‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 127 sur 309 · LXXXI. Défaite des croisés; Baudouin fait prisonnier · texte numérisé non relu

LXXXI. Défaite des croisés; Baudouin fait prisonnier

358. Le comte Louis sortît le premier avec son corps de bataille; et il commence à poursuivre les G^mains, et mande à l'empereur Baudouin qu'il le suivît. Hélas ! comme ils tinrent mal ce qu'ils avaient devant réglé le soir ! car ils poursuivirent ainsi les Comains bien près de deux lieues en avant, et en vinrent aux mains, et leur donnèrent la chasse longtemps. Et les Comains reviennent sur eux, et ils commencent à crier et à tirer.

359. Les nôtres avaient des corps composés d'autres gens que de chevaliers, qui ne connaissaient point assez la guerre ; ils commencèrent à s'effrayer et à se déconfire. Et le comte Louis, qui avait attaqué le premier, fut blessé en deux endroits bien fort ; et les Comains et les Blaques commencèrent à les presser ; et le comte était tombé, et un sien chevalier, qui avait nom Jean de Friaize, mit pied à terre et le mit sur son cheval. Il y eut bien des gens du comte Louis qui lui dirent : a Sire , allez- vous-en , car vous êtes bien fort blessé en deux en- « droits, m Et il dit : «c Au Seigneur Dieu ne plaise que jamais il me « soit reproché d'avoir fui du champ de bataille et laissé l'empereur ! »

360. L'empereur, qui était bien accablé de son côté, rappelait ses gens; et il leur disait qu'il ne fuirait pas, et qu'ils ne le quittassent pas; et ceux qui furent là témoignent bien que jamais chevalier de sa personne ne se défendit mieux que lui. Ce combat dura ainsi longtemps : tels y eut qui bien se montrèrent, et tels y eut qui s'enfuirent. A la fin, ainsi que Dieu permet les mésaventures, ils furent déconfits. Sur le champ de bataille demeura l'empereur Baudouin qui jamais ne voulut fuir, et le comte Louis : l'empereur Baudouin fut pris vivant, et le comte Louis fut occis.

36 1. Hélas! quelle douloureuse perte on fit là! Là fut perdu Tévêque Pierre de Bethléem, et Etienne du Perche le frère du comte Geoffroi, et Renaud de Montmirail le frère du comte de Nevers, et

^ue, — ' A omet et li Comûin, etc. — * F met en style indirect ces mots et la réponse du comte. 36a — > A, laissent, — « A omet bien le firent, etc. — » B omet et li cuens, etc. 36i. —1 AF omettent Ao/oi, etc. — * ABF, Belleem; A seul nomme cet évSque le premier.

hius de Vasiencort , et Roberz de Ronçoî, Johans de Friaise, Gautiers dé Nuilli, Ferris d'Ierre *, Johans ses frères, Eustaices de Heumont, Johans ses frères, Baudoins de Nuevile *, et mult des autres dont li livres ne parole mie ci. Et li autre qui porent eschamper *, s'en vinrent fuiant à Tost *.

362. Et quant ce vit JofTrois li mareschaus de Champaigne, qui gardoit devant une des portes de la cité ^, si s'en issi plus tôt que il pot à la gent que il ot ; et manda Manassier de Tlsle, qui gardoit Tautre porte, que il le suist ' isnellement. Et chevaucha à tote sa bataille, encontre les ftiianz, grant aleure; et li fuiant se recuillirent ' tuit à lui. Et Manassiers de Tlsle, qui vint au plus tôt que il pot à la sue gent, si se joinst à lui; et lors orent plus grant bataille; et tuit cil qui vindrent en la cfiace, qu'il porent retenir, si les mistrent en lor bataille *.

363. Et ceste chacesi fti entre none et vespres ensinques retenue*. Li plusor ftirent si esfreé que il fuioient par devant als trosque enz es paveillons et enz es hostielsl Et ensi celé chace fu recovrée con vos avez oï; et li G)main s'aresterent ', et li Blac et li Grieu qui chaçoient *. Et hardierent à celé bataile as ars et as sajettes ^ ; et cil de la bataile se tindrent quoi, les vis * devers als. Ensi frirent trosque à vespre bas , et li Comain et li Blac se recomencierent à retraire.

36i. — 3 At Herre, ^ * A seul fait connaître les noms de ces trois derniers personnages. ~* A scamper; B, s^en eschaperent ^ /. — * Le récit de cette bataille, dans le manuscrit G, n'est pas seulement un abrégé du texte de Ville-Hardouin; on y trouve certains détails qui doivent avoir été puisés à une autre source. Je transcris ce passage, en indiquant entre parenthèses quelques corrections qu'il conviendrait d'y faire. End remesl jusques à Pendemain que H Commain revinrent. U cris leva en Vos t. Li quens Loeys de Blois, qui les vit si approchier, enot grant desdaing-^ et dist que il ne souffreroit plus la honte que si {cil) chien leur faisoient. Si s* arma et issi de Post, et commensa les Comains à chascier, 5i les sut plus de II, lieues , et manda Pempereour Bauduin que il le suist. Li Conmain, qui avaient grant plenté de gens emhmchiés, quant il orent passé lor agait retournèrent contre te conte. Si commensa la bataille grans et périlleuse. U empereres Bauduins, qui venait après le conte Loeys, trouva te conte abatu de sou cheval et griesment navré en II, lieus. Jehans de Friaise estoit descendus, et le faisait monter sur son cheval. Li empereres se feri ou tas de ses anemis, et commensa la presse à desrompre; mais

DÉROUTE DES CROISÉS. 2l5

Mathieu de Walincourt, et Robert de'Ronsoi, Jean de Friaize, Gautier de Neuilii, Ferri d'Yerres, Jean son frère, Eustache de Heumont, Jean son frère, Baudouin de Neuville, et beaucoup d'autres dont le livre ne parle point ici. Et les autres qui purent échapper, s'en vinrent friyant au camp.

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