‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 166 sur 309 · MARCHE DES CROISÉS SUR LE DIMOT · texte numérisé non relu

MARCHE DES CROISÉS SUR LE DIMOT

messagers d'Andrinople, et ils dirent à Henri le frère de l'empereur Baudouin : « Sire, sache que si tu ne secours la cité du Dimot, elle ne « peut tenir plus de huit jours; car les pierriers de Johannis ont « abattu le mur en quatre endroits^ et ses gens ont été deux fois sur « les murs. »

429. Alors'il demanda conseil sur ce quMl ferait. On parla assez en avant et en arrière^ mais la fin du conseil fut telle quMls dirent : « Seice gneurs^ nous sonmies déjà venus si avant^ que nous sommes honnis « si nous ne secourons le Dimot. Mais que chacun soit confessé et <c communié^ et ordonnons nos corps de bataille. » Et ils estimèrent qu'ils avaient bien quatre cents chevaliers, et qu'ils n'en avaient pas plus ; et ils mandèrent les messagers qui étaient venus d'Andrinople, et demandèrent l'état des choses, combien Johannis avait de gens. Et ils répondirent qu'il avait bien quarante mille hommes d'armes, sans ceux de pied dont ils ne savaient le compte.

430. Ah ! Dieu, quelle périlleuse bataille de si peu de gens contre tant ! Au matin, le jour de la fSte de monseigneur saintJean- Baptiste, ils furent tous confessés et communies, et le lendemain (25 juin] ils partirent. L'avant-garde fut confiée à GeoflBroi le maréchal de Romanie et de Champagne, et Macaire de Sainte-Menehould fut avec lui. Le second corps fut à Conon de Béthune et à Milon le Brebant; le troisième, à Payen d'Orléans et à Pierre de Bracieux ; le quatrième, à Anseau de Cayeux; le cinquième, à Baudouin de Beauvoir; le sixième, à Hugues de Beaumetz; le septième, à Henri le frère de l'empereur Baudouin; le huitième, à Gautier d'Escomai et aux Flamands. Thierri de Loos, qui était sénéchal, fit l'arrière-garde.

partir du septième, B se retrouve d'accord avec A. -- * CDE, ta tierce bataille Jist, L*addition du mot Jist empêche de rapporter le commandement de ce corps au nom qui précède. — ^ CDE, la quinte Jist. — * C, /a sieptime Gau tiers cTEscomai li Flamens; le vuitime et Variere garde Jist Tieris de LoSf ki iert senescaus. DE désignent aussi l*arrière-gardè comme huitième corps; F, sans lui donner de numéro d'ordre» la distingue du septième. Elle est désignée explicitement dans B et implicitement dans A comme neuvième corps, parce que ces deux manuscrits désignent pour le septième le régent Henri, omis dans CDEF. Aucune de ces erreurs n'existe dans le munuscrit G : Si ordonnèrent leur batailles : la première Jist Joffrois de Vile-Harduin et Makaires de Sainte Manehoult; la seconde Jist Quennes de Betune et Miles de {li) Braibans; la tierce Jist Païens d'Orliens et Pierres de Braickuel ; la Illh fist Anciaus de Kaeu ; la quinte Bauduins de Biauvoir; la VI* Jist Hues de Beline {Belmés); la VU* Jist Henris li baus de Vempire; la VJJI* Gantiers d'Escomai; la nuevisme TMeris de Los qui estoit seneschaus.

43 1 . Lors chevauchierent tôt ordenéement * par trois Jors ; ne onques plus perillosement genz n'alerent querre baiaille. Car il avoient deus périls : de ce que il estoient pou^ et cil estoient assez à oui il aloient combatre ; d'autre part, il ne créoient pas les Griex, à oui il avoient pais faite^ que il lor deussent aidier de cuer. Ainz avoient paor que quant venroit * au besoing, que il ne se tomassent devers Johanis, qui avoit le Dimot si aprochié de prendre, con vos avez oï ariere.

432. Quant Johannis oï que li Franc venoient, si nés ossa attendre ; ainz arst ses engins, et se desloja. Et ensi se parti ^ del Dimot ; et sachiez * que toz li monz le tint • à grant miracle. Et Henris li bauz de Tempire vint al quart jor devant Andrenople, et se loja sor les plus bels prez del monde, sor la rivière d'Andrenople *. Quant cil d'Andrenople les virent venir, si issirent fors à totes lor croiz et à la procession •, et fisent la greignor joie qui onques fust veue. Et il le durent bien faire, que il n'estoient mie * bien à aise.

433. Et lors vint la novele en Post des Frans * que Johannis ère logiez à un chastel qui a nom Rodestuic *• Et al matin mut Toz des Frans, et chevaucha vers celé part por la bataille querre ; et Johanis se desloja, si chevaucha ariers vers son païs. Ensi le suirent par cinc jornées, et il adès s'en ala devant als. Lors se herbei^ierent al cinquisme jor sor un bel leu, à un chastel que on apele le Fraim ; enqui sejomerent par trois jors.

434. Et lors s'en parti une compaignie de la bone gent de Tost, par descorde qu'il eurent à Henri le frère Tempereor Baudoin*. De celé compaignie fu chevetaines Baudoinsde Belveoir; et Hues de Belmés fu avec lui, et Guillaumes de Gomeignies, et Drues de Belraim. Et en alerent bien ensemble * en celé route cinquante chevalier; et

43i. — « serréement, — » A, veroit; B, il venroit; — CEF, il venroient ; D, che venroit, 432. « A, se desloja. — » C ajoute de voir,—* B ajoute à moult grant merveille ef. — ♦ A omet dPAndrenople; F omet quant cil d'Andrenople, — *B,ei à procession; F, si issirent fors à toutes

RETRAITE DE JOHANNIS. îSp

43 1. Alors ils chevauchèrent bien en ordre pendant trois jours; et jamais gens n'allèrent plus périlleusement chercher la bataille. Car ils avaient deux périls : de ce qu'ils étaient peu, et ceux-là étaient beaucoup contre qui ils allaient combattre ; d'autre part, ils ne croyaient pas que les Grecs, avec qui ils avaient fait la paix, leur dussent aider de bon cœur. Mais ils avaient peur que quand on en viendrait au besoin, ils ne tournassent du côté de Johannis, qui avait été si près de prendre le Dimot, comme vous l'avez ouï plus haut.

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