‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 113 sur 326 · LES CROISÉS APPRENNENT LA RUPTURE · texte numérisé non relu

LES CROISÉS APPRENNENT LA RUPTURE

cha ainsi en arrière jusqu'à un château bien beau et bien fort et bien riche, qui était appelé le Dimof, et ce château lui fut rendu par urt Grec de la ville ; et quand il fut dedans, il y mit garnison. Et alors, par l'accointance de l'impératrice, les Grecs commencent à tourner à lui, et à venir à sa merci de toute la terre d'alentour, à une journée de marche ou à deux.

280. L'empereur Baudouin chevaucha toujours droit sur Salonique, et vint à un château qui avait nom Christople, qui était un des plus forts du monde ; et il lui fut rendu, et ceux de la ville lui jurèrent fidélité. Et après il vint à un autre que Ton appelait la Blanche, qui était bien fort et bien riche ; et il lui fut rendu aussi, et on lui jura fidélité. Et de là il chevaucha à la Serre, qui était une cité forte et riche; et elle vint à son commandement et à sa volonté, et on lui jura fidélité. Et de là il chevaucha à Salonique, et se logea devant la ville, et y fut pendant trois jours. Et les gens lui rendirent la ville (qui était une des meilleures et des plus riches de la chrétienté en ce temps), à la condition qu'il les tiendrait aux us et coutumes où les empereurs Grecs les avaient tenus.

LXIII. Message des croisés à Boniface; il suspend le siège d'Andrinople. .

281. Pendant que l'empereur Baudouin était vers Salonique, et que la terre se rendait à son plaisir et à son commandement, le marquis Boniface de Montferrat, avec toutes ses gens et la grande quantité de Grecs qui tenaient à lui, chevaucha devant Andrinople et l'assiégea, et tendit à l'entour ses tentes et ses pavillons. Et Eustache de Saubruic était dedans, avec les gens que l'empereur y avait laissés; et ils montèrent aux murs et aux tours, et se préparèrent à se défendre.

282. Et alors Eustache de Saubruic prit deux messagers, et les envoya, marchant jour et nuit, en Constantinople. Et ils vinrent au doge de Venise et au comte Louis, et à ceux qui étaient restés dans la ville de par l'empereur Baudouin; et leur dirent qu'Eustache de

ki fust ou monde (ou riches villes de la crestienté). — '> DF ajoutent li vendirent. — 7 A, avait. 281. — 1 C, et menait le terre. — 2 CDE. des gens. -S2. — 1 CDE. et à cens que il trouvèrent.

lor' mandoit que l'empereres et li marchis estoient mellé ensemble; et li marchis ère saisiz del Dimot, qui ère uns des plus fors chastiaus de Romenie et uns des plus riches, et els avoit asis à Andrenople. Et quant il oïrent ce:1, s'en furent mult irié; que lors cuiderent-il bien que tote la conqueste que il avoient faite fust perdue.

280. Lors assemblèrent el palais de Blaquerne li dux de Venise et li cuens Loeys de Bloys et de Chartein, et li autre baron qui estoient en1 Costantinople; et furent mult destroit et mult irié, et mult se plainstrent de cels qui avoient faite la mellée entre l'empereur et le marchis. Par la proiere le duc de Venise et del conte Loeys, fu requis Joffrois de Vile-Hardoin, li mareschaus de Champaigne, qu'il alast al siège d'Andrenople-, et que il meist conseil à celé guerre3, se il pooit, porce qu'il ère bien del marchis; et cuiderent qu'i aust plus grant pooir que nus autres hom4. Et cil, por lor proiere et por lor besoing5, dist qu'il iroit mult volentiers; et mena avec lui Manassier de l'Isle, qui ère uns des bons chevaliers de Fost et des plus honorez.

284. Ensi se ' partirent de Costantinople, et chevauchierent par lor jornées tant que il vindrent'2 à Andrenople, où li sièges ère. Et quant li marchis l'oï, si issi3 de l'ost et ala encontre als. Avec lui en ala Jaques d'Avesnes, et Guillaumes de Chanlite, et Hues de Colemi, et Othes de la Roche, qui plus ait estoient4 del conseil del marchis. Et quant il vit les messaiges, si les honora mult et fist mult bel semblant.

285. Joffrois li mareschaus, qui mult ère bien de lui, licoisona1 mult durement : cornent ne en quel guise il avoit prise la terre l'empereor ne assigie sa gent dedenz Andrenople-, tant que il l'eust fait assavoir à cels de Costantinoble, qui bien li feissent adrecier3 se li empereres

282. — - A, et lors que Utaices de Saubruit qui lor. — 3 A omet ce.

iXJ. — ! CDE, tout li baron Je en omettant li dux. etc. — - CDEF, à Andrenople. — 3 D, en celle guerre apaisier; F, a ce que eesle guerre fu abessie; C, de eele guerre, sans ajouter Je verbe ; BE, à celé gue rre comme A. — '> F, qu'il n'avait. — 5 A omet et for lor besoing; BF, le besoing; D. leur besoîgne; C. le grant besoing;E, lor besoing.

284. — ' A, ensi coin.- — A. et vindrent. — 3 A, Loeys issi. au lieu de l'oi si issi; cette

MESSAGE DES CROISÉS A BONIFACE. [6g

Saubruic leur mandait que l'empereur et le marquis étaient brouillés ensemble; et le marquis s'était saisi du Dimot, qui était un des plus forts châteaux de Romanie et un des plus riches, et il les avait assiégés à Andrinople. Et quand ils ouïrent cela, ils en furent bien irrités; car ils pensèrent bien alors que toute la conquête qu'ils avaient faite serait perdue.

283. Alors s'assemblèrent au palais de Blaquerne le doge de Venise et le comte Louis de Blois et de Chartres, et les autres barons qui étaient en Constantinople; et ils furent bien troublés et bien irrités , et se plaignirent beaucoup de ceux qui avaient fait la brouille entre l'empereur et le marquis. A la prière du doge de Venise et du comte Louis, Geoffroi de Ville-Hardouin, le maréchal de Champagne, fut requis d'aller au siège d' Andrinople , et de mettre ordre à cette guerre, s'il pouvait, parce qu'il était bien avec le marquis; et ils pensèrent qu'il aurait plus de pouvoir que nul autre homme. Et lui, à cause de leur prière et de leur besoin, dit qu'il irait bien volontiers; et il mena avec lui Manassès de l'Isle, qui était un des bons chevaliers de l'armée et des plus honorés.

284. Ils partirent ainsi de Constantinople, et chevauchèrent dans leurs journées tant qu'ils vinrent à Andrinople, où le siège était mis. Et quand le marquis l'apprit, il sortit du camp et alla à leur rencontre. Avec lui y alla Jacques d'Avesnes, et Guillaume de Champlitte, et Hugues de Colemi, et Othon de la Roche, qui étaient les premiers du conseil du marquis. Et quand il vit les messagers , il les honora beaucoup et fit très beau semblant.

285. Geoffroi le maréchal, qui était très bien avec lui, lui fit de durs reproches : comment et en quelle façon il avait pris la terre de l'empereur et assiégé ses gens dans Andrinople, avant qu'il l'eût fait savoir à ceux de Constantinople, qui lui eussent bien fait avoir re-

faute semble provenir d'un texte e'crit sous la dictée, les mots Loeys issi représentant à peu près pour l'oreille l'oi si issi. DE, loi dire, etc.; C. Vol dire si ala, en omettant si issi de l'osl ; B, oi dire qu'il venoieat; F. sut leur venue. — * A. al-; estaient ; B, grant estaient ; CDE, haus estait: F. gran\ estait.

285. — » CDE, l'ocoisonna; F. le blasma. — - HCDE. la cité ctAndrenople.— ' <:, redrechier ; I), amender; F, emmender.

VILLE-HARDOl'IN. 111. — 22

li eust nul tort fait. Et li marchis se descolpa mult, et dist que por le tort que l'empereres li avoit fait, avoit-il4 issi esploitié.

286. Tant travailla Joftrois li mareschaus de Champaigne, à l'aie de Dieu et des barons qui estoient del conseil le marchis, de cui il ère mult amez, que li marchis li asseura que il s'en1 metroit el duc de Venise, et el conte Loeys de Biois et de Chartein, et en Coenon de Betune, et en Jolïroi de Vile-Hardoin le mareschal-, qui bien savoient la convenance d'aus deus. Ensi fu la trive prise de cels de l'ost et de cels de la cité.

287. Et sachiez que mult fu volentiers veuz Joffrois li mareschaus, au retourner1, et Maneisiers de lTsle, de cels de l'ost et de cels de la cité, qui mult- voloient la pais d'ambedeus parz. Et ausi lié cum li Eranc en furent, en furent3 li Grieu dolant; qu'il volsissent mult volentiers la guerre et la mellée. Ensi fu1 dessiegie Andrenople; et torna s'en li marchis arrière al Dimot à tote sa gent5, là où l'empereris sa famé ère.

288. Li message s'en revindrent en1 Constantinoble, et contèrent les noveles si con il avoient2 esploitié. Mult orent grant joie li dux de Venise et li cuens Loeys de Blois3 et tuit li autre, de ce qu'il s'ere mis sor als de la pais. Lors pristrent bons messages , et escristrent letres 'l, et envoierent à l'empereor Baudoin-, et li mandèrent que li marchis s'ere mis sor als, et bien l'avoit asseuré; et il s'idevoit encor mielz mètre. Si li prioient qu'il le feist ■"' ( que il ne souffriraient mie la guerre en nule fin6), et qu'il asseurast ce que il diroient7, alsi con li marchis avoit fait.

28q. Endementres que ce fu, l'empereres Baudoins otfait ses afaires vers Salenique; si s'en parti et la laissa garnie de sa gent , et il

Page 1