‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 48 sur 309 · NOUVEAU DÉSACCORD A CORFOU · texte numérisé non relu

NOUVEAU DÉSACCORD A CORFOU

sa rencontre, et mener maint beau destrier. Ils le recurent ainsi avec bien grande joie et bien grand honneur. Et il fit tendre sa tente au milieu de l'armée; et tout auprès fut tendue celle du marquis de Montferrat, à la garde de qui l'avait recommandé le roi Philippe, qui avait sa sœur pour femme.

XXIV. Comment les chefis des croisés retim*ent ceux qui voulaient

quitter Varmée.

11 3. Ils séjournèrent ainsi trois semaines en cette île, qui était bien riche et bien plantureuse. Et pendant ce séjour leur advint une mésaventure qui fut fâcheuse et dure; car une grande partie de ceux qui voulaient disperser l'armée, et qui s'y étaient montrés autrefois contraires , parlèrent ensemble et dirent que cette chose leur semblait bien longue et bien périlleuse, et qu'ils resteraient en l'île, et laisseraient l'armée s'en aller ; et que par le canal de ceux de Corfou (et quand l'armée s'en serait allée) , ils enverraient au comte Gautier de Brienne, qui alors tenait Brandis, pour qu'il leur envoyât des vaisseaux pour aller à Brandis.

114. Je ne puis pas vous nommer tous ceux qui travaillèrent à cette œuvre, mais je vous en nommerai une partie, parmi les plus grands chefs. De ceux-là fut Eudes le Champenois de Champlitte, Jacques d'Avesnes, Pierre d'Amiens, Gui le châtelain de Coucy, Oger de Saint-Cheron, Gui de Chappes et Clerembaud son neveu, Guillaume d'Aunoi, Pierre G)iseau , Gui de Pesmes et Edmond son frère. Gui de Conflans, Richard de Dampierre, Eudes son frère, et maints autres qui leur avaient promis par derrière qu'ils se tiendraient de leur parti , et qui par honte ne l'osaient montrer par devant; en sorte que le livre témoigne bien que plus de la moitié de l'armée se tenait en leur accord.

11 5 . Et quand le marquis de Monferrat ouït cela , et le comte Baudouin de Flandre, et le comte Louis, et le comte de Saint-Paul,

omtl de Cor/ot. — ♦ A, renvoieroient, -^^¥,14 mandèrent quHL,.. si iraient à lui à Brandri\, 1 14, — « CDE, des plus chievetains et des plus maistres. — * A, Apernes, — » A, Clarishau\ de Mex. — ♦ A, Ainoi, — * A, Haimines, — • CDE omettent de Vost,

qui se tenoient à lor acort ^ si furent mult esmaié et distrent : « Sei- « gnor^ nos sommes bailli. Se ceste gens se partent de nos avec cels « qui s^en sunt parti par maintes foiz^ nostre os sera failie^ et nos ne « porons nule conqueste faire. Mais aions à els et ior cheons as piez', « et lor crions merci; que il aient por Dieu pitié d'els et de nos, et que « il ne se honissent', et que il ne nos' toillent la rescosse d'oltremer. »

1 16. Ensi fu li consels acordez; et alerent tuit ensemble en une valée où cil tenoient lor parlement, et menèrent avec als le fil Tempereor de Costantinople, et toz les evesques et toz les abez de Post. Et cum il vindrent là, si descendirent à pié *. Et cil, cum il les virent, si descendirent de lor chevaus ' et alerent encontre ' . Et li baron lor chéirent as piez, mult plorant; et distrent que il ne se movroient * tresque cil aroient créante que il ne se movroient d'els.

117. Et quant cil virent* ce, si orent mult grant pitié et plorerent mult durement * quant il virent lor seignors et lor parenz * et lor amis chaoir à lor piez. Si distrent que il en parleroient; et traistrent à une part, et parlèrent ensemble. Et la summe de lor conseil fu tels * que il seroient encor avec els tresque à la • saint-Michel, par tel couvent que il lor jureroient sbr sainz loialment que dèsenqui • en avant, de' quel eure que il les en • semonroient, dedenz les quinze jors • que il lor donroient navie à bone foi, sanz mal engin, dont il porroient aler en Surie '\

118. Ensi fu otroié et juré; et lors ot grant joie par tote Tost. Et se recuillirent * es nés, et li cheval furent mis • es vissiers.

1 1 5. — I A omet et lor cheons as pie^, — > CDE omettent et que il ne se homssent. — * ABF omettent nos.

116. ~ * CDE ajoutent de lor chevaus. ~ * CDE, des lor. — s CDE, contre iaus. — < B, lo^rotent; CDE, mouveroient jamais ; F, se movroient jamés d*ilec.

117. — > CDE, oîrent. — ' BCDE, tendrement ou tenrement. Après plorerent, B ajoute d'autre

l'accord se rétablit. 67

et les barons qui se tenaient en leur accord^ ils furent bien troublés et dirent : <c Seigneurs^ nous sommes mal lotis. Si ces gens se sépa- « rent de nous^ après ceux qui s'en sont par maintes fois séparés^ c( notre àrmëe sera ruinée^ et nous ne pourrons faire nulle conquête, tf Majs allons à eux et tombons à leurs pieds^ et leur crions merci; « que pour Dieu ils aient pitié d^eux et de nous^ et qu^ils ne se désho- « norent pas, et qu'ils ne nous enlèvent pas la délivrance d'outre- « mer. »

116. Ainsi fut arrêté Iç conseil; et ils allèrent tous ensemble en une vallée où ceux-là tenaient leur parlement, et menèrent avec eux le âls de l'empereur de Constantinople, et tous les évêques €t tous les abbés de Tannée. Et quand ils arrivèrent là, ils se mirent à pied. Et quand ceux-là les virent, ils descendirent de leurs chevaux et allèrent à leur rencontre. Et les barons tombèrent à leurs pieds, pleurant beaucoup; et dirent qu'ils n'en bougeraient jusqu'à ce que les autres eussent promis qu'ils ne les quitteraient pas.

117. Et quand ceux-là le virent, ils eurent bien grande pitié, et pleurèrent bien fort en voyant leurs seigneurs, leurs parents et leurs amis tomber à leurs pieds. Et ils dirent qu'ils en parleraient; et se retirèrent à part, et parlèrent ensemble. Et la fin de leur conseil fut telle qu'ils seraient encore avec eux jusqu'à la saint- Michel, à condition qu'on leur jurerait sur reliques loyalement que de là en avant, à quelque moment qu'ils en fissent la demande, dans les quinze jours on leur donnerait de bonne foi, sans tromperie, une flotte avec quoi ils pourraient aller en Syrie.

1 18. Ainsi fut-il octroyé et juré; et alors il y eut grande joie dans toute l'armée. Et ils entrèrent dans les nefs, et les chevaux furent mis dans les huissiers.

part — » CDEF omettent et lor paren\, — * CDE, U consaus lor aporta, — * C, ^ te nuit. — « CDE. de cet jour. — ' A omet de,—*K omet e». — » F omet dedeni, etc. — «• F, par laquele U pomroient bien aler en la terre de Surie.

1 18. — » A, recuiUerent; CDE, et U os en ot mult grantjoie et se remisent, — » CDE omettent furent mis.

1 19. Ensi se partirent del port de Corfol la veille de Pentecoste qui fu mil et deus cens anz et trois après Tincamation Nostre Spignor Jesu Crist. Et enqui furent totes les nés ensemble, et tuit li vissier et totes les galies de Tost, et assez d'autres nés de marcheanz qui avec aus * s'erent aroutées. Et li jorz fu bels et clers *, et li venz dolz et soés; et il laissent aler les voiles al vent •.

1 20. Et bien tesmoigne Jofirois li mareschaus de Champaigne ', qui cestetEvre dita (qui aine * n'i menti de mot à son escient, si con cil qui à toz les conseils fu), que onc si bêle chose • ne fu veue. Et bien sembloit estoire * qui terre deust conquerre; que tant que on pooit veoir à oil, ne pooit-on veoir se voiles non de nés et de vaissiaus, si que li cuer des homes • s'en esjoïssoient mult. .

121. Ensi corurent par mer tant que il vindrent à Cademelée, à un trespas qui sor mer siet. Et lors encontrerent deus nés de pèlerins et de chevaliers et de serjanz qui repairoîent de Surie; et ce estoient de cels * qui estoient aie al port de Marseille passer. Et quant il virent Testoire si bêle et si riche, si orent tel honte que il ne s'ouserent mostrer. Et li cuens Baudoins de Flandres et de Hennauc envoia la barge de sa nef* por savoir quels genz ce estoient; et il distrent qu'il * estoient.

1 22. Et uns serjanz se lait correr * contreval de la nef en la barge, et dist à cels de la nef ' : « Je vos claim cuite ce qui remaint en la « nef dou mien •; quar je m'en irai avec cez : quar il semble bien que « il doivent terre conquerre. » A grant bien fu atorné al serjant *, et mult fu volentiers en l'ost veuz. Et por ce, dit hom que de mil maies voies puet-on retorner *.

123^ Ensi corut l'oz trosque à Nigre. Nigre si est une mult bone

1 19. — « A omet aus, — » CDE, et li tans clers, — > F, li tan\fu biauset clers et souefet seri^; et lessierent leur voiles aler au vent.

120. — « D omet et bien, etc. —^A.que aine. — » CDE, os. — « CDE, os. — » CDE omettent des homes^

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