FUITE DE MURZUPHLE; INCENDIE. J^S
logea dans les tentes vermeilles de Tempereur Murzuphle quUl avait laissées tendues^ et Henri son frère devant le palais de Blaqueme ; Boniface le marquis de Montferrat^ lui et ses gens^ vers le gros de la ville. L'armée fut logée ainsi que vous avez ouï, et Constantinople prise le lundi de Pâque fleurie (12 avril 1204). Le comte Louis de Blois et de Chartres avait langui tout l'hiver d'une fièvre quarte, et ne put s'armer. Sachez que ce fut grand dommage pour ceux de l'armée; car il était très-bon chevalier de sa personne; et il était gisant dans un huissier.
246. Ainsi se reposèrent cette nuit ceux de Tannée, qui étaient bien las. Mais Tempereur Murzuphle ne se reposa pas, et il assembla toutes ses gens, et dit qu'il irait attaquer les Français. Mais il ne le fit pas comme il le dit; et il chevaucha vers d'autres rues, le plus loin qu'il put de ceux de Tarmée, et vint à une porte qu'on appelle la Pone-Dqrée : il s'enfuit par là et quitta la cité, et après lui s'enfuit qui put s'enfuir; et de tout cela ceux de l'armée ne savaient rien.
247. En cette nuit, vers le camp de Boniface le marquis de Montferrat, je ne sais quelles gens qui craignaient que les Grecs ne les attaquassent, mirent le feu entre eux et les Grecs. Et la ville commence à prendre et à flamber bien fort ; et elle brûla toute cette nuit et le lendemain jusqu'au soir. Et ce fut le troisième feu qu'il y eut en Constantinople depuis que les Francs vinrent au pays; et il y eut plus de maisons brûlées qu'il n'y en a dans les trois plus grandes cités du royaume de France.
248. Cette nuit passa, et le jour vint qui était le mardi matin (i3 avril 1204); et alors tous s'armèrent au camp, et chevaliers et sergents; et chacun alla à son corps de bataille. Et ils sortirent du camp, et pensèrent trouver les ennemis plus nombreux qu'ils n'avaient
— » A, oire; B, orie; CDE, oirre; FG , oires. — » A, fui. — * C, mais de çou ne se donne garde.
247. — ' BCDE, ^«t se doutaient que H Grieu ne les asalissent ou assaussissent, La leçon de F est toute différente. — » A, ars maison; B, ars de mesons; CD, arses maisons; F, arses de maisons, — » CD, trois miUours chités (ou villes) de France; E, qui soient ou royaume de France,
248. — « C omet lijors qui/u, — » D, lundi. — > B omet et traist, etc. - * A omet le jor de* vaut.
que Tempereres s'en fust fuiz la nuit *. Si ne trovcrent onques qui fust encontre als.
249. Li marchis Bonifaces de Monferrat chevaucha tote la marine, droit vers Boche de lion; et quant il vint là, si li fu renduz *, salves les vies à cels qui dedenz estoient. Là fii trové li plus des haltes dames ' qui estoient fuies el chastel ; que là fu trovée la suer le roi de France qui avoit esté empereris •, et la suer le roi de Hongrie * qui ravoit esté empereris, et des autres * dames mult. Del trésor qui ère en cd palais ne co vient mie parler ; quar tant en avoit que ce n'iert • ne fins ne mesure '.
250. Autressi cum cil palais fu renduz le marchis Boniface de Monferrat, fu renduz cil de Blaqueme à Henri fi*ere le conte Baudoin de Flandres, sais les cors * à cels qui estoient dedenz. Là refu li trésors si très granz trovez ; que il n'en i ot * mie mains que en celui de Boche de lion. Chascuns garni le chastel qui li fu renduz de sa gent, etfist le trésor garder; et les autres genz qui furent espandu parmi la vile, gaaignierent assez "; et fu si granz li gaaienz faiz que nus ne vos en sauroit dire la fin, d'or et d'argent, et de vàssefement et de pierres précieuses, et de samiz * et de dras de soie, et de robes vaires et grises et hermines, et toz les chi«*s avoirs qui onques furent trové en terre. Et bien tesmoigne Joffrois de Vile-Hardoin li mareschaus de Champaigne, à son escient par verte, que puis que li siècles • fu estorez, ne fu tant gaainié en une vile.
25 1. Chascuns prist ostel tel cum lui plot, et il en i avoit assez. Ensi se herberja Toz des pèlerins et des Veniciens ; et fu granz la joie de Tonor et delà victoire que Diex lor ot donée; que cil qui avoient esté en poverté, estoient en richece et en délit. Ensi firent la Pasqiie Florie et la Grant Pasque après, en celé honor et en celé joie que Diex
248. — ^ Â, lejor ; le copiste a transporté ici les mots lejor^ omis par lui à la ligne précédente.
249.— » A, se lifu rendu; CF ajoutent li palais. — « AF ajoutent del munde, — » Agnès, sœur de Philippe Auguste, mariée successivement à Alexis II, à Andronic et! Théodore Branas. — 4 Marguerite, 8>ttur d'Emeric, roi de Hongrie} mariée à l'empereur Isaac, puis à Boniftce, mar-