‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 113 sur 309 · LXIX · texte numérisé non relu

LXIX

3 10. A la feste saint-Martin après, s^en issi Henris, li frères l'empereor Baudoin, de G)stantinoble, et s'en ala contreval le Braz trosque à Boche d'Avie; et mena bien six vins* chevaliers avec lui de mult bone gent. Et passa le Braz ' à la cité que Ton appelé Avie, et la trova mult bien garnie de toz biens, de blez et de viandes % et de totes choses qui mestier ont à cors d'orne ^. Et il se saisi de la cité, et se herberja dedenz ; et lors comença la guerre contre les Grex endroit lui. Et li Hermin de la terre, dont il en i avoit mult, se comencierent à tomer devers lui; qu'i ' haoient mult les Grex.

3 1 1 . A cel termine, se parti Reniers de Trit de Costantinoble, et s'en ala vers Finepople, que l'empereres Baudoins li avoit donée. Et enmena bien avec lui six vins chevaliers de mult bone gent; et chevaucha tant par ses jomées que trespassa * Andrehople, et vint à Phinepople V Et la gens de la terre le reçurent, et li obéirent come * à seignor ; qu'i le virent * mult volentiers. Et il avoient mult grant mestier de secors ; que Johans li rois de Blaquie les avoit mult appressez de guerre. Et il lor aida mult bien, et tint grant partie de la terre ; et la granz partie qui s'ere tenue ' devers Johan, se toma devers lui. Enqui endroit refu la guerre granz entr'als.

3 1 2 . L'empereres rot * bien envoie cent chevaliers * passer le Braz Saint-George endroit Costantinoble. De cels si fu chevetaines M achaires de Sainte Manehalt; avec lui ala Mahius de Vaslaincort et Roberz del Ronçoi *. Et chevauchierent à une cité qui ère apelée Nichomie, et siet* sor un gofre de mer; et ère bien deus jomées loing de Costantinoble. Et quant li Grieu les oïrent venir, si vuidierent la cité et s'en' alerent; et il se hebergierent dedenz , si la garnirent et

3io. — i B, etc. VU vin\. — « B ajoute et vinU — » C, et de garnisons ; D, et d'autres garnisons, — « B, etc. mestier lor fu. — * B, etc. car il ; il faut donc lire qu'i pour que il, et non qui, I

3i I. — I ACDEF, et trespassa. — » B omet et vint à Phinepople, — > A omet cowie, — * B omet

LA GUERRE S^ENGAGE AVEC LES GRECS. l85

LXIX. Prise d'Avie, de Finepople et de Nicomie; Théodore Lascaris

prétend à TEmpire.

3io. A la fête saint-Martin après ( 1 1 novembre 1204), Henri, le frère de l'empereur Baudouin, sortit de Constantkiople, et s'en alla en descendant le Bras jusqu'à Bouche d'Avie; et il mena bien avec lui cent vingt chevaliers de très-bonnes gens. Et il passa le Bras à la cité que Ton appelle Avie, et il la trouva très-bien garnie de tous biens, de blés et de vivres, et de toutes choses dont les hommes ont besoin. Et il se saisit de la cité, et se logea dedans; et alors il commença la guerre avec les Grecs en face de lui. Et les Hermins du pays, dont il y avait beaucoup, commencèrent à tourner de son côté; car ils haïssaient beaucoup les Grecs.

3 1 1 . En ce temps, partit de Constantinople Renier de Trit, et il s^en alla vers Finepople, que l'empereur Baudouin lui avait donnée. Et il emmena bien avec lui cent vingt chevaliers de très-bonnes gens; et il chevaucha tant dans ses journées qu'il passa outre Andrinople, et vint à Finepople. Et les gens de la terre le reçurent, et lui obéirent comme à leur seigneur; car ils le virent bien volontiers. Et ils avaient bien grand besoin de secours; car Johannis le roi de Blaquie leur avait fait une guerre acharnée. Et il les aida très-bien, et tint grande partie de la terre; et la plupart qui s'étaient tenus devers Johannis, se tournèrent devers lui. De ce côté la guerre fut grande entre eux.

3 12. L'empereur avait bien envoyé cent chevaliers passer le Bras de Saint-Georges en face de Constantinople. De ceux-là était chef Macabre de Sainte-Menehould; avec lui alla Matthieu de Walincourt et Robert du Ronsoi. Et ils chevauchèrent vers une cité qui était appelée Nicomie, et qui est située sur un golfe de mer ; et elle était bien à deux journées loin de Constantinople. Et quand les Grecs ouïrent qu'ils venaient, ils vidèrent la cité et s'en allèrent; et eux se logèrent dedans.

et H obéirent, «te Au lieu de qu'ile virent, CDE répètent et le reckmrent, — » CDE, ki avaient esté.

3 12. — I A, tôt, — ^ F, rayoit bien envoie cent chevaliers de moût bone geni, — * B, etc. de Rotai, — « A, e/ si sit. — » ABE, et si s'en,

l86 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.

refermèrent; et recomencierent à guerroier de celé marche endroit als.

3 1 3 . La terre d'autre part del Braz si avoit * seignor un Grieu que on apeloit Toldres li Ascres. Et avoit la file * Tempereor Alexi • à famé, dont il clamoit * la terre (celui cui li Franc avoient chacîé • de Costantinoble, et qui avoit son frère traiz les ialz) *. Icil si tenoit la guerre contre les Franz ' outre le Braz, partot là où il estoient.

314. Et Pempereres Baudoins fu remés en Costantinoble, et li cuens Loeys , à poi de gent ; et li cuens Hues de Saint-Pol, qui malades ère d'une grant maladie de gote qui le tenoit es génois et èspiez * ; et li dus de Venisse, qui goûte ne veoit *.

3 1 5 . En icel termine après, vint uns granz passages de cels * de la terre de Surie, et de cels * qui Post avoient laissîe et estoient aie passer as autres passages. A cel passage vint Esteiies del Perche et Regnaus de Monmirail, qui cosin estoient le conte Loeys, qui mult les honora et fu mult liez de lor venue. Et Tempereres Baudoins et les autres genz les virent mult volentiers ; qu'il estoient mult hait home et mult riche, et amenèrent grant plenté de bone gent.

3 16. De la terre de Surie ' vînt Hue de Tabarie, et Raols ses frères, et Tierris de Tendremonde, et granz plentés de la gent del païs, de chevaliers, de Turchoples et de serjanz. Et lors après si dona Tempereres Baudoins à Estene del Perche la duchée de Philadelphie.

317. Entre les autres fu venue une novele à Pempereor Baudoin^ dont il fu mult dolenz; que la contesse Marie sa famé, quMl avoit laissie * en Flandres ençainte, por ce qu'ele ne pot avec lui movoir * (qui

3i3. — • B, avoit /et un seigneur que; Cy en la terre..,, si avoient fait un signour ke; D, et çhil de la terre.,,, si avoient fait un segnor cTun Griu. EF se rapprochent de D. — > Anne. — * A omet Alexi. — ♦ A, chamoit. — » B ajoute de la terre de. — • ODE omettent celui cui, etc. — ' CDE. la terre contre les Frans et la guerre; B, si tenoit sa terre; F, clamoit la terre et la tenoit.

314. — » CDE omettent qui malades, etc. — > ABF omettent et liduSy etc.

THÉODORE LASCARIS PRÉTEND A l'eMPIRE. 187

et la garnirent^ et refirent les murs ; et recommencèrent à guerroyer de ce côté en face d^eux.

3i 3. La terre de l'autre côté du Bras avait pris pour seigneur un Grec qu'on appelait Théodore Lascaris. Et il avait pour femme la fille de l'empereur Alexis, dont il réclamait la terre ( celui que les Francs avaient chassé de Constantinople, et qui avait crevé les yeux à son firère). Celui-là soutenait la guerre contre les Français outre le Bras, partout où ils étaient.

314. En Constantinople était resté l'empereur Baudouin, et le comte Louis, avec peu de gens; et le comte Hugues de Saint-Paul, qui était malade d'une grande maladie de goutte qui le tenait aux genoux et aux pieds; et le doge de Venise, qui n'y voyait goutte.

LXX. Renfort venu de Syrie; mort de Marie, femme de Baudouin.

3 1 5. En ce temps après, vint un grand passage de ceux de la terre de S3rrie, et de ceux qui avaient laissé Tannée et étaient allés passer à d'autres ports. A ce passage vint Etienne du Perche et Renaud de Montmirail, qui étaient cousins du comte Louis, qui les honora beau* coup et fut bien joyeux de leur venue. Et l'empereur Baudouin et les autres gens les virent bien volontiers; car ils étaient très-hauts hommes et très-riches, et amenaient grande quantité de bonnes gens.

3 16. De la terre de Syrie vint Hugues de Tabarie, et Raoul son frère, et Thierri de Tenremonde, et grande quantité des gens du pays, chevaliers, Turcoples et sergents. Et puis alors l'empereur Baudouin donna à Etienne du Perche le duché de Philadelphie.

317. Entre autres nouvelles il en vint une à l'empereur Baudouin, dont il fut bien a£9igé ; car la comtesse Marie sa femme, qu'il avait laissée en Flandre enceinte, parce qu'elle ne pouvait partir avec lui

3 15. — I A» à ce/. ~ > B, etc. passages de la terre de Suris (ou passages de Surié) de ceuls du pais (ou de cels de France) ; F, de ceus del pals et de ceus.

3i6. — > CD, de Surie ou de la terre de Surie avoec aus. Dans ces manuscrits, ce qui précède avoec aus semble rattaché à la phrase précédente.

317. — « B, etc. ki ert remése, — > C ajoute pour ce que elle estait grosse d'enfant; DE, et elle estait grosse.

l88 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.

adonc ère cuens) *, la dame si ajut d'une file; et après, quant ele fu relevée, si s'esmut et ala oltre-mer après son seignor, et passa al port de Marseille. Et quant ele vint à Acre, si n'i ot gaires esté que la novele li vint de Constantinoble (que li message son signour li contèrent *) que Costantinoble ère conquise, et ses sires ere empereres; dont grans joie fu à la crestienté •.

3i8. Après celé novele, ot la dame en proposement de venir à lui. Si li prist une maladie, si fina * et morut * ; dont granz duels fu à tote la crestienté, car ele ere mult bone dame et mult honorée. Et cil qui vindrent à cel passage en aporterent les noveles ; dont granz diels fu à Tempereor Baudoin et à toz les barons de la terre, car il la desiroient mult avoir ' à dame.

3 19. En cel termine, cil qui estoient aie à la cité de TEspigal, dont Pierres de Braiecuel et Paiens d'Orliens erent * chevetaine, fermèrent un chastel que on apele Palorme ; si le garnirent de lor gent, et puis chevauchierent oltre por conquerre la terre. Toldres li Ascres se fu porchaciez de tote la gent que il pot avoir : le jor de la feste monseignor saint Nicholas, qui est devant la Nativité, si s'entrecontrerent es plains d'un chastel que on apelle Pumenienor. Et si en fu bataile * à mult grant meschief à la nostre gent; que cil avoient tant de gent * que n'ere se merveile non , et li nostre n'avoient mie plus de sept vins chevaliers, sans les serjanz à cheval.

320. Et Nostre Sire done les aventures ensi come lui plaist. Par la soe grâce et par la soe volonté li Franc vanquirent les Grejois et les desconfirent, et cil i reçurent grant domage. Dedenz la semaine lor rendi-on * de la terre grant part : on lor rendi le Pumenienor qui ere

317. — » CF omettent qui adonc ere cuens. — * A omet de Constantinoble ^ etc.; D, de Constantinople que elle estait prise. — ^ CDE omettent dont, etc., jusqu'à venir à lui, mots qui terminant la première phrase du paragraphe suivant; BF omettent seulement cette première phrase du paragr^he suivant.

3 18. — > CDE, e/ quant ele oî çou, si li prist une maladie de Joie dont elle fina; F, dont ele montt,

MORT DE l'impératrice MARIE. 189

(qui alors était comte)^ était accouchée d^une fille; et après^ quand elle fut relevée, elle partit et alla outre-mer pour rejoindre son seigneur, et passa au port de Marseille. Et quand elle vint en Acre, elle n'y avait guère été que la nouvelle lui vint de Constantinople (que les messagers de son seigneur lui contèrent) , que Constantinople était conquise, et son seigneur empereur ; dont grande joie fut à la chrétienté.

3 1 8. Après cette nouvelle, la dame eut le projet de venir à lui. Et il lui prit une maladie, et elle finit et mourut; et ce fut un grand deuil pour toute la chrétienté, car elle était bien bonne dame et bien honorée. Et ceux qui vinrent à ce passage en apportèrent la nouvelle; et ce fut un grand deuil à Tempereur Baudouin et à tous les barons de la terre, car ils la désiraient beaucoup avoir pour dame.

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