‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 73 sur 309 · XXXIX. Isaac confirme les engagements de son fils Alexis · texte numérisé non relu

XXXIX. Isaac confirme les engagements de son fils Alexis

186. Les messagers vinrent devant l'empereur Isaac; l'empereur et tous les autres les honorèrent beaucoup. Et les messagers dirent qu'ils voulaient parler à lui en particulier, de la part de son fils et de la part des barons du camp. Et il se leva, et entra en une chambre ; et n'emmena avec lui que l'impératrice, et son chancelier, et son drogman, et les quatre messagers. Par l'accord des autres messagers, Geoffroi de Ville-Hardouin le maréchal de Champagne prit la parole, et dit à l'empereur Isaac :

187. « Sire, tu vois le service que nous avons rendu à ton fils, et « comme nous lui avons bien tenu notre convention. Mais il ne a peut entrer ici jusqu'à ce qu'il nous ait donné garantie pour les con-

rickement, etc., jusqu'à la fin du paragraphe. — ' DE omettent /ejor; BC omettent le jor devant.

186. — 1 A, cher avec abréviation. — ' A, mostra as messages, — > A omet la parole et dist,

187. — * Q no convenant des convenanches que il nous a promis à tenir.

« et à toi mande^ comme tes filz, que tu nos asseures* la convenance « en tel forme et en tel manière ' con il nos a fait. — Quelx est la <c convenance ? » fait Pempereres. — « Telx com je vos dirai, » respont li messagiers.

i88. « Tôt el premier chief, mètre tôt l'empire de Romanie à Tobe- « dience de Rome, dont il est partiz pieça * ; après, doner * deus cens « mile mars d'argent à celx de l'ost, et viande à un an à petiz et « à granz; et mener dix mil homes à pié et à cheval (telx à pié com nos « vorrons, et telx à cheval com nos vorrons ) ' en ses vaissiaus et à sa « despense en la terre de Babiloine, et * tenir par un an ; et en la Terre « d oltremer à tenir cinq cens chevaliers à sa despense tote sa vie, qui « garderont la Terre. Telx est la convenance, que vostre fils nos a ; « et si la nos a aseurée * par saremenz et par chartes • pendanz, et par « le coi Phelippe d'Alemaigne qui vostre file a. Icestui convenant « volons-nos que vos asseurez alsi \ »

189. « Certes, fait l'empereres, la convenance est mult granz^ ne (c je ne voi comment elle puisse estre ferme * ; et ne por quant, vos « l'avez tant servi, et moi et lui, que se on vos en donoit * trestot lem- « pire, si l'ariez-vos bien deservi. » En maintes manières i ot paroles dites et retraites; mais la fins si fu telx, que li pères asseura les convenances, si con li fils les avoit asseurées, parsairemens et par chartes pendanz buUées d'or \ La charte fut délivrée as messages *. Ensi pristrent congié à Tempereor Sursac, et tornerent en Tost arrière, et distrent as barons qu'il avoient la besoigne faite.

190. Lors montèrent li baron à cheval et amenèrent le valletà mult grant joie en la cité à son père ; et li Gré li ovrirent la porte, et le reçurent à mult grant joie et à mult grant feste. La joie del père et

187. — s At â vos,,, vos.,, vos asseure^. — * C omet en tel forme, etc.; BE ont seulement en tel forme; DF, en îel manière,

188. — ' BCDE, si com ellefu autrefois; omis par F. — » A, doni; CE, donne; D, donnés; omis par F. — > A omet à pié et à cheval, etc. — * A omet en la terre, etc. — * A, nos a se le

TRAITÉ d'iSAAC AVEC LES CROISÉS. 109

« ventions quMl nous a faites; et il te mande^ comme ton fils^ que tu « confirmes la convention en telle forme et en telle manière qu^il nous « Ta faite. — Quelle est la convention? » fait l'empereur. — « Telle « que je vous dirais » répond le messager.

188. « Tout premièrement, mettre tout l'empire de Romanie en a Pobéissance de Rome, dont il s'est séparé il y a longtemps; après, « donner deux cent mille marcs d'argent à ceux de l'armée, et vivres « pour un an aux petits et aux grands ; et mener dix mille hommes à « pied et à cheval (tels à pied que nous voudrons, tels à cheval que « oous voudrons) en ses vaisseaux et à ses dépens en la terre de Ba- « bylone, et les y tenir pendant un an ; et en la Terre d'outre-mer « tenir à ses d^)ens toute sa vie cinq cents chevaliers, qui garderont « la terre. Telle est la convention que votre fils nous a faite; et il nous « l'a confirmée par serment et par chartes à sceaux pendants, et par le « roi Philippe d'Allemagne qui a épousé votre fille. Cette convention, « nous voulons que vous la confirmiez aussi.

1 89. (c Certes, fait l'empereur, la convention est bien forte, et je ne « vois pas comment elle pourra être remplie; et néanmoins vous l'avez « tant servi, et moi et lui, que si on vous donnait tout l'empire, vous « l'auriez encore bien mérité. » Il y eut des paroles dites et répétées en mainte manière ; mais la fin fut telle que le père confirma les conventions comme le fils les avait confirmées, par serment et par lettres patentes munies de bulle d'or. La charte fut délivrée aux messagers. Ils prirent ainsi congé de l'empereur Isaac, et retournèrent au camp; et dirent aux barons qu'ils avaient fait la besogne.

XL. Entrée des croisés à Constantinople; couronnement du jeune Alexis.

190. Alors les barons montèrent à cheval, et amenèrent l'enfant avec bien grande joie en la cité à son père ; et les Grecs lui ouvrirent la porte, et le reçurent avec bien grande joie et bien grande fête. La

90S asseure, — • A, te chartes, — ' F, et ce vos requérons nos autresi que vos te nos asseurés. 189. — * l>, faite. — > ' C, vous devoit donner; D, vous devoit. — * Les chartes munies d'un sceau pendant restaient ouvertes ; c'étaient des lettres patentes, par opposition aux lettres closes; les sceaux de métal s'appelaient bulles. — *F omtt pendant, etc.

del fil fu mult granz^ que il ne s'estoient pieça entreveu ^^ et que de » grant poverté et de si grant essil furent torné à si grant haltesce^ par Dieu avant et par les pèlerins après '. Ensi fu la joie mult granz dedenz G)stantinoble et en Tost defors des pèlerins^ de llionor et de la victoire que Diex lor ot donée.

I g I • Et Tendemain proia Tempereres as contes et as barons et ses fils meismes ^ que il por Dieu s'alassent herbergier d^autre part dd port devers TEstanor et devers Galatas *; que se il se herberjoient en la vile, il doteroient • la mellée d'als et des Grius, et bien en porroit la citez estre destruite. Et il dient que ill'avoient tant servi en mainte manière, que il ne refuseroient jà chose qu^it lor proiast *. Ensi s'en alerent herbergier d'altre part ' : ensi sejomerent en pais et en repos*, en grant plenté de bones viandes.

1 92'. Or poez savoir que mult de cels de Post alerent à veoir * Costantinople, et les riches palais et les altes yglises dont il avoit tant *, et les granz richesces (que onques en nule vile tant n'en ot). Des saintuaires * ne covient mie à parler; que autant en avoit-il à ice jor en la vile cum el remanant dou monde ^. Ensi furent mult comunel Ij Grieu et li François de totes choses , et de mercheandises et d'autres biens.

igS. Par le commun conseil desFrans et des Grezfu devisé que li noviaus emperere seroit encoronez à la feste monseignor saint Père, entrant august^ Ensi fu devisé, et ensi fu fait. Coronez fu si haltement et si honoréement con Tem faisoit les empereors grex à cel tçns *. Après comença à paier l'avoir que il devoît à cels de l'ost; et il le départirent par l'ost, et rendi chascuns son passage tel con il Tavoient paie ' en Venise.

190. — » A» v«i. — » CDEF omettent et que de si, etc. B, tome à si grant joie et à si gramt hautesce, par Dieu avant, et par Post aus pèlerins après,

191. ~ 1 C omet et ses fils meismes, — > A omet et devers Galatas, — * B, etc. doutoient» — * A^ qui lor proiassent i B, conmandassent ; CE, priast, — » CDEF ajoutent del port, — * B, on pals en repos; CDE, en chelport,

195. — » B, etc. alerent veoir, — ' A, les grandes yglises altes dont, etc.; CDE, les hautes

COURONNEMENT DU JEUNE ALEXIS. m

joie du père et du fils fut bien grande, parce qu^ils ne s^étaient pas vus depuis longtemps^ et que de si grande pauvreté et de si grande ruine ils étaient passés à si grande puissance^ par Dieu d^abord et par les pèlerins après. Ainsi fut la joie bien grande en Constandnople et dehors au camp des pèlerins^ pour l'honneur et la victoire que Dieu leur avait donnés.

1 g I . Et le lendemain l'empereur et son fil^ même prièrent les comtes et les barons que pour Dieu ils s'allassent loger de Pautre côté du port devers PEstanor et Galathas; car s'ils se logeaient en la ville, il y aurait à redouter une mêlée entre eux et les Grecs, et la ville pourrait bien en être détruite. Et les nôtres dirent qu'ils Pavaient tant servi en mainte manière, qu'ils ne refuseraient pas chose dont il les priât. Il s'en allèrent donc loger de Pautre côté : ainsi séjournèrent-ils en paix et en repos, en grande abondance de bons vivres.

192. Or vous pouvez savoir que beaucoup de ceux de l'armée allèrent voir Constantinople, et les riches palais et les hautes églises dont il y avait tant, et les grandes richesses (car jamais en nulle ville tant n'y en eut). Des reliques il n'en faut point parler; car en ce jour il y en avait autant dans la ville que dans le reste du monde. Ainsi furent en grande union les Grecs et le» Francs pour toutes choses, et pour les marchandises et les autres biens.

193. Par le commun conseil des Francs et des Grecs il fut décidé que le nouvel empereur serait couronné à la fête de monseigneur saint Pierre au commencement d'août (i" août i2o3). Ainsi fut décidé, et ainsi fut fait. Il fut couronné aussi dignement et aussi honorablement qu'on le faisait pour les empereurs grecs en ce temps. Après il commença à payer Pargent qu'il devait à ceux de l'armée; et on le partagea dans l'armée, et chacun rendit son passage tel qu'on Pavait payé pour lui à Venise.

egfyses dont il i apoit mont ou tant de bêles. — > C ajoute ki estaient à celjour en Constantino- We; DE, ki i estaient à celjour, — * D, car plus en i avait leen tant le monde; F, en tout Vautre

193. — • B, etc., aoust. — « A, tfi tens, — » A, e/ rendirent à caschun, etc.; CDE, et paia (ou rendi) caseuns le passage tel cam U Pavait promis j B, et rendi chascunssan passage à ceuls qui leur avaient preste.

1 94. Li novials emperere ala sovent veoir les barons en Post^ et muit les honora, tant cum il pot plus faire *; et il le dut bien faire ^ quar il l'avoient mult bien servi. Un jor vint en l'ost* as barons privéement^ en Tostel le conte Baudoin de Flandres et de Hennaut. Enqui fu mandez li dux de Venise, et li hait ' baron privéement ; et il lor mostra une parole et dist : a Seignor^ je suis emperere par Dieu et c( par vos; et fait m^avez le plus hait servise que onques gens feissent <c mais à nul home crestien. Sachiez que assez ^enz me mostrent bel ce semblant^ qui ne m^aiment mie ; et mult ont li Grieu grant despit^ <c quant je par voz forces sui ^ entrez en mon héritage.

1 95. « Vostre termes est près que vos vos en devez râler, et la comc( paignie de vos et des Venisiens ne dure que trosque à la feste saint <c Michel. Dedenz si cort terme ne puis vostre couvent assovir *. Sa- « chiez, se vos me laissiez, li Grieu me héent por vos; je reperdrai la <c terre, et si m'ociront *. Mais faites * une chose que je vos dirai * : dece moressiez * trosque al marc, et je vos alongeroie votre estoire de la « feste saint Michel en un an, et paieroie le costement as Venisiens, et (c vosdonroie^cequemestiers vos seroit trosque à la Pasque. Et dedenz (c cel termine aroie ma terre si mise à point que je ne la poroie reper- « dre; et vostre convenance si seroit atendue; que je auroie Tavoir (C paie, qui me vendroit de par totes mes terres; et je ^eroie si atomez <c de navile de aler avec vos ou d'envoier, si con je le vos ai couvent; « et lors ariez Testé de lonc en lonc' por ostoier. »

196. Li baron distrent que il en parleroient ensemble^ sanz lui. Il * conurent bien que c'ere voirs que il disoit, et que c'ere mielz por

194. — I B, etc., omettent faire, — « A omet en rost. — » CDEF, li autre; B omet hait el ajoute, comme CDE de Post après baron. — * A^su,

195. — « CDE, avoir; F, tenir, — > CE ajoutent à dolour; D, à deskonnaur, — » A^faiçait; F^ fêtes sUl vos plest, — ♦ CDE, or, biel signeur, pour laquel chose je vous pri que vousfackUs

NOUVELLES DEMANDES d' ALEXIS. Il3

XLL Alexis prie les croisés de prolonger leur séjour.

1 94. Le nouvel empereur allait souvent voir les barons au camp^ et les honorait beaucoup^ le mieux quMl pouvait ; et il le devait bien faire^ car ils Favaient très-bien servi. Un jour il vint au camp pour voir les barons en 'particulier, dans Phôtel du comte Baudouin de Flandre et de Hainaut. Là fut mandé le doge de Venise, avec les hauts barons, en particulier; et il leur adressa la parole et dit : « Sei- « gneurs, je suis empereur de par Dieu et de par vous ; et vous m'a- «c vez rendu le plus grand service que jamais gens aient rendu à nul <€ homme chrétien. Sachez qu'assez de gens me montrent un beau « semblant, qui ne m'aiment pas ; et les Grecs ont très-grand dq>it, * « de ce que par votre aide je suis entré en mon héritage.

195. «Le terme est près où vous vous en devez aller, et la société « d'entre vous et les Vénitiens ne dure que jusqu'à la fête Saint- « Michel (29 septembre i2o3). Dans un terme si court je ne puis « compléter votre payement. Sachez-le, si vous me laissez, les Grecs « me haïssent à cause de vous; je reperdrai ma terre, et ils m]occi- « ront. Mais faites une chose que je vous dirai : vous demeureriez « jusqu'en mars, et je vous ferais conserver votre flotte de la fête « Saint-Michel en un an, et je payerais les frais aux Vénitiens, et je «c vous donnerais ce qui vous serait nécessaire jusqu'à la Pâque. Et « dans ce terme j'aurais mis ma terre en tel point que je ne la « pourrais reperdre; et votre convention serait ainsi remplie; car •c j'aurais payé l'argent, qui me viendrait de par toutes mes terres; et •c je serais muni de navires pour aller avec vous ou y envoyer, ainsi « que je vous l'ai promis; et alors vous auriez l'été tout au long pour « guerroyer. »

196. Les barons dirent qu'ils en parleraient ensemble sans lui. Ils reconnurent bien que c'était vrai ce qu'il disait, et que c'était mieux

çùu que je pous dirai, — * B, demorex vous; DF, demourés; C, que vous demouritsiés t AE, demoretsiex sans que vous. — • B, etc. alongerai».», paierai,^, donrai. — ' F, tout plainierement resU,

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