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LES CROISÉS DEMANDENT DU SECOURS. 23 I

le reste jusqu'en Constantinople, où ils furent vus bien volontiers -, car les gens du pays étaient bien effrayés. Et ce n'était pas merveille-, car ils avaient si bien perdu toute la terre, qu'ils ne tenaient, hors de Constantinople, rien que Rodestoc et Salembrie; et toute la terre, c'était Johannis le roi de Blaquie et de Bogrie qui la tenait. De l'autre côté du Bras de Saint-Georges, ils ne tenaient que la ville de l'Espigal; et toute la terre, c'était Théodore Lascaris qui la tenait.

388. Alors les barons prirent le parti d'envoyer au pape de Rome Innocent, et en France et en Flandre, et par les autres pays, pour demander du secours. Pour ce secours fut envoyé Nevelon l'évêque de Soissons, et Nicolas deMailly, et Jean Bliaud; et les autres restèrent en Constantinople en grand mésaise, comme gens qui craignaient de perdre la terre. Ils furent ainsi jusqu'à la Pentecôte (29 mai i2o5). Pendant cet intervalle, il advint un bien grand dommage dans l'armée; car Henri Dandolo gagna une maladie; et il finit et mourut, et fut enterré en grand honneur à l'église Sainte-Sophie.

38q. Et quand vint la Pentecôte, Johannis le roi de Blaquie et de Bogrie avait fait beaucoup de ce qu'il voulait en terre; et il ne put plus retenir ses Comains ; car ils ne pouvaient plus supporter la guerre à cause de l'été, mais ils retournèrent en leur pays. Et lui, avec son armée de Bogres et de Grecs, s'en alla contre le marquis vers Salonique. Et le marquis, qui avait ouï la nouvelle de la déconfiture de l'empereur Baudouin, laissa le siège de Naples; et il s'en alla à Salonique avec tout ce qu'il put avoir de gens, et y mit garnison.

L XXXIX. Le régent remporte des avantages sur les Grecs.

3qo. Henri le frère de l'empereur Baudouin de Constantinople, avec autant de gens qu'il put emmener, chevaucha contre les Grecs jusqu'à une cité qu'on appelle le Churlot, qui est à trois journées de Constantinople. Elle lui fut rendue et les Grecs lui jurèrent fidélité,

en l'ost. — 6 B, etc. . ajoutent H dus de Yenice. — " F ajoute si fumait pleins et regrete^de to^ les barons communément.

38g. — 1 A, que il ne plus hostier. — - A, à to\ ses Boghres. — 3 A omet qui. — * A, ot o'i la.

3go. — i CDE, issi de ; F, or vos lerons du marchis, si vos dirons de Henri le bailli. — - A. terre.

ment ère tenue à cel tens:!. Et chevaucha à la cité cTArchadiople'1, si latrovavuoide;queliGrieune l'i osèrent atendre. Et d'iqui chevaucha à la cité de Visoi, qui mult ère forz et bien garnie de Griex; si li fu rendue''. Et d'iqui chevaucha à la cité de Naples1'', qui mult restait bien garnie de Griex.

3q i . Cum il les voltrent assaillir, si ' quisent plait qu'il se rendroient. Endementiers que il queroient plait d'une part, cil de l'ost entroient de l'autre part en la cité'2, si que Henris li balz de l'empire, et cil qui parloient del plait, n'en sorent mot; ainz lor en pesa mult:!. Et li Franc commencent à ocire les Griex, et à gaignier les avoirs de la vile, et à prendre tôt; si en i ot mult de morz'1 et de pris. Et en ceste manière fu prise Naples; et enqui sejorna l'os par trois jors. Et li Grieu furent si esfreé de ceste occision, que il vuiderent totes les citez et les chastiaux de la terre, et fuirent tuit dedenz Andrenople et dedenz le Dimot, qui mult erent forz citez et bones.

3cj2. En icel termine, avint que Johannis, li rois de Blaquie et de Bougrie1, chevaucha sor le marchis à totes ses hoz, à une cité que on appelle la Serre. Et li marchis l'avoit mult bien garnie de sa gent; qu'il avoit mis dedenz Hugon de Colemi, qui mult ère bons chevaliers et als hom, et Guillaume d'Arle- qui ère ses mareschals3, et grant part de sa bone gent. Et Johannis ii rois'1 de Blaquie les assist; n'i ot gaires sis quant il ot pris le bore par force. Et al bore prendre, lor avint mult granz domages; que Hugues de Colemi i fu morz; si fu feruz parmi l'oil5.

393. Et quant cil fu morz, qui fu li mialdres d'aus toz, si furent li autre1 mult esfreé. Si se traistrent cl chastel, qui mult ère forz; et Johannis les assist, et dreca ses perrieres et ses mangonniax-. N'i sist

3<io. — 3 C. avait devant este tenue— 4 CDE17. Cardiople. — '■ C omet cette phrase. — 6 Le nom de Naples désigne ici Apros en Thrace.

391. — ! A omet si: li. cil dedenï. — - A omet en la cite. — :1 CD omettent ain\ lor. etc. — 4 CDE, noies: F. navrés.

LE RÉGENT REMPORTE DES AVANTAGES. ii33

serment qui était bien mal tenu à ce temps. Et il chevaucha à la cité d'Archadiople, et la trouva vide-, car les Grecs ne l'y osèrent attendre. Et de là il chevaucha à la cité de Visoi, qui était bien forte et bien garnie de Grecs; et elle lui fut rendue. Et de là il chevaucha à la cité de Naples, qui était aussi bien garnie de Grecs.

391. Comme ils les voulaient assaillir, eux requirent accord pour se rendre. Pendant qu'ils requéraient accord d'une part, ceux de l'armée entraient de l'autre part en la cité, en sorte que Henri le régent de l'empire, et ceux qui parlaient de l'accord, n'en savaient mot; mais cela leur pesa fort. Et les Francs commencent à occire les Grecs, et à s'emparer des biens de la ville, et à tout prendre; et il y en eut beaucoup de tués et de pris. En cette manière fut prise Naples; et l'armée y séjourna par trois jours. Et les Grecs furent si effrayés de cette occision, qu'ils vidèrent toutes les cités et les châteaux de la terre, et s'enfuirent tous dans Andrinople et dans le Dimot, qui étaient de bien fortes et bonnes cités.

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