SUR LA PRÉSENTE ÉDITION. XV
quait au texte primitif. Il était convaincu en effet que le manuscrit A, malgré tous ses défauts, valait mieux que les autres, et il aurait craint de ne pas le respecter asse^ en voulant trop V améliorer.
Cette supériorité du manuscrit A, que dom Brial appréciait d'une manière générale sans avoir pu la vérifier par le détail, doit être attribuée, non à Vhabileté, mais à la sincérité du copiste. Il a omis des mots par étourderie, sans jamais se permettre aucun retranchement volontaire; il en a estropié qu'il lisait mal ou qu'il ne comprenait pas, sans essayer de les remplacer par des expressions qui lui fussent plus familières ; il a méconnu de temps en temps les règles de l'orthographe française, sans y substituer systématique-? ment celles de l'orthographe italienne. Tel est le jugement que je crois pouvoir porter sur ce manuscrit, que j'ai lu ^t relu, en le comparant aux autres, avec toute l'attention dont je suis capable, et en relevant, à l'appui de ce jugement, toutes les preuves nécessaires pour le justifier.
Le copiste du manuscrit B manquait certainement de cette sincérité qui donne tant de prix au manuscrit A. On peut lui reprocher d'avoir habituellement abrégé les phrases, remplacé par des synonymes certaines expressions du texte original, et modifié l'orthographe en la conformant aux usages de son temps et de son pays * . Il faut reconnaître néanmoins qu'il ne manquait ni de mesure ni d'intelligence, et que le texte de Ville-Hardouin , ainsi écourté et rajeuni, conserve encore bien des traits de sa véritable physionomie. Plus heureux que Buchon^ qui déclare n'en avoir tiré aucun fruit pour son édition, j'ai pu m'en servir quelquefois pour améliorer la mienne. Je me suis convaincu, en résumé, que le manuscrit B ne saurait être rattaché à la famille, du manuscrit A, et que si un éditeur eût entrepris de le publier, il eût ajouté un quatrième Ville-Hardouin à ceux que nous possédons déjà.
■ Son traTaU me paraît aToir été exécuté vers le commencement du quatorxième siècle, et plutôt dans l'Ile-de-France qu'ailleurs.