‹ Connaissances nécessaires a un bibliophileChapitre 7 sur 143 · CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES II · texte numérisé non relu

CONSERVATION ET ENTRETIEN DES LIVRES II

une page tantôt sur une autre, et, comme il n'a pas son aumônière à la main, il y laisse les restes de ses morceaux. U ne cesse dans son bavardage continuel d'aboyer contre ses camarades et, tandis qu'il leur débite une foule de raisons vides de tout sens philosophique, il arrose de sa salive son livre ouvert sur ses genoux. Qjioi de plus ! Aussitôt il appuie ses coudes sur le volume et, par une courte étude, attire un long sommeil; enfin, pour réparer les plis qu'il vient de faire, il roule les marges des feuillets, au grand préjudice du livre.

a Mais la pluie cesse et déjà les fleurs apparaissent sur la terre; alors notre écolier, qui néglige beaucoup plus les livres qu'il ne les regarde, remplit son volume de violettes, de primevères, de roses et de feuilles; alors il se servira de ses mains moites et humides de sueur pour tourner les feuillets; alors il touchera de ses gants sales le blanc parchemin, et parcourra les Ugnes de chaque page avec son index recouvert d'un vieux cuir; alors en sentant le dard d'une puce qui le mord, il jettera au loin le livre sacré.

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qui teste ouvert pendant un mois, et est ainsi tellement rempli de poussière qu'il n'obéit plus aux eSbru de celui qui veut le fermer.

n II y a aussi des ieunes gens impudents auxquels on devrait défendre spécialement de toucher aux livres, et qui, lorsqu'ils ont appris à faire des lettres ornées, commencent vite à devenir les glossateurs des magni- Bqucs volumes que l'on veut biep leur communiquer, et où se voyait autrefois une grande marge autour du texte, on aperçoit nn monstrueux alphabet ou toute autre frivolité qui se présente à leur imagination et que leur pinceau cynique a la hardiesse de reproduire. Là un latiniste, là un sophiste, ici quelques scribes ignorants font montre de l'aptitude de leur plume ,et c'est ainsi que nous voyons très fréquemment les plus beaux manuscrits perdre de leur valeur et de leur utilité.

« Il y a également de certains voleurs qui mutilent considérablement les livres, et qui pour écrire leurs lettres, coupent les marges des feuillets en ne laissant que le

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texte, ils arrachent même les feuilles de garde pour en user ou en abuser. Ce genre de sacrilège devrait être défendu sous peine d'anathème.

« Enfin, il sied à l'honnêteté des écoliers de se laver les mains en sortant du réfectoire, afin que leurs doigts graisseux ne tachent point le signet du livre ou le feuilt let qu'ils tournent. De plus, que l'enfant larmoyant n'admire point les miniatures des lettres capitales, de peur qu'il ne pollue le parchemin de ses mains humides, car il touche de suite à ce qu'il voit.

a Qpe désormais les laïcs, qui regardent indifféremment un livre renversé comme s'il était ouvert devant eux dans son sens naturel, soient complètement indignes de tout commerce avec les livres. Que le clerc couvert de cendres, tout puant de son potau-feu, ait soin de ne pas toucher, sans s'être lavé, aux feuillets des livres ; mais que celui qui vit sans tache ait la garde des livres précieux*.

* Psaume xiv, 2.

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u La propreté des mains j à moins qu'elles ne soient gdeuses ou couvcnes de pustules, convient aussi bien aui écoliers qu'aux livres. Toutes les fob que l'on remarque un défaut dans un livre, il faut y porter remède au plus tôt, car rien ne grandit plus vite qu'une déchirure, et la fracture qui est négligée un moment ne se répare dans la suite qu'avec dépens. »

Certes, ce que Richard de Bury disait des écoliers de son temps peut bien un peu s'appliquer à ceux du nôtre. II y a là de bons conseils à l'usage de la gent écolière qui peuvent s'appliquer i plus d'un jeune bibliophile. Qjie celui qui est sans péché leur jette la première pierre...

Ecoutons encore Janin, l'écrivain à qui nous devons « l'Amour des livres », perle introuvable aujourd'hui.

« Nous avons naturellement en grande horreur et dans le plus profond mépris, disait-il, les bonnes gens qui vont disant: a Ma foi ! que le livre soit riche ou pauvre, entier od déchiré, qu'il ait appartenu à

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madame de Sévigné ou à Bélise; qu'il sente l'œillet ou le graillon, l'ambre des courtisanes ou le parfum léger de l'honnête femme, c'est toujours un livre... Et peu m'importe, après tout, qu'il vienne du Louvre ou du Pont-Neuf! » O l'exécrable opinion ! la monstruosité misérable ! Et quoi de plus bête, enfin, que ces façons de lire et d'agir? — Ça vous est égal, messieurs les lecteurs sans odorat, de tenir dans vos mains mal lavées un bouquin taché de lie, où la fille errante et le laquais fangeux ont laissé la trace ineffaçable de leurs doigts malpropres et de leur tête mal peignée ? Ça vous est égal de feuilleter une sentine et de respirer à chaque page une abominable exhalaison d'écurie ou de mauvais lieu ?

a Ces tristes messieurs et ces sottes femmes, les non diflaciles, appellent « livre » une loque infecte, un haillon qui n'a plus de nom dans aucune langue. Âh fi I je ne voudrais pas lire dans ces pages souillées même les plus belles pages de l'esprit humain. Non! pas môme Priam aux pieds

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d'Achille et pleoran: « sur les mains qui ont tué son fils », Euripide amenant Iphigénie à l'autel, Anacréon sous sa vigne ou le cyclope de Théocrite contemplant les flots de ion rivage, 6 Sicile.

« H n'y a rien de beau et de bon, rien d'héroïque et de grand dans un livre humilié, sali, plein de vilenies et d'immondices, voire dans quelqu'une de ces publications achetées par un idiot, doré sur tranche (on parle ici du livre et non pas de l'homme), ou toute autre impureté; et quiconque nous dira ce refrain bête ; « Ça m'est égal ! a celui-là ne sait pas lire.

« Il n'a lu que des journaux de cabaret, des romans de cabinet de lecture ou l'histoire de Canouche et de Mandrin.

(I Demandez-lui en même temps si ça lui est égal de donner le bras à quelque femme suspecte, qui s'en va par la rue en traînant la savate, le jupon crotté et le nez au vent. Demandez-lui si ça lui est égal, à lui-même, une tache h son habit et des trous à ses bottes. Pourtant la honte est la même, et plus grande encore, à posséder

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dans un coin de sa chambre un las de protervies en guise de bibliothèque, dont le chiffonnier ne voudrait pas.

« Mon, non, les honnêtes gens, les gens qui se respectent ne tomberont jamais dans la possession de ces livres crapuleux. Os les laisseront dons ieui fange et dans leur abomination, non loin des cartonnages de ces bandits armés du ciseau, qui ont causé plus de dégâts que les ravageurs armés de la torche. — Un digne ami des livres respectera ses heures d'étude et de loisir ; il se croira tout simplement déshonoré de réunir tant de souillures, en de si tristes enveloppes, à toutes les âeurs du bel esprit. Il faut à l'homme sage et studieux un tome honorable et digne de sa louange. D ne saurait s'accommoder de ces imprimeries bâtardes, où le hasard est le piote, où l'aventure est la brocheuse, où le relieur compte sur la marge, ajoutée au prix de son travâl ; où rien ne tient, ni le papier, ni l'encre, et pas même le âl cousant l'un à l'autre ces feuillets où l'esprit £iit une uche, où le génie est un trou.

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« Ces réimpressions de nos chefs-d'œuvre, pleines de fautes, disons mieux, pleine» de crimes, il y 2 pourtant des gens qui les achètent et qui les font relier en basane par des cordonniers manques dont on £ait des relieurs ! Ces livres ùnsi bâtis, qui puent la colle et l'œuf pourri, que le ver dévore, et qui tournent au jaunâtre, grâce aux ingrédients de paille et de bois pourris par lesquels le chifFon de toile est remplacé, ces misérables in-octavo, l'exécration du genre humain lettré, il y a cinquante imbéciles , cinquante ignorants , autant d'usuriers, plusieurs idiots, vingt repris de justice, et de graves filles de joie un peu lettrées, sans compter une douzaine de marquises de nouvelle édition, qui les enferment avec soin dans une bibliothèque richement sculptée.

« Elles ferment leur bibliothèque à la clef, et à double tour, comme si quelqu'un voulait leur dérober leur Voltaire en quatre-vingts volumes; leur Jean- Jacques Rousseau -Touquet, leur Bufîon, leur d'Alemben> leur Biographie infamante.

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et le monceau de romans en vingt tomes illustrés par les illustrateurs du Juif-Errant ou de Crédit est mort ! — « C'est un ornement, disent-elles 9 une bibliothèque, et ça peut servir. » — Ça ne sert qu'à te déshonorer et à prouver que tu es un imbécile, ignorant et mauvais lecteur que tu es! o

Nous ne nous étendrons pas sur la forme et l'ornement que doit avoir une bibliothèque , c'est la fortune et surtout le goût du propriétaire qui doivent en décider. Nous ne ferons qu'indiquer les conditions essentielles nécessaires à la conservation des livres.

Pour la construction d'une bibliothèque destinée à recevoir des livres dits d'amateurs, il est urgent de prendre du bois de cèdre, du cyprès, du mahogon, de l'ébène, du sandal ou au moins du chine tris sec et très sain. Les bois très compactes ou très fortement aromatisés sont ceux que les insectes ne parviennent pas à percer.

Les dimensions à observer en faisant

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dresser les ais traversants, soutenus par des montants, et que l'on comme tablettes de bibliothèque, dépendent du nombre des volumes, de la différence des formats et de la quantité des ouvrages de chaque format que devra contenir la bibliothèque. En faisant supporter les tablettes par des crémaillères, on en peut varier la distance à volonté. Pour l'épaisseur des tablenes, il est bon d'observer quelle en est la longueur et quelle quantité de livres elles auront à supponer.

Une variation de formats offre un aspect agréable; mais, pour éviter le désordre que pourrait occasionner un accroissement de livres et pour épargner l'espace, il est nécessaire surtout dans une bibliothèque d'amateur ( où il n'est pas de rigueur d'adopter la classification systématique ) de les placer d'après leurs formats :

1° Les in-folio dans les rayons inférieurs;

2° Les in-4° au-dessus ;

3° Les in-S", in- 18, in-32, etc., dans les rayons supérieurs.

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