RUPTURE DE BAUDOUIN ET DE BONIFACE
« tiens de vous : je veux donc vous prier que vous me laissiez aller; « et quand je serai saisi de ma terre ei de ma cité, je vous amènerai « des vivres à votre rencontre, et je viendrai prêt à faire votre volonté. « Mais ne me ruinez pas ma terre; et allons, si c'est votre plaisir, « contre Johannis, qui est roi de Blaquie et de Bogrie, et qui tient à « tort une grande partie de la terre. »
LXII. Rupture de Baudouin et de Boniface; l'un marche sur Salonique, l'autre sur le Dimot.
277. Je ne sais par le conseil de qui l'empereur répondit qu'il voulait aller toutefois vers Salonique, et qu'il ferait ses autres affaires dans le pays. « Sire, fait Boniface le marquis de Montferrat, jeté « prie, dès que je puis conquérir ma terre sans toi, de n'y pas entrer; « et si tu y entres, il ne me semble pas que tu le fasses pour mon « bien. Et sachez vraiment, je n'irai pas avec vous, mais je me sé- « parerai de vous. » Et l'empereur Baudouin répondit qu'il ne laisserait pas pour cela d'y aller malgré tout.
278. Hélas! quel mauvais conseil ils curent l'un et l'autre, et qu'ils commirent un grand péché ceux qui firent cette brouille! Car si Dieu n'en eût pris pitié, comme ils eussent perdu toute la conquête qu'ils avaient faite, et mis la chrétienté en aventure dépérir! Ainsi se séparèrent, par malheur et par mauvais conseil, l'empereur Baudouin de Constantinople et Boniface le marquis de Montferrat.
27Q. L'empereur Baudouin chevaucha vers Salonique, ainsi qu'il l'avait entrepris, avec toutes ses gens et toutes ses forces ; et le marquis de Montferrat retourna en arrière; car il y avait une grande quantité de bonnes gens avec lui. Avec lui s'en retourna Jacques d'Avesnes, Guillaume de Champlitte, Hugues de Colemi, le comte Bertoud de Catzenelnbogen, et la plus grande partie de tous ceux de l'empire d'Allemagne, qui tenaient au marquis. Le marquis chevau-
F, ce me desplest, et ne sera mie pour mon bien. — S CD omettent avec vos. - '* F omet j/iiç. etc.
278. — 1 CDE, en péril ou en très grant péril. — 2 CDE, par mal li uns Je l'autre.
27.9. — 1 C omet sicon il nt enpris. — - A. qui i ot : H, qu'il ot ; CD, kiot. — 3 CEF ne répètent pas avec lui. — i A, Selite.
10b CONQUÊTE DE CONSTANTINOPLE.
li Dimosere apelez, multbel, et mult fort, et mult riche-, et cil li fu renduz par un Greu de la vile; et cum il fu dedenz, si le garni. Et lors comencent li Grieu ;' à lui'1 à torner par l'acointement de l'empereriz, et de tote la terre de là entor, à une jornée ou à deus, venir à sa merci.
280. L'empereres Baudoins chevaucha adès droit à Salenique1, et vint à un chastel qui ot à nom Cristople, qui ère uns des plus forz del munde-, et li fu renduz, et li firent fealté cil de la vile. Et après vint à un altre que on apeloit la Blanche-, qui ère mult fors, et mult riches; et li fu renduz altressi, et li firent fealté. Et d'enqui chevaucha à la Serre ;1, qui ère une citez forz et riche-, et vint à son comandement et à sa volante, et li firent fealté. Et d'enqui chevaucha à Salenique'1, et se herbeja devant la ville , et i fu par trois jors. Et cil li rendirent la vile (qui ère une des meillors et des plus riches de la crestienté"' à cel jor), par tel convent0 que il les tendroit as us et as costumes que li empereeur Grieu les avoient7 tenuz.
281. Endementiers que l'empereres Baudoins ère vers Salenique, et la terre venoit1 à son plaisir et à son comandement, li marchis Bonifaces de Monferrat, à tote la soe gent et la grant plenté des Grexqui à lui se tenoient, chevaucha devant Andrenople, et l'asist; et tendi ses très et ses paveillons entor. Et Eustaiches de Saubruit fu dedenz , et les genz que l'empereres i avoit laissié; et montèrent as murs et as tors, et s'atornerent d'els défendre.
282. Et lors prist Eustaices de Saubruit deus messaiges, et les envoia, par jor et par nuit, en Constantinople. Et vindrent al duc de Venise et al conte Loeys, et à cels qui estoient dedenz la vile remés de par Fempereor Baudoin1; et lor distrent qu'Eustaices de Saubruic
2711. — S CDE omettent li Grieu. — '■ A omet à lui.
2S0. — 1 CDEF ajoutent à tel gent corn il ot. — ? A. /.! Blache; B. la Lance; G. li Blance. — ■' A, l.i Setre. — I A omet et d'enqui. etc. — s CDE, et estoit une .les plus fors et .les plus riches