‹ Conquête de Constantinople (volume 2)Chapitre 97 sur 309 · LVII. Baudouin comte de I<landre est élu empereur · texte numérisé non relu

LVII. Baudouin comte de I<landre est élu empereur

256. Alors ils s'assemblèrent en parlement, et le commun de Tar'* mée dit qu'il voulait faire un empereur, ainsi que cela était arrêté* Et ils parlèrent tant qu'ils prirent un autre jour; et à ce jour seraient élus les douze sur qui reposerait l'élection. Et il ne pouvait pas se faire que pour si grande dignité qu'était l'empire de Constantinople, il n'y en eût pas beaucoup d'aspirants et de convoiteux. Mais la grande discorde qu'il y eut, ce fut au sujet du comte Baudouin de Flandre et de Hainaut et du marquis de Montferrat; et de ces deuxlà tout le monde disait que l'un d'eux le serait.

257. Quand les prud'honmies de l'ost virent que l'on tenait à l'un et à l'autre, ils parlèrent ensemble et dirent : a Seigneurs, si on élit

çau que il en avoit fu. — * CDE omettent mais ne fu mie seu, B au lieu de retindrent met tendirent, et omet le reste. — • CDE, trois cent mil. — ' F, quarante mil,

356. — < A, ce que il volaient faire: BDE, que il volaient empereour; C omet que il v<^ientf F, qt^H volaient fere empereur, ^*B, etc. omettent sus qui serait PeslectUms; F, qui l'empereur devaient eslire, ^ * A omet si/u* — « F* tout camrnunement au lieu de tate la genx, — * CD, U uns en serait empereres»

»57. — * A, qui.

l52 CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.

<c eslit l^un de ces deux halz homes^ li autres aura tel envie qu^il en- « menra tote sa * gent. Et ensi se puet pardre la terre * ; que altressi <c dut estre perdue celé de Jérusalem^ quant il eslistrent Godefroi de a Buillon '', quant la terre fu conquise. Et li cuens de Saint Gile en « ot si grant envie, qu'il porchaça • as autres barons et à toz cels qu'il a pot •, qu'il se partissent de l'ost. Et s'en ala assez de la gent ' ; que <c cil remestrent si poi, que se Diex nés aust sostenuz *, que pardue (c fust la terre. Et por ce si devons garder que altressi ne nos aviegne.

258. (c Mais ^ porchaçons cornent nos les reteignons ambedeus. (c Que * celui cui Diex donra qu'il soit esliz d'aus à empereor, que li « autres en soit liez ; et cil doint à l'autre tote la terre d'autre part del « Braz devers la Turquie, et l'isle de Grèce ' ; et cil en sera ses hom. a Ensi les porons ambedeus retenir. » Ensi con il fu devisé, si fu fait; et Totroierent andui mult debonnairement. Et vint li jors del parlement, que li parlemenz assembla; et furent eslit li doze, six d'une part, et six d'autre ; et cil jurèrent sor sainz que il esliroient, à bien et à bone foi, celui qui plus grant mestier i auroit et qui mieldres seroit à govemer l'empire.

25g. Ensi furent eslit li doze, et uns jorz pris de l'eslection; et à cel )or qui pris fu*, assemblèrent à un riche palais, où li dux de Venise ère à ostel, un des plus biais del monde. Là ot si grant assemblée de gent que ce n'ere se granz mervoille non * ; que chascuns voloit veoir qui seroit esliz '. Apelé furent li doze qui dévoient faire l'eslecion, et furent mis en une mult riche chapele, qui dedenz le palais ère; et ferma on Puis par dehors, si * qu'il ne remest nus avec aus ; et li baron et li chevalier remestrent en un grant palais dehors *.

260. Et dura li consels tant que il furent à un acort; et chargierent lor parole, par le créant de toz * les autres, à Nevelon l'evesque de Soisons qui ère uns des doze. Et vindrent fors là où li baron furent

a57. — » A, to. — » B, toute la terre; CDE, et s^ensi est, li terre en para bien iestre toute perdue, — « A, d!f/ Guillon. — * A, porchacier, — • A omet quHl pot, — ^ F, et tant s'en alerent de l'o$t de gent, — * A, sostean\,

258. — » A, ne mats; CDEF, et au mains. — »CD, acordons que, — » AG, Crète; B, Crist; les autres manuscrits indiquent la Grèce. M. Buchon fait observer que la Crète ne pourait être

COMMENT SE FAIT l'ÉLECTIOK. l53

« Tun de ces deux hauts hommes^ Pautre en aura une telle envie qu'il « emmènera toutes ses gens. Et ainsi peut se perdre la terre ; car celle « de Jérusalem faillit aussi être perdue quand ils élurent Godefroi de « Bouillon^ alors que la terre fut conquise. Et le comte de Saint-Gilles « en eut si grande envie qu'il pourchassa les autres barons et tous « ceux qu'il put^ afin qu'ils partissent de Tannée. Et il s'en alla bien « des gens; car il en resta si peu que si Dieu ne les eût soutenus, la « terre eût été perdue. Et pour cela nous devons prendre garde qu'au- « tant ne nous en advienne .

258. « Travaillons plutôt à les retenir tous deux. Que celui à qui « Dieu donnera d'être élu par eux empereur, s'arrange pour que l'au- « tre en soit content; et qu'il donne à l'autre toute la terre de l'autre « côté du Bras vers la Turquie, et l'île de Grèce; et celui-ci en sera « son homme. Ainsi les pourrons-nous retenir tous deux. » Ainsi qu'il fut dit, ainsi fiit fait; et tous deux l'octroyèrent bien débonnairement. Et vint le jour du parlement, où le parlement s'assembla; et on élut les douze, six d'une part et six de l'autre; et ils jurèrent sur reliques qu'ils éliraient, pour le bien et de bonne foi, celui dont on aurait plus grand besoin et qui serait plus propre à gouverner l'empire.

269. Ainsi furent élus les douze, et un jour fut pris pour l'élection ; et au jour qui fut pris, ils s'assemblèrent en un riche palais où le doge de Venise était logé, un des plus beaux du monde. Là il y eut une si grande assemblée de gens que c'était grande merveille; car chacun voulait voir qui serait élu. On appela les douze qui devaient faire l'élection, et on les mit en une bien riche chapelle, qui était dedans le palais; et on ferma la porte par dehors, en sorte que nul ne resta avec eux ; et les barons et les chevaliers restèrent en un grand palais dehors.

260. Et le conseil dura jusqu'à ce qu'ils furent d'accord ; et ils donnèrent charge de parler, de l'agrément de tous les autres, à Névelon l'évêque de Soissons qui était un des douze. Et ils vinrent dehors

cédée ptr Baudouin, parce qu'elle appartenait à Boniftice, à qui Aleiis Tarait donnée arant d'arrirer à Constantinople.

359. — < A omet de Peslecthn, etc. — * C, Aw ce fk fine merpeUle. — * B omet chatcnns poioii, etc. — 4 F seul donne sU—^A omet et ferma on, etc.

Page 1