JOHANNIS POURSUIT LES CROISES
ceux qui revenaient de la déconfiture. Et ils retournèrent à eux, et eux leur dirent que l'empereur Baudouin était perdu, et leur seigneur le comte Louis, de la seigneurie, du pays et de la suite de qui ils étaient.
5;i. On n'eût pu leur conter plus douloureuse nouvelle. Vous eussiez vu là pleurer bien des larmes, et bien des mains battre de deuil et de pitié. Ils allèrent au-devant d'eux tout armés comme ils étaient, et tant qu'ils vinrent à Geoffroi le maréchal de Champagne, qui faisait l'arrière-garde à bien grand'peine. Car Johannis, le roi de Blaquie et de Bogrie, était venu au point du jour devant Andrinople avec toute son armée; et il trouva que les nôtres s'en étaient allés, et il chevaucha après leur troupe tant qu'il fut grand jour; et quand il ne les trouva pas, il en fut bien triste; et ce fut grande joie qu'il ne les trouva pas; car ils eussent été perdus sans retour s'il les eût trouvés.
3j2. <c Sire, font-ils à Geoffroi le maréchal, que voulez-vous que « nous fassions? Nous ferons tout ce qu'il vous plaira. » Et lui leur répond : « Vous voyez bien en quel état nous sommes. Vous êtes frais « et dispos, et vos chevaux aussi; vous ferez donc l'arrière-garde, et « je m'en irai devant, tenir nos gens qui sont bien effrayés, et qui en « ont grand besoin. » Ainsi qu'il le dit, ils le firent bien volontiers. Ils firent donc l'arrière-garde très bel et bien, comme gens qui le savaient bien faire; car ils étaient bons chevaliers et honorés.