LES FRANÇAIS ABANDONNENT LA ROUSSE
contre eux, et il y avait beaucoup de blessés, d'eux et de leurs chevaux. Et ainsi que Dieu veut permettre les aventures, les nôtres ne purent plus résister, mais ils furent déconfits; car ils étaient pesamment armés, et leurs ennemis légèrement ; et ils commencèrent à les occire.
409. Hélas! quel douloureux jour ce fut pour la chrétienté; car de tous les cent vingt chevaliers, il n'en échappa pas plus de dix qui ne fussent tués ou pris. Et ceux qui échappèrent s^en vinrent fuyant à la Rousse, et se retirèrent avec leurs gens qui étaient là dedans. Là fut tué Thierri de Tenremonde le connétable, Orri de Plsle qui était bien bon chevalier et prisé, et Jean de Pomponne, André d'Urboise, Jean de Choisy, Gui de Conflans, Charles du Frêne, Villain le frère de Thierri le sénéchal. De tous ceux qui furent là tués ou pris le livre ne vous peut redire tous les noms. Il advint en ce jour une des plus grandes douleurs et un des plus grands dommages, et une des plus grandes misères qui jamais fût advenue à la chrétienté de la terre de Romanie.
410. Les G>mains et les Grecs et les Blaques s^en retournèrent, ayant fait leur volonté en la terre, et bien gagné de bons chevaux et de bons hauberts. Et cette mésaventure advint le jour (3i janvier 1206) d'avant la veille de Notre-Dame de Chandeleur. Et le reste qui avait échappé à la déconfiture, et ceux qui étaient à la Rousse, aussitôt qu'il fut nuit, laissèrent la ville; et ils s'en allèrent toute la nuit fuyant, et vinrent au matin à la cité de Rodestoc.