L. Des pèlerins qui étaient allés en Syrie
229. Nous ne vous en dirons pas plus de ceux qui sont devant Constantinople ; nous parlerons de ceux qui allèrent aux autres ports, et de la flotte de Flandre qui avait séjourné l'hiver à Marseille, et qui étaient passés tous en été en la terre de Syrie; et ils furent en si grand nombre, qu'ils étaient bien plus que ceux qui étaient devant G)nstantinople. Or oyez quel dommage ce fut quand ils ne se réunirent pas avec ceux-là; car la chrétienté en eût été à. jamais rehaussée. Mais Dieu ne le voulut pas pour leurs péchés : les uns moururent du mauvais air de la terre ; les autres s'en retournèrent en leur pays. Jamais ils ne firent rien de profitable ni de bien, là où ils allèrent en la terre.
larmes. — » B, etc. real ou roiaU — • CDE omettent il et H, etc. — » CDE, où H ymagenê de Nostre *Damê estait,
aag. — • CDE, sont alet ariver. — « C, Ujour devant; DE, Vyjfier devant; B, avoit esté river devant et, — * B, cest ost; CD, aus ajointé ou ajaustéf E,jousté, -> « A seul ajoute là ou il aierent, — » B, en tout le pais ne en toute la terre.
i34 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
230. Et une compaignie de mult bone gent s^esmut por râler en Antioche al prince Buymont, qui ère princes d^Antioche et cuens de Triple, et avoit guerre al roy Lion *, qui ère sires des Hennins. Et celé compaignie aloit al prince en soldées; et li Turc del païs le sorent, et lor firent un agait par là où il dévoient passer. Et vindrent à els * ; si se combatirent et furent desconfit li Franc % que onques nus n'en eschampa qui ne fust ou morz ou pris.
23 1 . Là si fu morz Vilains de Nuilli, qui ert uns des bons chevaliers del monde, et Giles de Traisignies, et maint autre; et fu pris Bemarz de Moroel *, et Renaus de Danpierre, et Johans de Vilers, et Guillaumes deNuilly *, quicolpes n'i avoit. Et sachiez que de quatrevins • chevaliers que il avoit en la rote *, onques uns n'en eschapa ' qu'il ne fussent ou mort ou pris. Et bien tesmoigne li livres* que onques nus n'eschiva Tost de Venise, que maus ou honte ne li avenist ^; et por ce si fait que sages qui se tient devers le mielx *.
232. Or vos lairons de cels * ; si parlerons de cels qui sont* devant Costantinoble % qui mult bien firent lor engins atomer, et lor perieres et lor mangonials * drecier par les nés et par les vissiers, et toz engins qui ont mestier à vile prandre; et * les eschieles des antaines drecier sor les hauz mas • des nés, qui estoient si haltes que n'ere se merveile non ^.
233. Et quant ce virent li Grieu, si recomencierent la vile à rehorder endroit als, qui mult ère fermée * de hais murs et de haltes tors. Ne n'i avoit si halte tor où il ne feissent deus estages ou trois de fiist por plus halcier; ne onques nule vile ne fu si bien bordée. Ensi labo-
33o. — • B, Limon; CDE, Licon. — > D omet et vindrent ^ e2f. — ) CDE, ett*i combatirent et les desconfirent,
33i. — < A, Monmoroel. — > CDE, Willames d'Aveille. F omet après NuilH les mots qui colpes ni avoit, — ' F, / XIX; CDE continuent la phrase en mettant et bien LXIX, — * CDEF. compaignie, — & A seul omet n'en eschapa ou eschaperent, — • B, etc., ajoutent veraiemeut, —
DE CEUX QUI PARTIRENT POUR ANTIOCHE. l35
230. Il partit encore une compagnie de bien bonnes gens pour aller en Antioche vers le prince Boémond, qui était prince d'Antioche et comte de TripoU, et avait guerre avec le roi Livon, qui était seigneur des Hennins. Et cette compagnie allait au prince soldée par lui ; et, les Turcs du pays le surent, et leur firent une embuscade là par où ils devaient passer. Et ils vinrent à eux ; et ils se battirent^ et les Francs furent déconfits^ si bien que nul n^en échappa qui ne fût ou tué ou pris.
23 1 . Là fut tué Villain de Neuilly, qui était un des bons chevaliers du monde, et Gilles de Trasegnies, et maints autres; et fut pris Bernard de Moreuil, et Renaud de Dampierre, et Jean de Villers, et Guillaume de Nuily, qui n^était coupable de rien. Et sachez que de quatre-vingts chevaliers qu^ily avait en la troupe^ pas un n^en échappa qui ne fût tué ou pris. Et le livre témoigne bien que nul n^esquiva Tannée de Venise^ que mal ou honte ne lui advînt; c^est pourquoi on agit en sage quand on se tient à ce qui est le mieux.
LI. Convention des Français et des Vénitiens avant d*attaquer Constantinople.
232. Nous ne vous en dirons pas plus de ceux-là; nous parlerons de ceux qui sont devant G>nstantinople^ qui firent très-bien préparer leurs engins y et dresser leurs pierriers et leurs mangoneaux sur les nefs et sur les huissiers^ et tous les engins dont on a besoin pour prendre une ville ; et dresser sur le haut des mâts des nefs les échelles des antennes^ qui étaient si hautes que c'était une vraie merveille.
233. Et quand les Grecs virent cela, ils recommencèrent à fortifier en face d^eux la ville, qui était bien fermée de hauts murs et de hau-^ tes tours. Et il n'y avait si haute tour où ils ne fissent deux ou trois étages de bois pour la hausser davantage; et jamais nulle ville ne fut
1 A, ùntes ne lou venisU — • CE, yefs le nuillour et aveuc les boins; D, se tient avoec les boins.
333. — < C, etc. ajoutent ester. — > B, estaient; C, séoient; DEF, sient. — ^A^qui sont devant CostantinobU rewiestrent, — « CDEF n)outtnt jeter el. — » C ajoute les engins et, — • A omet drecier sor les ham^ mas, — ' F omet qui estaient, etc.
333. — • B, qui molt bien estait fundée et fermée; CD, encore k'eUe estait malt bienfremée.
l36 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
rerent d'une part et d'autre li Grieu et li Franc * grant partie del quaresme.
234. Lors parlèrent cil de Post ensemble et pristrent conseil cornent il se contendroient. Assez i ot parlé et avant et arrière ; mais la summe del conseil ^ fu tels^ que^ se Diex donoit qu'il entrassent en la vile à force % que toz li gaainz qui i seroit * faiz^ seroit aportez ensemble et departiz comunelment si con il devroit; et se il estoient poesteif * de la cité, six home seroient pris • de François et six de Venisiens; et cil jureroient sor sains que il esliroient à empereor celui cui il cuideroient que fust plus à profit de la terre. Et cil qui empereres seroit par l'eslecion de cels^ si aroit lo quart de tote la conqueste et dedenz la cité et defors, et en outre * aroit le palais de Bouchelion et celui de Blaqueme ; et les trois pars seroient parties par mi, la moitiez as Venisiens et la moitiez à cels de l'ost. Et lors seroient pris doze des phis sages de l'ost des pèlerins ^ et douse des Venisiens, et cil departiroient les fiez et les honors par les homes, et deviseroient quel servise il en feroient à Tempereor.
235. Ensi fu ceste convenance asseurée et jurée d'une part et d'autre des François et des Venisiens, qu'à l'issue de marz en un an * s'en porroit aler qui voldroit ; et cil qui demorroient en la terre * seroient tenu de servise à Tempereor tel con ordenez seroit. Ensi fu faite la convenance et asseurée, et escommenié del clergié ' tuit cil qui ne la
tendroient *.