Conquête de Constantinople
LA BASILIQUE DE SAINT MARC, où les envoyés des croisés sollicitèrent l'alliance du peuple vénitien.
Le doge en assembla à la fois bien dix mille en la chapelle de Saint-Marc, la plus belle qui soit; et il leur dit qu'ils ouïssent une messe du Saint-Esprit, et priassent Dieu de les conseiller sur la requête que les messagers leur avaient faite, et ils le firent bien volontiers.
Quand la messe fut dite, le doge manda aux messagers de requérir tout le peuple humblement pour qu'il consentît que cette convention fût faite. Les messagers vinrent à l'église. Ils furent bien regardés de maintes gens qui ne les avaient jamais vus.
Geoffroi de Ville-Hardouin le maréchal de Champagne prit la parole par l'accord et la volonté des autres messagers et leur dit : « Seigneurs, les ba- « rons de France les plus hauts et les plus puissants nous ont envoyés à vous; o et ils vous crient merci, afin qu'il vous prenne pitié de Jérusalem qui est « sous le servage des Turcs, et que pour Dieu vous vouliez les aider à venger " la honte de Jésus-Christ. Et ils vous ont choisis parce qu'ils savent que <• nulles gens qui soient sur mer n'ont aussi grand pouvoir que vous et vos " gens. Et ils nous commandèrent de tomber à vos pieds, et de ne pas nous « en relever jusqu'à ce que vous eussiez octrové que vous auriez pitié de la •< Terre sainte d'outre-mer. »
Alors les six messagers s'agenouillèrent à leurs pieds, pleurant beaucoup ; et le doge et tous les autres éclatèrent en pleurant de pitié et s'écrièrent tout d'une voix, et tendirent leurs mains en haut, et dirent : « Nous l'octroyons! « nous l'octroyons! » Alors il y eut si grand bruit et si grand tumulte qu'il semblait que la terre s'effondrât (p. i 7 .