‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 133 sur 326 · LXXXI. Défaite des croisés, Baudouin fait prisonnier · texte numérisé non relu

LXXXI. Défaite des croisés, Baudouin fait prisonnier

358. Le comte Louis sortit le premier avec son corps de bataille-, et il commence à poursuivre les Comains, et mande à l'empereur Baudouin qu'il le suivît. Hélas! comme ils tinrent mal ce qu'ils avaient devant réglé le soir! car ils poursuivirent ainsi les Comains ■bien près de deux lieues en avant, et en vinrent aux mains, et leur donnèrent la chasse longtemps. Et les Comains reviennent sur eux, et ils commencent à crier et à tirer.

35g. Les nôtres avaient des corps composés d'autres gens que de chevaliers, qui ne connaissaient point assez la guerre; ils commencèrent à s'effrayer et à se déconfire. Et le comte Louis, qui avait attaqué le premier, fut blessé en deux endroits bien fort; et les Comains et les Blaques commencèrent à les presser ; et le comte était tombé, et un sien chevalier, qui avait nom Jean de Friaize, mit pied à terre et le mit sur son cheval. Il y eut bien des gens du comte Louis qui lui dirent : « Sire, allez-vous-en, car vous êtes bien fort blessé en deux en- « droits. » Et il dit : « Au Seigneur Dieu ne plaise que jamais il me « soit reproché d'avoir fui du champ de bataille et laissé l'empereur ! »

360. L'empereur, qui était bien accablé de son côté, rappelait ses gens ; et il leur disait qu'il ne fuirait pas, et qu'ils ne le quittassent pas ; et ceux qui furent là témoignent bien que jamais chevalier de sa personne ne se défendit mieux que lui. Ce combat dura ainsi longtemps : tels y eut qui bien se montrèrent, et tels y eut qui s'enfuirent. A la fin, ainsi que Dieu permet les mésaventures, ils furent déconfits. Sur le champ de bataille demeura l'empereur Baudouin qui jamais ne voulut fuir, et le comte Louis; l'empereur Baudouin fut pris vivant, et le comte Louis fut occis.

36 1. Hélas! quelle douloureuse perte on fit là! Là fut perdu l'évêque Pierre de Bethléem, et Etienne du Perche le frère du comte Geoffroi, et Renaud de Montmirail le frère du comte de Nevers, et

que. — 3 A omet et li Comain, etc. — ^ F met en style indirect ces mots et la réponse du comte. 36o. — 1 A, laissent. — 2 A omet bien le firent, etc. — 1B omet et li euens. etc. 36i. — i AF omettent kalas, etc. — - ABF, Belleem : A seul nomme cet évêque le premier.

hius de Vaslencort, et Roberz de Ronçoi, Johans de Friaise, Gautiers de Nuilli, Ferris d'Ierre3, Johans ses frères, Eustaicesde Heumont, Johans ses frères, Baudoins de Nuevile'1, et mult des autres dont li livres ne parole mie ci. Et li autre qui porent eschamper5, s'en vinrent fuiant à l'ost6.

3b2. Et quant ce vit Joffrois li mareschaus de Champaigne, qui gardoit devant une des portes de la cité1, si s'en issi plus tost que il pot à la gent que il ot; et manda Manassier de l'Isle, qui gardoit l'autre porte, que il le suist2 isnellement. Et chevaucha à tote sa bataille, encontre les fuianz, grant aleure; et li fuiant se recueillirent11 tuit à lui. Et Manassiers de l'Isle, qui vint au plus tôt que il pot à la sue gent, si se joinst à lui; et lors orent plus grant bataille ; et tuit cil qui vindrent en la chace, qu'il porent retenir, si les mistrent en lor bataille4.

363. Et ceste chace si fu entre none et vespres ensinques retenue1. Li plusor furent si esfreé que il fuioient par devant als trosque enz es paveillons et enz es hostiels. Et ensi celé chace fu recovrée con vos avez oï; et li Comain s'aresterent-, et li Blac et li Grieu qui chaçoient:i. Et hardierent à celé bataille as ars et as sajettes4; et cil de la bataile se tindrent quoi, les vis5 devers als. Ensi furent trosque à vespre bas, et li Comain et li Blac se recomencierent à retraire.

36i. — :t A, Herre, — * A seul fait connaître les noms de ces trois derniers personnages. — s A. scamper; B, s'en eschaperem et. — '• I.e récit de cette bataille, dans le manuscrite n'est pas seulement un abre'gé du texte de Ville-Hardouin ; on y trouve certains détails qui doivent avoir été puisés à une autre source. Je transcris ce passage, en indiquant entre parenthèses quelques corrections qu'il conviendrait d'y faire. Ensi remest jusques à lendemain que li Commain revinrent. Li cris leva en l'ost. Li quens Loeys de Blois, qui les vit si approcliie'r, en ol grant desdaing, et dist que il ne souffreroit plus la honte que si [cil] chien leur faisoient. Si s'arma et issi Je l'ost , eteommensa les Comains à chascier. Si les sui plus de 11. lieues, et manda Vempereour Bauduin que il le suist. Li Commain, qui avaient grant plenté de gens embunchies. quant il orent passé lor agail retournèrent contre le conte. Si commensa la bataille grans et périlleuse. Li empereres Bauduins, qui venait après le conte Loeys. trouva le conte abatu de son cheval et griesment narre en IL liens. Jehans de Friaise estoit descendus, et le faisait montersur son cheval. Li empereres se J'ai ou tas .le ses anciuis, et commensa la presse à desrompre; mais

DÉROUTE DES CROISÉS. 2l5

Mathieu de Walincourt, et Robert de Ronsoi, Jean de Friaize, Gautier de Neuilli, Ferri d'Yerres, Jean son frère, Eustache de Heumont, Jean son frère, Baudouin de Neuville, et beaucoup d'autres dont le livre ne parle point ici. Et les autres qui purent échapper, s'en vinrent fuyant au camp.

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