‹ Connaissances nécessaires a un bibliophileChapitre 6 sur 143 · CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES · texte numérisé non relu

CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES

tachés par une abominable estampille (armes, inscriptions ou signature), le plus souvent faite avec une encre grasse ineffaçable ( parbleu ! ) , ou bien encore , au moyen d'un timbre sec. D*autres, et nous parlons encore de visu, ne se sont-ils pas avisés de salir leurs livres et d'affirmer leur goût en mettant sur le titre de ces malheureux bouquins, qui n'en peuvent mais, un cachet à la cire. Une estampille ï l'encre grasse ou faite avec un timbre sec passe encore , mais , employer la cire à cacheter! mieux vaudrait que ces prétendus bibliophiles n'achetassent jamais de livres.

Autant Testampille est utile pour une bibliothèque publique, autant elle doit être exclue de toute collection particulière. Les véritables amateurs n'ont-ils pas pour eux Yex'libris qui se colle au verso du premier plat de la reliure. Qpoi de plus élégant que cette marque, et combien elle est preuve de haut goût ! Nous parlerons plus longuement de l'emploi de Vex-libris au chapitre de la reliure.

peu de personnes savent tenir conveniblement un livre et en avoir le soin qu'il serwt à désirer. « C'est chose digne de pitié, s'écrie M. Darche, dans son Essai sur la kclure, de voir certains lecteurs tenir leur livre d'une main par le milieu ou le poser sur les genoux sans y toucher, quitte i le ramasser s'il vient i tomber, ou sur tine table un peu trop malpropre, ou, ce qui abîme beaucoup le livre, le poser sur ta table, avec l'un des coudes appuyé sur les feuillets d'un côté du livre et l'autre de l'autre côté ; d'où il arrive que l'on fatigue beaucoup les reliures, si toutefois on n'en brise pas les ligatures I

« Tout livre,... dès qu'il est admis à notre intimité, a un droit acquis à notre estime, à notre affection et à notre respect. Or, ce n'est point estimer, ni affectionner, ni respecter un livre que de le tenir si mal. . . »

Richard de Buiy, dans son Philobiblion, Tractatus puïcherrimus de amore librorum, dont M. H. Coclierts nous a donné une excellente traduction, avec des notes aussi intéressantes que nombreuses, s'empone

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avec plus d'indignation contre les étudiants sur les diverses négligences qu'ils pourraient toujours facilement éviter, et qui nuisent considérablement aux livres.

Il nous a paru curieux de reproduire ici ce passage, bien que nous nous adressions à des bibliophiles dignes de ce nom. Il y a là, dans cette diatribe, à prendre et à laisser. Nous suivons littéralement la traduction de M. Cocheris, faire mieux eût été impossible.

a D'abord qu'ils mettent (les étudiants) une sage mesure, en ouvrant ou en fermant les livres, afin que la lecture terminée, ils ne les rompent pas par une précipitation inconsidérée, et qu'ils ne les quittent point avant de remettre le fermoir qui leur est dû. Gu: il convient de conserver avec plus de soin un livre qu'un soulier.

a II existe, en effet, une gente écolière fort mal élevée en général, et qui, si elle n'était pas retenue par les règlements des supérieurs, deviendrait bientôt fière de sa sotte ignorance. Ils agissent avec effronterie, sont gonflés d'orgueil et quoiqu'ils

soient inexpérimentés en tout, ils jugent de tout avec aplomb.

« Vous verrez peut être un jeune écervelé, flânant nonchalamment à l'étude, et tandis qu'il est transi par le froid de l'hiver, et que comprimé par la gelée son nez humide dégoutte, ne pas daigner s'essuyer avec son mouchoir avant d'avoir humecté de sa morve honteuse le livre qui est au-dessous de lui. Plût aux dieux qu'à la place de ce manuscrit on lui eût donné un tablier de savetier! 11 a un ongle de géant, parfumé d'une odeur puante, avec lequel il marque l'endroit d'un plaisant passage. Il distribue, à différentes places, une quantité innombrable de fétus avec les bouts en vue, de manière à ce que la paille lui rappelle ce que sa mémoire ne peut retenir. Ces fétus de paille que le ventre du livre ne digère pas et que personne ne retire, font sortird'abord le livre de ses joints habituels, et ensuite, laissés avec insouciance dans l'oubli, finissent par se pourrir, H n'est pas honteux de manger du fruit ou du fromage sur son livre ouvert et de promener mollement son verre tantôt sur

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