LES CROISÉS CHERCHENT UN CHEF
de Montfort, Geoffroi de Joinville, qui était sénéchal, et Geofifiroi le maréchal allèrent au duc Eude de Bourgogne^ et lui dirent : <c Sire^ « ton cousin est mort ; tu vois le dommage qui est advenu à la Terre « d'outre-mer. Pour Dieu nous te voulons prier que tu prennes la « croix et secoures la Terre d'outre-mer à la place de lui ; et nous te a ferons bailler tout son argent^ et te jurerons sur reliques, et te le « ferons Jurer par les autres, que nous te servirons de bonne foi, ainsi <c que nous eussions fait lui-même. »
39. Telle fut sa volonté qu'il refusa. Sachez qu'il eût pu bien mieux faire. Les messagers chargèrent Geoffroi de Joinville de faire pareille offre au comte de Bar-le-Duc Thibaut, qui était cousin au comte qui était mort; et il refusa aussi.
40. Bien grand fut le déconfort des pèlerins et de tous ceux qui devaient aller au service de Dieu, à la nouvelle de la mort du comte Thibaut de Champagne ; et ils tinrent une assemblée au commencement du mois à Soissons , pour savoir ce qu'ils pourraient faire. Là furent le comte Baudouin de Flandre et de Hainaut, et le comte Louis de Blois et de Chartres, le comte Geoffroi de Perche, le comte Hugues de Saint-Paul ,• et maints autres prud'hommes.
41. Geoffroi le maréchal leur adressa la parole, et dit l'offre qu'ils avaient faite au duc de Bourgogne et au comte de Bar, et comment ils avaient refusé. « Seigneurs, fait-il, écoutez; je vous con- « seillerais une chose, si vous y consentez. Le marquis de Montferrat « est bien prud'homme, et un des plus prisés qui aujourd'hui vive. Si « vous lui mandiez qu'il vînt ici, et prît le signe de la croix, et qu'il se « mît au lieu du comte de Champagne , et que vous lui donnassiez le « commandement de l'armée, bien vite il le prendrait. »
42. Il y eut assez de paroles dites en avant et en arrière ; mais la fin de ces paroles fut telle que tous s'accordèrent les grands et les petits ; et les lettres furent écrites et les messagers élus, et on l'envoya