‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 122 sur 326 · DEFAITE DE LASCARIS · texte numérisé non relu

DEFAITE DE LASCARIS

Pumenienor qui était un très fort château , et le Lupaire qui était une des meilleures cités de la terre, et le Pulinach qui était situé sur un lac d'eau douce, un des plus forts châteaux et des meilleurs que Ton dût chercher. Et sachez que très bien en prit à ces gens; car ils firent bien leur volonté en la terre par l'aide de Dieu.

32i. En ce temps après, par le conseil des Hermins, Henri, le frère de l'empereur Baudouin de Constantinople, partit de la cité d'Avie et la laissa garnie de ses gens, et chevaucha vers une cité qu'on appelle l'Andremite, qui est située sur la mer à deux journées de la cité d'Avie. Et elle lui fut rendue , et il se logea dedans ; et alors une grande partie de la terre se rendit à lui; car la cité était bien garnie de blés et de vivres et d'autres biens. Et alors il soutint la guerre là contre les Grecs.

322. Théodore Lascaris, qui avait été déconfit vers le Pumenienor, se procura des gens autant qu'il en put avoir; et il assembla une très grande armée, et la confia à Constantin son frère, qui était un des meilleurs Grecs de Romanie; et il chevaucha droit vers l'Andremite. Et Henri, le frère de l'empereur Baudouin, sut par les Hermins qu'une très grande armée venait sur lui; il prépara donc son affaire, et ordonna ses corps de bataille ; et il avait avec lui de très bonnes gens. Avec lui étaient Baudouin de Beauvoir, Nicolas de Mailly, Anseau de Cayeux, et Thierri de Loos, et Thierri de Tenremonde.

323. Et il advint ainsi que le samedi avant la mi-carême ( 1 9 mars 1 2o5) Constantin Lascaris vint avec sa grande armée devant l'Andremite. Et Henri, quand il sut sa venue, prit conseil et dit qu'il ne se laisserait pas enfermer là dedans, mais qu'il sortirait dehors. Et l'autre vint avec toute son armée et de grands corps de bataille à pied et à cheval; et les nôtres sortirent et commencèrent la bataille. Et il y eut un grand combat et une grande mêlée; mais, par l'aide de Dieu, les Francs les vainquirent et les déconfirent; et il y en eut beaucoup de

322. — 1 CDE, grant gent assemblée; F ', porchaça gent tant corne il pot, et en assembla tant que c'estoit mervelle à veoir. — ! C. grant gent en oit. — 3 BCEF ajoutent grant partie. — '■ B omet et Tierri de Los.

323. — 1 CDE omettent et comencierent la bataille. — 2 B ajoute moult fu grant la bataille. — a A. la gaien-;.

riche; que les genz del pais '' se tornerent à aus, et comencierent à aporter lor rentes 5.

324. Or vos lairons de cels devers Costantinople, et revendrons al marchis Bonifacede Monferrat qui ert vers Salenique, et s'en fu alez sor Lasgur, qui tenoit Naples et Corinthe, deus des plus forz citez dou monde. Si les asseja andeus ensemble : Jacques d'Avesnes remest devant Corinthe, et autre bone gens assez'; et li autre-1 alerent devant Naples, si3 l'asistrent.

325. Lors avint une aventure el païs; que Joffrois de Vile-Hardoin, qui ère niés Joffroi le mareschal de Romenie et de Champaigne ', fils son frère-, fu meuz de la terre de Surie, avec celui passage qui ère venuz en Constantinoble. Si Tenmena venz et aventure au port de Mouçon; et enqui fu sa nés empirie, et par estovoir le convint sejorner l'iver 3 el païs. Et uns Griex, qui mult ère sire del païs, le sot; si vint à lui et li fist mult grant honor, et li dist : « Biax sire, li Franc « ont conquis Constantinoble, et fait empereor. Se tu te voloies à moi « acompaingnier, je teporteroie mult 4 bone foi, et conquerriens assez « de ceste terre. » Ensi se jurèrent ensemble li Griex et Joffrois de Vile-Hardoin''; et conquistrent ensemble grant part de la terre : et trova Joffrois de Vile-Hardoin ou Grieu r> mult bone foi.

32Ô. Ensi con les aventures vienent si cum Diex volt,siprist al Grieu maladie; si fina et morut. Et li fils al Grieu se révéla contre Joffroi de Vile-Hardoin et le traï '; et se tornerent li chastel qu'il avoit garniz - contre lui :!. Et il oït dire que li marchis séoit devant

323.— *C, ajoute parcelle victorc.—S B ajoute et gran^ honneurs; CDE, lor avoirs et lor g-aains.

324. — 1 B, etc.. omettent et autre bone gens asse;. — 2 BCDE ajoutent qui estoient avec lui. — 3 B ajoute l'assaillirent et.

:; 2 ? . — 1 I) omet de Romenie; CEF, Jofroide Romenie le mariseal de Campaingne. — 2 CDE omettent fils son frère.— '■> CDEF omettent l'iver. — s B ajoute grant enneur et. — s A omet li

BONIFACE ATTAQUE LÉOSGUR. 193

tués et de pris, et le butin fut bien grand. Et alors ils furent bien à l'aise et bien riches; car les gens du pays tournèrent de leur côté, et commencèrent à apporter leurs rentes.

LXXII. Boniface attaque Léosgur; il est rejoint par Geoffroi de Ville- HarJouin le neveu.

324. Nous ne vous en dirons pas plus de ceux de Constantinople, et nous reviendrons au marquis Boniface de Montferrat, qui était vers Salonique, et s'en était allé contre Léosgur, qui tenait NaplesetCorinthe, deux des plus fortes cités du monde. Il les assiégea toutes deux ensemble : Jacques d'Avesnes resta devant Corinthe, avec assez d'autres bonnes gens; et les autres allèrent devant Naples, et l'assiégèrent.

325. Alors advint une aventure au pays; car Geoffroi de Ville- Hardouin, qui était neveu de Geoffroi le maréchal de Romanie et de Champagne, fils de son frère, partit de la terre de Syrie avec ce passage qui était venu en Constantinople. Le vent et l'aventure l'emmenèrent au port de Moton; et la nef fut endommagée, et par nécessité il lui fallut séjourner l'hiver au pays. Et un Grec qui était un grand seigneur du pays, le sut; il vint à lui et lui fit grand honneur, et lui dit : « Beau sire, les Francs ont conquis Constantinople et fait « un empereur. Si tu te voulais associer à moi, je te garderais bien « bonne foi, et nous ferions assez de conquêtes en cette terre. » Ainsi se jurèrent alliance le Grec et Geoffroi de Ville-Hardouin; et ils conquirent ensemble une grande partie de la terre; et Geoffroi de Ville- Hardouin trouva en ce Grec beaucoup de bonne foi.

326. Mais comme les aventures adviennent ainsi que Dieu le veut, il prit au Grec une maladie; et il finit et mourut. Et le fils du Grec se révolta contre Geoffroi de Ville-Hardouin et le trahit; et les châteaux où il avait mis garnison se tournèrent contre lui. Il ouït dire

Cria. etc. Ce Grec était Léon Chamaritus. seigneur de LacéJémone.— s A, en Grieu; B omet ou Grieu.

320. — 1 CDE, l'outra; B. retrest. — - CDEF. conquis; B, gaaingnié. — 3 F, etse toma tout maintenant encontre lui, etjist tomer tous les chateaus qu'il avaient conquis entre lui et son père; quant Gifroi vit ce, si en fu moût corrouciés.

Naples : à tant de gcnt com il pot avoir, si4 s'en vait contre lui. Et chevaucha par mult grant" péril bien six jornées parmi la terre; et vint à l'ost, où il fu mult volentiers veuz, et fu mult honorez del marchas et des autres qui i estoienf, et il ère bien droiz; quar il ère mult preuz et mult vailanz, et bons chevaliers6.

327. Li marchis li volt assez doner terre et avoir1 por ce qu'il remansist avec lui : il n'en volt point prandre; ainz parla à Guillaume de Chanlite qui mult ère ses amis, et li dist : « Sire, je vieng d'une « terre qui mult est riche, que on apele la Morée. Prenez de gent ce « que vos em porroiz avoir, et partez de ceste ost, et alons par l'aie de « Dieu et la conquérons-; et ce que vos m'en volroiz doner de la ci conqueste, je le tendrai de vos, si en serai vos hom liges. » Et cil qui3 mult le crut et ama, ala al marchis, si li dist ceste chose; et li marchis li abandona qu'il i alast.

028. Ensi se partirent de l'ost Guillaumes de Chanlite et Joffrois de Vile-Hardoin, et enmenerent bien cent chevaliers avec als, et de serjanz à cheval grant part; et entrèrent en la terre de la Morée, et chevalchierent trosque à la cité de Monçon. Michalis oï qu'il estoient à si pou de gent en la terre; si amassa grant1 gent, et ce fu une mervoille de gent -, et chevaucha après als, si cum cil qui les cuidoit avoir toz pris et avoir en sa main.

3-29. Et quant cil oïrent dire que il venoit, si horderent Monçon1, qui de lonc tens iert abatue, et i- laissierent lor hernois et lor menue gent. Et chevauchierent par un jor, et ordenerent lor bataille de tant de gent cum il avoient : et fu à trop grant meschief; que il n'avoient mie plus de cinq cens homes à cheval, et cil en avoient3 bien plus de cinc mil. Ensi cum les aventures avienent si con Dieu plaist1, se

32b. — -1 A omet si. — »A, chevauchent par mult grant ; B. chevaucha par nuit encrant. — 8 B. etc.. omettent et bons chevaliers.

-'"• — ' A. doner terre et av rit asse; doner terre et avoir. — - A. et conquérons. — S A. et Celui que.

GEOFFROI DE VILLE-H ARDOUIN LE NEVEU. ni?

que le marquis assiégeait Naples : avec autant de gens qu'il en put avoir, il s'en va vers lui. Et il chevaucha en bien grand péril pendant six journées à travers le pays; et vint au camp, où il fut vu volontiers, et fut très honoré du marquis et des autres qui y étaient ; et c'était bien juste, car il était bien preux et bien vaillant, et bon chevalier.

LXXIII. Exploits de Guillaume de Champlitte et de GeofFroi de Ville- Hardouin le neveu en Morée.

327. Le marquis lui voulut donner assez de terre et d'avoir pour qu'il restât avec lui : il n'en voulut point prendre-, mais il parla à Guillaume de Champlitte qui était fort son ami, et lui dit : « Sire, je « viens d'une terre qui est bien riche, qu'on appelle la Morée. Prenez « ce que vous pourrez avoir de gens, et quittez cette armée-, et allons « avec l'aide de Dieu et la conquérons; et ce que vous me voudrez « donner de la conquête, je le tiendrai de vous et en serai votre homme « lige. » Et Guillaume qui le croyait et l'aimait beaucoup, alla au marquis, et lui dit la chose; et le marquis lui permit d'y aller.

328. Ainsi partirent du camp Guillaume de Champlitte et Geoffroi de Ville-Hardouin, et ils emmenèrent bien cent chevaliers avec eux, et un grand nombre de sergents à cheval ; et ils entrèrent en la terre de Morée, et chevauchèrent jusqu'à la cité de Moton. Michalis apprit qu'ils étaient avec si peu de gens dans le pays ; et il amassa beaucoup de gens (et c'était une merveille de gens), et il chevaucha après eux, en homme qui pensait les avoir tous pris et les avoir en sa main.

329. Et quand ils ouïrent dire qu'il venait, ils fortifièrent Moton, qui depuis longtemps était sans murs, et y laissèrent leurs harnois et leurs menues gens. Et un jour ils chevauchèrent, et ordonnèrent leurs corps de bataille avec tout ce qu'ils avaient de gens : et c'était à' bien grand désavantage; car ils n'avaient pas plus de cinq cents hommes de cheval, et les autres en avaient plus de cinq mille. Mais comme les aven-

3a8. — > CDt:. une grant partie de; F. moul t;i\mt plenté de. — - CDEF omettent et ce fa, etc.

I29.— 1 C, horderent un vies castiel.— î A. orent abatue et il. — 3 A. avoit ; Cet lor anemis

estaient. — 1 CI>E. ensi corne les grâces .ie Dieu aviennent et tes aventures.

igt> CONQUETE DE CONSTANTINOPLE.

combatirent as Grieux, et les desconfirent et vainquirent. Et i perdirent mult li Grieu ; et cil gaaignierent assez chevaus et armes, et autres avoirs :' à mult grant plenté. Et lors s'en tornerent mult lié et mult joiant à la cité de Moçon.

33o. Après chevauchierent à une cité que on apele Corone, qui sor mer estoit ' ; si l'asistrent. Et n'i2 sistrent gaires longuement, quant la citez lor fu rendue ; et Guillaumes la dona Joffroi de Vile-Hardoin, et cil en devint ses hom, et la garni de sa gent. Après alerent à un chastel3 que on apele la Chalemate, qui mult ère fors et biais; si l'asistrent. Icil chastials les travailla muit'1 longuement-, et tant i sistrent •"' que renduz lor fu. Adont se rendirent plus des Grex à als del païs1' que il n'avoient fait devant.

33 i. Li marchis Bonifaces sist à Naples, où il ne pot1 rien faire; quar trop ère forz, et il i greva mult sa gent. Jaques d'Avesnes retenoit le siège devant Corinthe, si con li marchis l'i avoit laissié. Lasgur qui ère dedenz Corinthe-, et ère mult sages et engignieus, vit que Jaques n'avoit mie granz genz, et que il ne se gaitoit mie bien. A un maitin, à l'ajornée, fist une'1 saillie mult grant, étala'1 trosque enz es paveillons; et ainz que il peussent estre armé1', en ocistrent assez.

332. Là si fu morz Drues d'Estruen1 qui fu mult preuz et vaillanz, dont granz dials fu'-. Et Jaques d'Avesnes, qui ère cheveteines, fu mult corrouciés de son chevalier; et ne demora gaires que il"J fu navrez en la jambe mult durement. Et bien li portèrent tesmoing cil qui là furent, que'* par son bien faire furent rescous; et sachiez bien

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