, nous tiendrons seulement à faire comprendre à nos lecteurs en quoi consiste une bonne reliure et à leur faire connaître quelles sont les différentes transformations qu'un Uvre doit subir de sa remise en les mains du relieur jusqu'à sa rentrée dans leur bibliothèque ; en un mot, comme il ne saurait s'agir ici de la satisfaction des yeux, nous allons leur indiquer en quoi

* Pour le choix des nuances, des papiers, etc., nécessaires aux demi-reliures de fantaisie nous renvoyons nos lecteurs aux Caprices d'un Biblio* phile.

peat consister une reliure parfaite et quelles en sont les conditions indbpensables.

Avant tout, le choix d'un relieur est une chose importante pour tout bibliophile jaloux d'avoir des exemplaires bien conservés et dont les marges aient été minagèes; mais, plus on est exigeant sur la perfection du travail, moins on a le droit d'être parcimonieux sur le prix que demande l'ouvrier pour s'indemniser du temps qu'il a été obligé de sacrifier en plus que pour un travail ordinaire.

La reliure * est un art dont tout le monde sent le prix. C'est un plaisir qui n'a rien de ridicule, quoi qu'on en dise, que de voir revêtus d'un parure magnifique et honorés d'une sorte de culte les ouvrages d'un auteur qu'on aime.

D ne faut cependant pas trop ex^érer l'importance de cet accessoire, et celle qu'il a prise dans ces derniers temps passe un peu la mesure. Des livres fort midio-

63 COimAISSAMCn lliCBStAiEIS A UN BIBLIOraiLB

cres^ montent dans les ventes à des prix énormes presque sans autre recommandation qu'une magnifique reliure de Boyet, de Derome, de Thouvenin, de Bozèrian, de Padeloup, de Simier, de Courteval, de Anguerand, de Lemonnier, de Ducastin et autres relieurs. Le nom d'un de ces hommes, qui ont excellé dans leur art»

attaché au revers des gardes d'un volume, en double ou en triple la valeur.

n en sera autant un jour (et on peut même dire sans crainte d'erreur qu'il en est autant) des beaux travaux de nos artistes relieurs vivants, que nous ne nommerons pas ici de peur d'en oublier quelques-uns.

Les connaisseurs, il est vrai, a dit M. R. Minzloff avec justesse, ne manquent pas d'y regarder de fort près ; ils n'achèteront pas un mauvais livre pour la beauté de la reliure, à moins que cette reliure ne soit elle-même une curiosité historique ; mais

* n semble à trois gredins, dans leur petit cenrcan, Qjie, pour être imprimés et reliés en veau. Les voiU dans l'état d'imporuntes personnes.

UouÈfti.

ils attacheiont une grande importance à ce que leurs livres préférés prennent entre les mains d'un aniste de premier ordre l'apparence et la qualité d'une œuvre d'art.

Quelle que puisse être U fonune d'uD amateur, le soin de sa réputation de bibliophile exige qu'il sache graduer la dépense des reliures d'après l'importance des ouvrages".

La reliure d*ainateur" doit être riche sans ostentation, solide sans lourdeur, toujours en harmonie avec l'ouvrage qu'elle recouvre, d'un grand fini de travail, d'une exacte exécution dans les plus

* II esl certain que plus d'un livre médiocre, furpris de le trouver sur les tablettes d'un (omptueui bibliophile, peut, grâce A l'art et i l'habileté de nos relieur», s'icricr avec Sedaint : < Ah! mon habit, que je vous remercie I > Ce serait peutêtre le cas de citer ici ce que Sinèqut disait de quelques amateurs de son temps, qui sur le* rayons de leur bibliothèque rangeaient systfmatiquemcnt des volumes recouverts d'élégantes et luxueuse* reliures, l'occupant plus ou moins du contenu, attendu qu'ils ne les ouvraient jatnaif t Pleritque... libri non ttudiorum inttrumenta led tfdium omamenta tunl... {De TranquilUtaU aHÎmi, cbap. IX.)

** Wolowtki. Rapport, 1869.

G4 CONNAI8SANCS8 NÉCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE

menus détails, à lignes nettes, à dessin fortement conçu.

Pour en arriver à ce résultat, il faudrait que tout relieur habile pratiquât ce qui était en usage au xvm* siècle, époque où chaque relieur en renom avait un genre à lui et eût dédaigné d'imiter ses confrères les plus habiles.

ce C'étaient, dit le bibliophile Jacob, les amateurs qui classaient et spécialisaient les talents de chacun, en ne demandant à l'un ou à l'autre que les ouvrages qu'il exécutait le mieux : celui-ci faisait les maroquins ; celui-là, les veaux fauves ; un autre, les vélins blancs et de couleur; un autre, les encartonnages ou demi-reliures. C'était à qui ferait graver des fers* du meilleur style, et pas un relieur n'eût été assez indélicat pour copier les fers de son rival. »

* Les relieurs appellent ainsi des outils de cuivre fondu qui servent à imprimer sur l'or différents agréments, comme broderies, dentelles, fleurs, filets et armes, et ce sont ces ornements qui sont, proprement dit, ce que l'on appelle la Dorure des livres, (Voir les planches V et VI.)

OOKHAISSANCBS MËCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE

(3* iditim) PLANCHE V

4 I, Peliu mUieui.

ih, Grudi DuUtuK. »(-,,/, Corn.,

la coini et Ln gnndi m

COHNAtSSANŒS NÉCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE

(3' édition) PLANCHE VI

Une reliure sera bien conditionnée si elle réunit à la fois la solidité et Télégance ; si le volume * s'ouvre facilement et reste ouvert à n'impone quelle page ; si, étant fermé, la couverture et les feuillets forment un tout bien uni, sans bâiller ni se séparer à aucun endroit ; si le dos se brise &cilement sans conserver la marque de la brisure; si les commencements des lignes ainsi que la marge intérieure sont parfaitement visibles à l'ouverture du livre ; à, enfin, les marges extérieures sont le moins possible et partout également rognées. La régularité de la pliure, la solidité de la couture, celle du dos, l'élasticité des charnières sont encore autant de conditions d'une bonne reliure.

Pour obtenir toutes ces qualités réunies, il fiaut, comme nous l'avons dit plus haut, ne confier ses livres qu'à un très habile relieur et laisser à celui-cï tout le temps

* Le mot volume a rtpporc à la reliure, celui de tome à la division d'un livre en plusieurs parliei : un ouvrage peutavoirdouzetomesen sis volume*, comme six tomes en douze volumes.

66 CONNAISSANCES IféCCSSAIRBS A UN BIBLIOPHILE

nécessaire pour les diverses opérations que réclame une bonne reliure. D'abord, on comprend qu'on ne doit point faire relier un livre récenmient imprimé. L'encre d'imprimerie ne sèche que très lentement, et, en soumettant au battage un livre dont l'encre ne s'est point encore parfaiment séchée, on s'expose à avoir toutes les pages maculées et rendues complètement illisibles. Une année toute entière et peut-être deux doivent s'écouler avant qu'un livre soit livré au tsavail de la reliure. Les livres nouveaux doivent être achetés brochés: c'est sous cette forme qu'il convient de leur faire subir la fatigue de la première lecture. Lorsque le moment est venu où le volume doit être livré au relieur, l'amateur est en droit de faire à celui-ci certaines recommandations sur des points trop souvent négligés *. Si le livre est imprimé sur beau papier, fort et sonnant, il faut se garder de le faire trop battre, car ce que l'on gagnerait

* Quelques personnes, pour la reliure d'un ouvrage précieux, prennent une précaution que

"rj^:

DE LA RlUUae DEÏ I.IVBU 6?

en compacité ne compenserait pas U pêne de la qualité sonore du papier.

D'ailleurs un livre trop battu, trop compacte, s'ouvre très difficilement. Après ua pliage plus rigulier des feuilles, s'il s'a^t d'un livre déjà broché. (de manière à ce que les chiffres de paginadon tombent bien les uns sur les autres, en sone qu'en regardant le cahier au transparent tous les cadres de justification se rencontrent bien, et que les marges de tÉte et de dos *, du recto et du verso, soient très égales), la couture, qui est le point capital de la reliure, demande aussi certains soins ; si les cahiers de papier sont épais, il £aut non-seulement les coudre au milieu, mais encore au commencement et k la fin, ce qui donne à la couture la quahté requise. Quand le volume sera cousu et passé à la coUe-fone, le relieur

nous approuvons beaucoup. Lorsque cet ouvrtge

est plié et cousu, avani de l'endosser, le relieur les avertit; elles se transportent chez lui pour s'assurer que les feuilles oni été pliées exactement, que l'assemblage a iti bien Fait et que les cahiers ont iti cousus bien Également.

* On appelle tEle le haut du livre, et dos le rond.

fera bien de l'arrondir avant qu'il soit entièrement sec, car cette opération ne se £ût bien qu'alors, et le dos se maintient bien mieux : il y a certains cas où il serait bon de ne pas l'endosser au marteau, mais de laisser les mors se former naturellement, n est également à propos que les cartons soient rognés d'équerre avant d'être appliqués; c'est par là qu'on obtient de rogner la tranche le moins possible, et on sait avec quelle raison l'amateur tient à conserver à son livre le plus de marge possible*; la rognure est une chose mécanique, et avec le compas, l'équerre et l'habitude on ne peut guère manquer de réussir **.

* Rien n'est plus précieux que Tintégrîté des marges; et, quelque réservé que soit le couteau du relieur, il ne peut en ôter sans altérer ce qui flatte le plus l'œil de Tamateur : nous voulons dire une belle marge dans toute sa grandeur primitive. Il est difficile de se faire une idée du prix que les connaisseurs attachent aux marges bien conservées.

** Le relieur s besoin de redoubler d'attention lorsque Touvrage est chargé de notes marginales, sapa cela il risquerait de les atteindre, ce qui ferait le plus grand tort à l'exemplaire.

C'est alors que le volume est doré, marbré ou jaspé sur tranche. Si Ton tient à ce que les pages ne soient pas émar* gées, on peut se contenter d'en faire dorer la tète, U dorure en tète étant indispensable pour empêcher la poussière de pénétrer entre les feuillets et de maculer le volume.

Pour ce qui concerne la couverture, nous ferons remarquer que certains relieurs ont l'habitude de coller du parchemin sur le dos pour donner de la solidité au volume ; on obtient le mâme résultat en insérant du parchemin entre les nerfs et en les ramenant sur les gardes, et l'effet est meilleur.

La parure, c'est-à-dire l'amincissement de la peau, peut être poussée plus ou moins loin, mais elle doit toujours être proportionnée à la grandeur et à la grosseur du volume. Qjiant au carton, il doit être plutôt fort que trop mince.

Nous ne dirons rien de la dorure, de lagaufrure et autres ornements analogues, c'est une affaire de goût qu'il faut laisser

à l'artiste; seulement, l'amateur de livres devra tenir à ce que les titres inscrits sur le dos des volumes soient parÊiitement exacts, sans faute d'ortographe et sans abréviations ridicules ou incompréhensibles.

Le plus prudent sera de rédiger d'avance, avec le plus grand soin, le titre tel qu'on désire qu'il soit mis sur le livre et d'exiger qu'il n'y soit rien changé. M. Mouravlt, dans un intéressant ouvrage {La Petite Bibliothèque d'Amateur), souhaite voir se répandre l'habitude récemment introduite de mettre la date de l'édition, parfois aussi le nom de l'éditeur, sur le dos du volume. « Cette addition, ditil, en achevant de déterminer la nature et la valeur propre de l'ouvrage, déjà révélées par le titre et le nom de l'auteur, contribue à rendre la reliure plus parlante, si Ton peut dire; entre plusieurs éditions du même ouvrage on saura quelle est celle-ci, on aura appelé une plus vive lumière sur ces volumes que leur enveloppe laisse toujours dans une ombre douteuse. »

A propos des sigruts ', faire remarquer aux relieurs de n'employer qu'un rubao dont la couleur ne puisse se déteindre, pour qu'à la longue le volume ne risque pas d'être ucbé.

Tout ea rendant justice à l'utilité et à b beauté des reliures pour conserver les livres et embellir les bibliothèques, nous pensons qu'il y a certains ouvrages de prix qui gagneraient plus à une élégante demi<reliure qu'à une reliure entière.

Dans un ouvrage comme les « Gïnnaissances nécessaires à un Bibliophile n il faut que l'auteur sache recueillir avec soin les avis et les conseils que des amateurs veulent bien se donner la peine de lui

* Les tignets sont des petits rubans de faveur, plus ou moins Urgei, seJon la grosseur du livre, et que l'on LOupe un peu plus longs que sa hauteur. On sait que cet petits rubans servent i marquer l'endroit où on en est resté quand on lit un livre et qu'on est obligé d'interrompre sa lecture. Quoique de médiocre importance, cet ornement eat nécessaire, parce qu'il n'est pas commode de mettre ua morceau de papier dan* un livre relié et qi^il ne /ont jamait faire une corne à un feuillet.

71 OONNAlSSAlfCBS NiCESSAISCS A UN BIBLIOPHILE

adresser; car a la faculté acquise ou innée qui nous fait discerner i'à-propos, la convenance de tel ou tel genre, de telle ou telle manière* » ne saurait être universelle.

Un bibliophile iulieu, dont le savoir et le goût ne sauraient être mis en doute par personne, a bien voulu nous adresser, à propos de la seconde édition de notre livre, une note au sujet du chapitre sur la reliure, note que nous avons lue et relue avec l'attention que doit y apporter un auteur, surtout lorsque, comme celle-ci, elle commence par une phrase élogieuse.

(c Admirateur.... je suis d'accord avec vous qu'à certains ouvrages une bonne demi-reliure puisse mieux convenir qu'une reliure entière, mais, je ne puis me persuader que, en régie généraley pour les livres grands de marges, non rognés, c'est-à-dire pour les exemplaires de choix, une demireliure soit préférable !

a Ce conseil est difficilement suivi par les véritables amateurs. Nous en avons

♦ Littré.

DK LA BBLIVU DU LITBU JÏ '

l'exemple à chaque vente, tous les purs. De cette façon la reliure plûne, c'est-^-dire le maximum de l'élégance, serait réservée, à moins d'y renoncer tout à Ëiit, à des exemplaires moins beaux, moins complets, mn'fU parfaits, ce qui serait intervertir l'ordre des choses ; une incohérence t L'habit dmt être proportionné au personnage que l'on veut honorer, dlsidt souvent l'excellentissime J. Janin !

o En tous temps, un bel ouvrage, en excellente condition, avec une belle reliure pleine, exécutée avec intelligence, c'est-àdîrc en rapport avec la valeur et le sujet du livre, sera toujours préférable. Et les bibliophiles délicats rechercheront toujours et lui donneront un plus grand prix, aimeront toujours davantage, non pour la simple reliure seulement, mais pour cet ensemble harmonieux et logique, un ouvrage précieux en plein cuir de Russie ou maroquin du Levant que le même livre avec demi-reliure, même avec coins et tête dorée, fût-elle exécutée par Cape, Chambelle-Duru, Niedrée, Lortic ou Trautz-

74 coiDiAiMAitcn NfcBUtnu a un uBLioraiLK Bauzonet, etc., etc. Enfin, si quelque bibliophile s'avisait de ù.ue frapper ses armes sur les plats de ses beaux livres, la demireliure ne pourrait guire le satisfaire I Avec ceci je ne suis point exclusif, et j'avoue franchement que bon nombre d'ouvrages avec reliure enciire ne mériteraient pas cet honneur... *

A notre avis , pour les livres dont on doit conserver les marges, c'est-à-dire que l'on veut avoir reliés non rognés, il est mieux de faire exécuter une demi-reliure *.

La demi-reliure ( tête dorée, dorée en tèie, non rognée) exige les coins, pour préserver le livre et ajouter à l'élégance de la reliure.

La demi-reliure simple (tranche marbrée, tranche jaspée, etc. ), celle enfin que Ton emploie pour les livres de peu de valeur, ne peut aller qu'avec un livre rogné.

Le choix des peaux pour la reliure est

■ Demi-reliure, «e dit quand 11 n'y a que le dos du livre qui wil couvert de peau, ou, en général, quand ici plan sont d'une matitre autre et plut Giiblc que le dos.

□ne chose sur laquelle nous devons appeler l'attention de l'amateur. La basane, reliure d'une jolie apparence, s*use promptement. La reliure en veau est d'une grande solidité. La reliure en maroquin, reliure brillante, doit s'employer pour les ouvrages de luxe, les éditions de bibliophile. Le chagrin, peau grenue d'àne ou de mulet , bien qu'on en fasse d'aussi magnifiques reliures qu'avec le maroquin, n'a pas la même solidité.

Les livres imprimés sur vélin exigent des soins tout particuliers : on ne doit les faire relier que longtemps après l'impression, lorsque l'encre et le vélin sont parfaitement secs; et, quand ils sont reliés, il faut différer de les enfermer jusqu'à ce que la reliure n'ait plus rien de l'humidité occasionnée par la colle que l'on y a employée. En général, rien n'attire et ne conserve plus l'humidité que le parchemin ou le vélin. La blancheur en est éclatante; mais, si on les laisse trop longtemps à l'air, il deviennent jaunes et se crispent facilement à l'humidité ou à la chaleur.

76 ccnnijkiHAiicn iticntAiaBa a uh Bist.iwBii.1

La reliure terminée, il s'agit d'en faire aae de possession. Oh, alors, Biblîoplùle ou Bibliomane, n'employez ni cachet i l'encre grasse, ni timbre sec, ni enfin de timbres il la cire !

Si vous vouiez mettre s ce livre est à moi » ne l'éctîvez ni sur le £iux titre ni sur le titre de ce livre.

Faites emploi de l'ex-libris ; pour quelques francs, vous pourrez faire dessiner et imprimer soit un chiffre ou monogramme, soit une devise, etc.; mais, comme dans .tout, il faut que le goût règne dans sa composition. Il y va de votre réputation présente et future 1

« Le principal mérite de la devise est la simplicité et la clarté: si elle ne doit pas tomber dans la trivialité, il faut éviter aussi qu'elle ne devienne une énigme indéchiffrable. Une devise est ordinairement une déclaration de principes, un trait de caractère qu'on désire mettre en sailUe ; une pensée habiiuclle, un sentiment qui domine, une preuve de bon oit de mauvais goût; c'est aussi bien souvent une

Dt I^ RELIIIBB DU LlVftlS 77

prétention, Taffectation d'une qualité.d'une tendance, d'une inclination dont on voudrait persuader les autres et dont justement l'on manque le plus. De sone que la devise peint les personnes à la fois par la vérité et par le mensonge.

« Dans tous les cas, le corps doit parler aux yeux et l'âme achever le sens au moyen d'un ton vif, saisissant et concis. La recherche et l'affectation y sont d'autant plus însupporubles que rien ne peut ea affaiblit l'effet....

« Parmi les vignettes de bibliophiles, toutes sont loin de pouvoir être placées dans la même classe. Les unes sont des représentations directes, les autres des figures emblématiques, plusieurs forment de petits tableaux où l'art n'a pas dédaigné d'appliquer sa perfection.

n Grand nombre de vignettes n'offrent que des armoiries, avec ou sans nom, avec ou sans légende. Il en est qui n'ont qu'une légende et n'empruntent rien au dessin '. »

* Dtt Marques tt Dtvittt miiet à leur* Ihrta

78 CO^NIIISAHCU HiCESlAIRU A UN BIBLIOPHILB

Nous terminerons cet exposé de I2 reliure en appelant l'attendoii des amateurs sur la reliure des livres anciens.

La reliure étant le costume du livre, un bibliophile doit tenir particulièrement à ce' qu'une édition ancienne d'un livre estimé reste parée de sa reliure originale, surtout si elle porte les marques de quelque illustre personnage. Tels sont les beaux exemplaires des souverains protecteurs des lettres, aux chiffres des célèbres bibliophiles, ou bien accompagnés seulement du nom autographe d'un savant ou d'un littérateur illustre par ses ceuvres.

Un de nos bibliographes les plus instruits a dit avec beaucoup de vérité :

Les livres, comme les hommes, ont leurs titres de noblesse, et les d'Hozier bibliographiques suppléent les quartiers d'un volume par les célébrités de toute espèce auxquelles il a appartenu, depuis les maîtresses des rois jusqu'aux prélats ou

par un grand nombre d'amateurs, par M. de Reîffenberg, Paris, Edouard Rouveyre, 6iiteur, 1874,

DE LA aBLtUBB DH LITU* 7g

aux modestes hommes de lettres. Armoiries, chiffres, devises, signatures et même traditions, tout est preuve dans cette justification, et l'oQ sait ce qu'elle ajoute à la valeur des livres et à quels prix élevés se ponent les volumes décorés de la devbe de Grolier , du chiffre de Henri II ou de Diane de Poitiers, des annes de De Thou, de Colbert, de Soubise, ou de la signature de Racine, de Bossuet et d'autres personnages célèbres.

Par exemple, quoi de plus beau que ces reliures simples, de bon goût, exécutées par les Derome père et fils pour les bibliothèques de Mesdames de France, filles de Louis XV, qui, chacune, avaient adopté une couleur pour le maroquin destiné aux livres de leur bibhothèque particulière*.

Comme complément de la physionomie du livre " ancien, et si l'on a des livres pour

* M** Adflalde avait adopté le maroquin rouge; H" Sophie, le maroquin cilron, el M" Victoire, le maroquin tert ou olive.

*' Le regrellf M. Amb. Firmin Didot, dans ton rapport lur U reliure, a £mis l'opinion que, ■ comme principe gfnéral, le choix dei couleur*

8o coNKAt(*jU(cn RicBMinn a un biiuomhlb simple dilecution, il faut les avoir complets autant que possible, c'est-à-dire : les allemands revêtus de peau de truie gaufrée, les italiens avec d'élégants compartiments sur les plats, les français dotMù de maroquin et ornés de ces fines dentelles

plus ou moins sombres, plu* ou moins cisires (pour lei reliures) devrait toujours (ire approprié à la nature des sujeii traités dans les livret- Pourquoi ne réservera it-on pas le rouge pour la guerre et le bleu pour Ja marine, ainsi qu'on le faisait dans l'antiquité pour les poèmes d'Homère, dont les rapsodes, vélus en pourpre, chantaient l'Iliade et, vitu» en bleu, chantaient l'Odyssée? Jeme rappelle avoir vu dans ta belle bibliothèque de mon père un magnitîqiic exemplaire de l'Homère de Barnis, dont le volume de l'Iliade était relié en maroquin rouge, tandis que l'Odyssée l'étaiten maroquin bleu. On pourrait aussi consacrer le violet aux ceuvres des grands dignitaires de l'Église, le noir i celles des philosophes, le rose aui poésies légères, etc., etc. Ce système offrirait, dans une vaste bibliothèque, l'avantage d'aider les recherches en frappant les yeui tout d'abord. On pourrait aussi désirer que certains genres d'orncmcnis indiquassent sur le dot si tel ouvrage sur rÉg)-pte, par exemple, appartient i l'époque pharaonique ou arabe, ou française, ou turque; qu'il en fùl de même pour la Grèce an* tique, la Grèce byzantine ou la Grèce moderne, la Rome det Cétaraou Mlle des papes. ■

qui sont le triomphe des Le Gascon et des Du Seuil *.

U serait de mauvùs goût de faire relier dans une magnijique reliure moderne un livre ancien qui ne serait habillé que d'une modeste et ancienne reliure, sans défaut

J'estime plus un livre dans son anciemu reliure bien conservée, iùt-eWe en simple veau, que dans une belle reliure moderne.

0 Une reliure ne peut être considérée comme un objet d'art que si elle a été décorée d'une composition savante ou ingénieuse exécutée par une main habile, et la reliure dite janséniste la mieux comprise, la mieux faite, fût-elle signée du relieur le plus célèbre, est seulement œuvre de bon ouvrier. La première des qualités de la décoration d'un livre est d'être appropriée à la namre et au sujet même de l'ouvrage.

« S'il s'agit d'un ouvrage ancien relié i nouveau, ce qui arrive le plr<t firéquem-

* fiot,Ciainetde V Amateur, 1861, p. ti8.

8s comiAitaAMcn irfcnijUKn a un bibliofrili ment, la décoration naturelle est la reproduction d'une reliure de l'époque à laquelle le livre a été imprimé, et, si la réïmpresmon est moderne, d'une reliure du temps oà irivait l'auteur. Ausà est-ce avec surprise que nous avons vu des maîtres de la Reliure moderne, si remarquable d'ailleurs par des qualités d'exécution jusqu'alors inconnues, manquer si souvent à ces principes*. »

Dans l'éloge que Vigneul-Marville fit de la bibliothèque de Grolier, nous trouvons les passages suivants qui ne sont point étrangers à la reliure. « Rien ne manque aux volumes, ni pour la bonté des éditions de ce temps-là, ni pour la beauté du papier et la propreté de la relieure.

« Le titre des livres se trouve aussi sur le dos entre deux nerfs, comme cela se fait aujourd'hui (i6-j6), d'où l'on peut conjecturer que l'on commençait dès lors à ne plus coucher les livres sur le plat dans les

* Essai fur la dieoratioH extiriture des livra, par Mariui Michal.

SB Ll ■n.IVBK Bit LIVIES 83

Inbliothèques, selon l'ancienoe coutume qui se garde encore aujourd'hui en Allemagne et en Espagne : d'où vient que les titres des livres reliez en vètin qui nous viennent de ces pays-là, sont écrits en gros caractères tout le long du dos des volumes.... »

Notre production intellectuelle est remarquable ; mais il serait à désirer qu'il en restât autre chose dans un siècle qu'un amas informe de chiffons et de bouquins dépareillés, tandis que les ouvrages des zvn* et xvm' siècles resteraient dans leur virginité typographique, délicatement renfermés dans leur reliure originale, « fone comme une écaille, qui semble avoir été feite pour protéger l'œuvre qu'elle renferme pendant les trajets que lut imposent des circonstances plus inconnues les unes que les autres.

« Quelle reliure, même dans son expression la plus ordinaire ! ajoute M. A. de Fontaine de Resbecq dans un ouvrage qu'on Ut et reUt sans cesse : Voyages littéraires sur Us quais de Paris.

84 COHNAICSAIfCn HlCMIAIBBl X VU siBLioraiLC

« j'ai, continue notre intéressant cicérone, un exemple de cette étonnante conservation dans une brochure originale de Bossuet sur le quiécisme. On voit, par l'état extérieur de cette plaquette, qu'elle a dû nécessairement séjourner beaucoup d'années dans les boites des quais : mais, 1 l'intérieur, les dorures sont d'ime mer* veilleuse conservation.... »

J.-Ch. Brunet n'a-t-il pas affirmé que le résultat le plus heureux qu'ait obtenu son Manuel du Libraire et de V Amateur de livres était d'avoir suggéré aux amateurs de ces bijoux littéraires l'idée de les faire relier avec un cenain luxe, ce qui en assure pour longtemps la conservation.

Un des plus célèbres bibliophiles de la Hollande, feu M. Jer. de Bosch, de l>yde, « que nous croyons devoir présenter aux amateurs comme leur modèle, a exprimé, dans la préface du catalogue de sa bibliothèque, son ardent amour pour les beaux livres et la passion avec laquelle il recherchait les meilleurs exemplaires qui n'étaient que peu ou point rognés, sans

taches et sans aucune espèce de déËiuts : « Jam inde a pueritia, dit-it, banc mihi bîblîothecam comparavî, ea cura ac dîlîgenda, ut nullum libnim ia eam recipiendum exisdniarem, nisi qui plenus esset et integer, nullis adspersus maculis, neque foedatus liturts, aut vennîuin deDtibus tacnis, uno verbo, nullum codicem admittC' rem nisi qui nitidissime esset conservatus; quod quam magnam operam postulet..., facile barum lerum perlti intelligent; neque ego hoc ab ullo bomlne 6eri posse arbitror, nisi ab eo, cui, ut mihi, per sez:^inta fere annos in hac re recte agenda strenue laborare condgit... Labendbus annts pejoris condidonis codices ejtciendo et pulchrtoris substituendo tantum profecî, ut si... edam uldms vetustatis libros, ex hac bibliotheca in manum sumas, récentes e prxlo te tractare ezistimes.... Qpod non necessarium osse putabunt multt.... quibus sordidis digitis impressos, maculis, atiamento et oleo inquinatos libros nosquidemrelinquimus...

Mihi sive a natura, sive a pareodbus da-

8^ CONNAIMAHCn HÉCMlAimn A

tum ut omaes sordes fugiiun.. Unde evenit ut mex beoe instniendx biblîothecae curie etizm alla successerit.... H%c, prêter interiorem librorum conditionem ad excei^ mm formata spectabat. Qjioad quidem potni exempla mihi comparavi, quorum margiaes essent integne, nec scissœ, i. e. aracri fermm noa perpesss... Si quœ vero occurrerent, quorum margines..,. scindi debere arbitrarer, hac in re ita versatus sum, ut is cui illud munus... daretur, caveret ne quid detrimenti liber caperet. a

Loin de décroître, le goût des beaux Uvres se propage toujours de plus en plus ; et nous connaissons un amateur qui (suivant en cela l'exemple de De Thou) se f^t tirer deux exemplaires, sur papier exceptionnel, des beaux livres qu'il sait en voie d'exécution. Ces deux exemplaires sont destinés à n'en faire qu'un seul, puisque, après avoir choisi tes plus belles feuilles, ce bibliophile détruit les doubles. C'est peutêtre pousser un peu loin la bibliophilie, mais, comme l'a dit M. Cuvillier Fleury, il reste toujours quelque chose des folies

du bibliophile ; de celles de l'ambideux, du joueur et du libenîn il ne reste que le mal qu'ils ont fait.

Nous avons parié plus haut (page 68) du prix que l'amateur attache à l'intégriti des marges, et nous avons dit que rien n'était plus précieux dans un livre; cela est vrai ; mais nous n'avons pas entendu parler des fausses marges, qui, dans des livres tirés sur papiers Whatman, de Hollande, de Qiine, du Japon et autres papiers de choix, et par une particularité due aux nécessités du tirage, se prêtent mal au pliage des formats in-S" et in-i2, ont souvent des dimensions excessives et forment des volumes disgracieux, absolument carrés, avec des marges disparates et anormales que, entre parenthèses, le bibliophile Jacob qualifie de monstrueusa inigalitis.

a Quelques amateurs ne font pas tomber à la reliure ces fausses marges, H nous semble meilleur de les rogner, elles proviennent non d'une intention artistique, mais d'une nécessité matérielle; ces différences dans les dimensions des papieiSj

88 COXNAISSANCKS KiCBSSATMES A UN BIBLIOPHILE

loin d'être un ornement, donnent un aspect irrégulier qui ne saurait être î^éable *. »

Suivant La Fizelière, la question de ces marges est encore à résoudre : « Une gravure rognée à la marge, disait-il, est déshonorée, il en est de même pour les livres; je veux la marge entière dans un exemplaire exceptionnel qui ne me déplaît pas en restant broché. C'est le spécimen du format que donne tel ou tel papier employé pour le tirage. Pourquoi ne pas laisser à nos éditions parisiennes l'avantage d'être recherchées plus tard au même titre que les exemplaires non rognés des éditions elzéviriennes ? Certes, le couteau du relieur abattra cqs marges avec plus ou moins de discrétion, mais les volumes qui auront échappé à ce lit de Procuste et gardé toutes les proportions originelles feront les délices des bibliophiles de l'avenir. »

Il y a des amateurs qui rendent l'éditeur responsable de ces monstrueuses inégalités

* Le Livre du Bibliophile,

et ne veulent pas entendre que, qui peut plus, peut moins. Nous en partons id pai expérience personnelle.

C^oi de plus facile, en effet, pour un amateur, qui n'aime ces grandes marges qui font la délices d'un autre amateur, que de les faire rogner par le relieur. H y a moyen de concilier de cette façon et la critique du bibliophile Jacob et la douce manie da regretté La Fizelière

II nous a paru utile de terminer ce chapitre en donnant un spécimen des différents papiers employés pour l'impression de nos Editions de Bibliophiles. Les amateurs peuvent se convaincre de quel soin nous entourons nos publications.

En résumé, une bonne et élégante reliure dépend autant de l'habileté de l'ouvrier que du goût de l'amateur. Dans ce chapitre, a De la reliure des livres n, nous avons mis le bibliophile h même de guider l'ouvrier et de conseiller l'amateur.

Du diffirtiUt ptfiert tmpïoyii pour l'imprtuion de nof éditions de bibliophUa

'I papiers employés pour i'/ntj nos éditions de bibUopkilt»

Page 1