‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 27 sur 309 · RETOUR DES MESSAGERS · texte numérisé non relu

RETOUR DES MESSAGERS

tées devant le doge dans le grand palais^ où était le grand conseil et le petit. Et quand le doge leur livra ses chartes^ il s^agenouilla pleurant beaucoup, et jura sur reliques de bonne foi de bien tenir les conventions qui étaient dans les chartes, et tout son conseil aussi, qui était de quarante-six personnes. Et les messagers à leur tour jurèrent détenir leurs chartes, et qu^ils tiendraient de bonne foi les serments de leurs seigneurs et les leurs. Sachez quUl y eut là mainte larme de pitié versée. Et aussitôt Tune et Tautre partie envoyèrent leurs messagers à Rome au pape Innocent , pour quUl confirmât cette convention; et il le fit bien volontiers.

32. Alors les messagers empruntèrent cinq mille marcs d'argent dans la ville, et les baillèrent au doge pour commencer la flotte. Ils prirent ainsi congé pour retourner en leur pays, et ils chevauchèrent dans leurs journées tant qu'ils vinrent à Plaisance en Lombardie. Là ils se séparèrent : Geoffroi le maréchal et Alard Maquereau s^en allèrent droit en France; et les autres s'en allèrent à Gênes et à Pise pour savoir queUe aide on y ferait à la Terre d'outre-mer.

33. Quand Geoffroi le maréchaT de Champagne passa le mont Cenis, il rencontra le comte Gautier de Brienne, qui s'en allait en Pouille conquérir la terre de sa femme, quMl avait épousée depuis qu'il avait pris la croix , et qui était fille du roi Tancrède. Avec lui s'en allait Gautier de Montbéliard et Eustache de Conflans, Robert de Joinville, et grande partie des bonnes gens de Champagne, qui étaient croisés.

34. Et quand il leur raconta les nouvelles comment ils avaient opéré, les autres en firent bien grande joie, et prisèrent fort l'afTaire, et lui dirent : « Nous sommes déjà en marche ; et quand vous viena drez, vous nous trouverez tout prêts. » Mais les aventures adviennent ainsi qu'il plaît à Dieu , et ils n'eurent plus le pouvoir de rejoindre Parmée. Ce fut grand dommage ; car ils étaient bien preux et vaillants. Et ils se séparèrent ainsi, et chacun suivit sa voie.

33. — I A, Moncenins, — * Gautlet \l\ , comte de Brienne, reTendiquait le comté de Lecce pour sa femme Albérie ou Marie, fille de Tancrède. — ' A omet prise. — ^ A, CoveUmt.

34. — * A, en firent muU, ~ > BCDE, Diex veut. CDE omettent ce qui suit jusques et y compris et vaillant.

35. Tant chevaucha Joffirois 11 mareschaus par ses jornées que il vint à Troies en Champaigne^ et trova son seignor le conte Tibaut malade et deshaitié; et si fu mult liez ^ de sa venue. Et quant cil li et contée la novele cornent ' il avoient esploité^ si fu si liez qu^il dist qu'il chevaucheroit, ce qu'il n'avoit pieça fait; et leva sus et chevalcha '. Alas ! con granz domages ! car onques puis ne chevaucha que celé foiz *.

36. Sa maladie crut et esforça tant que il fist sa devise et son lais ; et départi son avoir, que il devoit porter *, à ses homes et à ses compaignons^ dont il avoit mult de bons (nus homes à cel jor' n'en avoit plus). Et si commanda, si con chascuns recevroitson avoir, que il jureroit sor sains Tost de Venise à tenir, ensi con il Tavoit promis. Mult i ot de cels qui malvaisement le tindrent, et mult en furent blasmé. Une autre partie comanda li cuens de son avoir à retenir por • porter en Post, et por départir là où en verroit que il serroit miex * emploie.

37. Ensi morut li cuens; et fu uns des homes del monde qui fist plus bêle fin. Enqui ot mult grant pueple assemblé de son lignage et de ses homes. Del duel ne convient * mie à parler qui illuec fu faiz ; que onques plus granz ne fu faiz por home ; et il le dut bien estre, car onques hom de son aage ne fu plus amés de ses homes ne de l'autre gent. Enterrez fu delez son père au mostier de monsegnor Saint Estiene à Troies. La contesse remest, sa feme, qui Blanche avoit nom, mult bêle, mult bone, qui ère file le roi de Navarre, qui avoit de lui une filliette, et ère grosse d'un fil*.

38. Quant li cuens fu enterrez, Mahius de Monmorenci, S)rmons

35. — » C ajoute de la novele ef.— « C, li conta cornent,^ * CDE, que il chevaueheroit bien, et que il ne sentoit nul mal; H se leva sus, et dist que il chevaueheroit, chou que il n'avoitfait piechà, A , pièce au lieu de piecà. — * F, dont se leva et chevaucha à celé eure, c'onques puis ne li avint.

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