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LXXXII. Les croisés lèvent le siège d'Andrinople

362. Quand il vit cela, Geoffroi le maréchal de Champagne, qui gardait devant une des portes de la cité, sortit du camp le plus tôt qu'il put avec les gens qu'il avait ; et manda à Manassès de l'Isle, qui gardait l'autre porte, qu'il le suivît promptement. Et il chevaucha avec tout son corps de bataille, à la rencontre des fuyards, à grande allure; et les fuyards se rallièrent tous à lui. Et Manassès de l'Isle, qui vint au plus tôt qu'il put avec ses gens, se joignit à lui; et ils eurent alors un grand corps de bataille; et tous ceux qui arrivaient dans la déroute, et qu'ils purent retenir, ils les mirent dans leur corps.

363. Cette déroute fut ainsi arrêtée entre none et vêpres. La plupart étaient si effrayés qu'ils fuyaient devant eux jusque dans les pavillons et les logements. Et cette déroute fut réparée ainsi que vous avez ouï; et les Comains s'arrêtèrent avec les Blaques et les Grecs qui donnaient la chasse. Et ils harcelèrent le corps de bataille avec leurs arcs et leurs flèches; et ceux du corps de bataille se tinrent cois, la face tournée vers eux. Ils furent ainsi jusqu'à la nuit tombante; et les Comains et les Blaques commencèrent à se retirer.

tant avoit de Commains et de Blas entour lui que trop estait chargiés. Souvent li disent ses gens que il se retraisist ; nuis il ne vot, ains s'abandonnait contre ses anemis ; et bien tesmoingnent cil quil [qui] de la bataille eschaperent que onques chevaliers ne se deffendi miens de l'empereour Bauduin. Mais en lajin, par la souffrance Nostre Seignour, furent li Fransois desconfit. Là remest li emperei es Bauduins prins, li qucns Loeys de Blois mors, li evesques Pierres de Bethléem perdus. Estienes de ideli Perche ocis. Renaus de Montmiral. Mahius de Waulencourt, Robers de Ronsçoi, Jehans de Friaise. Gantiers de Veilis iXucllii.Ferris d'Erré, Jehans ses frères, Ustaisses de Avion [Heumont), Jehans ses frères, Bauduins de Nueville, et moût d'autre. Cil qui eschaper porrent, s'en alerent vers le siège.

3()2. — 1 C omet de la cité. — 2 A. fuist. — 8 A. recuiellenl ; BF, ralierent ; CE, requellirent.— 4 DE, quechil qui venaient en la chace. en omettant, comme C, qu'il porent. etc.

363. — ' C, etc., omettent ensinques retenue. — -CDE, s'arouterenl. — 3 DE, qui cachiè estaient. — ' F omet as ars, etc. — 5 A omet les vis ; CD. les ieus; E, les yeux; F. les viaires.

2l6 CONQUETE DE CONSTANTINOPLE.

364. Lors manda Joffrois de Vile-Hardoin, li mareschaus de Champaigne et de Romenie, le duc de Venise1 en Tost, qui viels hom ère et gote ne véoit, mais mult ère sages et preuz et vigueros; et li manda'2 que il venist à lui en sa bataille, où il se tenoit el champ; et il si fist. Et quant li mareschaus le vit, si l'apele à conseil d'une part tôt seul, et si li dist : « Sire, vos véez la mésaventure qui nos est « avenue : perdu avons Tempereor Baudoin et le conte Loeys, et lo « plus de nostre gent, et de la meillor. Or pensons del remanant ga- « rir; que se Dieu'' n'en prent4 pitiez, nos sommes pardu. »

365. Ensi fu la fins de lor conseil : que li dux de Venise s'en riroit en l'ost, et conforteroit la gent; et que chascuns1 fust armez de ses armes, et se tenist coi en sa héberge et en son paveillon ; et Joffrois li mareschaus remanroit- en sa bataille et defors l'ost toz ordenez3 tant que il seroit nuiz, porce que lor anemi ne les veissent esmovoir; et quant il seroit nuiz, si se movroient de devant4 l'a vile; li dux de Venise s'en iroit devant, et Joffrois li marechaus feroit Tarière garde, et cil qui avec lui estaient r>.

366. Ensique attendirent trosqu'à la nuit; et quant il fu nuiz, li dux de Venise se parti de l'ost, si con devisé ère, et Joffrois li mareschaus fist Tarière garde1. Et s'en partirent le petit pas, et enmenerent tote lor gent à pié et à cheval, et navrez et altres; que onques ne laissierent nelui. Et chevauchierent2 vers une cité qui siet sor mer3, que Ton appelle Rodestoc, qui bien ère trois jornées loing d'iqui. Ensi se partirent d'Andrenople4 con vos avez oï; et ceste aventure si avint en Tan de l'incarnation Jesu-Crist mil deus cens cinq anz.

36y. Et celé nuit que Toz se parti d'Andrenople, si avint que une compaignie s'en parti ', pour aler plus tost en- Costantinoble et plus

304. - 1 CDEF ajoutent ki iert ou qui csloit. — 2 CDE omettent qui viels, etc. ; F omet et li manda jusqu'à el champ. — 8 CDE. à Dieu. — 4 B, se Diex n'en.

365. — 1 A. la fins de lor conseil que s'en riroit en l'ost et conforteront la gent, et chascuns.— - A. remanoil. — 3 A. luit ordenc. — * A. si se movront devant, en omettant force que jusqu'à seroit nui%, passage tiré de B, et que F reproduit, mais qui manque dans CDE comme dans A ;

RETRAITE DES CROISÉS. 2 i 7

364. Alors Geoffroi de Ville-Hardouin, le maréchal de Champagne et de Romanie, envoya au camp mander le doge de Venise, qui était un vieil homme et n y voyait goutte, mais était bien sage et preux et vigoureux. Et il lui manda qu'il vînt à lui en son corps de bataille, où il se tenait dans la plaine; et ainsi fit-il. Et quand le maréchal le vit, il l'appela tout seul à part pour tenir conseil, et lui dit : « Sire , « vous voyez la mésaventure qui nous est advenue : nous avons perdu « l'empereur Baudouin et le comte Louis, et la plupart de nos gens, « et des meilleurs. Or pensons à sauver le reste ; car si pitié n'en prend « à Dieu, nous sommes perdus. »

365. Telle fut la fin de leur conseil : que le doge de Venise s'en retournerait au camp, et conforterait les gens; et que chacun fût armé de ses armes et se tînt coi en sa tente et en son pavillon; et Geoffroi le maréchal demeurerait en son corps de bataille et hors du camp en bon ordre jusqu'à tant qu'il serait nuit, pour que leurs ennemis ne les vissent partir; et quand il serait nuit, alors ils partiraient de devant la ville; le doge de Venise s'en irait devant, et Geoffroi le maréchal ferait l'arrière-garde, lui et ceux qui étaient avec lui.

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