‹ Connaissances nécessaires a un bibliophileChapitre 22 sur 143 · DES LIVRES DONT LA RARETÉ EST RELATIVE · texte numérisé non relu

DES LIVRES DONT LA RARETÉ EST RELATIVE

LES LIVRES aux n'iNTÉRESSENT aUE PEU DE PERSONNES OU QUELQUES-UNES EN PAR- TICULIER SONT DE CE NOMBRE :

i« Les grands ouvrages

Les grands ouvrages sont communs dans les grandes bibliothèques, où ils trouvent leur place naturelle; mais, comme les connaissances de la plupart de nos savants sont plus étendues que leur fortune, il en est peu qui puissent ou veuillent en faire l'acquisition : tels que les Acta Sanctorurriy les Conciles, la grande Bibliothèque des Pères, la Bihliotheca Maxima Pontificia de Rucaberti, la Gallia ChristianUy et autres semblables, sont autant de piliers de bibliothèque, qui ne se trouvent pas facilement ailleurs.

. 148 CON^tAISSANCaS xiCBaaAIKES A UN WM.:opiin^

a* Let pièces volante»

Dès leur nabsance, les pièces volantes se perdent dans la foule ; c'est pourquoi elles doivent entrer dans les bibliothèques pour en prévenir la destruction.

3" Les histoires particulières des villes

L'histoire d'une ville n'intéresse proprement que ses habitants : elle trouve peu d'amateurs étrangers ; aussi est-elle ordinairement rare partout ailleurs.

4' Les histoires des académies et sociétés littéraires

Les histoires des académies et sociétés littéraires ne sont pas non plus du goût de tout le monde; le sujet en est trop particulier.

5* Les vies des savants

La vie d'un homme de lettres n'est ordinairement qu'une petite pièce qui se perd ; ou, si elle forme un gros volume, peu de personnes veulent en faire la dépense. L'éditeur ne s'en défait que lentement ; elle se cache peu h peu, et ne se trouve que difficilement après plusieurs années.

6» Les ctttaloguei des bibliothèques publique» et particulières

Les catalogues des bibliothèques particulières tombent entre les mains de tant de personnes qui les méprisent, qu'il est comme impossible qu'ils se conservent entiers sous leur domination. Nous en exceptons cependant les catalogues des ^meuses bibliothèques dont les livres ont été vendus publiquement et auxquels on a ajouté les prix. Ces derniers ont une certaine valeur pour les amateurs et les bibliographes. Ceux des bibliothèques publiques composent des in-folio qui entrent en partie dans les grandes bibliothèques, et, ne trouvant pas beaucoup d'amateurs parmi les particuliers, deviennent rares avec le temps. Ajoutons quel'on n'en tire souvent que peu d'exemplaires, ou qu'ils ne sont jamais exposés en vente.

7* Les livre* de pure critique

Comme les critiques sont en très petit nombre, il arrive que les livres écrits uniquement pour eux se répandent dans

divers pays, et devietmeot enfin généralement rares.

8* Ltâ Uwra ^antiqultit

Ces livres sont ordinairement enrichis de figures représentant des vases, des statues, des médailles, etc., etc. Ces figures, surtout les premières épreuves, en rehaussent considérablement le prix. Les planches s'usent , on les retouche , et elles n'ont plus qu'un faible mérite; enfin elles se perdent avec le temps, ce qui fait qu'on ne réimprime ces sortes d'ouvrages que très difficilement. Ajoutons que le nombre d'exemplaires que l'on en tire, ainsi que de tous les livres dont on parle, est ordinairement calculé sur le goût particulier des acheteurs, ce qui les rend plus ou moins rares.

g* Les livres gui traitent des arts curieux

Les livres de musique, de peinture, sculpture, alchimie , etc., ne conviennent qu'à un certain nombre de curieux. Ils se répandent dans les maisons où l'on cultive

CONNAISSANCE ET AMOUR DBS LIVRES l5l

ces arts, et sortent enfin du commerce ordinaire des livres qui sont à l'usage des savants ; aussi ne les rencontre-t-on qu'avec difficulté dès qu'ils sont une fois dispersés.

10* Les livres écrits en langues peu connues, ou ceux d'un style macaronique ou corrompu à dessein

Les livres des Rabbins, des Caraïtes, Arabes, Persans, Grecs, sans version, qui ne conviennent qu'à très peu de savants, sont très rares.

Merlin Qjcaye ou Théophile Folengîo, Antoine de Arena PassavantiuSy ou plutôt Théodore de Bèze, nous ont donné des ouvrages macaroniques, qui sont aussi fort rares et fort recherchés lorsqu'ils sont de la bonne édition. .

LES LIVRES CONDAMNÉS I» Les livres qui traitent des arts superstitieux

Les livres de géomancie, chiromancie, physionomie et métoposcopie , magie, cabale, etc., ne sont faits que pour une petite portion de superstitieux ou de badins. Les vrais savants les méprisent;

iSi comuiMiHcn Hlcu>A»n a uh Biausnau mais les persoimes qui y prennent plaisir les paient quelquefois fort cher et les coqseneat prédeusement; ce qui £iit qu'ils ne paraissent pas souvent daps les ventes publiques, et qu'ainsi ils sont rares.

3> £m livret paradoxa et hiUrodaxt»

Ces livres sont ordinùrement défendos ou supprimés, ce qui les fait recheidier, et en augmente le prix; car il est des esprits bizarres qui se lassent des routes ordinaires et dévorent avec un tel empressement les ouvrages qui s'en écarteiU qu'une édition est bientôt éparse et comme perdue dès qu'ils cherchent à s'en emparer, ce qui en cause infailliblement la rareté.

!■ Les livres obscènes

Ces sortes de livres se vendent ordinairement en cachette etneconvîennentqu'àpeu de gens ; aussi ces livres ne se trouvent-ils que très rarement dans les bibliothèques des curieux, et sont tellement dispersés qu'il n'est pas facile de les rencontrer.

CONNAISSANXE ET AMOUR DBS LIVRES l53

40 Les livres séditieux ^ ou préjudiciables à la société, les satyres et libelles diffamatoires

Ces ouvrages, infectés pour l'ordinaire d'horreurs et de malignités, trouvent toujours assez de curieux parmi ceux qui se plaisent dans le désordre, pour avoir un prompt débit ; mais comme ils sont supprimés dès leur naissance, ils ne sauraient être longtemps communs, et deviennent bientôt rares.

Page 1