‹ Conquête de ConstantinopleChapitre 136 sur 326 · DEUX CORPS DE CROISES SE RENCONTRENT · texte numérisé non relu

DEUX CORPS DE CROISES SE RENCONTRENT

droit; et ils en reçurent grand blâme. En cette compagnie fut un comte de Lombardie qui avait nom le comte Girard, de la terre du marquis; et Eudes de Ham, qui était seigneur d'un château qu'on appelle Ham en Vermandois; et Jean de Maseroles, et bien d'autres, jusqu'à vingt-cinq chevaliers, que le livre ne nomme pas.

368. Ils s'en vinrent ainsi après la déconfiture qui avait été le jeudi au soir, et vinrent en Constantinople le samedi au soir ( 1 6 avril) ; et il y avait cinq grandes journées. Et ils contèrent cette nouvelle au cardinal Pierre de Capoue, qui était de par le pape de Rome Innocent, et à Conon de Béthune qui gardait Constantinople, et à Milon le Brebant, et aux autres bonnes gens. Et sachez qu'ils en furent bien effrayés, et crurent bien tout perdu le reste qu'ils avaient laissé devant Andrinople; car ils n'en savaient pas de nouvelles.

LXXXIV. Pierre de Bracieux et payen d'Orléans rencontrent l'armée

en retraite.

369. Nous n'en dirons pas plus de ceux de Constantinople, qui sont en grande douleur, et nous reviendrons au doge de Venise et à Geoffroi le maréchal, qui chevauchèrent toute la nuit qu'ils revinrent d'Andrinople jusqu'au point du jour ( i5 avril); et alors ils vinrent à une cité qu'on appelle Pamphile. Or oyez comme les aventures sont ce que Dieu veut : car en cette cité avaient couché la nuit Pierre de Bracieux et Payen d'Orléans, et toutes les gens de la terre du comte Louis; et ils étaient bien cent chevaliers de bien bonnes gens, et cent quarante sergents à cheval, qui venaient d'outre le Bras, et allaient au camp à Andrinople.

370. Et quand ils virent la troupe venir, ils coururent aux armes bien vite: car ils pensaient que c'étaient les Grecs. Ils s'armèrent donc, et envoyèrent savoir quelles gens c'étaient ; et on trouva que c'étaient

369. — ! CDE omettent qui en grant dolor sont. — - B. dou reperier d' Andrenople jusques en la More'e ; E omet que il repairerent d'Andrenople; C remplace ces mots par et toute lot L'eut. ensi ordené en grant péril. — 3 CDE, la Panfilée. — 4 A omet la nuit. — s A omet de la terre.— 6 CDEF marquent 5oo chevaliers au lieu de ioo; A seul indique 140 [VII. XX] sergents au lieu de 700.

3/0. — 1 BF omettent et cil troverent que ce estoient.

cil qui retornoient de la desconfiture. Si retornerent à als, et lor distrent que - perduz ert li empereres Baudoins , et lor sires li cuens 3 Loeys, de cui terre et de cui païs il estoient, et de cui maisnie 4.

3yi. Plus dolorose novele ne lor peust-on conter. Là veissiez mainte lerme plorer, et mainte palme battre de duel et de pitié. Et alerent encontre als tuit armé si cum il estoient, et tant que il vinrent à Joffroi le mareschal de Champaigne, qui Tarière garde faisoit à mult grant mesaise. Que Johannis, li rois de Blaquie et de Bougrie, ère venuz à Tenjornée devant Andrenople à tote s'ost; et trova que cil s'en furent aie; et chevalcha après lor rote tant qu'il fu grans jors -, et quant il ne les trova, si en fu mult dolanz; et ce fu granz joie ' que il nés i trova; que perdu fussent sanz nul recovrer, se il les eust trovez.

3y2. « Sire, font-il à Joffroi le mareschal, que volez que nos fa- « ciens? Nos ferons quanque il vous plaira1. » Et cil lor respont : « Vos véez bien cornent il nos est 2; vos iestes frois et novel 3, et vos- « tre cheval-, si ferez Tarière garde, et je m'en irai devant, tenir nostre « gent qui sont mult esfreé, qui grant mestier en ont ''. » Issi cum il le devisa, il le firent mult volentiers. Si firent 5 Tarière garde mult bien et mult biel, corne cil qui bien le sorent faire; car il estoient bon chevalier et honoré.

370. Jolfrois li mareschaus de Champaigne chevaucha devant et les conduist ; et chevaucha trosques ' à une cité qui Cariople - ert apelée. Si vit que lor cheval estoient lassé de ce que il avoient tote nuit chevauchié:;; et entra en la cité, et les fist herbergier bien endroit hore4 de midi. Et donerent lor chevals à mengier; et il méismes mengierent ce que il porent trover, et ce fu pou.

374. Ensique furent tôt le jor trosque à la nuit en celé cité. Et Jo-

370. — 2 B, de la desconfiture oit: C, si tournèrent à aus. et no gens ki d'Andrenople venaient disent as autres la dotoureuse journée ki estait avenue et cornent, — 3 A omet H eu:ns. — * 1ÏCDE omettent et de cui maisnie.

371.— 1 CDE, grans eurs; A., ce fu joie; F, mont grant joie as nostres. Ce dernier manuscrit est le seul qui contienne ce qui précède depuis tant qu'il fu jusqu'à doian\.

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