SUR LA PRÉSENTE ÉDITION
'tiDiTioN de Ville-Hardouin donnée par Du Cange * est si connue, elle résout si bien la plupart des difficultés qui peuvent arrêter le lecteur, qu'on jugerait volontiers comme inutile et téméraire d'en préparer une autre après lui. J'ai besoin de rappeler tout de suite que dom Brial ' en 1822, M. Paulin Paris * en 18SS et Buchon * en 1840, ont essayé successivement d'améliorer le travail de leur illustre devancier, et que probablement ce n'est pas sans motif sérieux qu'une telle entreprise s'est renouvelée trois fois dans l'es-
■ Histoire de l'empire de Ctmitaiainople. PiHs, 1C57, in-fol.
» Rectell det historiens de France, tome XVIU, p. 4iu
* De ta conqueile de ConstaïUinople , pir Geoffroy de ViJJe-Hirdouin et Henri <li Heone». P»ri!, J. Renouard, in-B.
' ReelurcHes et maUriaux pour servir à me kisloire de la Jominallo» française en 0 it partit, Chronique des empereurs Baudoin et Henri de Conslanlinople, par Geoffroy tiardouin cl Henri de Valenciennes. Pari\ Aujt- Devez, in-^'
Xlj NOTICE
face de moins de vingt ans. Du Cange^ en effet, n'a connu qu'un manuscrit de Ville- Hardouin sur les six que possède la Bibliothèque nationale; dom Brial en a connu trois, mais il à considéré comme tout à fait secondaire celui que Buchon a choisi depuis comme le meilleur; M. Paris à son tour en a préféré un autre, qui était resté inconnu à dom Brial, et que Buchon a critiqué comme renfermant le plus contestable de tous les textes. En un mot. Du Cange a manqué des ressources qui lui eussent permis d'améliorer son édition y et ses trois successeurs, en recourant à de nouveaux manuscrits, n'ont pu se mettre d'accord pour déterminer celui qui renferme le véritable texte de Ville-Hardouin.
Ce n est pas sans raison que je parle du véritable texte de Ville- Hardouin. J'ose dire qu'il est difficile de trouver un passage de quelque étendue qui se ressemble dans les trois dernières éditions, en sorte qu'au lieu d'un Ville-Hardouin nous en avons trois : celui de Du Cange amélioré par dom Brial, celui de M. Paulin Paris et celui de Buchon. Quand on examine de près ces différences, on reconnaît bien vite qu elles ne tiennent pas au caprice des éditeurs, mais aux manuscrits qui ont servi de base à leur travail , et Von acquiert en même temps la certitude que le texte de Ville-Hardouin est un de ceux qui ont été le moins respectés. Une orthographe transformée, des expressions changées, des phrases abrégées ou allongées, le sens quelquefois dénaturé, telles sont, outre des lacunes causées par l'inadvertance des copistes, les causes de la diversité des éditions; tels sont en même temps les défauts que je me suis efforcé défaire disparaître ou d'atténuer.
La première difficulté que j'avais à résoudre, c'était de sortir de l'incertitude où me laissait le dissentiment des derniers éditeurs sur la valeur réelle des manuscrits. Je les ai collationnés depuis le premier mot jusqu^au dernier; f en ai noté toutes les différences, et j'ai comparé entre elles les faut es que j'y avais relevées. Les détails de cet examen sont consignés dans le recueil connu sous le titre de Notices et Extraits des manuscrits (t. XXIV, 2^ partie.
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p. I); je me contenterai d'en faire connaître ici les résultats principaux, qui importent seuls à la plupart des lecteurs.
Les six manuscrits dont fai à parler appartiennent à la Bibliothèque nationale; pour abréger, je les désignerai chacun, comme c'est l'usage, par une lettre de l'alphabet, que je rapproche dans la liste suivante de leur cote actuelle, puis de leur cote ancienne placée entre parenthèses.
A, ms. français 4972 (ancien fonds 9644);
B, ms. français 2137 (ancien fonds 7974);
C, ms. français 12204 (supplément 207);
D, ms. français ]22o3 (supplément 455);
E, ms. français 24210 (Sorbonne, 397); P*, ms. français i5ioo (supplément 687).
Dom Brial a connu les manuscrits A, B e/ C ; il a pris le premier pour base de son édition. M. Paris a connu en outre les manuscrits D et F, qu'il a jugés préférables aux trois autres ; c'est le dernier surtout qu'il regardait « comme la copie exacte d'une bonne « leçon contemporaine de l'historien champenois ». M. Buchon enfin s'est attaché à reproduire le manuscrit C, mais en ajoutant à son édition, sous forme d'appendice, le texte du manuscrit D. Le manuscrit E leur était inconnu.
Avant d'indiquer la valeur relative de ces différents manuscrits, telle que j'ai pu la déterminer après l'examen dont je viens déparier, j'ai besoin de rappeler que Du Cange a connu seulement le manuscrit A, et qu'ail l'a employé d'une manière accessoire, se contentant d'en inscrire les variantes sur les marges de son édition. Du reste, il était peu nécessaire qu'il agît autrement, parce qu'il s'est attaché à reproduire la seconde édition de Ville-Hardouin, donnée à Lyon en 160 1^ édition qu'il estime avoir été faite d'après ce même manuscrit. L'édition de Biaise Vigenère, publiée à Paris en i585, et des notes de Pierre Pithou écrites sur un exemplaire de cette édition que possédait la bibliothèque des Jésuites du collège de Clermont à Paris, fournirent aussi à Du Cange des variantes