‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 84 sur 309 · XLIX. Les croisés continuent la guerre; débite de Murzuphle · texte numérisé non relu

XLIX. Les croisés continuent la guerre; débite de Murzuphle

226. Grande fut la guerre entre les Français et les Grecs; car elle ne s'apaisa pas, mais elle crut toujours et augmenta; et il y avait peu de jours qu'on ne se battît ou sur terre ou sur mer. Alors. Henri, le frère du comte Baudouin de Flandre, fit une chevauchée, et mena une grande partie des bonnes gens du camp. Avec lui alla Jacques d'Avesnes, et Baudouin de Beauvoir, Eudes le Champenois de Champlitte, Guillaume son frère, et les gens de leur pays. Et ils partirent un soir, et chevauchèrent toute la nuit; et le lendemain, au grand jour, ils vinrent à une bonne ville qui avait nom la Filée, et la prirent; et firent grand gain de bestjaux, de prisonniers, de vêtements, de vivres, qu'ils envoyèrent en barques au camp en aval du Bras ; car la ville était sur la mer de Russie.

227. Ils séjournèrent ainsi deux jours en cette ville, en bien grande abondance de vivres, dont il y avait à grande foison. Le troisième jour, ils partirent avec leurs bestiaux et tout leur butin, et chevauchè-

3 CDE, Post apoec lui; si i ala, — ♦ G ajoute de lor parties et, — ^ A omtt et fen parti* rent, etc.; F, dont se départirent à une avesprée de Post. - • B, Aphilée; CDE, Afilée, — ' C, là pHseut groMt, 337. — ( A, avoit à graut plenté; DE» quHl en avaient asse\; C omet à mult grant^ etc.

l32 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.

L'empereres Morchuflés oï dire les noveles que cil estoient issu de Tost; et parti par nuit de Costantinoble à grant partie de sa gent, et lors se mist en un agait où cil dévoient revenir. Et les vit passer à totes lor proies et à toz lor gaains, et les batailles* Tune après Tautre, tant que Pariere-garde vint. L'ariere-garde ' faisoit Henris, li frères le conte Baldoin de Flandres, et la soe gens *; et Tempereres Morchuflex lor corrut sore à l'entrée d'un bois; et cil tornent encontre lui. Si assemblèrent mult durement.

228. AraïedeDieu,fudesconfizremperere Morchuflex*; etdutestre pris ses cors domaines ' ; et pardi son gonfanon emperial ', et une ancone qu'il faisoit porter devant lui, où il se fioit mult il et li autre Gré * (en celé ancone ere Nostre Dame * formée) ; et pardi bien trosque à vint chevaliers de la meillor gent que il avoit. Ensi fu desconfiz Tempereres Morchuflex con vos avez oï; et fu granz la guerre entre lui et les Frans ; et fu jà de Tiver granz partie passée, et entor la Chandelor fu, et aprocha li quaresmes.

229. Or vos lairons de cels qui devant G)nstantinoble sunt; si parlerons de cels qui alerent * as autres porz, et de Testoire de Flandres qui avoit Tiver* sejomé à Marseille, et furent passé en Testé en la terre de Surie tuit; et furent si granz genz que il estoient assez plus que cil qui estoient devant Costantinoble. Or oïez quex domages fu, quant il ne furent avec cels josté *; quar toz jorz mais fust la crestientez alcie.Mais Diex ncl volt por lor péchiez : li un furent mort de Tenfermeté de la terre ; li autre tomerent en lor païs arrière. Onques nul esploit ne firent ne nul bien, là où il alerent* en la terre *.

227. — » CDE ajoutent ki venoient; F, venir, — » A omet garde. — * F, ef se/eri en Varriere garde f que Henri\ lifrere\ au conte Baudoin fesoit.

^28. — I C ajoute ici par erreur les mots suivants, qui se retrouvent quelques lignes plus bas : com vous ave\ oit et moût fut grant li guerre, — > CDE F, tneismes; B omet ses cors domaines; Du Cange donne ces mots à la marge, comme variante, et met dans le texte ses chars

DES PÈLERINS DE SYRIE. i33

refît pour s'en revenir au camp. Uempereur Murzuphle ouït dire la nouvelle qu'ils étaient sortis du camp; et il panit la nuit de Constantinople avec grande partie de ses gens^ et alors il se mit en embuscade là où ils devaient revenir. Et il les vit passer avec tous leurs bestiaux et tout leur butin, et les corps de bataille l'un après l'autre , tant que Tarrière-garde vint: L'arrière-garde, c'était Henri, le frère du comte Baudouin de Flandre, qui la faisait avec ses gens; et l'empereur Murzuphle leur courut sus à l'entrée d'un bois; et ceux-ci se retournèrent contre lui. Ils se battirent ainsi bien rudement.

228. Avec l'aide de Dieu, l'empereur Murzuphle fut déconfit; et il faillit être pris en personne; et il perdit son gonfalon impérial, et une bannière qu'il faisait porter devant lui, à quoi il se fiait beaucoup^ lui et les autres Grecs (en cette bannière était représentée Notre-Dame); et il perdit bien jusqu'à vingt chevaliers des meilleures gens qu'il avait. Ainsi que vous l'avez ouï fut déconfit l'empereur Murzuphle; et la guerre était grande entre lui et les Français ; et une grande partie de l'hiver était déjà passée, et l'on était environ à la Chandeleur ( 2 février 1204), et le carême approchait.

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