CLASSIFICATION SYSTÉMATIQUE DES LIVRES
I® de fixer le rang que les classes primitives doivent tenir entre elles ; 2° de rapporter à chacune d'elles la quantité immense de branches, de rameaux et de feuilles qui lui appartiennent.
Ces divisions et sous-divisions une fois établies, forment ce qu'on nomme Sys-time bibliographique y et qui s'applique à l'arrangement des livres, soit dans une bibliothèque, soit dans un catalogue. Un des avantages que l'on retire de ces divisions et sous-divisions bien établies, est de trouver avec facilité les Yxwts que Ton cherche dans une bibHothèque et dans un catalogue; elles procurent aussi au bibliophile et à l'homme de lettres le moyen de reconnaître assez promptement ce qu'on a écrit de meilleur sur les matières qu'il étudie, ou qu'il se propose d'étudier *.
* Si des traditions vagues, si d'ingénieuses fictions suffisent à certains arts et même à certaines doctrines, il faut des faits bien vérifiés^ bien observés, méthodiquement classés et soigneusement décrits pour composer une science, c'est-à-dire un système de connaissances exactes et profondes. Daunou, Cours d'études historiques.
Lft div!ersité des opinkins sur l'ordre et les divisions d'un système biidiQBm* phiqae, semble prouver que c'csc une diose asseï aibitraire, chaque bibliognphc fusant un sjrstème suivant ses idées; isc il en est de 1» bibUc^raphie comme de k botanique, où les systèmes de classification ont varié smgulièrement
Une dasâficadon systématique étant le point de départ général de tous ceux qui ont écrit sur l'organisation des bibliothèques, chacun veut avoir inventé le meilleur sjrstème pour l'aménagement des volumes.
Parmi les travaux qui, en 1847, ^^^^^ écrits à l'occasion de la publication du Catalogue général des imprimés de la Bibliothèque nationale, il en est un, trop peu connu selon nous, qui renferme une étude sérieuse sur les principes fondamentaux de la classification bibliographique. Ce travail, publié par F. M. Albert, est précédé de quelques mots sur la bibliographie et d'un exposé des principaux systèmes bibliographiques.
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« U y a certainement de longues années, dit-il, qu'on a mis la main pour la première fois à la confection d'un système bibliographique ; mais de quelle manière a-t-il pris naissance ? dans quel milieu s'est-il développé ? s'est-il élevé, perfectionné suivant quelques principes théoriques, d'après des données puisées dans la nature même . des objets étudiés ? ».
Bref, on sera sans doute bien longtemps avant de mettre les bibliographes d'accord sur le système bibliographique qui devrait être le seul adopté. « Il n'est pas possible de s'entendre à cet égard * ».
Cependant, dit Achard, on ne peut disconvenir que chaque livre ne fasse partie d'une science, laquelle se divise en diverses classes, et peut ensuite se subdiviser en différentes branches. Mais à quelle science doit-on donner le premier rang ?
Les plus suivis des catalogues, ou des systèmes, placent la théologie au premier
* G. Brunet, Dictionnaire de Bibliologie catholique,
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nmg, ils font suivre la jurispradence, ensuite les sciences et arts; les belles-lettres précèdent l'histoire, qui termine Pensemble des connaissances humaines.
Après avoir reproduit , à . dtre de culiositë, quelques-uns des premiers systèmes bibliographiques, nous passerons rapidement sur ceux qui se produidrent aux XVI* et xvn* siècles, pour nous arrêter au système de J.-Ch. Brunet, et le développer. Ce système essentiellement pratique, se plie le mieux aux difficultés commerciales. Aussi, est-il le plus généralement adopté.
Le premier catalogue des livres imprimés ayant le caractère d'une classification bibliographique, fut donné par les Aides . En 1 498, Aide l'ancien publia un simple feuillet intitulé a Libri grsecia impressi » contenant quatorze articles divisés en cinq classes :
1° Grammatica,
2° Poetica,
3** Logica,
4° Philosophica,
5° Sacra Scriptura.
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Presque un demi-siècle après (1546), un catalogue de Robert Estienne était divisé en 14 classes :
1° Hebraeca, 2° Graeca, 3° Sacra, 4** Prophana, 5» Grammatica, 6^ Poetica, 7** Historica, 8^ Rhetorica, 9° Oratoria, 10*» Dialectica, 11** Philosophîca, 12° Arithmetica, i3°Georaetrica, 14^ Medica,
Mais le premier système de classification bibliographique fut publié pour la première fois en 1548 par Conrad Gesner*. De 1548 à 1549 Conrad Gesner perfectionna son système et il essaya de réunir diverses sciences en une seule classe **.
* Pandectarum sive Partitionum universalium Conradi Gesneri libri XXI. (Bibliothccae VniversaliSy Tom. il., totius philosophiae et omnium bonarum artium atq.; studiorum Locos communes et ordinis universales simul et particulares complectens. Libri I-XIX.) Tigvri excvd. Froschoueres. 1548, in folio.
** Partitiones Théologie», Pandectarum Vnîversalium Conradi Gesneri Liber ulti.nus. (Bibliotheca Vniversalis Tom. IIL Lib. XXL) Accedit Index Alphabeticus prssenti libro et superioribus XIX. communis, qui tertij. Tomi olim promissi uicem explebit. Froschoueres excud Tiguri 1549.
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CLASSIFICATION SYSTéXATIQUE DES LIVRES l3
Nous avons reproduit ci-contre, la classification de Conrad Gesner, parce que bon ou mauvais, c'est réellement ce que l'on doit appeler le premier système bibliographique *.
Après vint le système de Florian Tréfiler publié en 1560, celui de Christofle de Savîgny en 1587, puis ceux de Bacon en 1605, Araz et J. Rhodeen 163 1, Asias Montanus et Claudius Clément en 1635, Gabriel Naudé en 1643, ^^ ^"^ centaine d'autres sur lesquels les bibliographes J.-Ch. Brunet, le D' Julius Petzholdt et Edward Edwards nous ont donné des détails et des renseignements aussi intéressants que nombreux
* Ce système a été reproduit dans TezceUent travail de F. M. Albert cité plus haut, et diaprés lui par Edward Edwards.
*♦ Manuel du Libraire et de V Amateur de livres, par J.-Ch. Brunet. — Bibliotheca Bibliographica. Kritisches Verzeichniss der das Gesammtgebiet der Bibliographie betreffenden Litteratur des In-und Auslandes in systematischer Ordnung. Bearbeitet von D' Julius Petzholdt. Leipzig, 1866, pages 20-65. — Memoirs of Libraries Induding a handbook of Library economy, by Edward Edwards, t4)mell. pages yôi-SSi.
14 coHUMUMen ncnun» *
Le sjsAnas de G. Maitin ', auqud le HTtnt auteur du Mattuel du Libraire s'est nllii par convicdoD, « noo-seulement ptrce qu'il est plus généralement conna que tous les autres,' ce qui serùt déjà d'un immense avantage, mais surtout parce qo'il s'adapte avec fuilité i la nature des livres que renlennent le plus souvent les bibliod]&ques grandes ou petites » est ainsi apprécié par Gustave Brunet dans son Dictionnaire de Bibliologie catholique.
« Divers systèmes furent employés au XMI* siècle et au commencement du xvni* dans divers catalogues de bibliothèques publiques ou de collections destinées aux enchères; tous étaient défectueux; et leur variété, résultant d'une pensée individuelle, faisait qu'il régnait dans cette branche de connaissances humaines une véritable anarchie. Un libraire instruit,
* Gabriel Martin, fils d'un Gabriel du in£me nom, est mort en 1761, igê de 83 ans. tl avait àreué, depuii t7oS, 14S cat logues de bibliothèques, dont la ivec tables d'auteurs. Il a été aidé dans ce travail par Claude Mania, son fils, mort en 1788.
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Gabriel Martin, y mit un terme; après divers tâtonnements et en s'aidant des conseils d'un bibliographe zélé, Prosper Marchand, il adopta la classification en cinq grandes classes qui fut adoptée par presque tous les libraires de Paris ; et que de Bure consacra dans sa Bibliographie instructive; c'est elle qui domine dans la presque totalité des catalogues publiés en France (205); on lui a reproché de n'être pas assez philosophique, de manquer d'une partie rigoureusement scientifique ; en revanche, elle est claire, simple, facile, et comme l'a dit avec raison Ch. Nodier : « elle embrasse sans trop d'efforts, toutes tt les innombrables et capricieuses subdivi- « sions qu'il a plu à la fantaisie humaine tt d'introduire dans la forme littéraire du « livre, et elle est consacrée par d'excellents « catalogues devenus classiques dans leur tt genre. »
La classification de Martin devint le sjrstème des libraires de Paris, lequel, depuis ce temps, est resté le même quant au fond, malgré quelques modifications
qu'on lui fait subir de temps eo temps dans sa forme et ses détails.
Voilà trois cent mille volumes et cent mille ouvrages, sur tous les objets des conhumaînes. Cette multitude innombrable de productions de tant d'esprits différents est placée confusément sur les tablettes d'une salle immense. Les savants, les gens de lettres arrivent successivement; chacun cherche péniblement l'ouvrage qu'il désire consulter, mais nul ne trouve à se satisfaire. Il faudrait parcourir toutes les ablettes et jeter les yeux sur tous les titres. Qpel travail I On prend le catalogue sur lequel tous ces ouvrages sont inscrits; même confusion, même fatigue, et toujours peines perdues. D'ailleurs, pour trouver le seul volume dont on a besoin, le moyen de parcourir un registre où il s'en trouve trois cent mille! Un homme instruit, laborieux et patient, un bibliographe survient. Bientôt il porte la lumière dans cette nuit profonde; il débrouille ce chaos; il crée des divisions ou des familles d'ouvrages : tous ceux qui ont quelque rapport entre eux ou sont
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liés les uns aux autres par l'identité de la matière, il les assemble, il les classe, il les ordonne ; il partage les divisions générales ou familles, en plusieurs subdivisions ou branches (c'est ainsi que les plantes ont été disposées en familles par le savant Adanson). A la tête de toutes les divisions, il place la théologie ; par une transition naturelle, il passe aux traités qui exposent et qui développent les principes du droit humain, et des lois naturelles ou positives lesquelles en sont le résultat. Les livres qui traitent des sciences et des arts, ou nécessaires ou utiles à l'homme, appellent ensuite son attention. C'est le même ordre, le même discernement, la même sagacité, qui brillent dans les divisions supérieures. Les productions littéraires forment la division suivante. Les plus utiles occupent le premier rang ; et celles qui sont utiles et agréables à la fois devancent celles qui ne sont que frivoles. Par cet arrangement, le bibliographe apprend à tous ceux qui cultivent les lettres, qu'ils doivent donner à ce qui est utile, la préférence sur ce qui offire
seulement Je l'agrément. Les livres historiques terminent cette sage ordonnance, parce que la connaissance des 6v6nemems passés est plus que toute autre, du ressort de la mémoire, la. dernière de nos facultés, et qu'elle est comme le complément de notre instruction.
Lorsque cet utile travail est achevé, les savants et les gens de lettres reviennent à la recherche des ouvrages que d'abord ils n'avaient pu trouver. Quel est leur étonnement, quand sans peine, et du premier coup d'oeil, ils les aperçoivent, et n'ont qu'à étendre le bras pour les saisir! Combien ils admirent la sagesse et les lumières de notre bibliographe ! Le monde est bientôt instruit de cette manière toute nouvelle de classer les productions de la pensée humaine. Le bibliographe rédige le catal(^ue des cent mille ouvrages, d'après les principes qui l'ont guidé dans leur arrangement, et publie en même temps une exposition raisonnëe de ces principes. Les savants et tes gens de lettres les approuvent de concert, et l'usage est généralement
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reçu de s'y conformer dans la formation des bibliothèques.
Dans le grand appareil de Tintelligence humaine, tout se tient et tout diSère, a dit Paulin Paris, toutes les classifications porteront donc avec elles leurs difficultés, leurs compUcations, leurs avantages : mais ce n'est pas à dire qu'avant de rien coordonner il me faudra d'abord résoudre tous ces problèmes insolubles. Autant vaudrait den^ander, avant de marcher, qu'on eût à consulter un maitre de dynamique pour apprendre si l'on doit commencer par le pied droit ou le pied gauche. L'important n'est-il pas de marcher !
« Le vieux système de classification est, « dit-on, tout à fait en désaccord avec les m idées nouvelles, avec le développement « des sciences; on le déclare tout à fait « inadmissible: mais qu'y a-t-il donc de « changé dans la nature des choses ? La « philosophie n'est-elle pas toujours la phi- « losophie, quel que soit le point sous <c lequel on l'envisage ? Vhistoire ne restera- « t-elle pas toujours l'histoire, soit qu'elle
! NÉCeSïAtRKS A U« BIBLIOFBH.E
« appartienne à la mémoire, soit qu'on la a classe dans la «oo/(if((; OU qu'elle dépende u delaxcffwejiîc/a/sFAlavériti;, les sciences Il proprement dites ont beaucoup agrandi
« leur domaine ; mais rien de cela ne
a constitue une science entièrement nou- 0 velle, une science qu'on ne puisse, au « moyen de quelques subdivisions, pan,-eiiir i a introduire dans le système bibliogra- « phique précèdent *. n
Lcclassemt-nt nictliodiquc des ouvrages, présente beaucoup plus de difticultés, mais aussi beaucoup plus d'avantages que l'ordre alphabétique des auteurs. En effet, un catalogue rangé de cette dernière manière, quelle que soit l'érudition, quelle que soit l'exactitude avec lesquelles il est composé, n'est autre chose qu'un dictionnaire; on le consulte quand on en a besoin, mais il est impossible d'en lire de suite plusieurs pages; au contraire, le classement systématique des ouvrages excite l'attention, parce qu'il donne le moyen de juger du progrès
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de nos connaissances, en plaçant sous les yeux, dans l'ordre chronologique, les meilleures productions sur chaque matière*.
Notre système bibliographique actuel doit offrir une juste idée de l'état religieux, politique, scientifique et littéraire de la nation, aussi voit-on , conune le disait Barbier, que les savants qui l'adoptent y font les modifications que nécessite l'organisation du gouvernement sous lequel ils vivent.
Le système de M. Brunet a pour objet l'arrangement d'une grande bibliothèque formée sur un plan qui embrasse tous les genres ; les livres y sont classés selon leurs nuances les plus apparentes, en sorte que des ouvrages qui ont entre eux une certaine analogie et qui, à la rigueur, pourraient être aussi convenablement placés dans une section que dans ime autre, sont quelquefois très loin les uns des autres : léger inconvénient, auquel il remédie par de firéquents renvois qui rapprochent
* Barbier, A vertissement du Catalogue de la Bi" bliothègue du Conseil d*État.
la COÏHAISSASCES IIECEM»IRE9 A V!
tout ce qui forcément pourrait être rapproché. C'est ainsi que les ouvrages sur le Mariage sont placés dans neuf classes diBférentes, selon le point de vue sous lequel le sujet est traité. Le mariage, considéré comme sacrement, appartient à la Théologie et au Droit canonique. — Comme acte civil, et pour ce qui regarde les droits réciproques des époux, au Code civil. — Quant aux infractions qui y sont fiûtes, au Code pénal. — Considéré dans les devoirs des époux, à la Morale ou à l'Economie. — Dans ses rapports avec la population, à l'Economie politique. — Sous le rapport médical, k la Médecine. — Comme apparteiunt aux mœurs et aux usages des anciens, aux antiquités. — Enfin, envisagé du côté plaisant, aux Facéties.
Après de longues années d'expérience, le savant auteur du Manuel du Libraire a ora devoir conserver la Théologie à peu près comme elle se trouve dans les catalogues de Martin; maïs, comme il fallait trouver une place aux ouvrages philoso-
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phiques modernes qui ont pour objet la Divinité et ses différents cultes, il a réuni cette sorte d'écrits dans un appendice à la Théologie. Il a laissé subsister la classe du Droit, qui serait aussi bien placée si elle était réunie à la Politique, puisqu'il a senti la nécessité d'introduire entre le Droit de la nature et des gens et le Droit civil une section de Droit politique. Dans la classe des Sciences et Arts, celle qui, selon lui, demandait le plus à être rema^ niée, M. Brunet a fait les changements siîivants : Après avoir extrait les Mélanges et Dictionnaires encyclopédiques qui étaient dans cette classe, il en forme une section spéciale qu'il reporte inmiédiatement après l'Histoire. Il rattache l'Economie et la Politique aux sciences philosophiques et morales en formant une sixième section de la Philosophie, sous le titre d'Application de la morale^ ayant pour appendice l'Economie politique, avec les applications de cette science nouvelle à l'Economie sociale. La Physique, l'Histoire naturelle et les Mathématiques for-
ment chacune UQG section séparée. L'Histoire natiirelle et la Médecine ont reçu de nouvelles divisions. La classe des Beaux- Arts a reçu quelques nouvelles subdivisions, mais la disposition générale n'en a pas été changée. Les Belles-Lettres commencent toujours par la Grammaire, nommée cette fois Linguistique. Le classement des langues a reçu un ordre géographique combiné avec le besoin de grouper ensemble celles qui ont une origine commune.LaMythologieaété sortie de la classe des Belles-Lettres pour être rangée à l'Histoire des religions. L'Histoire est de toutes les classes celle qui est le moins susceptible de modifications. Aussi M. Bninet a-t-il craint d'en faire de trop importantes. »
De nos jours le classement d'une bibliothèque présente toutes les facilités possibles pour étudier la bibliographie d'une science quelconque, comme on étudierait des localités inconnues au milieu desquelles on serait jeté par la force des circonstances et où l'on serait appelé à vivre et à agir.
SYSTÈME BlBUOGRAPraat IS SUIVI