‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 216 sur 309 · INSTANCES DES MESSAGERS · texte numérisé non relu

INSTANCES DES MESSAGERS

XVII. Nouvelles instances des messagers de Tempereur; ils échouent.

585 . Et quand Conon de Béthune ouït cette réponse, cela lui causa un grand ennui^ et il ne put s^empêcher de dire au comte : « G)m- « ment, sire comte, n'y devons-nous rien avoir? N'y vînmes-nous « pas ensemble comme compagnons? Et nous y avons aussi bien « enduré les peines et les travaux pour Notre-Seigneur. Par Dieu ! « sire comte, il ne m'est pas avis qu'il y ait raison en votre re- « quête, ni que vous dussiez requérir pareille chose à des bergers. Car (( vous voulez avoir les cités et les châteaux, et toute la seigneurie de a la terre, à condition que nous n'y partagions pas; et pourtant « nous avons toujours été dans tous les plus grands besoins de la a conquête. Par ma foi donc, je n'y sais pas autre chose, sinon que (c nous nous préparions à labourer comme des vilains.

586. if Sire comte, sire comte, fait G>non de Béthune, si nous (c nous traitons ainsi les uns les autres et allons nous gardant ran- « cune, je vois bien que nous reperdrons toute la terre; et nous-mêmes ce nous serons perdus, si nous mourons ainsi ; car nous mourrons en a haine mortelle l'un contre l'autre. Et si nous guerroyons entre « nous, avant tout les Grecs seront joyeux. Pour Dieu! comte, ce (C n'est pas nécessaire. Nous vous crions merci de par notre seigneur <c l'empereur, afin que pour Dieu vous lui fassiez raison. D'ailleurs a vous retenez encore assez de sa terre. Certes c'est bien laide et vice laine chose qu'il soit exclu de céans; et c'est une bien grande faute « à vous et une grande déraison, qu'il ait jamais pu l'être.

587. a A quoi bon ce discours? Je vois bien que nous ne faisons ce rien ici. Sire comte, or je vous dirai encore ce que vous ferez, s'il ce vous plaît. Parlez encore à votre conseil, et faites en sorte, pour ce Dieu ! si cela peut et doit être, que cet arrangement se fasse entre ce nous. Car si nous mettons arrière la crainte de Notre-Seigneur, en ce telle manière que nous ne craignions pas de mal faire, et que nous

nous morrions, — » C tjoute etjoiant, — ♦ DE, rechepés, — * CEF omettent tierre, — • CE, sour ifOMS. ~ 7 C, /â hors le Uâsiis; F, il einsi est kor% demoré, 587. — * C, entre nous et vous metons.

« tre, je vos di * ke toute le tîerre en sera pierdue et * destniite^ et î (€ pierderons cankes nos i avommes conquis ^.

588. a Et s'il est ensi toutes voies ke nous nos entrochions en (c tel manière^ dont n'i a plus mais ke nous avant renoions Nostre (( Segneur. Et mal ke mal^ encore nous vaurroit-il mius ke nous « nos enfuissons hors dou païs. Por Diu ! sire cuens des Blans-Dras^ « ne suefre mie ke nous ensi nous destruisons par te coupe; mais c( pren lesbiaus offres ke nous ichi t'offrons *. Et por Diu ! pour chou, ce se tu ses ' les grans' malaises ke nous soufrons là hors^ por chou (c ne nous destraing " mie à che ke nous faisons cose ki nos tourt à a honte ne al descroissement de Tounour de l'empire *.

589. — « Sire Cuenes, dist Aubretins, or saciés bien ke nous ne « nos assentirons * à nul consel ke nous vos lassons * point de le nostre « tierre, ne de le demande ' ke nous vos avons faite. Et se vous ensi (c ne le faites^ assés poés là fors sejorner por nous ; car chaiens ne me- « terés-vous les pies.

590. — a Et se * nous n'avons nul tref ne nul aucube^ dist Pieres (C de Douay^ ù nous nos puissons hierbregier % girons-nous dont « as cans ausi comme mastin '? — Vos girés, dist Aubretins^ au « mius ke vous pores et ke vous sarés; car s'il ne fait ensi comme « vous avés oï, jà chaiens ne serés herbregié. — A chou nous asii sentons-nous^ dist li cuens^ ne jà de nous vous n'emporterés autre « cose. — Segneur, fait mesire Cuenes, et nous retomerons dont « arrière, por dire à mon segneur chou * ke nous avons trové ; et chou « ke il nous * respondera, nous le vous lairons à resavoir chaiens, u <c par nous u par autrui. y>

591 . Dont montent * et revienent à * l'empereour ; et li ont dit • toz

587. — » c ajoute et/ai à savoir, — * C omet pierdue et. -* * C, piecha conquesté à si grant paine; F, et si reperdrons quanque nos avons gaaignié et conquis,

388. — ■ C, souffres..,, la vostre„„ prenais,,., vous faisons, — > D, tu ne souffres. — * C tjoute hascies et les grans, — « C, 5e vous savis.,,. destraingiés, — ^ C, descroisement de Pempire ne de le kounour Pempereour.

DURETÉ DES LOMBARDS. SSg

« commencions la guerre Pun contre l^autre^ je vous dis que toute a la terre en sera perdue et détruite^ et que nous y perdrons tout ce « que nous y avons conquis.

588. « Et s'il est ainsi toutefois que nous devions nous entre-tuer a en telle façon^ alors il ne nous reste plus qu'à renier auparavant <c Notre-Seigneur. Et mal pour mal, encore vaudrait-il mieux que « nous nous en allassions hors du pays. Pour Dieu ! sire comte de « Blans-Dras, ne souffre pas que nous nous détruisions ainsi par ta (t faute ; mais prends les belles offres que nous t^of&ons ici. Et pour a Dieu ! si tu sais les grandes misères que nous souffrons là dehors, « ne nous force pas pour cela à ce que nous fassions rien qui tourne à « notre honte et au décroissement de l'honneur de Tempire.

589. « — Sire Conon, dit Aubertin, sachez bien que nous ne con- (c sentirons à aucun projet qui nous fasse rien laisser de notre terre, ni a de la demande que nous vous avons faite. Et si vous ne le faites a ainsi, vous pouvez séjourner bien longtemps là dehors en nous atfi tendant, car vous ne mettrez pas les pieds céans.

590. a — Et si nous n'avons nulle tente et nul pavillon, dit Pierre a de Douai, où nous nous puissions loger, coucherons-nous donc aux « champs comme des mâtins ? — Vous coucherez, dit Aubertin, le <c mieux que vous pourrez et que vous saurez ; car si cela ne se fait « ainsi que vous avez ouï, vous ne serez pas hébergés céans. — C'est ce de quoi nous sommes d'accord, dit le comte; et de nous vous n'ema porterez pas autre chose. — Seigneurs, fait messire Conon, nous « retournerons donc en arrière, pour dire à monseigneur ce que nous « avons trouvé; et ce qu'il nous répondra, nous vous le ferons savoir « céans^ ou par nous ou par d'autres. »

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