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XXVIII. L'empereur part de Salonique et va au Cytre

64 1 . Quand Tempereur ouït cela, il en fut bien triste, et dit que le traître pensait bien l'avoir attrapé; niais qu'il sache bien qu'il a attrapé lui d'abord, et tout âon lignage après. Et néanmoins Tempereur ne s'effraye de rien, mais il prépare son affaire en Salonique, et fait tant que tous ses hommes soldés se tiennent pour bien payés de lui. Alors il prend congé de l'impératrice, et elle le remercie bien de l'honneur qu'il lui a fait.

642. Il part donc de la ville, et il a tant fait, lui et ses hommes, les uns par mer et les autres par terre, les uns à pied et les autres à cheval, qu'ils sont venus au Cytre. Et lui-même y vint par mer, lui dixième de chevaliers sans plus. Et il n'en laissa pas entrer plus avec lui; car il avait si rudement plu et neigé que les fleuves en étaient si gros et si profonds que les prés et la terre en étaient tout couverts, en sorte qu'à peine les sommiers ne se noyaient pas dedans. Et les hommes étaient si trempés, qu'ils étaient tout comme morts, tant de l'eau que du froid.

643. En cette chevauchée était Conon de Béthune, qui maudissait bien rudement ceux qui l'avaient mené là, et disait que celui qui souffrirait une si grande pénitence pour Notre-Seigneur (de ce qu'ils étaient tout comme coupés de froid et de douleur J, aurait bien mérité le paradis. Et s'ils eurent d'assez grosses payes, ils durent à bon droit les avoir. Que vous dirais-je? Ils se logèrent une nuit devant la Verre; de là ils sont allés au Cjrtre.

644. Or nos gens sont arrivés au Cytre; et là ont trouvé l'empereur et l'armée qui y séjournait. Et messire Orri du Cytre leur a fait tout l'honneur qu'il put; si bien que l'empereur d'abord, et tous ceux de l'armée après, s'en louèrent bien fortement. Alors l'empereur régla son affaire, et s'en alla un soir en Salonique, lui et Conon de Béthune; car on lui dit que ses gens se devaient être tous révoltés contre lui.

ire^ ici et plus bas; mais on trouve plus haut Cytre dans le même manuscrit. G, Cytre. 644. — » C, lor signor Pempefeour et toute son ost. — ' C, onques lor pot faire et tant lor a fait.

645. Puis a atorné se garnison de le tour ki estoit sor le mer; si i lassa Huon Bliaut et autres chevaliers ke jou mie ne sai noumer; apriès che s'en retorna al Cytre. Dont apiela Wistasse son frère et Ansiel de Kaeu, et lor dist : <c Segneur, vous eslirés juskes à trente « homes des plus preudomes ke vous poré§ trouver en ceste ost; puis « vous en aies ou val de le Venisce, et passés * le Closure avant ke li « Lombart Paient garnie, et le gardés près juskes à nostre venue. » Et il dient ke volentiers feront son comandement ; puis ont passée le Clo-

sure •,

646. Entre ces coses *, mandèrent li Lombart une pais à Tempereour tel comme je vous dirai ; et en fu Robiers de Mancicourt messages à Tempereor, et dist : ke il le conte des Blans-Dras delivrast^etle mesist en possession de le baillie * del roiaume de Salenyke dont il Tavoit dessaisi; et puis alast al Corthiac, et il iront * illuec à lui por droit faire. « Or, biaus amis, fait li empereres au message *, vous « meismes poés ore bien savoir se cette demande est raisnable, et ce s'il i a raison. Or me doinst Dex tant vivre, se lui plaist, ke jou « me pensée ' puisse d'aus esclairier •. »

647. Chis mandemens fu aportés à l'empereour, ensi comme vous avés oï, par un joesdi absolu; et le jour de le Paske, apriès mangier, se parti li empereres dou Cytre, atout son ost, et dist bien ke mais ne retornera arrière, si aura auques se volenté acomplie des Lombars, ki tant d'anuis li ont fais. Dont passa li empereres le Closure tôt seriement, et vint juskes à le Venisce, ù il trova se gent en joie et en grant solas. Et là renvoierent Lombart por tel parole meismes comme vous avés oïe *.

648. L'empereres voit bien ke Lombart ne le gaitent seulement

645. — « C, irés passerés. — * CDE omettent avant ke U Lombart^ etc.

646, — » C, e/ endementiers, — » CF omettent de le bailHe, — » D, iroit, — ♦ C omet ûm wussage. — * C, mon cuer ; F, ma pensée et mon cuer, — • G, Quant H Lombart entendirent ta venme Pempereour, il envolèrent à lui Robert de Mancicourt, et U mandèrent que se il voloit délivrer

POURPALERS AVEC LES LOMBARDS. BpS

645. Alors il a ordonné sa garnison de la tour qui était sur la mer^ et il y laissa Hugues Bliaud et autres chevaliers que je ne saurais nommer; après quoi il s'en retourna au Cytre. Alors il appela Eustache son frère et Anseau de Cayeux, et leur dit : « Seigneurs, vous a choisirez jusques à trente hommes des plus prud'hommes que vous « pourrez trouver en cette armée ; et puis allez- vous-en au val de la « Venisce, et passez la Qosure avant que les Lombards Talent garce nie, et gardez-la de près jusqu^à notre venue. » Et ils disent qu^ils feront volontiers son coinmandement; puis ils ont passé la Closure.

XXIX. L'empereur repousse les propositions des Lombards et se prépare

au combat.

646. Entre ces choses, les Lombards envoyèrent proposer à l'empereur une paix telle que je vous dirai ; et Robert de Mancicourt en fut le messager près de l'empereur, et dit : qu'il délivrât le comte de Blans- Dras, et le mît en possession de la régence du royaume de Salonique dont il l'avait dessaisi; et puis qu'il allât au Corthiac, et qu'eux iront là vers lui pour faire droit. « Or, bel ami, fait l'em- « pereur au messager, vous-même pouvez à présent bien savoir si « cette demande est juste, et s'il y a raison. Dieu me donne de vivre <c tant, s'il lui plaît, que je puisse montrer ma pensée sur eux. »

647. Ce message fut apporté à l'empereur, ainsi que vous avez ouï, un jeudi saint; et le jour de Pâques (6 avril 1208), après dîner, l'empereur partit du Cytre av^c son armée, et dit bien qu'il ne retournera plus en arrière, mais qu'il aura bientôt accompli sa volonté sur les Lombards, qui lui ont fait tant d'ennuis. L'empereur passa donc la Closure tout au soir, et vint jusques à la Venisce, où il trouva ses gens en joie et en grande aise. Et les Lombards renvoyèrent là pour la proposition même que vous avez ouïe.

648. L'empereur voit bien que les Lombards le guettent seule-

le conte de Blandras et remetre en la bailHedu roiaume deSalenique en otel point que il en {l'en) otta, il iroient devant lui pour faire droit par le dit de Lombart et de Fransois. De ce mant ot H empereret grand desdaing, et dist que, se Dieus plaisoit, encor averoit il raison d'eus, 647. — • C, Umbart, chargiet de tele parole à Pempereour corne devant avés oî.

394 HISTOIRE DE l'eMPEREUR HENRI.

fors por lui dechevoir. Lors s'en vait viers le pont de Larse ; et se logent à douze miles priés, car toutes voies oïst-il leur renonc * volentiers. Car il avoit envoie un evesque et un viel ' chevalier par lesquels il lor avoit mandé ke il feroit volentiers pais à aus, s'il of&oient cose ù il i evust raison ; si k'il demorassent en le terre, et il lor donroît encOTc de le soie por acroistre le lor, mais k'il fussent si home, et k'il 11 fesissent houmage et seurté \ Et Lombart disent k'il n'en feroient riens ; car il ont lor conestable * en cui il ont toute lor esperanche '.

649. Li message ke li empereres i avoit envoies revinrent à i'empereour, et li disent : « Sire, se vous volés * avoir pais as Lombars, il « convient premièrement ke vous delivrésle conte de Blans-Dras, etke « vous apriès le metés en posession de se baillie ; et puis vous en aies « al Corthiac, et là vos venront-il faire droit, si avant comme il deve- « ront. Et s'il vous desplait à sejomer al Corthiac, retomés vous ent « en * Constantinoble, et là vos referont che meismes, par le los de « Lombars et de François. Et bien vous mandent ' ke il ne vous en (c responderont * autre cose. »

650. Et quant li empereres ot le response * des Lombars et le grant orguel, il fu si durement estains d'ire ' ke il ne desist un * mot cui li donnast grant cose. Il séoit adont au mangier; et il se leva de le table * par si grant aïr, k'il trébucha par terre le maistre dois ù il séoit. Et dont jura ke, puiske Lombart ne voelent en viers lui faire pais ne acorde, ke il saura se Lombart aront pooir contre lui.

65 1. Adont commanda li empereres ke si tref fussent destendu; car il vaurra, che dist , jesir au pont. Dont fait crier li empereres aval Tost ke cascuns s'armast*; puis chevaucierent droit viers le pont de Larse. Li empereres fist ses batailles rengier et ordener, et se plainst des Lombars à toz ses chevaliers. Lors envoia chevaliers

643. — ' E, renom; F^renons; C, oroit il volentiers lor renonchement. — * C, «oiiyel. — * C, feulé, — ♦ Aimé Buffois. — » G, e/ pour ce que il avoit pou de gent pour le pals dejèudre contre les BlaSf bien vosist que li Lombart demourassent ou pals par si que ilfeissent vers lui cowmeà seigneur. Pour ce envoia à eus savoir se on trouveroit nulle pais raisonnable; mais il ne tôt {forent) autre chose respondre que il avoient mandé.

l'empereur se prépare au combat. 395

ment pour le tromper. Alors il s'en va vers le pont de Larse, et on se loge à douze milles de là^ car il eût toutefois ouï volontiers quMIs renonçaient. Or il avait envoyé un évêque et un vieux chevalier par lesquels il leur avait mandé qu'il ferait volontiers la paix avec eux, s'ils offraient chose où il y eût raison ; de sorte qu'ils demeurassent en la terre, et que lui leur donnât encore de sa terre pour accroître la leur, pourvu qu'ils fussent ses hommes, et qu'ils lui fissent hommage et serment. Et les Lombards dirent qu'ils n'en feraient rien; car ils ont leur connétable en qui ils ont toute leur espérance.

649. Les messagers que l'empereur y avait envoyés revinrent à l'empereur, et lui dirent : « Sire, si vous voulez avoir la paix avec les <c Lombards, il convient premièrement que vous délivriez le comte de <c Blans-Dras, et après que vous le mettiez en possession de sa ré- <c gence; et puis allez- vous en au Corthiac, et là ils viendront vous <c faire droit, autant qu'ils devront. Et s'il vous déplaît de séjourner a au Gonhiac, retoiimez-vous-en à Constantinople, et là ils vous « feront la même chose, au dire de Lombards et de Français. Et ils « vous mandent bien qu'ils ne vous en répondront pas autre chose. »

650. Et quand l'empereur ouït la réponse des Lombards et leur grand orgueil, il fut si rudement étourdi de colère qu'il n'eût pas dit un mot à qui lui eût fait le plus grand don. Il était alors assis pour manger, et il se leva de table en si grande fureur, qu'il renversa par terre le beau siège où il était assis. Et dors il jura que, puisque les Lombards ne veulent faire avec lui paix ni accord, il saura si les Lombards auront la force contre lui.

65 1 • Alors l'empereur commanda que ses tentes fussent détendues; car il voudra, dit-il, coucher au pont. L'empereur fit donc crier dans le camp que chacun s'armât ; puis ils chevauchèrent droit vers le pont de l'Arse. L'empereur fit ranger et ordonner ses corps de bataille, et se plaignit des Lombards à tous ses chevaliers. Alors il envoya des

649. — > F« ef li distrent que s'il velt, etc. Tout le discours est en style indirect dans ce manuscrit. — ' C, retraités artère «1. — * C, mandent par nous. — « C, feront»

650. — » C, oï te mandement. —* C^ orguel quifu en oes, fu si esmeus d'ire et de rage. -^ » C, un tout seul. — ♦ C, «*«i leva,

65i. — 1 "Cf/ust armés et apareilliés.

avant por savoir se Lombart avoient le pont desfait ^ u se ' il estoit ' entiers *.

652. Si i fu envoies Guîilaumes de Sains, et chil de Bielmés, et Gossiaus li Moines, Hemous de Vilers, Gantiers de le Rivière, Robiers de Bove ; et che fu chil ki premiers passa * le pont. Si i fii Aalars de Kieri, Guiilaumes d'Arondiel et Raous ses compains, et uns chevaliers ki Pieres fu apielés, et iert de le maisnie Guillaume de Biaumés. Si y fu Gadous de Kieri, et Gilles de Brebiere, et Gerous de Levincourt *.

653. Lors vinrent nostre chevalier * au pont, et arbalestrier * avoec els ke li empereres i avoit envoies. Et Nostre Sires lor aida tant ke il troverent le pont entir. Et Robiers de Bove se met sus premièrement, et li autre s'aroutent apriès. Dont voient ' descendre Lombars ki lor vienent à rencontre ; et li nostre, comme preu et hardi, les recuellent as glaives \ Là ne fu mie Gossiaus li Moines laniers, ains s^i maintint comme chevaliers preus et aidans * ; et sovent recouvroient entour lui si compaingnon.

654. Et saciés ke il en i ot des autres ki molt furent preudome de lor cors à celui besoing, si comme Guiilaumes de Sains, Emous de Vilers, Gantiers de le Rfviere et Aalars de Kieri. Et tant fisent ' ke li pons fu détenus tant ke chil ki estoient arrière furent venu. Nostre gent passèrent le pont comme chil ki bien en conquisent rentrée par lor proeches. Et si i ot un petit siergant ke on apieloit Capitiel, ki molt s'i prova bien ' ; et le disent tout li nostre ke che fii uns de cels ki là fussent, ki mius le fist.

655. Nostre gens coitierent Lombars de si priés ke il les remisent par droite forche * ou castiel, et conquisent tierre sur aus juskes à le maistre porte ; et si abatirent de lor chevaliers et retinrent. Molt i ot

53i. . a DE omettent se, — ^ C ajoute encore tous; F ajoute seulement encore. — * G, Li Lombart avoient leur tentes tendues entre le chastel et /. pont qui estoit sur une grant eaue. Pour ce enpoia li empereres une partie de sa gent pour le pont saisir,

652. — » C, tous premiers passa outre, — * C, Lemiconrt ou Leinicourt,

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