‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 108 sur 326 · LIX. Baudouin marche contre Murzuphle · texte numérisé non relu

LIX. Baudouin marche contre Murzuphle

266. L'empereur Murzuphle n'était pas éloigné encore de Constantinople de quatre journées; et il avait emmené avec lui l'impératrice qui était femme de l'empereur Alexis, qui auparavant s'était enfui, et sa fille. Et cet empereur Alexis était à une cité qu'on appelle Messinople, avec toutes ses gens, et tenait encore une grande partie de la terre. Et alors les hauts hommes de Grèce partirent, et une grande partie passa outre le Bras par devers la Turquie; et chacun

C omet ce nom; F. et toute Fille de Grèce. — 3 F. li emyerere; li conui apertement et disl que.

265. — 1 C ajoute envola et li donna et; D£ ajoutent envola et li. — - F ajoute de ce que li marchls estoit retenu;. — 8 BC omettent des chevaliers.

2l>/< — I CDEF, plus de quatre. — - A. et d tote.

pot:;, et par les autres contrées de l'empire autresi1, chascuns vers son pais.

267. Et l'empereres Morchuflés ne tarda gaires qu'il prist une cité qui ère à la merci de monseignor l'empereor Baudoin venue, que on apele le Churlot; si la prist et roba , et i prist1 quanqu'il i trova. Quant la novele vint à l'empereor Baudoin, si prist conseil as barons et al duc de Venise '. Li consels si fu tels qu'il s'accordèrent qu'il issist fors à tote s'ost, por ; conquerre la terre, etlaissast Costantinoble garnie (qui ère novelement'1 conquise et ère poplée de Grex) que ele:' fust seure.

268. Ensi fu li consels acordez, et l'os semoute ' , et devisé - cil qui dcmorroient en Constantinople, et liquel iroient en l'ost avec l'empereor Baudoin :;. En Constantinople remest li cuens Loeys de Blois et de Chartein, qui malades ère et n'ere mie encor gariz, et li dux de Venise. Et Coenes de Betune remest el palais de Blaquerne et de Bochelion por garder la vile; et'1 Joffrois li mareschaus de Champaigne, et Miles li Braibanz de Provins"', et Manessiers de l'Isle, à totes lor gens. Et li tuit autre s'atornerent'; por aler en l'ost avec l'empereor.

269. Ançois que l'empereres Baudoins partist de Costantinoble, s'en parti Henris ses frères, par son comandement , bien atot cent chevaliers1 de mult bone gent; et chevaucha de cité en cité; et en2 chascune vile là où il venoit, les genz fasoient la fealté l'empereor. Ensi ala trosque à Andrenople1. qui ère mult bone citez et riche; et cil de la cité le reçurent mult volentiers, et firent fealté l'empereor. Lors se herbeja en la vile, il et sa gens, et enqui sejorna tant que l'empereres Baudoins vint.

21)6. — :l A. lui plot; F. ce qu'il pol, en supprimant la lin de la phrase. — i A. tes outrées de l'empire autres; DE. les contrées de l'empire autresi; C. les autres, etc. B ometà la fois autres et autresi. G . et saisirent de l'empire ee que il porrent ; li antre traissent vers lor pais, et print ehaeuns endroit lui.

267. — 1 CDF omettent et i prist. — 2 A seul donne et .1/ duc de Venise. — 3 ACHE. et por. — •1C ajoute saisie el; D, prise et. — • li. si que ele; C. si serait Ion quelle: D. par coi elle; F omet ce qui suit conquise.

BAUDOUIN MARCHE CONTRK MURZUPHLE. i bij

saisit de la terre à son profit autant qu'il put, et de même par les autres contrées de l'empire, chacun vers son pays.

267. Et l'empereur Murzuphle ne tarda guère à prendre une cité qui était venue à la merci de monseigneur l'empereur Baudouin , qu'on appelle le Churlot; il la prit et la pilla, et y prit tout ce qu'il y trouva. Quand la nouvelle en vint à l'empereur Baudouin, il prit conseil aux barons et au doge de Venise. Le conseil fut tel qu'ils s'accordèrent à ce qu'il sortît avec toute son armée pour conquérir la terre, et qu'il laissât garnison dans Constantinople ( qui était nouvellement conquise et était peuplée de Grecs), afin qu'elle fût sûre.

2Ô8. Ainsi fut arrêté le conseil, et l'armée convoquée, et désignés ceux qui demeureraient en Constantinople, et lesquels iraient à l'armée avec l'empereur Baudouin. En Constantinople resta le comte Louis de Blois et de Chartres, qui était malade et n'était pas encore guéri, et le doge de Venise. Et Conon de Béthune resta au palais de Blaquerne et de Bouchelion pour garder la ville; et Geoffroi le maréchal de Champagne, et Milon le Brebant de Provins, et Manassès de l'Isle avec toutes leurs gens. Et tous les autres s'équipèrent pour aller à l'armée avec l'empereur.

26g. Avant que l'empereur Baudouin partît de Constantinople, Henri son frère en partit, par son commandement, avec cent chevaliers de très bonnes gens; et il chevaucha de cité en cité; et en chaque ville là où il venait, les gens juraient fidélité à l'empereur. Il alla ainsi jusqu'à Andrinople, qui était une bien bonne et riche cité; et ceux de la cité le reçurent bien volontiers, et jurèrent fidélité à l'empereur. Alors il se logea en la ville, lui et ses gens, et y séjourna jusqu'à tant que l'empereur Baudouin y vînt.

2(3S. — 1 A, li os semoule ; B. cl moula l'ost ; F, et l'ostfu seinon^. — - CDE. et devisèrent, en omettant et li os semante. — A ABCDE omettent et liquel, etc.; A omet en outre, au commencement de la phrase suivante, en Constantinople. — 4 D. et pour garder la vile démotiva. — 6 AB omettent de Provins; B omet en outre, et Manessiers de l'Isle. — 6 F, et leur gen\ s'atornerent. en omettant luit li autre.

269. — 1 A omet chevaliers. — - ADE, et de. — 3 B,jusques à une cité qui Andrenople esUiit apelée.

160 CONQUKTE DF CONSTANTINOPLE.

■2-0. L'enpereres Morchuflés, con il oï qu'il venoient issi1, si nés ossa atendre, ainz fui toz jorz deus jornées ou trois devant. Et ensi s'en ala- trosque vers Messinople, o renperere Alexis ère-, et li envoia ses messages, et li manda que il li aideroit, et feroit tôt son comandement. Et l'empereres Alexis respondi que bien fust-il venuz corne ses fils, que il voloit que il aust:i sa file à famé, et feroit de lui son fil. Ensi se herberja l'empereres Morchuflex devant Messinople, et tendi ses très et sespaveillons; et cil4 fu herbergiez dedenz la cité. Et lors parlèrent ensemble, etli donasa fille; et s'alierent ensemble'1, et distrent que il seraient tôt une chose.

•271. Ensi sejornerent, ne sai quanz jorz, cil en l'ost et cil en la vile1; et lors semonst l'emperere Alexis l'empereur Morchuflés que il venist à lui mengier, et iroient ensemble as bainz-'. Ensi com il fu devisé, si fu fait:!. L'empereres Morchuflés i vintprivéement et àpoi de gent ; et con ' il fu dedenz sa maison, l'empereres Alexis l'apela en une chambre, et lo fist jeter à terre, et traire-5 les oels de la teste, en tel traïson con vos avez oï. Or oïez se ceste genz dévoient" terre tenir ou perdre", qui si granz crualtez faisoient li un des autres. Et quant ce oïrent cil de l'ost l'empereor Morchuflés, si se desconfissent et tornent en fuie, li un çà et li altre là; et de tels i ot qui alerent à l'empereor Alexi, et li obéirent comme à seignor, et remestrent entor lui.

272. Lors s'esmut l'empereres Baudoins à tote s'ost de Costantinoble; et chevaucha tant que il vint à Andrenople. Enqui1 trova

27°- — ' C. quant il sot sa venue, sans ajouter l'adverbe issi qui ne se trouve que dans A. — SB, einsintfoi tant qu'il ala. —SA, avoit; F omette- il voloit jusqu'à son fil. -<C, pavillons devant Miessmople, et chil Alexis. — •"> AB omettent et li Jona. etc. G. après parlèrent tant ensamble que Alexis donna Morchufle sa fille â femme.

ALEXIS FAIT AVEUGLER MURZUPHLE. loi

LX. Murzuphle se réfugie près d'Alexis, frère J'Isaac. qui lui fait crever

les yeux.

•270. L'empereur Murzuphle, dès qu'il ouït qu'ils venaient ainsi, il ne les osa attendre; mais il fuyait toujours deux journées ou trois devant. Et il s'en alla ainsi jusque vers Messinople, où l'empereur Alexis était; et il lui envoya ses messagers, et lui manda qu'il l'aiderait, et ferait toute sa volonté. Et l'empereur Alexis répondit qu'il fût bienvenu comme son fils, qu'il voulait qu'il eût sa fille pour femme, et ferait de lui son fils. L'empereur Murzuphle se logea ainsi devant Messinople, et tendit ses tentes et ses pavillons; et l'autre était logé dans la cité. Et alors ils parlèrent ensemble, et il lui donna sa fille ; et ils s'allièrent ensemble, et dirent qu'ils seraient tout un.

271. Ils séjournèrent ainsi, je ne sais combien de jours, l'un, dans le camp et l'autre dans la ville ; et alors l'empereur Alexis invita l'empereur Murzuphle à venir manger avec lui, disant qu'ils iraient ensemble aux bains. Ainsi qu'il fut dit, ainsi fut fait. L'empereur Murzuphle y vint privément et avec peu de gens; et quand il fut dans la maison, l'empereur Alexis l'appela en une chambre, et le fit jeter à terre, et lui fit tirer les yeux delà tète par une trahison telle que vous avez ouïe. Or oyez si ces gens devaient tenir une terre ou la perdre, eux qui faisaient de si grandes cruautés les uns contre les autres. Et quand ceux du camp de l'empereur Murzuphle ouïrent cela , ils se dispersèrent et prirent la fuite, les uns de çà et les autres de là; et il y en eut qui allèrent à l'empereur Alexis, et lui obéirent comme à leur seigneur, et demeurèrent auprès de lui.

LXI. Baudouin marche contre Alexis; il est rejoint par Boniface.

272. Alors l'empereur Baudouin partit avec toute son armée de Constantinople, et chevaucha tant qu'il vint à Andrinople. Là il trouva

271.— 1 B omet ensi sejornerent. etc. — - A, abbain^. — ;) BCDE, ensi com il le semons! i vint il. — '• A. Fetnpereres Morchuflés cou, en omettant: vint, etc. —5 fi., jeter atraire. — 'A. devraient, — ' AC. ne perdre; DE. ou perdre; BF omettent ces deux mois.

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