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eMOYEO^S -DE T'l(ÈSE1lVE'Ji, LES LIVIDES -DES IT^SECTES
ÎRDiNAlREMEîrr Une bibliothèque a I trois sortes d'ennemis assez dan- ', gereux : les insectes, l'humidité et lus rats; quelques mauvais plaisants y ajoutent les emprunteurs.
Nous ne parlerons ici que des insectes; nous avons indiqué plus haut le moyen de préserver les bibliothèques de l'humidité ; tout le monde connaît les moyens à employer pour détruire les rats'; quant aux
* M. Ludovic Latannc, dans ses « Curiosités bibliographiques ■, dit que Pline prÉlendait qu'en faisant infuser de l'absinthe dan* l'encre (qui servait aui copistes) on préservait les livres des
92 oomiAitsANces nbcbssaisbs a un bibliofrilb
empninteurs, c'est une grave question dont J. Janin s'est occupé mais qu'il n'a pu résoudre *.
Les insectes ont été de tout temps le
* On demande s*il est )uste et prudent de prêter ses livres? ^ Vous enfouissez la vérité 1 Vous cachez le flambeau sous le boisseau, vous êtes un égoïste, un avare, disent les emprunteurs.
En même temps, ils vous citent la belle inscription de Grolier : Pour moi et mes amis ! Mieux encore, la devise de Schelcher : Pour tous et pour moi.
Cest très bien dit, c'est très bien fait; mais nous avons connu M. de Bure. C'était son usage de choisir lui-même, sur le rayon, l'exemplaire qu'il permettait de tenir un instant.
Scaliger avait écrit au fronton de sa bibliothèque : Ite ad vendentcs! Charles Nodier avait composé, à Tusage de son ami Pixcricourt, ce petit distique :
Tel est le sort de tout livre prêté ; Souvent il est perdu, toujours il est glté
Condorcet, mort si misérablement et si glorieusement pour n'avoir pas voulu jeter aux buissons le petit Horace in-32 de l'Imprimerie royale qu'il tenait dans sa main lorsqu'il fut arrêté dans une misérable auberge de Sceaux par des patriotes dr grand chemin, avait composé, en Thonneur de ses livres bien-aimés, les jolis vers que voici :
Chères délices de mon Ame, Gardez-TOus biefi tlj m^ •]uitter Qiuoiqu'on vienne vous emprunter.
xovExt DE nÉSEKvnt LES i.ivaes des iKSEcrES 93 fléau des biblioîhèqut.-s', on ne saurait trop mettre de soins à les préserver de ces dangereux bibliopbages.
On connaît plusieurs moyens pour menre les livres à l'abri des insectes. Le premier consiste dans le choix du bots qu'on emploie pour le corps de bibliothèque et pour les tablettes. Nous en avons parlé plus haut au premier chapitre de cet ouvrage. Le deuxième consiste en une grande pro-
Qiicun dt vojf mat une fenine 0>ii peut 3t Wmcr voir uni blâme
Cerle*, <xt diverses opinii l'tn Inquiète... Or, voici notre avis :
Accepter la devise de Grolicr et de Schelcher. Se conduire à la façon de Scaliger, de Cooilorcet
{JuL^i-lAniK. L'Amour des Livres. Paris, 1866.) ■ Une des peintures d'Herculanum représente deux bàtona superposiîs en croit. Au milieu d'eux est un trou ou boulon qui servait à fixer ta cout^ roie avec laquelle on scrraic le volume. Un livre ÙDti anaché ic nommaix coiistrictus liber, et iléttit moins exposé à être rongé par les insectes Conn-L-tu niiJ d» aihi Ilbdiu, AJaiJiuin tiacu indique bliim.
Une précaution encore plus efficace contre ces ronttcurs était la membrane avec laquelle on
• RÉCEMlkÉBEt Ik UN UILIOPHIU
pterë dans laquelle on doit constamment entretenir les livres. Plus loin nous indiqaerons les autres moyens connus.
Les insectes qui font tant de ravages et qui, maigri tous les soins, s'introduisent et se multiplient d'une manière ù imperceptible, qu'il a'j a que peu de bibliothèques où leur présence ne se manifeste par quelques dégâts, sont les larves d'éphémère, telles que le Ttitius fur, L., Ptinus mollis, L., ou Ânibium molle de Fabricius, ou bien encore la chenille de VAghsse cuivrée '.
Chrétien Mentzelius, dans l'observation sur l'espèce de mite dont le cri imite celui de la poule (sic) et qui ronge le papier, nous fait connaître un autre ennemi des livres. La mite dont il est question se
■ La ftmelle de l'Agloiie cuivrée dépose de prfliirence sei œufs ralcrotcop'rqtiei dans la couverture en cuir dei livrei reliéi. Chique œuf donne MJiHnM i une très petite chenille qui perce, pour s'en nourrir, U substance de la couverture du livre, puis le livre lui-mjme. C'est ainsi qu'on trouve des livres percés de part en part d'une galerie cylindrique, au fond de laquelle se tient un trti petit ver blanchttre : c'est la chenille de l'Aglosse cuivrfe.
MOTrts DK rsÉsnm» lbs r.iran on rNstcm 93 cache dans les livres, les ronge et se noiurit de la colle dont on les enduit en les reliant; elle est de la grosseur d'une puce. ■ Un jour, étant occupé à travailler dans mon cabinet, dit-il *, j'entendis un bruit réitéré , qui ressemblait au gloussement d'une poule, d'abord je ne savais si ce bruit était occasionné par une poule du voisinage ou si les oreilles me tintaient; mais, au moment de cène inceniiude, j'aperçus une mite qui était dans le papier même sur lequel j'écrivais à la chandelle, et elle ne cessa de glousser que quand je l'observai avec un vene qui me la fit paraître quatre ou cinq fois plus grande qu'elle ne l'était.
■ n m'est arrivé d'eicamiucr à deux différentes fois un de ces insectes qui gloussait dans un livre relié en bois; peut-être appelait-il sa femelle ? Ce petit animal, vu avec un verre qui grossit les objets, m'a
'Collection Rcadûmiquecompofedei mémoires des plus célèbres acadjniies étrangères, trad. en français (par Paul, Keralio, Robinet, etc.}> Dijon
paru peu différent de l'îasccte dont Goèdard a parlé dans son Traité da Métamorphoses, pan. I, obs. £o, si ce n'est qu'il a des ailes, que ses couleurs sont moins variées, et que sa couleur, qui est foncée, est disposée par des taches éparses sur tout le corps.
■ Cette mite a sur le dos une crête oblongue de couleur grise, elle porte la tête basse et rapprochée de la poitrine; c'est en frappant l'aile l'une contre l'autre qu'elle excite un bruit qui imite le gloussement d'une poule. »
On voit par ce qui précède combien sont nombreux ces insectes qui occasionnent quelquefois des dcgâts irréparables; nous ne citerons qu'un exemple pour montrer aux amateurs combien l'absence de précautions peut amener de ravages dans une bibliothèque '.
' Le dommage que les vers CHUsent hux livres le» plus prfcieui n'esi que Irop connu des biblioptaiiet; mais les personnes qui n'ont vu les livres que tels qu'ils sortent des mains du relieur, ou dont on se sert continuellement, ne peuvent s'en faire une ld£e.
MOTKm H mfcmvnt Ln livres dm wiktw 97 M. Fabbroni(qui était directeur du musée de Florence, et qui possédait une magnifique bibliothèque) trouva, après une année d'absence de sa patrie, un tel dégit dans les bois et les meubles, causé par les dermestes, dans les livres, abîmés par tes larves d'éphémère, qu'il lui parut presque impossible de la garantir d'une destruction totale; cependant il en trouva bientôt les moyetis. U boucha d'abord, avec du stuc et de la cire, les petits trous des bois; mus, peu après, il vit parai^e de nouveaux vers ; il Mlait leur rendre mortelle chaque partie du bois qu'ils pouvaient atuquer. H plongea les bois ordinaires dans l'orpin à ' l'huile ou à la colle ; pour les autres, il les tit oindre, une fois par mois, avec de l'huile d'olive dans laquelle on avait laissé bouillir de l'arsenic jusqu'à ce que la couleur et l'odeur annonçassent que la dissolution s'était opérée. Le nombre des dermestes diminua sur-le-champ, et ils finirent par disparûtre.
On ne pouvait employer un semblable moyen pour les livres. M. Fabbroni résolut
98 eomiutUHCE» iticntAim »
d'oindre avec de l'eau-forte le dos et les cdtés des volumes ; à l'instant les dennestes tbandonnèrent leur demeure et errèrent cor le bord des tablettes ; mais cette huile bouillante s'étant volatilisée et évaporée, les dermestes commencferent à se développer de nouveau. D voulut, du moins, garantir de la contagion les livres qu'il fusait relier. 11 avùt vu que, parmi beaucoup de cartons abîmés, un seul était resté intact, parce que, dans la colle de farine dont il s'était servi pour le faire, il avait mêlé trois onces de térébenthine. U ordonna donc que les reliures fussent faites avec du carton travaillé avec du mortier, ou bien formé dans la pâte des papeteries, et collé, non pas avec de la farine pure, mais avec le mélange que nous venons d'indiquer. Pour les manuscrits, il eut de plus la précaution de faire mettre une feuille d'étain entre les cartons et la couverture, dans la persuasion que, comme il n'y a pas de fourmis blanches dans son pays, aucun insecte de la campagne n'aurait la force de ronger ce métal.
MOTBKS DB PK<SE>Tei LIS LITkBS DM imBCTU 99
Ces précautions eurent le plus heureux succès*.
Ce n'est pas seulement en Europe que les vers font le plus de ravages dans les bibliothèques. M. Ansse de Villoison nous apprend, à la suite de son ou\Tage **, que ces insectes sont un des plus grands âèaux du Levant, et plus dangereux que datis nos contrées. Toutes les bibliothèques des Jésuites à Salonique, Scio, Santorin, Kaxos et Constantinople, tombent en poussière.
Les manuscrits en parchemin subissent le même sort, quoique plus tard.
Ce n'est certes pas dans les bibliothèques qui sont souvent ouvertes et dont les livres sont maniés fréquemment que tes insectes peuvent faire des dégâts ; mais il est bon de prendre quelques précautions pour sa bibliothèque, lorsque, par exemple,
*La Biblialheca; tettera di Giovanni Fabbroni, uno dei XL delU «ocicia iuli;tna ddle scienzc, a Pompilio Pozzetti, dells scuollo pie, socio e mgrciario delta medesima. Modena, 3. d.
" Aoecdoia grxca e Regia Parîsicnai, et e Veneta S. Marci Bibliothecit deprompia edidit J. B. d'A. deV.
loo ooMHAtHjincu néctitAttM * un atsuorau-s on doit s'absenter pour un temps plus ou moins long.
Nodier, dans ses s Mélanges de littérature et de critique. » nous apprend qu'il a eu le bonheur de conserver ses insectes et ses livres dans da meubles tris altérés; < je ]'at attribué, dit-il, dn moins au soin que j'ai eu d'7 renouveler souvent, quand je l'ai pu, le Trichius' Ermita, qui, sans être fort commun, se rencontre en divers lieux d'Europe, et notamment aux environs de Paris. »
Boulard conseille les odeurs fortes et sunout celle du cuir de Russie; cette dernière non-seulement garantit les livres reliés avec ce cuir mais encore suffit souvent à préserver ceux qui les environnent.
* Le* enlomologUtM ont donnf à un beau Triehiui, qui répond l'arôme du cuir de Russie i un degré trit eiallé, ie nom d'Ermîta, parce qu'ils ont cru remarquer que le» autre* espèces et mime celles qui vivant le plus fréquemment dans les troncs du saule et du poirier n'en approchent plus dis qu'il s'y trouve [Nodier. Bulletin du Bibliophile],
MOTim BB MlCiBaVm L.BS UVKM Bn IHKCTIS lOI
Une autre reliure donnant peu ou point d'accès aux vers est celle usitée dans les anciennes bibliothèques d'Espagne , de Portugal et d'Italie ; elle ne consiste qu'en UDe couverture de parchemin (sans carton) recourbé sur la tranche, qui plutôt n'est qu'une brochure battue, cousue sur nerfe et couverte de parchemin.
L'expérience de quatre siècles a prouvé que, sans le voisinage des reliures en bois ou en velours, aucun des livres ainsi reliés n'eût été atteint de vers '.
D'Alembert, dans ses « Observations sur les insectes qui rongent les livres », donne aussi plusieurs moyens qu'il a employés pour se débarrasser de ces incommodes vbiteurs.
M J'ai vu tant de personnes, dit-il, accuser les teignes de manger les livres, que je crois devoir, à ce sujet, publier ce que j'ai appris par mes observations et mes
i reliure» en bois, mjme quand elles sont couvertes de peau, sont tes berceaux det ver*; il faut donc le» reléguer, sans exception, dan* l'endroit le plus icatté d'une bibliothique.
loa comAnsAHcn ntcasuisn a un aiauomiLS expériences. Ces msectes ne sont eo aucune Ëiçon coupables des ravages qu'essuient nos bibliothèques; mais on doit s'en prendre k un tout petit escarbot qui, dans le mois d'août, &it ses œufs dans les livres et prindpalement du cdté de la reliure ; il en sort uae mite qui ressemble à celle qui s'engendre dans le fromage : c'est elle qui ronge les livres et non l'escarbot ; cependant il semble qu'elle ne mange le papier que parce qu'elle y est forcée ; car lorsque le temps de sa transformation s'approche, elle cherche a se donner de l'air, sunout lorsqu'elle est bien avant dans le livre ; alors elle ronge à droite et à gauche jusqu'à ce qu'elle ait atteint l'extrémité du livre, et qu'elle en soit sortie.
«t L'escarbot, qui se forme de cette mite, ne peut point mordre comme elle, et n'est pas capable de percer un livre de part en part. Toutes les mîtes de bois travaillent de la même manière, avant de se transformer en escarbot. Je connais aussi une seule espèce de chenille, qui mange le bois de la saule et le perce d'une
KOTEMS DB FBiSBBVBB (.B9 LIVBEI
écoice à l'autre avant de se tiansfoimer CD papillon.
« J'ai (ait plusieurs essais pour dtec i cette espèce de mite le goût fatal qu'elles ont pour nos livres, et surtout pour les herbiers, dont elles mangent aussi les plantes, ce qu'aucun autre insecte ne fait ordinairement. On doit en attribuer la cause aux cartons et à la colle dont les relieurs se servent pour coller le papier et le parchemin ou le cuir des reliures ; ils font cette colle avec de la farine noire ou autre, que la mite aime beaucoup et qui attire pareillement l'escarbot; j'ai essayé de mêler dans cène colle des choses amères, comme l'absinthe, de la coloquinte, etc., mais sans aucun succès. Le seul remède que j'ai trouvé a été dans l'emploi de sels minéraux, qui résbtent i tous les insectes ; le sel appelé arcanum duplicalum, l'alun, le vitriol sont propres à cet effet; mais les sels végétaux comme la potasse, le sel de tartre, etc., ne le sont point. Ces derniers se dissolvent aisément dans un air humide et font des taches dans
104 oamAïujLiiett ntcntuma a dh buliomilb Us livres. Lorsqu'on mêlera un peu de ces premiers sels dans la colle, les vers ne toucheront jamais aux livres, qui seront préservés des attaques de toutes sortes d'insectes, s
Prèdiger* a confirmé d'avance ce que d'Alembert donne plus haut comme une chose qu'il a éprouvée. H prétend que les vers ne toucheraient pas aisément aux livres si les relieurs , pour faire leur colle, se servaient d'amidon au lieu de farine ; il dit encore que, pour préserver les livres des insectes, il faut mettre entre le livre et la couverture de l'alun pulvérisé, mêlé d'un peu de poivre fin, et qu'il convient même d'en répandre un peu sur les tablenes de la bibliothèque. Il ajoute que, pour garantir une bibliothèque des vers, il faut frotter les livres fortement dans les mois de mars, juillet et septembre avec un morceau d'étoffe saupoudré d'alun pulvérisé.
M. Ed. Foumier, dans son ouvrage :
* Voyei : Instructions pour les relieur*, ptr Prediger (en allemand). Leipzig, 1741.
o l'Art de la reliure en France aux derniers siècles 11, nous apprend ceci : a Par une lettre du 3 1 mai 1823, que nous avons vue autographe, dii-il, M. Mérimée père, alors directeur de l'École des beaux-arts, conseillait à M. Duchêne aîné de proposer à la Bibliothèque du Roi l'usage des cuirs odorants, si favorables à la conservation des livres, et que nous devrions adopter, ne fût-ce que pour imiter les Anglais, si engoués de ces sortes de reliures. On ne fit rien, ou presque rien de ce conseil. » — Lesné est d'avis que le meilleur préser^ vatif serait d'employer, au lieu de colle de pâte , la colle-forte , comme font les Anglais.
Un autre moyen, mais impraticable, h notre avis , est celui qu'indique Peignot. o Les livres attaqués par les vers, dît-il, doivent être battus, mis à l'air et exposés i une fumigation de soufre. La vapeur de ce minéral les tue lorsqu'ils sont insectes parfaits, mais ne produit aucun effet sur les œufs ; ainsi il faut attendre le temps où ils èclosent ordinairement, c'est-^-dire vers
I06 CONMAlMlKCBS H^CtStURl* A
le mois de mars. On peut aussi fumiger en été. *
On voit que presque tous les auteurs qui ont écrit sur les a iuseaes qui rongent les livres » s'accordent à dire que la colle dont on se sen est la première cause de tous les dègits commis par ces dangereux bibliophobes.
Plusieurs amateurs nous ont exprimé le désir d'avoir la reproduction d'une magnifique reliure que nous possédons dans notre collection et qui, comme exemple, est le plus frappant que l'on puisse donner d'une reliure rongée par les vers. Il nous a paru curieux, en effet, de la reproduire ici; les bibliophiles pourront avoir une idée des ravages causés par les dermestes dans les bibliothèques. — Voir les planches VU
etvm.
Après un tel exemple , il est inudle, croyons-nous, d'insister sur l'urgence qu'il y a de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter le retour de pareils dégâts; et, l'expérience nous ayant aussi convaincu qu'il faut éloigner des livres