I. Prologue
ENRi de Valencîennes dit que, du moment que l'homme s'entremet de bien dire et raconter, et qu'il le fait avec la grâce et l'autorité de gens tout discrets, il se doit bien efforcer de suivre l'appel de cette grâce par un récit de pleine vérité. Et pour cela veut-il dire et raconter une chose dont il ait garantie et témoignage de vérité, dans les prud'hommes qui furent à la bataille de Henri l'empereur de Constantinople et de Burile. Et il veut que l'honneur que Notre- Seigneur fit là à l'empereur et à ceux de l'empire, soit connu communément. Car Henri vit de ses propres yeux tous les faits qui arrivèrent là, et sut tous les conseils des hauts hommes et des barons. 5o2. Ainsi dit-il en son premier conunencemcnt. Quand Notre-
moMeaprtttonfivrteniptiroiirBamiain, qui Jemoura devant Ajutrinople. Voici miintsDinE la tim du m«nuicril D : CM ermeme* Nilore 4t ZtMptrti^ Haui ât CouttanHnoblt, — • DE, le ■ori.-»Crtrflï;E, ttlle.
3o6 . HISTOIRE DE l' EMPEREUR HENRI.
Sires voit ke li hom et li feme sont en pechié et îl tournent à repentanche^ et puis vont au lavement de confiession^ plourant en vraie repentanche de cuer et souspirant, dont * estent-il sor aus le lai^eche de se grâce et de se majesté. Et quant il voit kUl s^atoment à malisse en persévérant cascun jour plus et plus en lor errour*, dont en prent il si cruel venganche com nos trovons en le divine page de le sainte escripture. Nonporquant ou juer ne ou rire * ne ou soladier ne gist mie toz li maus; ne toz li biens ne regist mie ou plourer ne el simple habit *, anchois gist ou cuer dexascun. Et Dex, ki set et voit apertement les repostailles * des cuers^ rendra à cascun se desierte selonc le devin jugement.
5o^. Mais por chou ke jou ne voell mie kl tourt à aucun à anui de tant traitier sor mon prologhe, est-il mestiers ke jou retome à traîtier sor le propre matere pour * lequele jou commenchai à traitier ceste oevre : dont Dex me prest^ par son plaisir^ sens et forche et discrecion *.
504. Il avint à une Pentecouste^ che dist Henris^ ke li empereres ert à séjour en Constantinoble, tant ke nouvieles li vinrent* ke Commain estoient entré en se tierre^ et Blascois^ et molt malmenoient se gent*. Dont fist erramment li empereres semonre ses os; et quant elles furent assamblées^ si commanda ke tout s^en ississent après lui; et il firent son commandement. Puis fist tant li empereres ke il vînt à toute s^ost en uns prés ki sont par delà Salembrie; et commanda s'ost à logier^ et tant atendi illuec ke tout furent assamblé^ et petit en faloit.
5o5.- Adont s'esmut de Salembrie^ et chevauça li empereres tout
502. — <C,^ofiAre5. — *C,maupaise ermur, — ' Domet ne ou rire.'-' ♦ C, abyt porter, '- » Ç, r*putaUles,
503. — 1 D, saur. — > E omet et discrecion. Après dUcrecion, C tjoute douparfuriùr,
5o4< — » F, or avint, ce dit li contes, que li empereres Henris estoit à une PentecousU en Costentinoble à sejor, tant que noveles li rindrent^ etc. Dtns le manuscrit F, qui ne nomme noUe ptit Henri de Vtlenciennes, le prologue précédent est rempUcé ptr une trtnsition ainsi conçue : Eintintfu mors li marchis corne vos avis ol; et quant li empereres et li autre baron le soreni, si
l'empereur marche contre BURILE. 307
Seigneur voit que rhomme et la femme sont en péché et qu^ils viennent à repentance, et puis vcmt au baptême de la confession^ pleurant en vraie repentance de cœur et soupirant^ alors il étend sur eux la lai^esse de sa grâce et de sa majesté. Mais quand il voit quMls s^adonnent à la malice en persévérant chaque jour de plus en plus en leur erreur^ alors il en prend aussi cruelle vengeance que nous trouvx)ns en la divine page de la sainte Écriture. Néanmoins ce n^est pas dans le jeu ou le rire ou le divertissement que gît tout le mal ; et tout le bien ne gît pas non plus dans les pleurs et la vie pauvre^ mais il gît au cœur de chacun. Et Dieu^ qui sait et voit à découvert le fond des cœurs^ rendra à chacun sa récompense selon le divin jugement.
503. Mais parce que je ne veux pas que cela tourne à Tennui de personne de tant m^étendre sur mon prologue^ il est nécessaire que je revienne à traiter de la propre matière pour laquelle je commençai à écrire cette œuvre : en quoi Dieu veuille me prêter^ à son plaisir^ sens et force et discrétion.