G omet il les fera assaillir
4o8 HISTOIRE DE l'eMPEREUR HENRI.
bien ke il les fera * honnir des cors '. Et quant il entra en Thebes, dont pevussiés oïr un si grant polucrone de palpas et d^alcontes^ et d^oumes' et de femes, et si grant tumulte * de t3niibres, de tabours et de trompes, ke toute li terre en trambloit *. Ke vaut chou ? Tout vienent encontre lui pour obéir à son conmiandement.
673. Li empereres est entrés en Thebes; mais avant k'il entrast en le ville, il descendi *, si ke li archevesques et li clergiés le menèrent au moustier Nostre Dame. Là rendi grâces à Nostre Segneur de Pounour ke illi avoit consentie à avoir en cest siècle. Puis ist hors dou moztier et fait asseoir le castiel, et di§t ke il Passauroit * se il ne li rendent \ Mais Lombart dient ki dedens sont ke il nen renderont mie.
674. Dont fait drechier mangouniaus et arrengier ses arbalestriers entour les fossés, et fait traire * et jeter à le maistre firemeté *. Mais chou est por noient, car trop est li castiaus fors. Dont fist Hues d^Aire faire un cat , et le fist bien cuirier et acesmer; et quant il fu toz fais, si le fisent mener par desus le fossé. Et fu, celé viesprée, mauvaisement gardés ; si Tarsent chil dou castiel % en tel manière c'onkes ne pot iestre secourus d'oume * de defors.
675. L'endemain, les assaillirent mesléement siergant et chevalier ensamble ; et chil dedens se deffendoient molt asprement *, et jetoient pierres et traioient quariaus molt espessement, et molt blechoient des nostres. Guillaumes dou Caisnoit estoit entrés el fossé, et faisoit passieres ' à s'espée pour monter amont. Et quant chil de laicns le perchurent, si li jetèrent pieres ', et tant fisent ke il le navrèrent ou ohief et en le main. Ne onkes por chou ne guerpi Tassant;
672. - » C ajoute tous destruire e/. — » F ajoute, que vaut ce? la vile leur fu rendue. — * F ajoute de quebres.^* CE, tombist; F, retentissoit.
673. — » C ajoute à piet de son cheval, — » C, asaurra, — « C ajoute par pais.
L* EMPEREUR ENTRE A THÊBES. 4O9
bien quUl les fera maltraiter de leur personne. Et quand il entra en Thèbes, vous eussiez pu ouïr de si grands vivat de papas et d'archontes, et d'hommes et de femmes^ et si grand tumulte de timbales^ de tambours et de trompes, que toute la terre en tremblait. A quoi bon ce discours ? Tous viennent à sa rencontre pour obéir à son com^ mandement.
673. L'empereur est entré en Thèbes; mais avant qu'il entrât en la ville, il descendit de cheval, en sorte que l'archevêque et le clergé le menèrent à l'église Notre-Dame. Là il rendit grâces à Notre-Seigneur de rhonneur qu'il lui avait accordé d'avoir en ce siècle. Puis il sort de l'église et fait assiéger le château, et dit qu'il l'attaquerait si on ne le lui rend. Mais les Lombards qui sont dedans disent qu'ils ne le rendront pas.
674. Alors il fait dresser des mangoneaux et ranger ses arbalétriers autour des fossés, et fait tirer et lancer contre la principale forteresse. Mais c'est pour néant, car le château est trop fort. Alors Hugues d'Aire fit faire un chat, et le fit bien cuirasser et préparer; et quand il fut tout fait, ils le firent mener par-dessus le fossé. Et il fut, cette soirée, mal gardé; et ceux du château le brûlèrent, de telle sorte qu'il ne put être secouru par personne du dehors.
XXXV. Continuation du siège; le château de Thèbes se rend; le comte de
Blans-Dras est mis en liberté.
675. Le lendemain, sergents et chevaliers les assaillirent mêlés ensemble ; et ceux de dedans se défendaient bien vivement, et lançaient des pierres et tiraient des carreaux bien dru, et blessaient beaucoup des nôtres. Guillaume du Chesnet était entré dans le fossé, et faisait des pas dans le mur avec son épée pour monter en haut. Et quand ceux de dedans l'aperçurent, ils lui lancèrent des pierres, et firent tant qu'ils le blessèrent à la tête et à la main. Mais jamais pour cela il ne
674. — » CE,/<m/ traire. — » C^fortereche, — ' C, d/ qui estaient ou chastiel tarsetU. — ^ C, rescous pour home quifust châ.
675. — • DEF omettent molt asprement* — * F, pas, **> D, passieres,
ains Ten donnèrent le pris au départir tout chil ki à Passant estoient.
676. Mais sans faille *, il est vérités ke on ne puet mie faire grant hardement de legier ke il nM ait folie. Et li troi ki plus s^abandonnoient à cel a3saut furent né de * Valenchienes. Si ot non li uns Roimondins ', li autres Sohiers li Panetiers , et li autres Franques de Chausmes *; mais chil Franques i fu navrés mortelment en le tieste. Molt fu grans li assaus ke li escuier rendirent au castiel en celui jor ; et molt se travellierent de drechier les escieles au mur ; mais chil ki là dedens estoient se defiendoient cascuns comme por soi meismes.
677. Guillaumes dou Caisnoit faisoit passieres * ou fosset de s'espée, si comme j'ai dit; mais chil de desus li jetèrent d'amont pieres * por lui acraventer, s'il le pevussent faire. Et nostre archier et nostre arbalestrier traioient à cels dedens sajetes et quariaus : mais ne valoit riens ', car trop se deffendoient asprement * en jetant pieres et peus agus. Et si avoit vilains ki à nostre gent jetoient de pieres en grans fondes • ki molt mervelleusement lor grevoîent.* Molt i estoit grans li hus et li noise. Ke vous diroie-jou? Se chil defors assaillissent ausi asprement * comme chil dedens se deffendoient^ li castiaus eust esté tost pris; mais il assailloient lentement et perecheusement.
678. Quantli empereres vit kepar assaut ne porroit le castiel avoir, si fist sonner le retrait ; puis fist querre carpentiers partout por faire escieles, et bierfrois et grans cliiers \ Et chil dedens se deffendoient selonc lor * pooir; mais riens ne lor vaut deffense, si comme jou croi; car les escieles sont faites, hautes et grans et bien chevillies. Et quant Lombart les virent, s'il en furent esbahi che ne fu mie miervelle.Ke vous conteroie-jou ? Ils fisent parler de le pais, et Aubretins et Ravans ' mandèrent les trives *.
679. Et chi en dedens, il ont mandé à l'empereour et mis en aban-
676 — » F omet sans faille; C, mais je vous di sans faille que, — ^F^nés devers, — » C, Romondins; E, Reimondis, — * F, li uns ot non Rouendins, li autre ot à non Seikiers li Panetiers, et li tiers Franques de Charmes.
677. — » F, passaje. — ^C, et cil dou chastiel gietoient li molt grandes pieres. ->* C, «e tor
SIÈGE DU CHATEAU DE THÈSES. 41 î
laissa l'assaut^ et en partant tous ceux qui étaient à Tassant lui en donnèrent Thonneur.
676. Mais sans mensonge, il est sûr qu'on ne peut facilement faire grande hardiesse sans qu'il y ait folie. Les trois autres qui s'exposèrent le plus à cet assaut étaient natifs de Valenciennes. L'un eut nom Remondin, l'autre Sohier le Panetier, et l'autre Franque de Chaumes; mais ce Franque y fut blessé mortellement à la tête. Il fut bien grand l'assaut que les écuyers livrèrent au château en ce jour ; et ils s'efforcèrent bien de dresser les échelles contre le mur; mais ceux qui étaient là-dedans se défendaient chacun comme pour soi-même.
677. Guillaume du Chesnèt était dans le fossé, faisant des pas dans le mur avec son épée, ainsi que je l'ai dit ; mais ceux de dessus lui jetaient d'en haut des pierres pour l'écraser, s'ils l'eussent pu faire. Et nos archers et nos arbalétriers tiraient à ceux de dedans des flèches et des carreaux ; mais cela n'y faisait rien, car ils se défendaient vivement en jetant des pierres et des pieux aigus. Il y avait aussi des vilains qui avec de grandes frondes lançaient à nos gens des pierres qui leur faisaient merveilleusement de mal. Les cris et le tumulte étaient bien grands. Que vous dirais-je ? Si ceux du dehors eussent attaqué aussi vivement que ceux du dedans se défendaient, le château eût été bientôt pris ; mais ils attaquaient lentement et paresseusement.
678. Quand l'empereur vit qu'il ne pourrait prendre le château d'assaut, il fit sonner la retraite; puis il fit quérir partout des charpentiers pour faire des échelles, et des beffrois et de grandes claies. Et ceux du dedans se défendaient selon leur pouvoir; mais la défense ne leur sert de rien, à ce que je crois; car les échelles sont faites, hautes et grandes et bien chevillées. Et quand les Lombards les virent, ce ne fut pas merveille s'ils en furent ébahis. Que vous conterais-ie ? Ils firent parler de paix , et Aubertin et Ravan envoyèrent demander une trêve.
679. Et dans l'intervalle, ils ont envoyé à l'empereur et mis en
paioit nule riens. — * CDE, apiertement. — » CEF, jetaient as fondes les grans pierres poi' gnans. ~ * C apertement,
678. ~ 1 F, dotes ; D omet et grans cliiers, — ' C, cascuns de trestout son, ^ ' D, RoUans. ^ * C ajoute dusques à un tierme.
don * tous lor fiés et lor terres. Et li donnèrent grans dons^ et li rendirent le castiel ; et li empereres en rechut les clés. Et ensi furent tout acordé d'une part et d'autre, et si fu li cuens tles Blans-Dras délivrés ; mais puis * fist-il tant de maies œvres ke jamais ne poroient estre amendées à s'ounour. Li cuens des Blans-Dras fu délivrés, et si fu envoiiés Peins de Lyons por lui délivrer. Si le trouva en Salenyke, et li dist ke il le menroit droit à l'empereour por oïr le droit de le court.
680. Dont se mist li cuens au chemin, et lassa chelui de Thebes par mauvais consel, por eschiver Tempereor, et torna viers Negrepont *. Et Poins de Lyon revint à l'empereour, et li conta comment li cuens s'en aloit viers Negrepont, par mauvais consel ke il avoit creu. Et quant li empereres oï chou, si Ten anoia molt. « Comment dont, dist « li empereres, ne venra-il mie chà? ' — Sire, non, fait Poins de « Lyons; ains dist bien k'il se vengera de vous. » Ke vous diroiejou? Li castiaus est rendus, et li cose remest ensi : tout fisent leur pais à Tempereour, fors seulement li cuens des Blans-Dras. Mais cliil en esploita si folement, comme li contes devisera chi-apriès, s'il est ki le vous die.
681. Li empereres ala à le maistre eglyse d' Athaines * en orisons ; chou est une eglyse c'on dist de Nostre Dame; et Othes de le Roche, ki sires en estoit (à cui li marchis Tavoit donnée), l'i honnera ' de tout son pooir. Là sejoma li empereres deus jors, et au tierc s'en ala vers Negrepont. Le nuit se jut à un casai, et se reposa juskes àl'endemain, ke Bauduins de Pas li dist ke li cuens des Blans-Dras estoit à N^repont. « Et saciés, sire, ke jou dormi anuit à Negrepont *, et là ai-jou « entendu ke se vous i aies, il vous prendera. » Et quant li empereres l'oï, si en fu molt dolans; et dist* ke jà por chou ne laira ke il n'i voist.
679. — I C, chil en dedens abandonnèrent il à Pempereour, — > D omet puis,