L EMPEREUR SECOURT LE CHIVETOT
conseil ; et le conseil fut tel que l'empereur s'en vient au rivage , et entre en un galion , et chacun dans le vaisseau qu'il peut avoir. Et alors il fait crier par toute la ville qu'on le suive en ce besoin où il est de secourir ses hommes; car il les a perdus s'il ne les secourt. Alors vous eussiez vu la cité de Constantinople fourmiller de Vénitiens et de Pisans, et d'autres gens qui connaissaient la mer; et ils courent aux vaisseaux, au plus vite, à qui mieux mieux. Avec eux entraient les chevaliers avec leurs armes; et qui plus tôt pouvait, plus tôt partait du port pour suivre l'empereur.
467. Ils allèrent ainsi à force de rames, toute la soirée tant que le jour dura, et toute la nuit jusqu'au lendemain au jour. Et quand on fut un peu après le soleil levant, l'empereur Henri avait tant fait qu'il voyait le Chivetot, et l'armée qui était autoursur mer etsur terre. Et ceux de dedans n'avaient pas dormi la nuit ; mais ils s'étaient retranchés toute la nuit, tout malades et tout blessés qu'ils étaient, et en gens qui n'attendaient que la mort.
468. Et quand l'empereurvitque lesGrecs étaient si près qu'ils voulaient assaillir, et lui n'avait encore que peu de ses gens (avec lui était Geoffroi le maréchal en un autre vaisseau, et Milon le Brebant, et des Pisans et d'autres chevaliers; et si bien qu'ils avaient de vaisseaux grands et petits dix-sept, et les autres en avaient bien soixante); alors ils virent que s'ils attendaient leurs gens et souffraient que les Grecs assaillissent ceux du Chivetot, qu'ils seraient morts ou pris; et leur conseil fut tel qu'ils iraient combattre ceux qui étaient sur mer.
469. Et ils voguèrent de ce côté tous de front, et ils étaient tout armés sur les vaisseaux, les heaumes lacés. Et quand les Grecs qui étaient tout prêts à assaillir les virent venir, ils reconnurent bien que c'était un secours; et ils quittèrent le château, et vinrent à leur rencontre; et toute leur armée de nombreuses gens qu'ils avaient à pied et à cheval se rangea sur le rivage. Et quand ils virent que l'em-
— 1 F. et que.—* F omet Pisan; CE. Faisant ; D, Paissant.— 8 C, et lor anemis; F, X1I1 vessiax entre gran\ et peti;, et leur aversaire. — 4 B ajoute prirent conseil et. — s CDE. à ans ; BF omettent à cels Je la mer.
469. — 1 CDE, s'en alerent : F. alerent; B. negent. — - CDEF.jà au lieu de luit, qui est omis dans A. — 3 B. etc.. .7 toute l'ost et se rengierent. — 4 CDE. à toutes lor gratis gens: F. seur le rivage eneontr'ex.
vil I.F.-HARDOU1N , 111. — 36
CONQUETE DE CONSTANTINOPI.E.
culerent sor' lor gent qui estoient sor le rivaje6, si que cil lor pooient aidier de traire et7 de lancier.
470. Ensi les tint l'empereres assis à ses dix sept vaissiaus, tant que li criz vint qui ère meuz de Costantinoble ' ; et ainçois que la nuiz venist , en i ot tant venuz que il orent la force en la mer partot- ; et jurent11 tote nuit armé, et aancrez lor vaissiaus. Et fu lor conselstelx que si tost com il verroient le jor, que il s'iroient combatre à els el rivage'1 por tollir lor vaissials. Et quant vint endroit la mie-nuit , si traistrent li Grieu toz lor vaissialx à terre, si bottèrent le feu dedenz et les artrent"' toz, et se deslogierent, et s'en alerent fuiant.
47 1 . L'empereres Henri et sa gens furent mult lié et joiant ' de la victoire que Diex lor ot donée, et de ce que il orent secouru lor gent. Et quant vint al matin, l'empereres et tuit li autre2 s'en vont al chastel del Chivetot; et troverent lor genz mult malades et mult navrées les plusors. Et le. chastelesgarda l'empereres et sa genz, et virent que il ère si febles que il ne faisoit à' tenir ;i. Si recuillirent totes lor genz 4 es vassials, et guerpirent le chastel et laissierent"'. Ensi repaira li empereres Henris en Constantinople1'.
472. Johannis li rois de Blaquie ne repousa mie1, qui avoit'-' Andrenople assise-, ainz giterentses perieres, dont il avoit assez, et par jor et par nuit', as murs et aus tors, et empirierent mult les murs et les tors. Et mist ses trencheors as murs, et firent maintes fois assaillies. Et mult se contindrent bien cil qui dedenz estoient, li Grieu et li Latin; et mandèrent mult sovent l'empereor Henri que il les secorust, et seust que se il nés secoroit, que il estoient pardu sanz nule
469. — '■• A, siresor; F, reuserent arrière. — '• F ajoute encontre eus et a pie et à cheval si crime nos avons dit.— ' B. ne se pooient aidier Je trere ne.
170. — 1 C. li cri; lieve de cens ki le sievoient et venoient de Constantinoble : F. a ses XII vessiaus et quant li cri; leva qu'il estoient de Costentinoble venu; : DE, gui estaient venu. — - CD. et partout. — 3 A. et furent ; B el vint la nuit, en omettant armé et aancre\ lor Vaissiaus.— '> B, etc., omettent el rivage. — ■< CDE, arsent : F, ardirent ; B omet et les artrent /";.