LXVIII. Supplice de Murzuphle, emprisonnement d'Alexis
306. En ce temps, il advint que l'empereur Murzuphle, qui avait les yeux crevés (celui qui avait tué son seigneur l'empereur Alexis, le
304. -- « F, ^ bien estait une des plus grans anneurs, — » A, del Brai\ de la Turchie et devers la Turchie; et tôt la terra,
305. — I CE omettent contre; F, nu)ut viguereusement encontre.
l8î CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
rempereor Sursac, celui que * li pèlerin avoîent amené en la terre), s^enfuioit oltre le Braz coiement et à poi de gent. Et Tiens de Los le sot, cui il fu enseigniez; si le prist et Tamena Tempereor Baudoin en Constantinople. Et Tempereres Baudoins en fu mult liez, et em prist conseil à ses homes, qu'il en feroit d'ome qui tel murtre avoît fait de son seignor ".
307. A ce f u acordez li conseils, que il avoit une colonne* en Costantinoble enmi la vile auques, qui ère une des plus haltes et des mielz ovrées de marbre qui onques fust veue d'oil ; et enqui le feist * mener et lo feist saillir aval, voiant tote la gent; que si halte justise devoit bien toz li monz veoir. Ensi fu menez à la colonne Tempereres Morchuflés, et fu menez sus *; et toz li pueples de la cité acorrut * por veoir la merveille. Lor fu botez aval, et chaï de si hait que quant il vint à terre que il fu toz esmiez.
308. Or oïez une grant merveille que en celé colonne dont il chaï aval, avoit ymages de maintes manières, ovrées el marbre. Et entre celés ymaiges, si en avoit une qui ère laborée * en forme d'enpereor, et celé si chaoit " contreval ' ; car de lonc tens ère profeticié qu'il * auroit un empereor en Constantinople qui devoit estre gitez aval celé colonne'. Et ensi fu celé semblance et celé prophecie avérée.
309. En icel termine, ravint altressi que li marchis Bonifaces de Monferrat, qui ère vers Salenique, prist Pempereor Alexi (qui ère cil qui avoit à Tempereor Sursac * traiz les ialz), et * Tempereris sa famé avec. Et envoia les hueses vermeilles et les dras emperials ï'empereor Baudoin son seignor, en Q>stantinoble, qui mult bon gré l'en sot; et il envoia puis après Tempereor Alexi et Tempereriz sa famé *, en prison en Monferrat.
306. — • CDE. ki avoit ochis Vempereour Alexis Aff . — » B, qui tel murtre et tel tràUon avoit fête vers son seigneur; CDE, ki en tel murtre et en tel traîson avoit son signour ochis,
307. — • BCDEF, colombe ou coulombe. — > CDE, veue^ et enqui (ou Ulueques) le Jist on; F, veue, là le Jist on. — » CF omettent etfu mene^ sus; D, et mis sus; E, et montés «i*. — * CDE ajoutent celle part.
SUPPUGE DE MURZUPHLE. l83
fils de l'empereur Isaac^ que les pèlerins avaient amené dans le pays), s'enfuyait outre le Bras en secret et avec peu de gens. Et Thierri de Loos, à qui il fut dénoncé, le sut; et il le prit et l'amena à l'empereur Baudouin en G)nstantinople. Et l'empereur Baudouin en fut bien joyeux, et prit conseil de ses hoounes, pour ce quMl ferait d'un homme qui avait commis un tel meurtre sur son seigneur.
307. Le conseil tomba d'accord de ceci, qu'il y avait une colonne en G>nstantinople vers le milieu de la ville, qui était une des plus hautes et des mieux travaillées en marbre que l'œil eût jamais vues ; et il le ferait mener là et le ferait sauter en bas, à la vue de tout le peuple; car une si haute justice devait bien être vue de tout le monde. Ainsi fut mené à la colonne l'empereur Murzuphle, et mené en haut ; et tout le peuple de la cité accourut pour voir la merveille. Alors il fut poussé en bas, et tomba de si haut que quand il vint à terre il fut tout fracassé.
308. Or oyez une grande merveille; en cette colonne d'où il tomba à terre, il y avait des images de maintes façons, travaillées dans le marbre; et entre ces images, il y en avait une qui était travaillée en forme d'empereur, et celle-là était figurée tombant en bas; car dès longtemps il était prophétisé qu'il y aurait un empereur en Constantinople qui devait être jeté à bas de cette colonne. Et ainsi furent avérées cette ressemblance et cette prophétie.
309. En ce temps, il advint aussi que le marquis Boniface de Montferrat, qui était devers SaloQique, prit l'empereur Alexis (celui qui avait crevé les yeux à l'empereur Isaac son frère), et l'impératrice sa femme avec. Et il envoya les bottes vermeilles et les vêtements impériaux, en Constantinople, à l'empereur Baudouin son seigneur, qui lui en sut bien bon gré; et puis après il envoya l'empereur Alexis et l'impératrice sa femme, en prison à Montferrat.
308. — ' CDE omettent laborée, — « AB, chatt; C, Jfcoî; D, ckaoit; E. caoU; F, cHei, — » A, outrerai, — * A, profeiticié qui, — • C omet celé colonne,
309. — ' BCDE ajoutent son frère, — » C ajoute et prist osH, — * A omet et Pempereri^ sa famé} le ms. F, qui omet ces mots dans la phrase précédente, ne les omet point ici. Cette impératrice se nommait Euphrosjrne.
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