JOHANNIS POURSUIT LES CROISÉS
ceux qui revenaient de la déconfiture. Et ils retournèrent à eux^ et eux leur dirent que Tempereur Baudouin était perdu^ et leur seigneur le comte Louis^ de la seigneurie^ du pays et de la suite de qui ils étaient.
371. On n^eût pu leur conter plus douloureuse nouvelle. Vous eussiez vu là pleurer bien des larmes^ et bien des mains battre de deuil et de pitié. Ils allèrent au-devant d^eux tout armés comme ils étaient^ et tant qu^ils vinrent à Geofiroi le maréchal de Champagne^ qui faisait Tarrière-garde à bien grand^peine. Car Johannis, le roi de Blaquie et de Bogrie^ était venu au point du jour devant Andrinople avec toute son armée ; et il trouva que les nôtres s^en étaient allés, et il chevaucha après leur troupe tant quMl fut grand jour ; et quand il ne les trouva pas^ il en fut bien triste ; et ce fut grande joie quMl ne les trouva pas; car ils eussent été perdus sans retour s^il les eût trouvés.
372. « Sire, font-ils à Geofifroi le maréchal, que voulez-vous que <K nous fassions? Nous ferons tout ce qu'il vous plaira. » Et lui leur répond : « Vous voyez bien en quel état nous sommes. Vous êtes frais « et dispos, et vos chevaux aussi ; vous ferez donc Tarrière-garde, et « je m^en irai devant, tenir nos geQs qui sont bien effrayés, et qui en a ont grand besoin. » Ainsi qu'il le dit, ils le firent bien volontiers. Ils firent donc Tarrière-garde très bel et bien, comme gens qui le savaient bien faire ; car ils étaient bons chevaliers et honorés.