LV. Les croisés occupent toute la ville
249. Le marquis Boniface de Montferrat chevaucha tout le long du rivage^ droit vers Bouchelion; et quand ilfutlà^ le palais lui fut rendu, la vie sauve pour ceux qui étaient dedans. Là furent trouvées la plupart des hautes dames qui s'étaient enfuies au château ; là fut en effet trouvée la sœur du roi de France qui avait été impératrice, et la sœur du roi de Hongrie qui avait été aussi impératrice^ et beaucoup d^autrès dames. Du trésor qui était en ce palais il n^en faut pas parler; car il y en avait tant que c^était sans fin ni mesure.
250. Tout comme ce palais fut rendu au marquis Boniface de Montferrat^ fut rendu celui de Blaqueme à Henri frère du comte Baudouin de Flandre^ la vie sauve à ceux qui étaient dedans. Là aussi fut trouvé un très-grand trésor; car il n'y en avait pas moins qu'en celui de Bouchelion. Chacun garnit de ses gens le château qui lui fut rendu^ et fitgarder le trésor; et les autres gens qui étaient répandus par la ville^ gagnèrent aussi beaucoup ; et le butin fait fut si grande que nul ne vous en saurait dire le compte, d'or et d'argent, de vaisselle et de pierres précieuses, de satins etdeciraps de soie, et d'habillements de vair et de gris et d'hermines^ et de tous les riches biens qui jamais furent trouvés sur terre. Et bien témoigne Geofifroi de Ville- Hardouin le maréchal de Champagne, à son escient et en vérité, que depuis que le monde fut créé, il n'en fut tant gagné en une ville.
25 1. Chacun prit hôtel ainsi qu'il lui plut, et il y en avait assez. Ainsi se logea l'armée des pèlerins et des Vénitiens, et grande fut la joie de l'honneur et de la victoire que Dieu leur avait donnés: car ceux qui avaient été en pauvreté, étaient en richesse et en délices. Ils firent ainsi la Pâque fleurie (18 avril 1204) et la grande Pâque (26 avril)
qui* de Monifemt (g J6a). — » A, haltes, — • A omet ce nHert, — » F quar trop en i avait, 35a — I CDE, sawes les vies; F omet cette fin de phrase; B , à Henri qui estait frères le conte Baudoin de Flandres et de Henaut, sans les cors. » ' A, n'en met. — ' CDE omettent as- «ff. -^ *C^de cors sain{; DE^de sain\. — * CDEF, li mons.
lor ot donée *. Et bien en durent Nostre Seignor loer; que il n'avoient mie plus de vint mil homes armez entre uns et altres; et par Taïe de Dieu si avoient pris * quatre cens mil ' homes ou plus, et en la plus fort vile qui fust en tôt le munde (qui granz vile fii *), et la mielz fermée.
262. Lors fu crié par tote Tost^deparle marchis Boniface de Monferrat qui sires ère de Tost, et de par les barons et de par le duc de Venise *, que toz li avoirs fust aportez et assemblez, si con il ère asseuré et juré et fais escomuniemenz *. Et furent nomé li leu en trois yglises ; et là mist-on gardes * des François et des Veniciens, des plus loiaus que on pot trover. Et lors comença chascuns à aporter le gaieng et à mètre ensemble *.
253. Li uns apona bien, et li autres mauvaisement; que covoitise, qui est racine de toz mais *, ne laissa ' ; ainz comencierent d'enqui en avant li covotous à retenir des choses, et Nostre Sires les comenca mains à amer '.Ha! Diex, con s'estoient leialment démené trosque à cel point ; et Dam Diex lor avoit bien mostré que de toz lor afaires lès avoit honorez et essauciez sor tote l'autre genz. Et maintes foiz ont domage li bon por les malvais.
254. Assemblez fu li avoirs et li gaains; et sachiez que il ne fu mie toz aportez avant ' ; quar assez en i ot de ceus qui en retinrent, seur Tescomeniement de Papostole. Ce quiaus moustiersfu aporté, assemblé fu et desparti * des Frans et des Veniciens par moitié, si cum la compaignie ère jurée. Et sachiez que li pèlerin ' quant il orent parti.
aSi. — » C omet que cil qui avoient, etc. — » A, pris de; BDEF , pris en la vile plus de; C, pris plus de, — * CDE, trois cens mil. — * A^fust, B omet qui grani vilefu,
252. — » CD omettent et de par le duc de Venise. — ' B, et /et seur esconmeniement ; F, si corne il estoit trovés et seur escommuniement qui point en retenroit. ^ > CDEF, et le mist on en la garde. — • B omet et lors, etc.
253, — » B, raitts de torment. — > CDF, ne lor laissa. — » CDE ajoutant leU n'avoit fait ou devant fait.