LVI. Partage du butin
252. Alors il fut crié par toute Tannée^ de par le marquis Boniface de Montferrat qui était chef de Tannée^ et de par les barons et de par le doge de Venise^ que tout Tavoir fût apporté et rassemblé^ ainsi quUl avait été promis et juré sous peine d^excommunication. Et les lieux furent désignés en trois églises; et on mit là pour gardes des Français et des Vénitiens, des plus loyaux qu'on put trouver. Et alors chacun commença à apporter le gain et à le mettre ensemble.
253. L'un apporta bien, et l'autre mauvaisement; car convoitise, qui est racine de tous maux, ne laissa pas faire ; mais les convoiteux commencèrent dorénavant à retenir quelque chose, et Notre-Seigneur commença à les moins aimer. Ah ! Dieu, comme ils s'étaient loyalement conduits jusqu'à ce moment; et le Seigneur Dieu leur avait bien montré qu'en toutes leurs affaires il les avait honorés et exaucés par-dessus toutes les autres gens. Et maintes fois les bons souffrent dommage pour les mauvais.
254. L'avoir fut rassemblé et le butin ; et sachez qu'il ne fut pas tout apporté en commun ; car il y en eut assez de ceux qui en retinrent sous l'excommunication du pape. Ce qui fut apporté aux églises, fut rassemblé et partagé entre les Francs et les Vénitiens par moitié, ainsi que la société était jurée. Et sachez que les pèlerins, quand ils eu-
354. — * A, mie aportet opont. — B omet cette première partie de la phrase; la seconde partie de cette phrase et les six premiers mots de la phrase suirante manquent dans tous les manuscrits, excepté dans F. J'ai reproduit la leçon de ce dernier manuscrit, si ce n'est que j'y ai introduit deux corrections absolument indispensables, en remplaçant d'abord reçurent par retinrent, ensuite au uumsHer par ans moustiers, — > Après/n aporté^ la phrase continue dans F par /m départi^; elle commence dans AB par assemblé fu et desparii ; dans CDE^, par départis Jk, — * A omet que U pèlerin.
l5o CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
que il paierent de la lor partie cinquante mil mars d'argent as Veniciens^ et bien en départirent cent mil entr^alx ensemble par lor gent. Et savez coment? Deus serjanz à pié contre un à cheval^ et deus serjanz à cheval contre un chevalier. Et sachiez que onques hom n^en ot plus pour altesce ne pour proesce ^ que il eust^ se ensi non con il fu devisé et fait •, se emblé ne fii •.
255. Et de Tembler, cil qui en fu revoiz, sachiez que * il en fii fait grant justise *; et assez en i ot de penduz •. Li cuens de Samt-Pol en pendi un suen chevalier Pescu al col, qui en avoit retenu *; et mult i ot de cels qui en redndrent, des petiz et des granz ; mais ne fu mie seu *. Bien poez savoir que granz fu li avoirs; que sanz celui qui fu emblez et sans la partie des Veniciens, en vint bien avant quatre cens mil * mars d^argent, et bien dix mil ^ chevaucheures^ que unes que autres. Ainsi fu depardz li gaienz de G>stantinople con vos avez oï.
256. Lors assemblèrent à un parlement, et requist li comuns de Tost que il voloient faire empereor *, si con devisé ere% Et tant parlèrent que il pristrent un autre jor ; et à cel jor seroient eslit li doze sus qui seroit Teslections '. Et ne pooit estre que à si grant honor con de l'empire de G>stantinoble, n^en i aust mult des habaanz et des envious. Mais la granz discorde qui i fu, si fu ' del conte Baudoin de Flandres et de Hennaut et del marchis Boniface de Monferat; et de ces deus disoient tote la genz ^ que li uns le seroit *•
267. Et quant ce virent li preudome de Tost que il * taîgnoient à l'un et à Pautre, si parlèrent ensemble et distrent : a Seignor, se on
a54. — 4 A» que onques on ne ont plus altesces que il eust — > CDE» corn li ordenes (B, li orde^ nemen\)fufais, — * CDE ajoutent, en continuant la phrase, de cheus M/kreni repris cTembler; E, de cens et pris furent de Vembler.
a 5 5. — » A, et de Penbrer, etc.; CDE, et sachiis que de cens, — *A, il enfufai\ grani justice. Je mets/af/ parce que ce participe est nécessairement un neutre, et grant parce qu'il est plus naturel d'assimiler les mots grant justice à un régime. Les autres manuscrits n'ont pas conservé la tournure impersonnelle il en fu fait, — * C, repris et pendus. — « CDE, pour
ON DÉCIDE qu'on FERA UN EMPEREUR. l5l
rent partagé^ payèrent sur leur part cinquante mille marcs d^argentaux Vénitiens^ et qu^à eux tous ils en partagèrent bien cent mille entre leurs gens. Et savez-vous comment ? Deux sergents à pied contre un à cheval^ et deux sei^ents à cheval contre un chevalier. Et sachez que jamais homme^ pour son rang ni pour ses prouesses^ n^eut rien de plus^ sinon comme il fut réglé et fait^ à moins que ce ne fût volé.
255. Pour les vols, celui qui en fiit convaincu, sachez qu'il en fut fait grande justice ; et il y en eut assez de pendus. Le comte de Saint- Paul pendit un sien chevalier, réci^au cou, qui avait gardé quelque /^ /vm» chose ; et il y en eut beaucoup qui en gardèrent, des petits et des grands; mais cela ne fut pas su. Vous pouvez bien savoir que l'avoir
fut grand ; car, sans celui qui fut volé et sans la part des Vénitiens, il en fut bien rapporté quatre cent mille marcs d'argent, et bien dix mille montures, des unes et des autres. Le gain de Constandnople fut partagé ainsi que vous avez ouï.