SIÈGE DE NAPLES ET DE CORINTHE
tures adviennent ainsi qu'il plaît à Dieu, ils combattirent les Grecs, et les déconfirent et les vainquirent. Et les Grecs y perdirent beaucoup; et eux gagnèrent assez de chevaux et d'armes, et d'autre butin en bien grande quantité. Et alors ils s'en retournèrent bien contents et bien joyeux à la cité de Moton.
330. Après ils chevauchèrent vers une cité qu'on appelle Corone, qui était sur la mer; et ils l'assiégèrent. Et ils n'y étaient restés guère longtemps, quand la cité leur fut rendue; et Guillaume la donna à GeofFroi de Ville-Hardouin, qui en devint son homme, et la garnit de ses gens. Ils allèrent après à un château qu'on appelle la Chalemate, qui était bien fort et beau; et ils l'assiégèrent. Ce château les travailla bien longtemps; et ils y restèrent tant qu'il leur fut rendu. Alors il se rendit à eux plus de Grecs du pays qu'ils n'avaient fait devant.
LXXIV. Siège de Naples et de Corinthe; alliance des Grecs avec Johannis.
33 1 . Le marquis Boniface assiégeait Naples, où il ne pouvait rien faire; car la ville était trop forte, et il y ruina bien ses gens. Jacques d'Avesnes, de son côté, tenait le siège devant Corinthe^ ainsi que le marquis l'y avait laissé. Léosgur qui était dans Corinthe, et était bien sage et avisé, vit que Jacques n'avait guère de gens, et qu'il ne se gardait pas bien. Un matin, au point du jour, il fit une très-grande sortie, et alla jusque dans les pavillons; et avant que les nôtres pussent être armés, ils en occirent assez.
332. Là fut tué Dreux d'Estruen qui était bien preux et vaillant, dont on fit grand deuil. Et Jacques d'Avesnes, qui était chef, fut bien courroucé de la mort de son chevalier; et il ne tarda guère qu'il fut blessé à la jambe bien fortement. Et ils lui rendirent bien témoignage ceux qui étaient là, que par sa belle conduite ils furent sauvés; et sa-
332. — 1 A, cTEstruea; BFG, SEstruem. Du Ctnge, Dom Brial et Buchon ont lu Saint-Trmen, supposant que ce surnom éuit tiré d'un yillage de Saint-Truien près Bruges. Mais les manuscrits n'autorisent pas cette lecture; d'ailleurs le nom de Es/m^peut se rattachera Etrœungt, canton d'Aresnes, ou à Etrun, canton de Cambrai (Nord). — >CDE omettent cetle phrase. — ' ABCDE omettent /4I mult corrouciés^ etc. Le texte original portoit probablement iriés plutôt que corrouciés, que je ne retrouve pas ailleurs dans Ville-Hardouin. — * A^ si portèrent cil qui là furent qui. B omet cette phrase.
que mult furent près d'estre tuît perdu. Et par Taïe de Dieu, les remistrent el chastel à force. Mais liGrieu n'orent mie la félonie fors de lor cuers •, qui mult estoient desloial •.
333. A icel tens, si virent que li François estoient* si espandu par les terres; que chascuns avoit * afaire endroit lui : si se pensèrent que ore les pooient-il traïr. Et pristrent lor message privéement * de totes les citez de la terre *, et les envolèrent à Johan qui ère rois de Blaquie et de Bogrie, qui les avoit guerroiez et guerreoit tôt adès. Et li mandèrent que il le • feroient empereor, et qu'il se rendroient tuit à lui, et que il ociroient toz les Franz; et si li jureroient que il li obéiroient comme à seignor, et il lor jurast que il les maintendroit comme les suens. Ensi fu faiz li sairemenz.
334. En cel termine, si avintuns granz domages en Costantinoble ; que li cuens Hues de Saint Pol, qui avoit longuement gei^ d'une maladie de gote, fina et morut ; dont il fii mult granz diels * et mult granz domages ; et fu mult plorez de ses homes et de ses amis. Et fu enterrez à mult grant honor au mostier monseignor Saint George de la Mange *.
335. Et li cuens Hues si tenoit un chastel en sa vie, qui avoit nom li Dimos, et ère mult fors et mult riches; si i avoit de ses chevaliers et de ses serjanz dedenz. Li Grieu qui avoient les sairemenz faiz al roi de Blaquie por les Frans occire et traïr *, si les traïrent en cel chastel; si en ocistrent et pristrent grant part. Et eschaperent pou; et cil qui eschaperent s'en alerent fuiant à une cité que on apele Andrenople, que li Venicien tenoient à cel jor.
336. Ne tarda gaires après cum cil d'Andrenople se révélèrent; et
33a. — * B, hors dou cors ne dou cuer; D, priés de leur cuers, — • C altère ce passage, et le joint à la phrase suivante : Or sachiés que H Grieu, ki portoient grant felounie en lor cuer vers les François par lor grans desloiautés à icel tans si virent, etc. F, quar mult estoient desloial, au lieu de qui mult, etc.